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[BULLETIN FLAUBERT n° 29 / 22 octobre 2002]

Editions

Gustave Flaubert, Par les champs et par les grèves, préface et commentaires par Pierre-Louis Rey, Pocket, 2002.
Préface: Par les champs… dans le genre du récit de voyage; lieu d'élaboration d'une esthétique "tournée vers la force naturelle" et de la technique descriptive; lecture rétrospective des oeuvres à venir (naissance de l'attention au détail, du couple d'explorateurs qui se retrouvera dans Bouvard et Pécuchet, du style indirect libre). Historique de la publication posthume, jusqu'à la vente du manuscrit de Flaubert à l'hôtel Drouot, en 1999, que PLR n'a pas pu consulter. Il publie le texte du manuscrit de Maxime Du Camp (conservé à l'Institut), mais seulement les chapitres impairs, rédigés par Flaubert. Carte de la Bretagne, avec mention des étapes. Le dossier terminal se compose de deux ensembles: 1) la Bretagne vue par des "touristes", comme on commençait à dire à l’époque, ou par des autochtones (Arthur Young, Chateaubriand, Stendhal, Balzac, Renan, Proust); 2) trois descriptions canoniques de Flaubert: la pièce montée, la cathédrale de Rouen, la forêt de Fontainebleau. Bibliographie élargie aux ouvrages sur la Bretagne.
Deux lacunes dans cette bibliographie: il manque l'édition critique par Adrianne J.Tooke, Droz, 1987, donnée généralement comme référence, et l’étude fondamentale de Raymonde Debray Genette, "Voyage et description: Par les champs…", dans Métamorphoses du récit, Seuil, Poétique, 1988.

Gustave Flaubert, L'Education sentimentale, édition présentée et annotée par Pierre-Marc de Biasi, Le Livre de Poche classique, 2002.
Préface - Titre énigmatique: éducation du sentiment ou par le sentiment? Roman d'apprentissage perverti, "dont l'objet ultime serait la désillusion" (p.11). Histoire du mot "sentimental", à forte charge péjorative. Les deux Education sentimentale. Genèse: premiers scénarios, qui intègrent in extremis la dimension historique; longue hésitation entre 1862 et 1864 (PMB ne mentionne pas Le Château des cœurs, entre Salammbô et L'ES, étape pourtant non négligeable dans la représentation ludique des clichés sociaux). Documentation. Roman impersonnel et pourtant "engagé" ("Sartre a tort d'en déduire que Flaubert est nihiliste", p.31). Traitement vertigineux de la temporalité: trous, échos, prémonitions. Dualité de l'écrivain, à la fois dans son personnage et en dehors. Incompréhension et condamnation des contemporains.
Dossiers génétique (chronologie de la rédaction) et thématique (l'histoire dans L'ES).
La bibliographie mentionne la première édition de L'ES (Lévy, 1869, datée 1870), mais pas la seconde édition originale (Charpentier, 1879, datée 1880), de sorte que le lecteur ignore quelle version a été retenue pour l'établissement du texte.
Dans la préface de cette édition, PMB reprend de nombreux passages de sa postface à une autre édition du même roman, parue à L'Ecole des Lettres, Seuil, 1993. La "chronologie de la rédaction" se trouve déjà intégralement dans les Carnets de travail, Balland, 1988, p.309 et suiv.; le dossier thématique est extrait d'une étude publiée dans un ouvrage collectif, P.-M. de Biasi, J. Body, F. Hincker, Un thème, trois œuvres. L'Histoire, Belin, coll. "Dia", 1989, p.87 et suiv.

Adaptation

Madame Bovary, film de Claude Chabrol avec Isabelle Huppert: DVD avec dossier comprenant notamment cinq séquences commentées par Chabrol, un extrait de l’émission télévisée "Bonnes adresses du passé" consacré à Croisset. MK2, 36, 30 Euros, avec le roman en Folio classique.
(< Magazine littéraire, n°412, septembre 2002.)

[BULLETIN FLAUBERT n° 26 / 13 septembre 2002]

Ouvrages

Philippe BONNEFIS, Métro Flaubert, Galilée, 2002
Lecture de la scène du fiacre, dans Madame Bovary.
Le titre de l'essai s'explique par le "métro émotif" de Céline (cité p.23), qui se réfère à cette scène. En guise de marque page, dans le livre: le tracé d'une ligne de métro, comme une table des matières, une liste de mots clés du livre, ou les points de passage du fiacre. (Pas de station "Flaubert" dans le métro parisien, ni rouennais). Rappel de la censure et du procès. Il est cependant excessif de dire que la suppression de la scène du fiacre est seule cause du procès (p.42 et 124).
La publication du roman commence par une déformation du patronyme, Faubert, que PB rattache opportunément à la suite des défigurations volontaires ou par coquilles: Flau, Flaub, Foubert, Flambert, Folbert, Thaubert, Faubert (chap.5). "Flaubert" viendrait du francique Hlod-Berht, "qui brille par l'éclat de ses victoires", l'élément Berht se retrouvant dans le prénom Berthe, qu'Emma donne à sa fille (p.51). L'itinéraire du fiacre est moins fantaisiste qu'il ne paraît d'ordinaire à la critique: le trajet marque l'enfermement dans la ville, l'impossibilité de sortir. Citant les points de passage du fiacre, GF commet un lapsus chronologique: "pont Napoléon", alors que l'action se situe sous la monarchie de Juillet. Au brouillon, le fiacre passait devant l'église de la Madeleine: là où la soeur Caroline fut inhumée. D'où la lecture de la scène du fiacre comme inceste. D'autant qu'Emma est enterrée dans sa robe de noces, comme Caroline (mais n'était-ce pas une coutume pour les jeunes mariées défuntes?), et que toutes deux meurent (Jacques Seebacher, que PB ne cite pas, avait relevé la coïncidence) le même jour, 24 mars 1846 (p.98). GF appelait sa soeur "petit rat": ces rats qu'Emma dit vouloir tuer quand elle vole l'arsenic (p.100). Au brouillon, Emma éprouve dans le fiacre "une vague épouvante" (p.95) et demande à Léon d'être sage, "comme frère et soeur" (p.107). Inceste, donc. En associant librement, comme PB, on se souviendra que la Madeleine est l'église où GF fut baptisé. On verrait aussi bien dans la scène du fiacre une scène originelle. Dernier biographème relevé par PB: le haut mal dont souffre GF s'appelle aussi mal de saint Fiacre (p.113). Sa forme d'hystérie provoque des visions colorées: celle même d'Emma qui regarde la campagne à travers des verres de couleurs, dans un passage supprimé.
Des analyses stimulantes, des raccourcis illuminants entre vie et oeuvre, mais aussi de la surinterprétation, par exemple quand l'auteur veut établir l'équivalence entre fiacre et roman, "lourde machine" à laquelle GF s'attelle. D'un point de vue génétique, il n'est pas tout à fait juste de dire que GF se met à rédiger son roman aussitôt après avoir écrit "en fiacre" dans la marge du scénario (p.75-76): l'indication se trouve p.55 des Plans et scénarios (CNRS Editions/ Zulma), qui comptent 61 pages. "En fiacre" est une invention tardive, certes, mais qui n'enclenche pas directement l'écriture. Par ailleurs, PB attachant une grande importance à la toponymie rouennaise, d'alors et d'aujourd'hui, avec traduction contemporaine des noms de rue en notes, on lui signalera, lu de Rouen, que le Mont-Riboudet, prétexte à jeu de mots pour Bournisien, s'appelle toujours ainsi, et non quai Gaston-Boulet (p.82, n.2).

Richard LEBEAU, Voyage en Egypte sur les pas de Flaubert, Le Garde-temps. Lecture de Sahkti.
"Flaubert traversa l’Egypte en 1850 et consignait toutes ses impressions dans de petits carnets qui ont été édités après sa mort. Richard Lebeau est archéologue et il a décidé d’évoquer, à travers cet ouvrage, l’Egypte éternelle décrite par Flaubert. Plus de deux tiers des monuments décrits dans les notes ont aujourd’hui disparu. Pari difficile que celui d’illustrer une région effacée par le temps et la main de l’Homme. Pari réussi. Avec des dessins de Loustal et des photographies de Michel Le Louarn."
(< Le petit bulletin de Zazieweb http://www.zazieweb.com)

Alan RAITT, The Originality of "Madame Bovary", Oxford, Bern, Berlin, Bruxelles, Frankfurt/M., New York, Wien, Peter Lang, 2002. 150 pp. Romanticism and after in France. Vol. 6, General Editor: Alan Raitt.
ISBN 3-906768-44-9 / US-ISBN 0-8204-5856-2 pb. US-$ 25.95 / £ 18.- / EUR1* 29.60 / EUR2** 27.70 / sFr. 43.-
(Annonce de l'éditeur Peter Lang, transmise par Catriona Seth:)
The aim of this study is to assess in what ways "Madame Bovary" constitutes a radically new departure in the history of the novel. After tracing the circuitous route by which Flaubert came to start work on "Madame Bovary" when he was almost thirty, the book analyses the innovatory features of the work, namely its subject-matter, its narrative techniques, its style and language, and its narratorial perspectives. The study then draws together what has been established and shows how everything in the novel is suffused with a very modern irony. Though it has long been recognised that "Madame Bovary" marks a turning point in the history of the novel, the time has come when it is opportune to define exactly in what ways this is so.
Contents: Impersonality (the celebrated if much misunderstood doctrine of the effacement of the author from his text) - Point of view (the use of the point of view of the fictitious characters to mask the presence of the writer) - Dialogue and "style indirect libre" (the reduction of the amount of direct speech and its replacement by the famous free indirect style, one of his most famous techniques) - Description (the strikingly new function he assigns to description) – "Realism" (his ambivalent relationship with the theories and practice of realism current in his time) - Style (his numerous and vital linguistic innovations) - Beauty (the delicate question of what he meant by his emphasis on beauty in the novel, which is anything but an ideal of fine writing) - Architecture (the ways in which the themes of the novel are reflected in an unprecedently tight and cunning structure) - Flaws in the glass? (the possible hints that the work is self-reflexive rather than just an image of a world outside).
The Author: Alan Raitt is Emeritus Professor of French Literature in the University of Oxford and Emeritus Fellow of Magdalen College, Oxford. He is responsible for numerous editions, books and articles on Flaubert.
Direct order: http://www.peterlang.net/all/remote.cfm?vDom=3&vRub=3060&vID=76844
Sarah Fishwick

François ROSSET, Ecrire à Coppet: nous, moi et le monde, Genève, Slatkine, 2002.
L'ouvrage contient un chapitre consacré à deux lieux habités par de célèbres écrivains, Ferney et Coppet. "L’espace: de Ferney à Coppet" s’appuie en partie sur les observations du jeune Flaubert.
(< Catriona Seth)

[BULLETIN FLAUBERT n° 25 / 26 août 2002]

Flaubert, Biblio 12, mai 2002. Acquisitions de l'Equipe Flaubert, ITEM/CNRS, de février 2001 à avril 2002
Par Odile de Guidis et Nathalie Gallus.

