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[BULLETIN FLAUBERT n° 60 / 27 septembre 2004]

Ouvrages

(< Jean-Benoît Guinot)
Gonzague Saint Bris, L'éducation gourmande de Flaubert, La Martinière, 2004
«Doué d’un formidable appétit pour la vie, d’une sensualité fougueuse et d’une grande voracité, Gustave Flaubert est considéré, après Honoré de Balzac et Alexandre Dumas, comme le troisième grand mangeur du XIXe siècle des lettres.» (annonce).
256 pages, ISBN: 2830707613, 38.00 euros (249.26 F)
http://www.lamartiniere.fr/editeurs/index.cfm?ed=3&isbn=2830707613


Le Bovarysme et la littérature de langue anglaise
Actes du colloque de l’Equipe de recherches sur les aires culturelles (ERAC) organisé à l’université de Rouen les 13 et 14 décembre 2002.
Dirigé par Nicole Terrien et Yvan Leclerc.

La notion centrale de bovarysme retenue comme outil d’analyse a permis de mettre en relief, au-delà de ressemblances thématiques, une interrogation récurrente du texte littéraire sur le rôle de la lecture dans la définition de sa propre identité. Le roman de Flaubert et son héroïne constituent alors plus qu’une référence, une véritable déclaration de connivence entre auteur et lecteur/lectrice qui situe le roman au coeur d’un incessant processus de création/recréation, plus tard explicité par Umberto Eco comme celui de «l’oeuvre ouverte». A l’intertextualité affirmée se joint une dimension métatextuelle donnant au roman une portée autocritique qui dépasse le niveau du simple divertissement, sans pourtant nier la nécessaire facette ludique.
Ce que les études ici réunies ont montré, c’est que la critique littéraire la plus contemporaine n’est pas une construction in abstracto, mais bien une théorisation s’appuyant sur la trame même du récit romanesque, au-delà des modes, des époques ou des limites géographiques.
Ouvrage 24 x 16 cm, 240 pages, ISBN: 2-87775-371-9

Table des matières
Nicole Terrien, Avant-Propos
Yvan Leclerc, Bovarysme, histoire d’une notion
Delphine Jayot, Destin du bovarysme et effets de lecture
Thierry Goater, Eustacia Vye, le bovarysme incarné en Wessex
Noëlle Benhamou, D’Emma à Edna: l’influence de Flaubert sur L’Eveil de Kate Chopin
Véronique Alexandre, Présence du bovarysme à l’américaine dans deux romans de Edith Wharton: The Custom of the Country et The Age of Innocence
Cynthia Griffin Wolff, Lost Lady Dreams
Annie Rizk, Eros et Cosmos chez Flaubert et D.H. Lawrence, ou la chair du texte
Philippe Romanski, De Madame Bovary à Lady Chatterley’s Lover: stuff(ed)
Lorie-Ann Duech, Joyce/Flaubert: le rythme de la folie
Suzanne Fraysse, Madame Bovary est-elle une mauvaise lectrice?
Tony Williams, Under Flaubert’s Shadow: Madame Bovary and The French Lieutenant’s Woman
Nicole Terrien, The French Lieutenant’s Woman, ou le «bovarysme vrai»
Vanessa Guignery, Flaubert’s Parrot de Julian Barnes, ou le perroquet infidèle de Madame Bovary
Vanessa Guignery, Oranges et pommiers: figures du bovarysme dans Boating for Beginners
Danielle Wargny, Emma, version BD, version GB
Françoise Palleau, David Markson et le bovarysme

Prix public: 19 euros
+ Frais d’expédition: 3.51 euros pour le premier volume, 1.22 euros par volume suivant
A adresser au
Service des Publications de l’Université de Rouen
76821 Mont-Saint-Aignan Cedex (France)
accompagné du règlement par chèque bancaire ou CCP libellé à l’ordre de M. l’Agent Comptable de l’Université de Rouen
Tél.: 02.35.14.65.31 et 02.35.14.63.43 - Fax. 02.35.14.63.47

Comptes rendus

Flaubert, Correspondance, éd. Giovanni Bonaccorso, Nizet, 2001, t.I et II (1830-1861).
CR par Eric Le Calvez, Nineteenth-Century French Sudies, 32, nos 3-4, spring-summer 2004, p.407-412.

Matthew MacNamara, La Textualisation de Madame Bovary, Amsterdam/New York, Rodopi 2003.
CR par Jeanne Bem, Romanische Forschungen, Vittorio Klostermann Frankfurt am Main, 2004, 2, p.264-266.

Eric Le Calvez, La Production du descriptif. Exogénèse et endogenèse de L’Education sentimentale, Amsterdam/ New York, Rodopi 2002.
CR par Jeanne Bem, Romanische Forschungen, Vittorio Klostermann Frankfurt am Main, 2004, 3, p.417-419.

