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BULLETIN FLAUBERT n° 90 /  10 janvier 2007

«Et re-voilà une autre année ! – Je vous la souhaite meilleure que celle qui est en train d'expirer (la sacrée rosse). Que la Nouvelle vous apporte tous les bonheurs que vous méritez ma chère, ma véritable amie ! – Il y a une chose qu'il faut se souhaiter même avant la santé, c'est la Bonne Humeur ! Prions le ciel qu'il nous l'accorde.»
Lettre à Léonie Brainne, [30-31 décembre 1878].
Madame Bovary ad libitum
Pour le cent cinquantenaire du roman, Michel Bernard en propose une version personnalisée.
http://www.michelbernard.fr/bovary/bovary.htm

VENTES

Catalogue Les Autographes, n°120, Noël 2006
http://www.lesautographes.com
51. L.A., à Louise Colet, Samedi soir 1 h. de nuit [17 octobre 1846]; 4 pages in-8. 10.000 euros.
Magnifique lettre d'amour à sa maîtresse.
«Tu veux donc me rendre fou d'orgueil moi qu'on accuse déjà d'en tant avoir ! Voilà maintenant que tu m'admires que tu me places à part des autres hommes bien haut sur le piedestal de ton amour. Sais-tu qu'il faut que j'aie la tête bien plantée sur les épaules pour que le vertige ne me prenne pas? Toi ! toi ! tu te ravales devant moi, tu te fais infime et petite je te surprends je t'étonne mais que suis-je donc qu'est-ce que [je] vaux? - Je ne suis rien qu'un lezard littéraire qui se chauffe toute la journée au grand soleil du beau»... Les choses singulières et flatteuses qu'elle lui dit l'humilient dans son bon sens... Il lui recommande Max [Maxime Du Camp] en qui elle trouvera des consolations...
Puis il évoque la nuit du «29 juillet» où elle devint sa maîtresse: «Oh si je m'en souviens - il y avait feu d'artifice aussi en nous ce soir là et belles illuminations dans nos coeurs - et le lendemain le jeudi, le soir en calèche - te rappelles-tu surtout un moment - à l'entrée des Champs-Elysées où nous sommes restés longtemps sans nous parler tu me regardais d'un air sombre et tendre à la fois - je voyais tes yeux briller dans la nuit sous ton chapeau - toujours je me retourne vers ce souvenir, vers toi»...
Il la rassure ensuite sur sa santé: «Je suis fait pour vivre vieux - il m'est arrivé toutes espèces d'accidents et de maladies sans qu'il m'en soit rien resté. Tout cela glisse sur moi comme l'eau sur le col d'un cygne. J'ai suivi tous les régimes et vécu de toutes les manières. Je me suis exercé de bonne heure à tout - au travail, à la paresse à tout excès à toute abstinence. Je n'ai jamais senti ce que c'était la fatigue intellectuelle et il fut une année où j'ai travaillé régulièrement pendant 10 mois 15 h. par jour. Trois fois par semaine seulement je faisais des armes à outrance si bien que j'en râlais ensuite sur mon lit pendant une demi-heure. Quant à la fatigue physique l'éducation m'a fait un tempérament de colonel de cuirassiers. Sans mes nerfs, partie délicate chez moi qui me rapproche des gens comme il faut, j'aurais un peu d'affinité avec le fort de la halle; sois donc sans crainte, pauvre chérie. Je n'ai pas besoin d'exercice et je vis bien 15 jours sans prendre l'air ni sortir de mon cabinet»...
Il félicite Louise pour ses vers sur Mantes, qu'il se redit sans cesse et dont il cite ici un extrait... «Il me semble que tu n'as guères écrit quelque chose de meilleur car c'est vraiment très beau»... Il la dissuade de venir le soigner: «Je n'ai jamais compris cette manie qu'ont les hommes de montrer leurs plaies à ceux que cette vue doit faire souffrir - d'aller chercher le coeur qui vous aime pour le rendre témoin de votre fièvre et de votre tranchée - cette pratique commune est d'un égoïsme révoltant»... Il serait gêné, il a de la pudeur... Et d'ailleurs elle est son talisman: «ton amour n'est-ce pas un préservatif contre tout malheur. Adieu, ma vie, un long baiser. Je passe la main sous tes papillotes et j'en soulève légèrement le bout».
[Corr., éd. Jean Bruneau, Bibl. de la Pléiade, t.I, p.391-393.]

Catalogue Librairies Quentin et Forgeot, 2007
Forgeot, 4, rue de l’Odéon, 75006 Paris. info@forgeot.com
38. LAS à Frédéric Baudry, Au lazaret de Beyrouth, 21 juillet 1850. 4 p. grand in-4. 18.500 euros.
[Corr., éd. Jean Bruneau, Bibl. de la Pléiade, t.I, p.652-655.]

Catalogue Librairie de l’Abbaye, n°328 [décembre 2006]
Abbaye-PINAULT@wanadoo.fr
63. LAS à Victor Hugo, Croisset, 2 juin [1853]. 4 p. in-8. 11.500 euros.