Cette bibliographie, très complète, la dernière établie sous la responsabilité d'Odile de Guidis avant son départ à la retraite, tient désormais compte des publications en ligne.
Elle n'est pas encore disponible en ligne sur le site de l'ITEM/CNRS.
http://www.item.ens.fr/contenus/equiprojet/EQPaccueil.htm

Editions

Maxime DU CAMP, Souvenirs littéraires, Préface de Michel Chaillou. Ed. Complexe, coll. "Le regard littéraire", 286p., 9,90 Euros.
A cette édition tronquée, aux propos inconsistants d'ouverture, on préférera l'oeuvre intégrale avec l'excellente préface de Daniel Oster, Aubier, 1994, toujours disponible.

Articles

DAUNAIS Isabelle, "De "ceci à cela": les Illuminations de Flaubert", Romantisme, n°115, "De ceci à cela", 2002, p.5-12.
"Ceci", c'est le texte; "cela", l'image: pour La Légende de Julien l'Hospitalier, le vitrail que GF songeait à faire reproduire à la fin de son conte. "Comment a-t-il tiré ceci de cela?". Ce vitrail, transparent à la lumière, regarde le spectateur autant qu'il est regardé: "Il s'agit plutôt de voir comment la référence au vitrail renvoie au rôle problématique du lecteur, à cette "place du spectateur" qui sans cesse se dérobe sous le double effet des séquences heurtées et de ce qu'on peut appeler les scintillances du texte: formules éclatantes, images saturées, visions sans dégradées, tant des objets que des épisodes" (p.7). Illuminations de F, au sens rimbaldien: éclats qui, dans la prose de Trois contes, entrent en conflit avec la narration. "Tout l'art de Trois contes repose dans l'indistinction de ces deux temporalités, celle de l'histoire racontée, offerte à l'entendement, et celle de "ce qui reste", offerte à l'énigme et au souvenir." (p.12).

LECLERC Yvan, "Flaubert/ Maupassant. La dépression en héritage", dans Magazine littéraire, n°411; juillet-août 2002, p.42-44. Dossier "La dépression, de la mélancolie à la fatigue de soi".
Madame Bovary et Une vie retracent des histoires de dépression et proposent une nouvelle conception esthétique qui installe le vide dans la représentation romanesque.

[BULLETIN FLAUBERT n° 21 / 21 mai 2002]

"Realismo romantico in Flaubert. La morte di Dussardier", Micromémas n°70-2002, Saggi e studi di Letteratura francese, a cura di Massimo Colesanti e Anna Maria Scaiola, Roma, Bulzoni Editore, p.415-423.

[BULLETIN FLAUBERT n° 20 / 6 mai 2002]

NB

Les auteurs qui adressent leurs articles ou leurs ouvrages au Centre Flaubert pour une mention ou une recension seraient très aimables d'envoyer un double de leur livres et tirés à part à la BM de Rouen.
Envois à l'attention de Marie-Dominique Nobécourt-Mutarelli, Bibliothèque Municipale, 3, rue Jacques-Villon, 76000 Rouen.

Avec l'article de Hugues Laroche (voir ci-dessous), nous inaugurons la publication d'articles inédits sur le site.
Par ailleurs, Hugues Laroche nous a autorisés à reprendre sur le site un de ses articles antérieurs, publié dans Romantisme (voir site Flaubert, rubrique Bibliographie> critique universitaire> généralités).
Avec l'accord des auteurs, nous commençons ainsi à constituer la bibliographie critique sur GF en ligne.

Editions

The Temptation of Saint Anthony
Translated by Lafcadio Hearn, introduction by Michel Foucault, preface by Marshall C. Olds. New York: Random House and the Modern Library, 2001.

Critique

Pietro Citati, "Bouvard et Pécuchet", Revue des Deux Mondes, mai 2002, "Qui est la France?", p.17-31.
"B et P font partie des plus grands personnages du roman européen" (p.24). Biographie de GF à 50 ans. Analyse du roman: la bêtise intériorisée, le temps suspendu. Le second volume, publié par Lea Caminiti.
Texte extrait d'un livre à paraître en français, Il Malo assoluto: nel cuore dell' romanzo del ottocento, Mondadori, 2000.

Françoise Court-Perez, "Salammbô, un roman à l'antique", dans L'Afrique du Nord antique et médiévale. Mémoire, identité et imaginaire, textes rassemblés par Claude Briand-Ponsart et Sylvie Crogiez, Publications de l'Université de Rouen, 2002, p.157-170.
Salammbô comme roman du double, de la dualité: érudition et imagination, civilisation et barbarie. GF a choisi son sujet dans une période de fin de civilisation: le rêve de pierre est un rêve de ruines. "L'antique c'est cela: l'histoire ressuscitée dans le respect d'une distance qui la fige dans le même temps qu'elle la fait revivre" (p.163). L'Orient de GF n'est plus celui des romantiques: "A l'Orient mythique succède donc un Orient érudit et la "quête" orientale devient une enquête sur l'Orient." (p.164)

René Descharmes et René Dumesnil, Autour de Flaubert. Etudes historiques et documentaires, réédition de l'éd. de 1912, 2 volumes, Champion, 2002.
EUR 128,06.

Stéphanie Dord-Crouslé, "Saint-Simon, Bouvard et Pécuchet: représentation d'une idéologie" dans Etudes saint-simoniennes, sous la direction de Philippe Régnier, Presses Universitaires de Lyon, 2002, p.177-195.
Etude génétique d'une séquence de B et P, le dialogue au sujet de la doctrine saint-simonienne (éd. GF-Flammarion, p.237-238). "En étudiant la lente et difficile genèse de ce passage, je me propose d'analyser les matériaux rassemblés par F en vue de son écriture, d'en établir une typologie, et de suivre leurs transformations successives, des notes documentaires à la mise au net définitive. Ce parcours mettra au jour les modalités complexes qui président à la représentation d'une idéologie, le saint-simonisme, en insistant sur les rapports ambigus qu'entretiennent l'opinion de l'auteur et les impératifs esthétiques dans la fiction flaubertienne." (p.178)
"La représentation de la doctrine saint-simonienne repose donc sur un subtil équilibre. Elle est à la fois suffisamment fidèle, grâce à la documentation accumulée, pour en donner une image juste et convaincante, et à la fois suffisamment évidée de toutes relation logique véritable pour que le système chancelle à la moindre secousse." (p.192)

Florence Emptaz, Aux pieds de Flaubert, Grasset, 2002.
Publication d'une thèse soutenue 1999, sous le titre "GF. Pour une orthopédie revue et corrigée". Voir site Flaubert, rubrique Thèses> Thèses soutenues.
I. L'opération du pied bot. La boiterie d'Hippolyte renvoie à la vertu chancelante d'Emma. Pour écrire l'épisode, GF lit le Traité pratique du pied-bot de Vincent Duval, ancien élève du père Flaubert, et critique à son égard. L'orthopédie comme volonté générale de redresser et de corriger, au physique comme au moral.
II. Fondements d'une psychologie nouvelle. Focalisation sur le pied dans la description des personnages. L'oeuvre comme "musée de calcéologie" (p.91). Socio-psychologie de la chaussure (bottes, sabots, pantoufles, etc.), "le psychologique se traduit par le podologique" (p.114). Contre la phrénologie, GF conçoit une sorte de "podognomonique".
III. Appels du pied. Codes et modes du pied. Fétichisme de GF, qui conservait les petites pantoufles de Louise. Le pied dans le mécanisme du désir, depuis les techniques de séduction jusqu'à la possession. "La vue de votre pied me trouble". Le pied comme indice de moralité. L'extrême-onction de Bournisien sur les pieds d'Emma. Rôle du discours médical, qui encadre le discours sexuel pour le redresser.
IV. Le syndrome du Catoblepas. Du nom de ce monstre de La Tentation, qui s'est mangé les pattes. Galerie de personnages boiteux ou cul-de-jatte: le chien de la première Education, Giscon enterré, Iaokanann dans sa fosse. Le point de vue des personnages est souvent à ras du sol.
V. Mauvaises postures. Univers du déséquilibre, du trébuchement, de la chute. Effondrement de la figure du père. Immobilité et impuissance. GF lui-même, "cul-de-plomb", détestant la marche. Se voit en phoque. A cet univers en chute libre, GF oppose l'orthopédie du style, "un constant travail de corsetage et de verticalisation de la phrase" (p.315).

Livre neuf, inventif, qui multiplie les modes d'approches critiques, écrit avec un plaisir communicatif. On apprécie particulièrement la prise en compte de toute l'œuvre, et les allers retours entre bio et oeuvre. On regrette juste le choix des éditions de référence, l'étude des manuscrits, pour l'épisode du pied bot, limitée à la version bricolée Pommier-Leleu, quelques jeux de mots gratuits, trop d'exclamations et de points de suspension dans le commentaire.

M'hamed Hassine Fantar, "Le tophet de Salammbô", dans L'Afrique du Nord antique et médiévale. Mémoire, identité et imaginaire, textes rassemblés par Claude Briand-Ponsart et Sylvie Crogiez, Publications de l'Université de Rouen, 2002, p.13-24.
L'auteur rouvre le dossier du sacrifice des enfants par les Carthaginois. Fait le point sur les sources documentaires de GF, et en conteste la vérité historique. D'une enquête précise, l'auteur conclut que les Carthaginois ne sacrifiaient pas leurs enfants, mais qu'ils incinéraient les enfants morts en bas âge, et offraient en sacrifice un animal pour solliciter du dieu Baal Hammon la naissance d'un autre enfant.

Eric Le Calvez, "Salammbô: génétique des voiles sous la tente", dans Il Velo Dissolto.Visione e occultamento nella cultura francese e francofona, a cura di Franca Zanelli Quarantini, Clueb, Heuresis Strumenti, 2001, p.111-133.
Parcours microgénétique de la "baisade sous le peplos", depuis les scénarios jusqu'aux brouillons. Le pluriel du titre ("les voiles") se justifie par la présence du voile de Tanit, le zaïmph, et du voile ou des voiles qui recouvrent Salammbô. Transcriptions diplomatiques des fragments étudiés.
"Le motif du voile, synecdoque et métonymie, central dans la diégèse du roman, ne saurait donc être limité au contexte où il apparaît, isolément. On en saisit une fibre, elle nous conduit vite à une autre, inattendue sans doute, et parfois au-delà des scènes ou même des chapitres qui se répondent dès leur conception; la métonymie ne devient pleinement signifiante que dans ce qu'il convient bien de nommer le macrocontexte." (p.133)

Hugues Laroche, "Poétique de l'héritage malade", Site Flaubert http://flaubert.univ-rouen.fr, 2002. Inédit.
La mort, omniprésente chez GF, ouvre la question de l'héritage, du patrimoine et de sa transmission. "Pères absents, croqueurs de dots: manifestement le système de filiation ne fonctionne plus. Il y a un trou à la place du père qui rend le patrimoine flottant" (p.2). Place du père Flaubert. Le médecin rend malade. "Un héritage en forme de maladie. En effet, si la transmission du patrimoine matériel respecte peu les lois de filiation directe, il n'en va pas de même sur le plan pathologique: la filiation devient contamination." (p.6) Pneumonie, feu saint Antoine, syphilis. "L'héritage scientifique d'un fils de médecin tourne à l'épidémie, se met à signifier dans tous les sens le vide du patrimoine. A père médecin, oeuvre malade" (p.12) Ce rapport perverti au patrimoine se manifeste dans l'attitude vis-à-vis des sources littéraires: la transmission attestée est pourtant niée. "L'héritage y devient une maladie textuellement transmissible" (p.13).

Yvan Leclerc, "L'Afrique "terre des monstres" dans Salammbô de Flaubert", dans L'Afrique du Nord antique et médiévale. Mémoire, identité et imaginaire, textes rassemblés par Claude Briand-Ponsart et Sylvie Crogiez, Publications de l'Université de Rouen, 2002, p.171-180.
"On aimerait reconstituer une "imagerie africaine" chez GF [comme chez Leiris], à défaut de trouver une entrée dans son Dictionnaire des idées reçues. Qu'est-ce que l'Afrique pour lui, au moment où il se met à écrire Salammbô, dans les années 1850, ou plutôt quelles sont les représentations qui se lèvent à ce mot d'Afrique, quel est l'imaginaire africain d'un écrivain comme GF, au milieu du XIXe siècle?" (p.172). Salammbô roman de l'excès, dans les choses représentées et dans les procédés de représentation.

Yvan Leclerc, "Flaubert: personnalité de l'auteur absente", Magazine littéraire n°409, mai 2002. Dossier sur "Les écritures du moi. De l'autobiographie à l'autofiction."
Comment devient-on impersonnel? Le "cycle autobiographique" des oeuvres de jeunesse. Formule apocryphe: "Madame Bovary, c'est moi". Biographèmes dans L'Education sentimentale. Traces d'ascendance maternelle dans Un coeur simple et Bouvard.

Sylvie Triaire, Une esthétique de la déliaison: Flaubert, 1870-1880, Champion, 2002.
[annonce de l'éditeur] Au-delà de L'Éducation sentimentale se radicalise chez Flaubert une esthétique de la déliaison, libérée des contraintes génériques et travaillée par la mise en tension du fragment et de la totalité. Le motif de la vocation permet de lire ensemble La Tentation de saint Antoine, Bouvard et Pécuchet et Trois contes, vocation soumise à un mouvement de crise, puis relevée dans l'acquiescement à l'abdication identitaire, à l'abandon de l'intelligible pour le sensible. Le trajet des personnages, emblématique de celui de l'artiste défini par la dissémination impersonnelle, les mène à la croisée de la perception sublime et de l'évidemment mélancolique. En ce lieu s'invente, plus qu'une forme, un rythme, permettant le nouage des trois mouvements fondamentaux de l'écrit ure flaubertienne - l'accumulation, la brisure, la circulation - selon le chiffre infini du monstre et de l'hybride. Ainsi peut se présenter la synthèse disjonctive dont l'Orient, avec ses cimetières, ses pyramides, la haute figure du Sphinx, inscrivit profondément la trace chez Flaubert. Toute vocation aboutit de la sorte à la promesse illimitée de totalité, hors le simulacre de l'unité.
Prix EUR TTC: 69.00.

[BULLETIN FLAUBERT n° 17 / 15 février 2002]

Editions

Guy de Maupassant, Gustave Flaubert, préface de Michel Parfenov, Parangon, 2001.
Contient: l'étude de GM publiée en préface aux Lettres de GF à George Sand (1884); l'article "Gustave Flaubert", paru dans L'Echo de Paris du 24 novembre 1890; un extrait des Nouveaux souvenirs intimes sur Guy de Maupassant, par François Tassart; la lettre de Flaubert à Maupassant du 1er février 1880 (sur Boule de Suif).

Gustave Flaubert, Correspondance, texte établi sur les autographes, annoté et présenté par Giovanni Bonaccorso, lauréat de l'Académie Française, Nizet, 2001.
Tome I: Du collège à l'Orient (1830-1851); tome II: La quête du Beau: de l'école des maîtres à l'originalité (1852-1861).
Enfin Giovanni Bonaccorso vint, pour donner au monde la "première édition scientifique" (c'est écrit sur la couverture) de la correspondance de Flaubert. On l'attendait depuis 120 ans, et l'on se demande, rétrospectivement, comment on a pu lire et étudier les lettres de GF si mal éditées jusqu'à Lui. GB émet l'hypothèse vraisemblable d'un complot international des éditeurs antérieurs, ourdi pour nuire à la réputation de Flaubert. Tous ses prédécesseurs sont des incompétents qui ont travaillé sans rigueur scientifique. Antoine Youssef Naaman, l'éditeur des Lettres d'Egypte? "Pédantesque" (t.I, p. XV). Alphonse Jacobs, souvent donné en modèle pour son Flaubert/Sand? Un manipulateur (t.II, p.VI). L'éditeur de la Pléiade (jamais nommé dans les préfaces)? Se trompe et persiste dans "son défaut de méthode" (t.II, p.XII).
Donc GB présente une édition qui répond aux "exigences de la Science" (t.I, p. XXVI); il corrige les malignes erreurs de lecture, établit une édition diplomatique en respectant la ponctuation, et redate des centaines de lettres. Par respect scrupuleux de l'autographe, il met au point un nouvel objet scientifique, le vrai-faux autographe, et une méthode inédite: le collationnement sur manuscrit absent. En effet, quand GB n'a pas eu accès à une lettre vue par Jean Bruneau (nommons-le), il recopie la Pléiade en restituant la ponctuation selon ce qu'il sait des habitudes générales de Flaubert, d'après le manuscrit qu'il n'a pas consulté. Pour les nouvelles datations, il a recours à un procédé tout aussi scientifiquement rigoureux: la datation par la psychologie. Soit une lettre à Chevalier que Jean Bruneau date prudemment de 1853, faute d'indices chronologiques plus précis (Pléiade, t.II, p.495). Mais en relisant de près cette lettre, GB s'aperçoit que Flaubert était de "mauvaise humeur" (t.II, p.XVII) au moment où il l'écrivait. Et quand Flaubert fut-il de mauvaise humeur en 1853? En octobre, à cause de Louise Colet. La lettre, datée aussi scientifiquement par l'humeur que par le carbone 14, est donc d'octobre-novembre 1853: novembre car la mauvaise humeur peut durer un peu et l'écriture de la lettre ressemble à une autre datée de ce mois, mais pas décembre, car la lettre est "muette quant aux souhaits de fin […] d'année" (t.II, p.XVI), qu'on présente dès le 1er du mois. CQFD.
Les deux derniers volumes sont annoncés pour 2003. Quant il abordera les années 1876-1880, GB ne pourra plus recopier la Pléiade, dont le t. V est encore à paraître, il pourra alors déployer librement tout son génie scientifique.

Critiques

Michel Brix, Eros et littérature. Le discours amoureux en France au XIXe siècle, Louvain, Peeters, Louvain, 2001.
Chap. VI - "Mal du siècle, bovarysme et pêché d'idolâtrie".
"On a pu voir, à bon droit, dans le bovarysme le trait majeur des romantiques" (p.164). Les bovarystes lisent sans écrire, consomment l'art sans créer, comme Emma, "plus sentimentale qu'artiste".
Chap. XI - "Flaubert: maladies d'amour".
Thématique du "double amour", qui oppose femme idéale et femme réelle. GF se défie de la "poétisation" de la femme et du mysticisme amoureux. Passion et vertu, Mémoires d'un fou, comme exemples de la religion sentimentale. Dans Novembre apparaît la prostituée, liée à la femme idéale. Le prénom Marie condense cette double postulation. Madame Bovary et Salammbô explorent la confusion de l'érotisme et du mysticisme. L'aspiration à l'absolu dérive de la haine de soi, du corps et de ses désirs. "L'hystérie féminine […] procède de la volonté de masquer la réalité des désirs physiques sous le voile d'aspirations religieuses et de ne concevoir la possibilité de l'amour que sous des formes idéales" (p.339). L'Education sentimentale donne lieu à une analyse psychologique: la "névrose idéalisante" (p.343) de Frédéric consiste à aimer son image à travers la figure sublimée de Marie, substitut de la mère.
Deux précisions :
- p.322. Le plan d'Une nuit de Don Juan n'a pas appartenu à Maupassant, mais c'est par lui qu'il a été publié dans l'étude "Gustave Flaubert", en préface aux Lettres de GF à G. Sand, Charpentier, 1884.
- p.338, n.118. Vérification faite sur l'autographe, Flaubert a bien écrit "elle ennivrée [sic] du feu mystico-hystérique d'Astarté", et non du "jeu", qui est une erreur de lecture ou de transcription. Plan de Salammbô, BnF, nafr. 23662, f° 181.

Jacqueline Ernst, "Gustave Flaubert: un stoïcisme esthétique", dans Éthiques de l’écriture, XIXe-XXe siècles, Vives Lettres n° 12, textes réunis et présentés par Michèle Finck et Gisèle Séginger, PU de Strasbourg, 2001, p.61-76.

Yvan Leclerc, "Flaubert et Du Camp: deux éthiques de l’écriture (à propos de leur Correspondance)", dans Éthiques de l’écriture, XIXe-XXe siècles, Vives Lettres n°12, textes réunis et présentés par Michèle Finck et Gisèle Séginger, PU de Strasbourg, 2001, p.41-59.

Yvan Leclerc, "Les éditions de la correspondance de Flaubert", Revue de l'Aire, n°27, hiver 2001, Librairie Honoré Champion, p.157-166.
Histoire des différentes éditions, depuis Charpentier (1887) à nos jours, et même un peu au-delà: l'édition Pléiade, une fois achevée avec le t.V, devrait dépasser 4000 lettres. Version en ligne de cet article, sur le site Flaubert, entrée "Bibliographie".

Maryline Lukacher, "Fictions biographiques: Flaubert et Le Voyage en Egypte", Revue des Sciences Humaines, n° 263, "Paradoxes du biographique", 3/2001, p.183-193.
Le départ pour l'Orient est vécu par GF comme une mort, "un voyage osiriaque dont il ne reviendra symboliquement jamais" (p.184), après la condamnation de La Tentation, œuvre interminable. L'auteur analyse ensuite le discours misogyne sur la femme orientale. Le "spectre" malsain de Kuchuk Hanem revient dans un cauchemar de Louise Colet (Les Pays lumineux, 1879). L'ancienne maîtresse voit en saint Antoine "la perversion du désir de Flaubert" (p.191).
Article dont on saisit mal la cohérence, et guère plus son rapport au thème du numéro de la revue. Curieusement, l'auteur cite la correspondance d'après l'éd. Conard (censures comprises) et les Souvenirs littéraires de Du Camp en renvoyant aux extraits donnés par L'Intégrale/Seuil, t.I.

Liana Nissim, "Les vêtements d'Emma: sexe ambigu ou frénésie des modes ?", dans Vêtement et littérature, Frédéric Monneyron dir., PU de Perpignan, 2001,p.191-213.
L'article de Baudelaire sur Madame Bovary, analysant la "virilité" d'Emma, a servi de point de départ aux sur-interprétations d'inspiration psychanalytique: lorgnon, chapeau, gilet, pipe révèleraient son désir d'être homme. Liana Nissim, revenant à l'univers référentiel du roman, montre que "les choix d'Emma ne viennent pas des ambiguïtés de son sexe mais d'une obéissance scrupuleuse à la mode du moment" (p.212), celle des lionnes et de l'anglomanie.