Catalogue Arts et Autographes, n°37 [2006]
Jean-Emmanuel Raux, 9, rue de l’Odéon, 75006 Paris. autographes@wanadoo.fr
15005. LAS à Edmond Laporte, Jeudi soir, minuit [21-22 juin 1877], 1 p. in-8. 2.500 euros.

VIENT DE PARAÎTRE

Ouvrages

(< Joëlle Robert)
Jacques Bouveresse, «La littérature, la connaissance et la philosophie morale», dans Éthique, littérature, vie humaine, sous la direction de Sandra Laugier, PUF, 2006, p. 95-145.
«[…] des romanciers comme Maupassant, et avant lui son maître Flaubert soulèvent implicitement une question fondamentale concernant la possibilité même de la morale ou celle de la compatibilité entre les exigences de la vie et celles de la morale, une question dont on pourrait difficilement soutenir qu’elle n’a pas de rapport avec la philosophie morale.» Il existe «[...] une connaissance de la haine, en particulier la haine de la bêtise morale et peut-être même, pour finir, de la bêtise de la morale elle même, dont Flaubert et un bon nombre d'autres écrivains donnent des exemples remarquables.» «[…] on ne voit pas ce qui pourrait empêcher d’attribuer à un auteur qui atteint la qualité de langage que l’on observe chez Flaubert une forme de vision morale et intellectuelle d’un niveau comparable.»

Brigitte Le Juez a donné récemment une communication intitulée: «Contre Balzac… et pour Flaubert: le premier credo littéraire de Samuel Beckett», 8th Annual International Conference of the Irish Association of French and Francophone Studies, Irish Cultural Centre, Paris, 22-23 September 2006. Cette intervention ne donnera pas lieu à publication, mais elle entretient des liens étroits avec un article sur Beckett et Flaubert et avec un livre sur Beckett où il est beaucoup question de Flaubert, tous deux à paraître dans les prochains mois.

Articles

Joseph Jurt, «Une manière absolue de voir les choses. Flaubert ou l’art pur», dans Sprache, Bewusstsein, Stil. Theoretische und historische Perspektiven, herausgegeben von Daniel Jacob, Thomas Krefeld und Wulf Oesterreicher, Tübingen, Gunter Narr Verlag, 2005, p.197-215.

(< Joëlle Robert)
Robert Kopp, «Flaubert sur le banc des escrocs», L'Histoire, n°316, janvier 2007, p.78-83.

Jacqueline Lalouette, «Le procès de Madame Bovary. 29 janvier-7 février 1857», dans Célébrations nationales 2007, Paris, Ministère de la culture et de la communication, 2006, p.81-83.

DÉRIVES

(< Joëlle Robert)
Daniel Mesguich lit Le Voyage en Orient, Télérama, coll. «De vive voix» (en librairie à partir du 19 janvier 2007).

(< Matthieu Desportes)
Un coeur simple adapté au cinéma
http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18395588.html

SUR LA TOILE

Bibliothèque municipale de Lisieux, http://www.bmlisieux.com
Georges Dubosc (1854-1927): «Gustave Flaubert et les Caluyots» (1920).
http://www.bmlisieux.com/normandie/dubosc23.htm

Claude Courouve, auteur du Dictionnaire français de l'homosexualité masculine, serait reconnaissant à qui pourrait l'éclairer sur la signification de l'expression «système Cordier»; une recherche dans l'oeuvre de Sade n'a rien donné.
«Je me livre à bord [de l’Hermus] à des conversations passablement philosophiques et très indécentes. J’initie un jeune seigneur russe aux arcanes de la pédérastie (système Cordier), bien que je le soupçonne d’être plus fort que moi, en sa qualité de Scythe.» (Lettre à Louis Bouilhet, 23-24 avril 1858.)
Réponse au Bulletin, qui transmettra.

PONT GUSTAVE-FLAUBERT

Le sixième franchissement de la Seine à Rouen a été baptisé «Pont Gustave Flaubert» par un vote à l’unanimité du conseil municipal, le 15 décembre 2006. Il ratifiait le résultat d’une consultation publique: sur 4397 suffrages exprimés, Flaubert a obtenu 40% des voix, contre 36% au «Pont de Rouen» et 24% au «Pont Cavelier de la Salle». Ce résultat était attendu: le sixième pont est situé le plus en aval de Rouen, donc proche de Croisset, et Rouen a déjà donné à ses autres ponts les noms de Corneille, Jeanne d’Arc, Boïeldieu… Le quotidien Paris-Normandie estime que ce choix marque la fin d’une longue brouille: «L’écrivain normand sera donc définitivement réconcilié, malgré ses écrits au vitriol, avec une ville et une bourgeoisie qu’il n’appréciait pas vraiment… […] Un lycée, une rue, un musée… Rouen n’est pas rancunière. L’écrivain règne maintenant sur les deux rives de la Seine» (édition du 16 décembre). Ainsi Flaubert prolonge-t-il la carrière du duc d’Angoulême: «On doit y relever l’importance qu’eurent les ponts. D’abord, il s’expose inutilement sur le pont de l’Inn, il enlève le Pont-Saint-Esprit et le pont de Lauriol; à Lyon, les deux ponts lui sont funestes – et sa fortune expire devant le pont de Sèvres» (Bouvard et Pécuchet, éd. Claudine Gothot-Mersch, Folio, p.195).