Mona Ozouf, Les Aveux du roman, Fayard, 2001.
Un chapitre est consacré à "Bouvard et Pécuchet: l’égalité dans l’insignifiance", p.211-23.
Analyse du chap.VI, celui de la Révolution à Chavignolles. Dans cet essai sur le roman au XIXe siècle comme négociation entre Ancien Régime et Révolution, BP représente le "roman limite, où tous les sujets se fondent dans le collectif anonyme" (p.211), "roman sur la neutralisation de l'existence opérée par la démocratie, sur l'aboutissement de ce travail de l'égalité dont Tocqueville avait pressenti qu'il serait aussi un travail de l'insignifiance" (p.233). Idée pertinente, mais qui demande à être démontrée par une analyse rigoureuse, alors que le chapitre de cet essai ne dépasse pas le résumé à peine commenté de l’intégralité du roman. MO parle d'un étrange roman sur lequel les "critiques ont beaucoup rêvé" (p.232). Mais ils ont aussi réfléchi et publié, et MO ignore, ou feint d'ignorer, ceux qui ont travaillé avant elle sur le même sujet, entre autres Claude Duchet (la désécriture de l'Histoire), Philippe Dufour (le discours lors de la plantation de l'Arbre de la Liberté), Stéphanie Dord-Crouslé (la scène entre Gorgu et Mme Castillon), Tomoko Mihara (thèse sur la communauté dans BP). Des erreurs factuelles, comme si MO avait travaillé de seconde main: on lit que Flaubert se met à travailler à BP en juin 1877 (p.211), et que L'Education sentimentale devait d'abord s'intituler Histoire d'un jeune homme (p.334).

Bertrand Vibert, "Elu-foutu: l'être ou ne pas l'être". Sur Le Candidat de Flaubert, dans Recherches & Travaux, n° 59, "Contraintes et dérives d'écriture", U. de Grenoble, 2001.

Collectifs

L'Angélus, Bulletin de l'Association des Amis de Guy de Maupassant, n° 12, déc. 2001-janv. 2002.
148 bd de la Libération, 13004 Marseille.
Jacques Bienvenu, "Les carnets intimes d'Hermine Lecomte du Noüy", p.3-15.
Trois pages de ce carnet, datées de juin 1887, concernent Maupassant et Flaubert: "M. trouve la préface de Mme Commanville ["Souvenirs intimes", Correspondance, Charpentier, t.I, 1887] idiote et la publication des lettres du grand Maître, presque un sacrilège. […] Mme de Maupassant a seulement 18 lettres de Flaubert; Guy en possède 286 qu'il garde pieusement. Il n'en a livré que 4 à la Commanville."
Thierry Selva, "Une étude quantitative du vocabulaire de Maupassant", p. 41-48. Cette étude est menée en comparaison avec le vocabulaire de Flaubert, Zola et Proust.

Bibliotherapy, sous la direction de Rémy Markowitsch, Edizioni Perferia, Poschiavo/ Luzern, 2002.
Catalogue de l'exposition à la Villa Merkel de Rémy Markowitsch, en collaboration avec Michael Ming Hong Lin. Ouvrage trilingue allemand, anglais, français.
Andreas Baur, Peter Fischer: Préface.
Alberto Manguel: La Bibliothèque de Robinson.
Yvan Leclerc: Bouvard et Pécuchet ou la bibliothèque lue comme "roman de la médecine".
Cornelia Saxe: La Bouvarine – Du livre comme drogue, de la femme comme lectrice et du luxe de la lecture à haute voix.
Antje Weitzel: Le jardin des sentiers entrelacés.
Photographies des 25 lecteurs de Bouvard et Pécuchet, pour l'exposition.
Inventaire de la Bibliothèque de Gustave Flaubert (extraits de l'inventaire réalisé par le Centre Flaubert).
"Dans Une histoire de la lecture, Alberto Manguel écrit:"[…] Voici la curieuse science de la bibliothérapie, définie par le dictionnaire Webster comme "l'usage de textes choisis en guise de compléments thérapeutiques en médecine et en psychiatrie", grâce à laquelle certains médecins prétendent pouvoir guérir les malades de corps et d'esprit à l'aide du Voyage au centre de la Terre ou de Bouvard et Pécuchet." […] Marc-Alain Ouaknin, philosophe, rabbin et spécialiste de littérature classique juive, a consacré à la bibliothérapie tout un ouvrage du même nom, qui porte le sous-titre Lire, c'est guérir. […] Pour son projet Bibliotherapy, Rémy Markowitsch a invité 25 personnes à faire la lecture de Bouvard et Pécuchet passage par passage. Les séances de lecture ont eu lieu soit à Paris – où l'histoire commence –, soit dans le site géographique où se déroule en fait le roman, c'est-à-dire en Normandie. L'artiste a enregistré ces séances de lecture avec un caméscope numérique. Les vidéos qui dressent le portrait des lectrices et lecteurs à voix haute à la manière d'une photo étirée dans le temps constituent, dans des formes de présentation diverses, un élément essentiel du projet", Antje Weitzel, p.380-381.

Flaubert's Parrot de Julian Barnes : "un symbole du logos ?", Rouen : Publications de l'université de Rouen, 2002. (PUR n° 311)

Sommaire
Antoine Capet : Avant-propos 1
Nicole Terrien : Introduction 3
Yvan Leclerc : Le Perroquet de Flaubert, ou la biographie impossible 5
Michael Wetherill : Mixing It Up As You Go Along : History Then and Now 19
Vanessa Guignery : Sur la piste des perroquets: les figures de la quête 29
Matthew Pateman : Precision and Uncertainty in Flaubert's Parrot 47
Christelle Chaussinand : Lexicophagie et ipsophagie dans Flaubert's Parrot 59
Catriona Seth : Your Favourite Mode of Utterance: Italics in Flaubert's Parrot 71
Tony Williams : A Train-Spotter's Guide to Julian Barnes 79
Lionel Acher : Jeux de miroir(s) dans Le Perroquet de Flaubert 95
Nicole Terrien : Le psittacisme ou la parole de l'autre 103
Julian Barnes in Conversation 119
Table des matières 135

Format: 24x16 cm
ISBN: 2-87775-321-2
Nombre de pages: 138
Prix: 17 Euros.
Frais d'expédition: 3,51 Euros pour le premier volume, 1,22 Euros pour le volume suivant.

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[BULLETIN FLAUBERT n° 14 / 22 décembre 2001]

Guy de Maupassant, Des Vers et Autres poèmes,
éd. d'Emmanuel Vincent, préf. Louis Forestier, Publications de l'Université de Rouen, 2001.
Pour la première fois, on présente le relevé exhaustif des corrections manuscrites portées par Flaubert sur son exemplaire personnel, conservé à la bibliothèque de Canteleu (p.366 et suiv.).

[BULLETIN FLAUBERT n° 13 / 11 décembre 2001]

(< Paul Paumier, Veille documentaire, Université de Rouen)
Guy de MAUPASSANT, Etude sur Flaubert,
Préface de Michel PARFENOV, Paris, éd. Parangon, 2001, 144 p. (coll. Mots et merveilles),
ISBN : 2-84190-063-0, Broché, 49,20 F. soit 7,50 Euros
(Livres Hebdo n° 447 du 23 nov. 2001, p. 91:)

[BULLETIN FLAUBERT n° 12 / 27 novembre 2001]

Guignery, Vanessa. "Flaubert’s Parrot" de Julian Barnes.
Paris : Nathan université/Armand Colin, 2001, ISBN 2-200-26198-5. 140p.

[BULLETIN FLAUBERT n° 10 / 26 octobre 2001]

Sylvie LAUT-BERR, Flaubert et l'Antiquité: itinéraire d'une passion,
Paris: H. Champion, 2001, 386 p. (Romantisme et modernités; 41) - Relié. 430F. ISBN: 2-7453-0387-2
L'auteur étudie et analyse la constante présence dans les œuvres de Flaubert d'une atmosphère fantastique, qui serait la source de sa passion pour l'Antiquité.
(Livres Hebdo. n°440 du 5 octobre 2001, p.145. < Paul Paumier, "Veille documentaire", U. de Rouen.)

Claude BRIAND-PONSART, "GF à la découverte de Carthage. Note préliminaire"
L'Africa romana. Atti del XIII convegno di studio Djerba, 10-13 dicembre 1998, Carocci editore, Roma, 2000, p.501-509.
Contexte de Salammbô: engouement pour la Méditerranée orientale, notoriété des personnages historiques, colonisation. Lectures de GF pour le roman.

La Bibliothèque de Flaubert: inventaires et critiques
sous la direction de Yvan Leclerc. Publication du Centre Flaubert.
PU de Rouen, 2001, collection "Flaubert", vol. 3.
Ce volume se compose de deux parties complémentaires: la première est essentiellement constituée de listes de livres; la seconde réunit des contributions qui analysent les pratiques de Flaubert lecteur et la place du livre dans son œuvre.
Pour reconstituer la bibliothèque réelle de Flaubert, nous disposons de trois sortes d’inventaires, reproduits ici dans leur intégralité: d’abord (par ordre de publication) le catalogue de la bibliothèque conservée actuellement à l’Hôtel de Ville de Canteleu, commune dont dépend Croisset; ensuite l’inventaire après décès de Flaubert, dressé par le notaire Bidault en mai 1880, et dont une bonne moitié est consacrée à l’enregistrement des livres; enfin les sections regroupant les numéros des livres dans les deux catalogues de la succession Franklin Grout, établis l’un pour la vente d’Antibes les 28, 29 et 30 avril 1931, l’autre pour la vente à l’Hôtel Drouot, les 18-19 novembre 1931.
La deuxième partie du volume réunit les actes du colloque international qui s’est tenu à l’Hôtel de Ville de Canteleu le 4décembre 1999, à l’initiative du Centre Flaubert et de l’Association des Amis de Flaubert et de Maupassant, et en collaboration avec la ville de Canteleu et avec le Musée Flaubert et d’Histoire de la Médecine.

TABLE DES MATIERES
Présentation par Yvan Leclerc

INVENTAIRES
Inventaires, mode d’emploi
par Yvan Leclerc
Catalogue de la bibliothèque conservée à l’Hôtel de Ville de Canteleu,
par Virginie Maslard et Jacqueline Thébault
Ouvrages en français
Ouvrages de Gustave Flaubert
Ouvrages anonymes, anthologies
Ouvrages en anglais
Ouvrages en allemand
Ouvrages en italien
Ouvrages en latin et en grec
Ouvrage en suédois
Ouvrage en japonais
Ouvrages de Flaubert traduits en langues étrangères
Inventaire après décès de Flaubert par Maître Bidault
Inventaire après décès de la bibliothèque de Flaubert
par René Rouault de la Vigne
Catalogue de la vente après décès de Mme Franklin Grout
Antibes, 28-29-30 avril 1931     
Catalogue de la succession de Mme Franklin Grout-Flaubert
Hôtel Drouot, 18-19 novembre 1931

CRITIQUES
Daniel FAUVEL
De Croisset à Croisset: itinéraire de la bibliothèque de Flaubert
Yvan LECLERC
Entretien sur la bibliothèque de Flaubert
Arlette DUBOIS
La bibliothèque du Musée Flaubert et d’Histoire de la Médecine
Francis LACOSTE
Éducation sentimentale ou éducation littéraire?
(à propos de la première Éducation sentimentale)
Florence EMPTAZ
Gustave Flaubert apprenti orthopédiste: de la bibliothèque paternelle
à l’espace romanesque
Norioki SUGAYA
La bibliothèque romantique d’Emma condamnée par la
bibliothèque médicale de Bouvard et Pécuchet
Liana NISSIM
"Car j’y crois, à Port-Royal, et je souhaite encore moins y vivre
qu’à Carthage". Flaubert lecteur de Port-Royal de Sainte-Beuve
Bruna DONATELLI
Flaubert: notes de lecture sur Taine
Matthieu DESPORTES
Hérodias, ou comment faire un cinquième évangile
Stéphanie DORD-CROUSLÉ
La face cachée de l’"impartialité" flaubertienne: le cas embarrassant de Joseph de Maistre
Thierry POYET
L’écriture épistolaire et les jugements littéraires chez Flaubert
Peter Michael WETHERILL
Typologie de la lecture flaubertienne
Bibliographie



Format: 24 x 16 cm                                   Nombre de pages: 356
ISBN: 2-87775-311-5                                  Code barre: 9 782877 753111
ISSN: 1296-0829
Prix public: Euros: 23                          FF: 150,87
Frais d’expédition: Euros: 3,51                     23 FF. pour le premier volume
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[BULLETIN FLAUBERT n° 9 / 10 octobre 2001]

(< Marschall C. Olds et Alana Edrige)
Nineteenh-Century French Studies, Fall-Winter 200-2001, vol. 29.
Robino, Nancy. "Impotence and Excess: Male Hysteria and Androgyny in Flaubert’s Salammbô." vol.29, nos.1-2, (2000-2001),78-99.
Flaubert represents male hysteria through a Baudelairean model of androgyny: the hysterical poet. His elaboration of this model functions as a symbolic portrayal of modern artistic creation, which emphasizes a dialectical process of empowerment and disjunction. The hysterical poet as androgyne exposes the constraints of the figure’s potentially subversive role. For its representation recuperates dichotomous sexual stereotypes by an underlying gender-biased subtext of hysteria that actualizes such topical notions as the wandering womb, the “attitudes passionnelles” of female hysterics, and other nineteenth-century clinical metaphors related to the hysteria concept. (NIR)  Keywords: Baudelaire  medical history  modernity

Le Calvez, Éric. "Bouvard et Pécuchet magiciens." vol.29, nos.1-2, (2000-2001),100-137.
Cette étude génétique analyse dans le détail la scène de l’évocation du père de Bouvard dans l’épisode de la magie situé à la fin du passage sur le spiritisme dans le huitième chapitre de Bouvard et Pécuchet. Elle s’interroge d’abord sur les modalités de germination de la scène au cours de l’étape scénarique, et s’attarde ensuite plus longuement sur la rédaction proprement dite dans les brouillons. D’un côté, il s’agit de voir pourquoi l’écriture est ici très problématique pour Flaubert, qui semble en manque d’inspiration et revient souvent sur ses propres traces; d’un autre côté, les brouillons révèlent divers processus stylistiques qui sont à l’œuvre pour la formation du récit (utilisation de la documentation, chasse aux assonances) et qui, par répétition, métonymie et synonymie, produisent l’expansion du comique sans exagération farcesque. (In French) (ELC) Keywords: narratologie  comique  parodie stylistique

Daniel Desormeaux, La figure du bibliomane : histoire du livre et stratégie littéraire au XIXe siècle,
Saint-Genouph : Nizet, 2001, 251 p. - ISBN : 2-7078-1254-4 - 150 F - Bibliogr.
De l'époque médiévale au XIXe siècle, en passant par les Lumières, la figure du bibliomane suit les bouleversements et les préoccupations du moment et prend des formes distinctes. L'auteur en retrace les étapes avant d'entamer la critique des conditions et de la situation de réception de la figure chez Flaubert, Stendhal, Nerval, Barbey d'Aurevilly et Anatole France.
(Référencé dans Livres Hebdo n° 437 du 14 septembre 2001, p.109. < Paul Paumier, "Veille documentaire", Université de Rouen)

Vient de paraître (suite) Dans notre Bulletin 8, nous avons rendu compte de l'édition de L'Education sentimentale, présentation par Stéphanie Dord-Crouslé, GF Flammarion, éd. avec dossier, 2001, 606p. Nous posions deux questions directes à SDC: comment peut-on voir du Bouilhet en Deslauriers (p.21)? pourquoi l'exemplaire Charpentier de 1879, corrigé de la main de Flaubert, n'a-t-il "pas à être pris en compte" (p.40)?
SDC nous a lu, et nous répond:

Cher Bulletin Flaubert,
merci de recenser mes ouvrages et articles avec autant de sympathie (dans le sens flaubertien du terme) et de promptitude!
Je tente de répondre aux questions posées.
D'abord pour les traits communs de Bouilhet et Deslauriers. Il me semble  simplement que par le couple intellectuel et affectif qu'il forme avec Frédéric, et dans la mesure où Flaubert a mis un peu de lui-même dans son personnage principal, le personnage de Deslauriers ne peut pas ne pas porter quelques traits, diffus (je l'admets bien volontiers!), de Bouilhet qui forma un tel couple avec Flaubert. Je pense  aux moments d'euphorie fraternelle, en particulier lorsque les deux jeunes gens emménagent ensemble (p.114), ou tout simplement la situation de dialogue au coin du feu dans le dernier chapitre... Mais il est clair qu'il ne s'agit pas ici de traits de caractère ou de faits biographiques, au sens où on l'entend classiquement lorsqu'on parle d'une étude de personnage.
Ensuite pour les problèmes d'édition du texte.
J'ai essayé d'être aussi claire que possible dans ma notice, mais il est vrai que l'on ne peut pas tout expliciter! Je reprends donc. J'ai mentionné et donné des exemples des erreurs manifestes que comporte l'édition de 1879. Je peux même avouer ici qu'en digne (!) éditrice de Bouvard et Pécuchet, lorsque j'ai commencé à songer à une édition de L'Éducation sentimentale, je pensais très sérieusement à proposer le texte de 1869 (voire, par un extrémisme tout bouvardien, celui du manuscrit définitif!!). D'ailleurs, comment ne pas y songer lorsqu'on compare les deux "versions" du chant de Mme Arnoux (p.108)? Si mes souvenirs sont bons, deux longues propositions disparaissent brusquement au milieu de la phrase qui décrit sa manière de respirer, la rendant beaucoup plus difficile à comprendre...
Mais le temps de la réflexion m'a amenée à mettre de l'eau dans mon vin.
En l'absence de l'exemplaire qui a servi à la composition de l'édition de 1879 et des épreuves de cette édition, le tout corrigé par Flaubert, comment faire le départ entre ce qui est correction d'auteur et erreur de composition non repérée par l'auteur? Je dois avouer que le choix est forcément subjectif, tellement subjectif que je ne me suis pas sentie de l'assumer, par défaut d'une "théorie" suffisamment solide. Car je pense que si le choix doit être fait (et il doit l'être), il doit aussi être justifié ou justifiable, à chaque fois, par des principes suffisamment clairs et étayés.
La collection GF n'était donc pas le lieu le plus adéquat pour accueillir ce qui apparaîtrait à un public de non-spécialistes des "pesées de mouches"... qui, ceci dit, me passionnent!
Mon parti a donc été, comme je le précise, de proposer la leçon Charpentier débarrassée de ses coquilles évidentes (orthographe, ponctuation) et améliorée grâce à un certain nombre de corrections faites au vu de l'édition de 1869, des manuscritsŠ et du bon sens! et dont la liste est intégralement donnée dans la note de présentation.
Je reste cependant tout à fait persuadée que l'édition de ce texte peut être grandement améliorée, mais sur un autre support (une édition érudite) et par un œil critique qui aurait œuvré sur un plus grand nombre d'éditions de textes flaubertiens que ne l'a fait le mien jusqu'à aujourd'hui... Mais le temps travaille pour moi!
Ceci était la réponse pour l'amont (pourquoi tenir compte des transformations opérées entre 1869 et 1879?), mais le Bulletin pose aussi le problème de l'aval: pourquoi ne pas avoir tenu compte des exemplaires corrigés de la main de l'auteur? Deux cas sont à distinguer: pour l'exemplaire de l'édition de 1869, je pars du principe que si Flaubert tenait à ses corrections, il aurait dû les reprendre dans l'édition de 1879, or ce n'est pas le cas, me semble-t-il (je n'ai plus toute la documentation présente à l'esprit); quant à l'exemplaire de l'édition de 1879, je lui applique les leçons retirées de l'exemplaire précédemment analysé: rien ne prouve qu'il les aurait maintenues dans une réédition ultérieure.. Mais là encore l'œil critique aura peut-être à s'exercer au cas par cas!
Voilà pour les questions posées par le Bulletin (et dont je suis tout à fait prête à débattre plus longuement s'il y a des amateurs!).

Je profite aussi de ce courriel pour une petite mise au point. Comme se le proposait l'un des derniers Bulletins (“ éviter la constitution de ce qu'Alfred Le Poittevin appelle, dans une note inédite, une "Société mutuelle d'admiration réciproque" (BMR, ms g 271 ”), j'indique ci-dessous une liste d'erreurs ou d'omissions regrettables qui, si elles disparaissaient de l'édition (sans attendre une réimpression qui n'aura pas lieu avant 18 mois), permettraient alors, peut-être, à ce modeste ouvrage de moins mal correspondre au qualificatif immérité que le Bulletin a bien voulu lui accoler (“ un modèle de clarté et d'exactitude ”)!!
doivent retrouver leur place dans la bibliographie:
- Gustave Flaubert, Les Carnets de travail, éd. de Pierre-Marc de Biasi, Paris, Balland, 1988.
- L'Éducation sentimentale, éd. de Pierre-Marc de Biasi, Paris, Seuil,  "L'Ecole des lettres", 1993.
- Pierre-Marc de Biasi, “  L'Éducation sentimentale ”, L'Histoire (coll.), Paris, Belin, 1989.
- Pierre Bourdieu, Les Règles de l'art. Genèse et structure du champ littéraire [1992], Paris, Le Seuil, “ Points ”, 1998.
coquilles dans le texte:
- p.91. Murillo... 4. ” => Murillo 4 ... ”
- p.217 n.1 . inversion malencontreuse des deux couples: c'est Isabelle qui épouse don François d'Assise et Luisa Fernanda qui épouse le fils de Louis Philippe.
- p.313 n.1 Ajouter: “ aux mœurs légères, dont les frères Goncourt ont écrit la biographie en 1857. ”
- p.589. Ètonnement => étonnement
- p.590 a se durcit => á se durcit
- p.593. a les demandes => á les demandes
erreur dans la carte de l'espace provincial (p.585):
Le tracé Paris-Nogent en petits points et celui en en double trait doivent être intervertis afin que la ville de Mormant (qui ne change pas de place!) se retrouve sur le tracé de la route et non plus du chemin de fer.

Les lecteurs à l'œil critique et au clavier alerte ne manqueront pas, je l'espère, d'allonger promptement la liste donnée ci-dessus afin que la réimpression puisse en tenir compte.