SITE DU CENTRE FLAUBERT

Revue Flaubert 7, 2007

Appel à contributions
Flaubert et la philosophie.
Le septième numéro de la Revue Flaubert en ligne sera consacré à «Flaubert et la philosophie» (numéro dirigé par Jacques Goetschel).

Si l’on s’en tient à l’ambivalence, puisqu’on ne sait pas vraiment qui parle, de l’idée reçue: «Philosophie. – Toujours en ricaner» (Dictionnaire de idées reçues), est-il possible que Flaubert ait eu l’ambition non avouée de viser un au-delà du philosophique, en poussant la littérature à ses limites? N’est-il pas significatif et non moins paradoxal que, dans le Dictionnaire, ne figure pas l’«Idée» – qui ne serait donc pas une idée reçue?
En revanche, alors que s’y trouve l’«idéal. – Tout à fait inutile», Flaubert recommande à sa nièce Caroline, dans une lettre de mars 1868, d’aller boire à la source de l’idéalisme: Platon. Après avoir souligné que «le Matérialisme et le Spiritualisme [sont] deux impertinences égales», Flaubert poursuit: «Demande à Monseigneur de te prêter le Banquet et le Phédon de Platon (dans la traduction de Cousin). Puisque tu aimes l’idéal, mon loulou, tu le boiras, dans ces livres, à la source même. Comme art, c’est merveilleux.». Est-ce un hasard s’il lui propose d’accéder à l’idée du Beau par la voie érotique et à l’idée d’âme par la voie ascétique où l’on s’applique à délier l’âme du corps?
Par ailleurs, on sait la dette de Flaubert à l’égard de Victor Cousin, la figure du «Philosophe» devenu fonctionnaire, mais surtout en raison de la fonction de médiateur, traducteur et transmetteur de la pensée du fondateur de l’idéalisme. On mesurera son influence sur l’écrivain à l’aune de son éclectisme, parodié dans Bouvard et Pécuchet. Cette médiation est encore liée à Hegel dont l’impact sur le romancier déterminera son esprit d’encyclopédie. Histoire de l’Idée, dont Flaubert, à sa façon, refera le parcours jusqu’à s’épuiser sur un «livre sur rien».
S’interroger sur les rapports de Flaubert à la philosophie et aux philosophes ne saurait se limiter aux deux piliers de l’idéalisme que sont Platon et Hegel. Aussi bien pourra-t-on faire porter les investigations sur ses oeuvres imprégnées de philosophie (La Tentation de saint Antoine par exemple) ou sur la Correspondance qui fourmille de références (voir l’admiration de Spinoza, par exemple) pour tenter de mettre en lumière une «philosophie de Flaubert». C’est peut-être là une impossibilité, mais aussi sans doute une gageure.
Quelques suggestions:
Faire ressortir son élan pour la philosophie, ses lectures d’oeuvres philosophiques constamment passées au filtre de l’ironie?
Pour Flaubert, une philosophie serait-elle plutôt un savoir universel ou un savoir de l’essentiel?
Ses réflexions sur la Forme et donc orientées vers une philosophie de l’Art, ce qui suppose un rapport à l’esthétique hégélienne.
Matière et Forme chez Flaubert peuvent être envisagées selon des perspectives philosophiques différentes; tout comme, d’ailleurs, Matérialisme et Idéalisme.
Ses remarques sur le Rien pourront rencontrer le nihilisme, Schopenhauer et Nietzsche (avec ce dernier, on pourra comparer le rapport au savoir et à la connaissance).
Bien que déjà largement étudiée, on pourra reprendre la perspective sartrienne.
Comment se lit Flaubert aujourd’hui chez les philosophes?
Liste ni contraignante ni exhaustive…

Nous vous invitons à nous faire parvenir un projet d’article avant le 30 avril 2007.
Les articles devront nous être remis au plus tard le 30 septembre 2007.
Ils seront lus par un comité avant leur publication, prévue en décembre 2007.
Les propositions sont à adresser à Jacques Goetschel: goetscheljacques@aol.com
Demande d’informations administratives à: Yvan.Leclerc@univ-rouen.fr


Ce Bulletin est édité par le Centre Flaubert, avec la collaboration de Matthieu Desportes, de Jean-Benoît Guinot et de Joëlle Robert. Il vous tiendra informé(e), selon une périodicité variable, des manifestations et des publications concernant Flaubert. Si vous désirez le recevoir gratuitement et y faire paraître des informations ou des commentaires, veuillez envoyer vos coordonnées et vos messages à :

Yvan Leclerc yvan.leclerc@univ-rouen.fr
Professeur à l'Université de Rouen
Faculté des Lettres et Sciences Humaines
F. - 76821 Mont-Saint-Aignan Cedex
Tél. Secrétariat département: 02 35 14 61 67
Tél. Centre Flaubert: 02 35 14 69 01

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