[BULLETIN FLAUBERT n° 8 / 17 septembre 2001]

EDITION

Flaubert, L'Education sentimentale, présentation par Stéphanie Dord-Crouslé, GF Flammarion, éd. avec dossier, 2001, 606p.
Présentation: un roman qui n'est pas un "livre sur rien": "c'est un roman qui, au-delà ou en deçà de sa perfection formelle, renferme une réflexion profonde sur la nature humaine, le gouvernement des individus et la conduite des affaires publiques" (p.14). Genèse du roman. "Modèles" biographiques, autotextualité (avec L'Education de 1845), intertextualité (Balzac, lectures documentaires). Dix pages passionnantes sur les rapports illusion/réel et sur le travail de mémoire dans les deux derniers chap. du roman. "Frédéric est souvent investi d'une capacité imaginative qui lui permet, en un certain sens, de devenir lui-même "créateur", puisqu'il réinterprète les signes du réel selon son propre état d'esprit. L'illusion du personnage de fiction se rapproche alors de celle que vise à créer l'écrivain dans l'esprit de son lecteur" (p.29).
Note sur l'édition: SDC propose le texte de l'éd. Charpentier de 1879, malgré les réserves que l'on peut faire sur certaines corrections apportées par Flaubert.
Volumineux dossier: la réception contemporaine de l'ES (in extenso, l'éreintement de Barbey d'Aurevilly et la défense de Sand), un tableau en deux colonnes dates de l'Histoire/événements de la fiction, qui vaut à lui seul une longue analyse des correspondances entre politique et sentiment, des cartes de Paris au XIXe siècle pour les repères topographiques, le premier plan de l'ES en fac-similé et transcription "diplomatique", un modèle de clarté et d'exactitude.
Questions directes à SDC, si elle nous lit: comment peut-on voir du Bouilhet en Deslauriers (p.21)? pourquoi l'exemplaire Charpentier de 1879, corrigé de la main de Flaubert, n'a-t-il "pas à être pris en compte" (p.40)?
Les lecteurs du bulletin et les visiteurs du site Flaubert ("Club") trouveront avec plaisir la définition retenue du mot "gabillot", qui nous a longtemps occupé (p.52, n.2).

Stéphanie Dord-Crouslé sur le site Flaubert:
résumé de thèse, en français, anglais; table des matières
comptes rendus par Matthieu Desportes et YL de ses travaux sur BP: édition et ouvrage critique ("Débats critiques")


OUVRAGE

Mary Neiland: "Les Tentations de saint Antoine" and Flaubert’s Fiction: A Creative Dynamic, Amsterdam/Atlanta, GA 2001. 201pp. (Faux Titre 204)
ISBN: 90-420-1345-1 EUR 37,-/US-$ 34.-
Annonce de l'éditeur (nous n'avons pas reçu ce livre):
This book reveals the extensive and dynamic interplay between Les Tentations de saint Antoine and the rest of Flaubert’s fiction. Mary Neiland combines two critical approaches, genetic and intertextual criticism, in order to trace the development of selected topoï and figures across the three versions of La Tentation and on through Flaubert’s other major works. Each chapter is devoted to one of these centres of interest, namely, the banquet scene, the cityscape, the crowd, the seductive female and the Devil. Detailed study of these five areas exposes a remarkable intimacy between writings that appear at a far remove from each other. The networks of recurring images located demonstrate for the first time the obsessive nature of Flaubert’s writing practice; the pursuit of these networks across his fictional writings exposes his developing technique; and La Tentation is revealed as both a privileged moment of expression and as a place of auto-reflection. This volume will be of interest to students and specialists of Flaubert as well as to those interested in genetic and intertextual criticism.
Contact: Marieke Schilling, Editions Rodopi BV, Tijnmuiden 7, 1046 AK Amsterdam, The Netherlands
http://www.rodopi.nl/
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ARTICLES

Sarga Moussa, "La poésie dans la correspondance de Flaubert", L'esthétique dans les correspondances d'écrivains et de musiciens (XIXe-XXe siècles), PU de la Sorbonne, 2001, p.19-33.
Etude sur "le rôle spécifique que jouent les poètes dans la formation des idées sur l'art de Flaubert". Flaubert lecteur des poètes: Lamartine, Hugo, Musset, Boileau, Ronsard, Homère, Virgile. Flaubert lecteur et la poésie de L. Colet: analyse fouillée des corrections apportées par GF. La tentation "poétique" du romancier, poésie contre "pohésie". L'idéal poétique de la prose. "La Muse, après tout, est peut-être autre chose qu'un simple destinataire: incarnant tout à la fois un contre-modèle (par son lyrisme excessif) et une tentation (par sa pratique poétique), elle répond, symboliquement, aux aspirations esthétiques contradictoires que Flaubert porte en soi".

Rappel: Sarga Moussa, chercheur au CNRS (LIRE, Lyon), spécialiste de l'orientalisme littéraire et du récit de voyage au XIXe siècle, a par ailleurs publié, dans une revue libanaise qui n'est pas parvenue jusqu'à nous:
"Flaubert, ou l'Orient à corps perdu", Revue des Lettres et de Traduction, n°5, année 1999, Université Saint-Esprit, Kaslik, Liban, p.193-213.
Contre l'idée reçue d'un GF "pornographe" et obsédé par l'érotisme oriental (encore illustrée dans le dernier n° du Magazine littéraire, p.27), SM montre un voyageur qui instaure la distance avec le corps de l'autre, au profit d'une re-présentation. "J'ai peu joui, du reste, ayant la tête par trop excitée" (à Bouilhet, 1er décembre 1849). "Si l'élan initial du voyageur flaubertien semble relever d'un érotisme débridé, la relation de celui-ci, dans l'après-coup qu'implique toujours l'écriture, témoigne au contraire d'un sentiment de manque et d'insatisfaction." (p.206) "Le périple méditerranéen devait conduire F. à une attitude de distanciation, laquelle, on l'a vu, est à la fois celle du voyageur face au corps de l'autre et de l'écrivain maniant l'ironie." (p.213)

Liana Nissim, "Flaubert e la musica", Materiali di Estetica 4, Milan CUEM 2001.
La musique comme thérapie et comme métaphore de l'écriture. Les sorties de GF à l'opéra. Son admiration pour Mozart, Meyerbeer, Gluck, Berlioz, la cantatrice Pauline Viardot. Place et fonction de la musique dans Madame Bovary et dans L'Education sentimentale. Le devenir opéra de Salammbô.

Magazine littéraire, n° 401, septembre 2001
Flaubert, l'invention du roman moderne
Dossier monté par Pierre-Marc de Biasi, avec la collaboration de quatre autres membres de l'Equipe Flaubert (ITEM-CNRS, Paris), tous professeurs à Paris 8: Claude Duchet, Jacques Neefs, Anne Herschberg-Pierrot et Claude Mouchard. On retiendra surtout les propos neufs de Claudine Gothot-Mersch concernant son travail éditorial pour l'établissement du texte des œuvres de jeunesse, lesquelles apparaissent plus construites et concertées que l'image du jeune romantique spontané ne le donnait à penser.
L'ensemble du dossier aurait gagné à être centré sur ces œuvres de jeunesse. La petite chronologie (p.30-31), que l'on comparera utilement à la bio et à la chronologie des écrits de jeunesse publiées dans le volume Mémoire d'un fou, Novembre et autres textes de jeunesse (GF Flammarion, 1991), contient une information inédite, que même la nouvelle édition Pléiade à paraître ne donne pas (voir Œuvres de jeunesse, Pléiade, p.LXIX et notice p.1214): l'ami Louis Bouilhet a rédigé avec Flaubert Art et Progrès (ou Les Soirées d'étude), journal de classe, en 1834. Par ailleurs, la collaboration de Du Camp à La Découverte de la vaccine (1846 ou 47?), présentée ici comme certaine, n'a pour preuve que les affirmations de MDC dans ses Souvenirs littéraires: le manuscrit conservé ne porte que les écritures de Flaubert et de Bouilhet. La Tentation de saint Antoine, 3e version, paraît en 1874, non en 1872 (p.50).
Nos lecteurs reconnaîtront les informations contenues dans la page "Combien coûte Flaubert" (p.33), déjà parues dans la rubrique "Vente" de nos bulletins précédents.

Les entretiens avec Pierre Dumayet, Florence Delay, Pierre Michon et Jean Echenoz sont retranscrits des émissions diffusées sur France-Culture en juin dernier. Sauf celle de Claude Simon, percutante (on pense au "Bon qu'à ça" de Beckett), la plus flaubertienne quant au style, sinon dans le propos.

Un des représentants de la critique génétique appliquée à Flaubert, PM de Biasi, expose une conception très personnelle de cette méthode critique: elle "oblige à reconsidérer de fond en comble la vulgate héritée de la critique textuelle et [elle] nous réserve d'énormes surprises pour les années à venir" (p.56, nous surlignons). En attendant de voir, Tony Williams nous donne un exemple très éclairant, sans effet de manche, des possibilités offertes par la version hypertextuelle de L'Education sentimentale (I,1), installée sur le site que nous avons signalé dans un bulletin précédent:
http://www.hull.ac.uk/hitm
Après avoir lu l'encart sur le "cyberflaubert" du Magazine littéraire (p.59), on pourra se reporter à la chronique indépendante d'Andrew Oliver, consacrée à Flaubert sur Internet:
http://www.chass.utoronto.ca/french/xix
Superbe caricature (au XIXe, on disait: "portrait charge") de GF par Laurent Blachier (p.18), qui aurait mérité les honneurs de la couverture.

Site du Magazine littéraire
> article en ligne: La crise de la vérité. Entretien avec Roland Barthes. Propos recueillis par Jean-Jacques Brochier, Magazine littéraire n°108, janvier 1976.
Flaubert, le premier, s'aperçoit que le langage n'a pas d'innocence, ni de certitude. Rien ne le fonde que lui-même, rien ne le garantit. Et personne ne s'adresse à personne, sinon l'œuvre à elle-même.

http://www.magazine-litteraire.com/archives/ar_401.htm
> par l'index, on peut retrouver tous les articles publiés sur Flaubert dans les numéros antérieurs du ML.

[BULLETIN FLAUBERT n° 6 / 2 juillet 2001]

(< Naoko Kasama, Centre Flaubert, Rouen; Yvan Leclerc)

Editions

Les Mémoires d'un fou. Novembre. Pyrénées-Corse. Voyage en Italie, éd. Claudine Gothot-Mersch, Gallimard, coll. "Folio classique", 2001.
Une édition signée CGM marque toujours une date: elle fait référence. Pour la première fois, le texte des Mémoires d'un fou est publié d'après le manuscrit. Inédits: dédicace datée à Alfred Le Poittevin (p.46), deux passages supprimés par GF sur son manuscrit (p.52, n.1 et p. 71, n.1). Au premier abord, la réunion de ces deux paires de textes peut surprendre : CGM la justifie par des raisons chronologiques et génériques: le récit de voyage relève aussi de l'écrit intime. Préface consacrée aux questions de genres: pacte autobiographique et fiction, voyage romantique. Identification des "sources" livresques et des aventures vécues (Elisa Schlesinger à Trouville, Eulalie Foucaud à Marseille).
Cette édition de poche propose par anticipation des textes à paraître dans le premier volume de la nouvelle éd. des Œuvres complètes en Pléiade. Le t. I est annoncé pour le 19 septembre. Le temps de lire les mille et quelques pages, et le Centre Flaubert organisera deux journées d'étude consacrées aux œuvres de jeunesse (jusqu'à 1845), les 7 et 8 décembre 2001, à Rouen (Université et hôtel des Sociétés savantes). Pré-programme en septembre.

Mémoires d'un fou. [inclut aussi Novembre], éd. Pierre-Louis Rey, Pocket, 2001.
PLR replace ces deux textes autobiographiques dans l'ensemble des œuvres de jeunesse, "d'une étonnante diversité". Réflexion sur le titre: ce qu'est la folie, comment lui donner forme. Situation dans le contexte large de l'époque: Mémoires et Novembre lus comme "adieu d'un tout jeune homme au romantisme". Dossier pédagogique sur les deux œuvres et leur contexte historique et littéraire.

Madame Bovary, éd. Thierry Laget, Folio classique, 2001.
Préface: la genèse orientale d'Emma. Le roman "dicté par le fleuve": la Seine qui coule sous les fenêtres à Croisset comme métaphore de la prose. TL remet à sa juste place la citation reçue: "Madame Bovary, c'est moi", en rappelant la fragilité d'un témoignage de troisième main. Montre aussi que Pinard savait lire. La notice équilibre genèse et réception: ce qu'on attend désormais d'une bonne édition flaubertienne, après vingt ans de "tout génétique".

Ouvrages

Lionel Acher, Cette diablesse de Madame Bovary (roman), sur le site de l'ADEI (Association Aide au Développement des Echanges via Internet). Téléchargement: 50F. Tirage papier: 100F.
http://www.planet4u.com
"Imaginons un instant que le Diable prenne un malin plaisir à ressusciter Madame Bovary afin qu'elle règle ses comptes avec les hommes qui furent causes de ses malheurs…"
Lionel Acher est l'auteur d'une étude sur "Réécritures et suites de Madame Bovary", Bulletin Flaubert-Maupassant, n°6, 1998, p. 79-91. A partir de l'automne 2001, LA tiendra, sur le site Flaubert, une page consacrée aux réécritures, suites, adaptations et produits dérivés du texte flaubertien.

Alexandre Najjar, Le Procureur de l'Empire, Ernest Pinard (1822-1909), Balland, 2001.
Biographie d'un "être détestable", Pierre-Ernest Pinard, dont l'avocat AN nuance le portrait du serviteur zélé de Napoléon III. Les chapitres V et VI sont consacrés au procès Bovary. Malgré ses recherches érudites, le biographe n'a pu établir la vérité sur les "poésies lubriques" dont Pinard serait l'auteur, d'après une information rapportée par GF dans ses lettres (voir chap. XXXI).

Prochain début critique
Marshall C. Olds, Au pays des perroquets. Féerie théâtrale et narration chez Flaubert
, Amsterdam, Rodopi, coll. Faux-titre, 2001.
Contribution majeure à un genre apparemment marginal. chez GF, que MCO replace au centre de l'œuvre. Un seul compte rendu ne suffit pas. Ce sera l'enjeu du prochain débat. Le principe en est simple: tous ceux qui le souhaitent envoient au bulletin leur lecture du livre de MCO, sans complaisance ni dénigrement. Comme dit rituellement le juge aux témoins: "parlez sans haine et sans crainte". Pour éviter la constitution de ce qu'Alfred Le Poittevin appelle, dans une note inédite, une "Société mutuelle d'admiration réciproque" (BMR, ms g 271). On termine le compte rendu en posant des questions à l'auteur (MCO a donné son accord préalable). Le go-between du bulletin lui transmet toutes ces contributions, en lui demandant d'intervenir. Dialogues à distance. Après autant de va-et-vient que nécessaire entre les participants, l'ensemble de ce mini-colloque virtuel est porté sur le site, page "Débats critiques": la discussion peut continuer, sans limitation de date ni de place.
Contributions à envoyer au bulletin jusqu'au 15 septembre 2001.

Articles

Bruna Donatelli, "Taine lecteur de Flaubert. Quand l'histoire rencontre la littérature", Romantisme n°111, 2001, p.75-87.
Taine évalue Flaubert en historien et en idéologue. Dans les romans du monde moderne, il apprécie le côté "document humain" mais prend ses distances vis à vis du romancier démoralisant. La rencontre est plus fructueuse autour des textes antiques: Taine reproche encore à Salammbô sa surcharge formelle, mais admire dans La Tentation l'imagination érudite et en Hérodias le chef-d'œuvre absolu qui rend l'authenticité du monde antique.
On doit à Bruna Donatelli l'éd. de la correspondance croisée entre GF et Taine, Flaubert e Taine. Luoghi e tempi di un dialogo, Roma, Nuova Arnica ed., 1998. Lettres en français, notes et introduction en italien.

Stéphanie Dord-Crouslé, "Les métamorphoses de Gorgu dans Bouvard et Pécuchet. Une critique flaubertienne rusée de 1848", dans 1848, une révolution du discours, Hélène Millot et Corinne Saminadayar-Perrin eds, Editions des Cahiers intempestifs, coll. "Lieux littéraires / 4", 2001, p.253-267.
Portait du démosoc Gorgu en "Sénécal provincial", tombé de la théorie dans l'intérêt personnel. Biographie diégétique de Gorgu. Analyse du "processus de corruption de la politique par la littérature": la représentation de juin 1848 est "dépolitiquée" par la scène en analepse entre Gorgu et Mme Castillon (chap.VII): SDC montre qu'elle est une réécriture de l'aveu de Phèdre, déjà (re)joué au chap.V.

Anne Herschberg Pierrot, Claude Mouchard, Jacques Neefs, "Bouvard et Pécuchet. Les bibliothèques de Flaubert", dans Bibliothèques d'écrivains, Paolo D'Iorio et Daniel Ferrer eds, CNRS Editions, coll. "Textes et manuscrits", 2001, p. 121-144.
En attendant les bibliothèques annoncées, cet article en explore une: la médicale. La bibliothèque générale de Flaubert fait l'objet d'une présentation liminaire: "On obtient […] ainsi une étrange bibliothèque du XIXe siècle, hétéroclite, foisonnante, partiellement et sporadiquement systématique, mais certainement exceptionnelle par rapport aux autres "bibliothèques d'écrivains" de la même période, souvent plus systématiques mais également plus fonctionnelles et prédéterminées, moins exotiques également" (p.125). A l'"exotisme" (?) près, c'est bien ainsi qu'apparaîtra la bibliothèque de Flaubert, quand son catalogue sera publié, à l'automne prochain. Il devrait alors être plus difficile d'écrire que son état actuel diffère "malheureusement très largement de sa situation à la mort de Flaubert" (p.126): on verra que les deux tiers de ses livres sont encore présents (environ 1030 conservés sur les 1689 inventoriés à sa mort), cas unique pour le XIXe siècle. Page 130, en bas, lire "Manuel Roret".

Jacques Neefs, "Les aventures de "l’homme-plume"", catalogue Brouillons d’écrivains, BnF, 2001, p.68-75.
Présentation des manuscrits de Flaubert montrés à l’exposition. Fac-similé de pages "joliment sales" (Pierre Michon, p.187).
Un extrait du texte de JN est repris dans le "dossier de l’exposition" installé sur le site de la BnF:
http://www.bnf.fr/web-bnf/expos/brouillons/expo/2/lutte.htm

Corinne Saminadayar-Perrin, "Salammbô, 1848: scénographie d'un discours impossible", dans 1848, une révolution du discours, Hélène Millot et Corinne Saminadayar-Perrin eds, Editions des Cahiers intempestifs, coll. "Lieux littéraires / 4", 2001, p.253-267.
Lecture quarante-huitarde de Salammbô. La "guerre inexpiable" comme tragédie de la communication, par la perturbation des règles rhétoriques de la parole politique, basculant dans la violence et le non-sens.

Tony Williams, "Dussardier sur les barricades: naissance d’un "héros de juin"", Revue d’Histoire littéraire de la France, janvier-février 2001, n°1, p.71-80.
Sources historiques de l’acte généreux qui vaut à Dussardier d’être blessé en juin 48. Flaubert trouve dans sa documentations des exemples attestés d’héroïsme et d’humanité, mais il invente la situation du garde national sauvant la vie d’un gamin insurgé, sur une barricade. Il invente aussi la "conscience torturée" du seul personnage "sympathique" (mais ambigu) de L’Education. Flaubert et Du Camp au Japon (< message Norioki Sugaya)
"…Autre nouvelle flaubertienne: on a eu récemment une exposition "Maxime Du Camp" à Tokyo. M. Kosei Ogura, organisateur de cette exposition, a eu l'excellente idée de reproduire la première édition de l'Egypte, Nubie, Palestine et Syrie. C'est un très beau catalogue de 300 pages avec une longue préface (en japonais bien sûr) et une bibliographie détaillée."

Flaubert, Tentations d'une écriture, textes réunis par Shiguéhiko Hasumi et Yoko Kudo, Université de Tokyo, 2001.
Recueil des communications présentées lors d'une journée d'étude le 24 novembre 2000. Un très grand nombre de flaubertiens extrême-orientaux (Japon, Corée du Sud) sont ici réunis. Ils n'ont rien à envier à leurs homologues occidentaux si l'on en juge par l'invention de leurs recherches, présentées par ailleurs dans un volume très soigné. Détail des contributions:
Jacques Neefs, "Mimesis et imitation".
Variations sur Bouvard et Pécuchet, dans son rapport à l'impératif et aux modèles.
Yong-Eun Kim, "Flaubert,lecteur des tragédies de Voltaire".
Ce que GF doit à Voltaire dans l'art du dialogue coupé.
Norioki Sugaya, "La mort de Charles".
Topos de la mort heureuse. Analyse du "rien" que l'autopsie révèle. La mort par amour est à replacer dans la discussion théorique qui oppose à l'époque vitalistes et organicistes.
Kosei Ogura, "La Tentation de l'Orient: Flaubert, Maxime Du Camp et le voyage en Orient".
La tradition littéraire du voyage en Orient. L'usage scientifique de la photographie, dans l'esprit de DC. Analyse du Nil, de DC, dans sa structure de récit épistolaire. Comparaison entre deux descriptions des pyramides: "F se livre à l'expansion de ses émotions et à la notation des impressions, tandis que DC tente de circonscrire le réel dans un quadrillage topographique" (p. 68).
Kayoko Kashiwagi, "Flaubet et le théâtre: à travers la création artistique de Bouvard et Pécuchet".
Traite Le Château des cœurs, Le Candidat, et le passage sur le théâtre dans BP. Selon Kayoko Kashiwagi, Flaubert dispose des personnages-marionettes dépourvus de psychologie, il privilégie le détail et les objets, il met en question l'authenticité du langage - ce qui annonce le théâtre de l'époque postérieure, où l'on représente la réalité humaine en s'attachant au visuel (Antoine, Ionesco) et en mettant en scène le langage même, comme échange non personnel (Jarry, Beckett).
Kazuhiro Matsuzawa, "Quelques notes sur l'avant-dernier chapitre de L'Education sentimentale: écrire le don d'une mèche de cheveux blancs".
Par l'auteur d'une thèse sur les rapports amour/argent dans l'ES et ses brouillons. Etude génétique du passage où Madame Arnoux coupe une longue mèche de ses cheveux, en signe d'adieu à Frédéric.
Yoko Kudo, "La Bible et l'Orient".
Une approche "cultural studies". A partir des notes et des lettres de Flaubert écrites pendant son grand voyage, YK dégage le rôle décisif de la Bible dans l'image de l'Orient conçue par la culture européenne du XIXe siècle. Avec la laïcisation, le Livre, au lieu de perdre sa valeur, nourrit davantage les rêveries orientales en permettant de lier ce pays au monde antique déjà lu (vu) et de l'opposer au monde civilisé (occidental). Le texte comprend aussi une courte analyse sur les connotations bibliques de la citerne-prison d'Iaokanann dans Hérodias. YK a récemment publié un livre (en japonais) où elle développe cet article, avec une nouvelle traduction annotée d'Hérodias.
Shiguéhiko Hasumi, ""Sa main pourtant n'était pas belle": quelques réflexions sur la forme narrative et thématique de Madame Bovary".
A partir de la description négative de la main d'Emma, mise en place des réseaux thématiques main nue/ main cachée (gantée), main dure/ main molle. - L'auteur ne mentionne pas l'avant-texte - mais on pense aux passages érotiques dans les scénarios (Emma suçant le sang au doigt de Léon, Léon qui se branle avec le gant d'Emma. Plans et scénarios de MB, Intro., p.22).
Suite du "vient de paraitre", Bulletin n°1 François Bon a relayé le Bulletin Flaubert n°1 sur remue.net bulletin@remue.net

Avec ces commentaires et ce dialogue en différé:
"De Rouaud lisant Flaubert.
Dans le bulletin des flaubertiens, Yvan Leclerc […] informait de la parution de La Désincarnation, de Jean Rouaud, où la figure de Flaubert est centrale, et faisait sévèrement état d'une déception...

Peut-être pour une attente non fondée: l'essai de Jean Rouaud est le recueil-jeu d'une chronique hebdomadaire dans L'Humanité, jeu parce que basée explicitement sur cette comptine du "Juste une pensée marabout, bout de ficelle, faufilant les images poétiques..." où chaque mot terminal ouvre la chronique suivante. Le thème en est rigoureux: l'invention romanesque, le jeu permanent de la fiction prise entre l'héritage narratif, le rêve des vieux livres, et son matériau, bien réel, le monde "à peu près" pour reprendre le titre d'un des livres de Rouaud...

Usant de sa liberté de chroniqueur, Rouaud ne produit pas un essai, mais une dérive, une improvisation où chaque texte rebondit sur le précédent: même s'il revient à sa figure de départ, Flaubert lisant Bouilhet et Du Camp sa Tentation de saint Antoine, et dans l'échec de cette lecture, ayant l'intuition de la Bovary, on y croisera aussi Balzac, Chateaubriand, Rimbaud, mais surtout, bien plus obsessivement, le travail au jour le jour d'un auteur aux prises avec son propre livre. […]
Voici par exemple un extrait, bien significatif de La Désincarnation:
Etude des fourmis
"Quand on a épuisé son réservoir de rêveries de haut vol et que deux amis nous somment d'atterrir, le plus simple, une fois le nez dans l'herbe, c'est effectivement de se livrer à une observation attentive de cette vie microcosmique. Ce qui donne les Souvenirs entomologiques, bien sûr, mais on peut aussi se pencher comme le vieux Jean-Jacques, autre myope fameux, au-dessus d'une petite fleur bleue en bordure du chemin, identifier une pervenche et entreprendre instantanément un voyage en arrière vers le beau temps perdu des Charmettes. Mais Flaubert qui se définit comme un vieux fossile romantique est sous haute surveillance. Cette fois plus question d'évasion. L'heure est au réalisme. Un roman "à la Balzac" a commandé Bouilhet. Il va falloir s'y tenir. Fini les miroirs qui parlent ou que l'on traverse. Un miroir, ça ne réfléchit pas autrement qu'à l'identique. La photographie a imposé ses canons. Elle a déjà mis les peintres de portraits au chômage. Question de prix. Trop chère, la toile, ses repentirs, son résultat approchant, comparé aux quelques minutes de temps de pause, à l'objectivité et à la précision de la plaque sensible. La bourgeoisie ne s'y est pas trompée qui s'accroche en noir et blanc dans ses salons. Car le réalisme se présente d'abord comme une bonne affaire. Vérité des prix, disent-ils. Le réalisme, c'est le vrai à bon marché, ce qui implique la multiplication du même, cet indifférencié avec quoi l'on fera les masses. · L'horizon, Taylor, Ford et le modèle T. D'où pour finir, cette mise en garde, cette histoire moqueuse des deux copistes, Bouvard et Pécuchet, interchangeables producteurs de semblable.
Mais pour le moment le débutant Flaubert feint de se plier au nouveau cahier des charges imposé par l'esprit du temps. Même s'il n'en pense pas moins: "la réalité, selon moi, ne doit être qu'un tremplin." Pour reprendre de la hauteur et quitter un sujet terre à terre? D'ailleurs le sujet n'existe pas, " le style étant à lui tout seul une manière absolue de voir les choses". Le style?

Commentaire de Jean Rouaud pour Yvan Leclerc :
"Oui, Flaubert ne nous intéresse que parce qu'il anticipe une situation que nous avons connue, que nous avons eue à résoudre, dans laquelle le style, le lyrisme flaubertien est devenu la forme, le questionnement sur la forme et le réalisme la question du sens. Ce qui pour nous se traduit par: est-ce qu'il est possible de passer encore par la fiction pour faire sens, sans renoncer à la forme? On en est là. Je ne suis pas plus flaubertien que spécialiste de la première guerre mondiale, et ce qui m'intéresse davantage dans La Désincarnation c'est comment au fond il n'y a que deux livres à écrire, l'Apocalypse où l'on précipite le tout vers la fin des temps (ce qui nous ramène vers l'idéologie) ou les évangiles synoptiques où l'on pose la question de la conception, ce qui nous ramène au "terre à terre"... et à l'auteur. L'entre-deux permettant toutes les expérimentations littéraires..."

[BULLETIN FLAUBERT n° 1 / 15 avril 2001]

Evénement : Salammbô en GF, dans l'édition de Gisèle Séginger. Première édition critique de ce roman, qui posait toujours un problème de référence dans les bibliographies. Symptôme de ce texte marginal dans l'œuvre. On saura maintenant à quelles pages renvoyer. Avec chronologie, notes, bibliographie, dossier (1. La genèse d'un vieux projet. 2. Fiction et histoire. 3. Le roman des religions. 4. Documents) et le fameux "prologue" inédit, transcrit d'après le manuscrit original conservé à la Bibliothèque Bodmeriana de Genève (Max Aprile n'en avait donné qu'une reconstitution dans l'éd. du Club de l'Honnête Homme, t. 12, p. 263 et suiv.).

Le dernier Bulletin Flaubert-Maupassant est sorti (n° 8; 2000)

On y trouve :
une lettre inédite de Flaubert à Maupassant ([7-8 janvier 1879]) et deux billets (à Alexandre Denuelle, [1er mars 1877] et à Alice Pasca, [21 mars 1878]), transcrits, présentés et annotés par Christoph Oberle.
un article d'Anne Green portant sur la contribution inattendue (et involontaire) de Flaubert à un livre humoristique d'Eugène Delattre, "Tribulations des voyageurs et des expéditeurs en chemin de fer. Conseils pratiques" (1858-1859).
une étude des archives de la maison de Déville, par Daniel Fauvel.
la reproduction d'un document biographique hallucinant d'hyper-réalisme : l'inventaire après décès des biens de Flaubert. On connaissait l'existence de ce document par la publication partielle due à René Rouault de la Vigne (avec des erreurs de transcription), qui s'était limité aux "prisées" concernant les livres. Daniel Fauvel a eu la bonne fortune de mettre la main sur l'original, conservé aux Archives de la Seine-Maritime. Il a fallu trois jours au notaire Bidault, du 20 au 22 mai 1880 (Flaubert est mort le 8), pour enregistrer tout ce qui pouvait avoir un prix. C'est Flaubert tout entier, en creux, dans la matérialité la plus brute, garde-robe, mobilier et ménagère : sept cannes, dix-neuf chemises, douze paires de chaussettes, "trois cuillères à café dont une marquée GF les deux autres sans marques", etc. On savait qu'une peau d'ours blanc se trouvait dans son bureau. On apprend qu'il y avait aussi une peau de tigre et une peau de lynx. Une longue liste, à la fois platement réaliste et vaguement fantomatique.

Jean Rouaud, La Désincarnation,Gallimard.

Essai sur "l'affrontement terre-ciel, nature-Dieu, corps-âme, réalisme-lyrisme" (p. 84). Flaubert, qui ouvre le volume, sert de témoin et de révélateur d'un basculement de la littérature dans le réalisme, lorsque Du Camp et Bouilhet condamnent le lyrisme de La Tentation et imposent le sujet de Madame Bovary. Quelques bonnes pages, par exemple sur le culot d'un inconnu qui se permet de donner des leçons de littérature à sa maîtresse, que Jean Rouaud appelle "Pauvre Louise". Mais au total un essai décevant par le maniement réducteur des catégories de lyrisme (= imaginaire) et de réalisme (= reproduction photographique). Et des erreurs sur Flaubert, qu'on s'explique mal : pendant son voyage en Orient, il n'aurait pris aucune note, laissant Du Camp écrire (p. 28) et photographier : "Flaubert […] se sentira dispensé de remplir ses carnets en Egype puisque Maxime saisit tout ce qui ne bouge pas" (p. 6)???

Odile de Guidis vient de terminer la Biblio Flaubert. 11, qui couvre l'année 2000

Un outil de travail indispensable.
Contact : Programme Flaubert, ITEM-CNRS, 61, rue de Richelieu, 75002 Paris. Le troisième volume de la "Collection Flaubert", éditée par les Publications de l'Université de Rouen, sortira avant l'été. Il est consacré à la Bibliothèque de Flaubert. Rappelons les deux premiers titres :
Flaubert, Carnet de voyage à Carthage, éd. Claire-Marie Delavoye, PUR, 1999. Fac-similé intégral du carnet; transcription inédite de plusieurs folios. PUR, 1999. Fac-similé intégral du carnet; transcription inédite de plusieurs folios.
Gustave Flaubert par sa nièce Caroline Franklin Grout, Heures d'autrefois, mémoires inédits. Souvenirs intimes et autres textes, éd. Matthieu Desportes, PUR, 1999. Jean Bruneau, qui tenait le tapuscrit de ces Mémoires inédits de Lucie Chevalier Sabatier, la nièce de Caroline Franklin Grout, en a confié l'édition à Matthieu Desportes, doctorant. Les notes de la Correspondance en Pléiade font largement appel à ce texte, donné ici intégralement. Il reste encore quelques exemplaires de la première édition, bientôt épuisée. PUR, 1999. Jean Bruneau, qui tenait le tapuscrit de ces Mémoires inédits de Lucie Chevalier Sabatier, la nièce de Caroline Franklin Grout, en a confié l'édition à Matthieu Desportes, doctorant. Les notes de la Correspondance en Pléiade font largement appel à ce texte, donné ici intégralement. Il reste encore quelques exemplaires de la première édition, bientôt épuisée.


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