[BULLETIN FLAUBERT n° 59 / 3 septembre 2004]

(< Stéphanie Dord-Crouslé)

Banville (Théodore de), Critique littéraire, artistique et musicale choisie, éd. Edwards (Peter J.), Hambly (Peter S.) Paris, H. Champion, 2003, 2 vol.: XXX-490 et 524 p. (Textes de littérature moderne et contemporaine - 67)
Choix parmi les nombreux articles rédigés par B. entre 1846 et 1881: T.I, Poésie et poètes, beaux-arts, musique. T.II, Romanciers, prosateurs, théâtre, préfaces et lettres. Utile index des noms de personnes et de personnages.
Sur Flaubert, t.2, p.69 sq:
Salammbô, Le Boulevard, 30 novembre 1862
Salammbô, L'Artiste, 15 janvier 1863
L'Education sentimentale, Le National, 29 novembre 1869
La Tentation de saint Antoine, Le National, 4 mai 1874
Trois Contes, Le National, 14 mai 1877
Nécrologie, Le National, 17 mai 1880

Bouvet (André), "L'épitaphe de Madame Bovary", 2004, inédit
Source de l’épitaphe d’Emma, rédigée par Homais
http://flaubert.univ-rouen.fr/etudes/epitap.php

[BULLETIN FLAUBERT n° 58 / 17 juin 2004]

Editions

George Sand, Lettres d’une vie, choix et présentation de Thierry Bodin, Folio classique, 2004.
Parmi les 434 lettres choisies par Thierry Bodin, 37 sont adressées à Flaubert, extraites de "l’admirable dialogue" (p.9).

George Sand, Lettres retrouvées, édition établie, annotée et présentée par Thierry Bodin, Gallimard, 2004.
En appendice, une lettre inédite de Flaubert à Edme Simonnet, petit-neveu de Sand, en date du 9 février [1870] (p.425).

Ouvrages

Sarga Moussa, Le Voyage en Egypte. Anthologie des voyageurs européens de Bonaparte à l’occupation anglaise, Robert Laffont, "Bouquins", 2004.

Sainte-Beuve, Panorama de la littérature française (portraits et causeries), textes présentés, choisis et annotés par Michel Brix, Le Livre de Poche, "La Pochothèque", 2004.
Contient l’article sur Madame Bovary, publié dans Le Moniteur du 4 mai 1857, p.1429-1444.

Articles

Pierre-Marc de Biasi, "Flaubert, une conversion du regard", Magazine littéraire, n°432, "Les écrivains voyageurs", juin 2004, p.42-44.
"Flaubert rêve de grands déserts. Mais rien à faire: sa mère, épouvantée, pousse de hauts cris."
Cet article reprend sans distance critique une idée couramment admise, d’après laquelle "l’intention première" de Flaubert, au moment où il commence Salammbô, "était de ne surtout pas bouger de Croisset et de tout inventer" (p.44). Or, dès le premier mois de recherche documentaire, il exprime au contraire la nécessité de se rendre sur les lieux de l’action: "Je ne pourrai même cet été faire un tour sur la côté d’Afrique (à Tunis), que j’aurais besoin de visiter pour le travail dont je m’occupe" (à Mademoiselle Leroyer de Chantepie, [30 mars 1857], Corr., éd. Jean Bruneau, Pléiade, t. II, p.699).
Une autre erreur (de détail): P.-M. de Biasi parle du voyage en Corse, en 1840, "où sur la plage d'Aléria, il fait l'expérience d'une fusion totale avec la nature, une sorte d'extase panthéiste." Cette extase est plutôt à situer sur l'autre rive de la Corse, à Sagone, le 7 octobre 1840 (Oeuvres de jeunesse, Bibl. de la Pléiade, p.694 et 695).

Cécile Matthey: "Poussière de religions: le culte domestique dans Un Coeur simple", Nineteenth-Century French Studies, vol.32, n°3-4, spring-summer 2004.
Abstract: L'intérêt que Flaubert a invariablement montré pour les récits religieux (légendaires, mythologiques et bibliques), et plus particulièrement pour le motif de la mort des dieux, se manifeste une fois encore dans Un Coeur simple. Le conte inscrit le souvenir d'une religion domestique romaine morte depuis longtemps, mais néanmoins intériorisés par le personnage de la servante, dont la simplicité permet d'appréhender ce culte primitif. En effet, cette oeuvre présente un monde postérieur à la disparition des religions domestiques mise en scène dans La Tentation de saint Antoine: elle collecte quelques débris de croyances romaines pour couvrir la Normandie moderne de "poussière mythique." (In French) (CM)
Source: http://www.fabula.org/actualites/article8384.php
(< Noëlle Benhamou, Jean-Benoît Guinot)

Anthony Zielonka, "Flaubert in Egypt: confronting the Exotic", Romance Quarterly, vol.51, n°1, winter 2004, p.29-39.
Présentation de l’auteur: "Il s'agit d'une étude textuelle et comparée des séries de lettres que Flaubert a écrit d'Egypte, lors de son voyage de novembre 1849 à juillet 1850, à son ami Louis Bouilhet et à sa mère, ainsi que du récit qu'il rédigea dès son retour en France, le Voyage en Egypte. On relève dans ces textes les manières différentes dont il parle de ses expériences égyptiennes, de ses rencontres avec la vie et la culture populaire, des monuments anciens, des hommes et des femmes d'Egypte. On signale certains échos importants de ces expériences qui apparaissent dans les textes littéraires ultérieurs."

Bibliographie n°14 de l'ITEM/CNRS, mai 2003 à mai 2004 (pas encore en ligne).

[BULLETIN FLAUBERT n° 57 / 25 mai 2004]

Edition

Edmond et Jules de Goncourt, Correspondance générale (1843-1862), éd. établie, présentée et annotée par Pierre-Jean Dufief, t.I, Champion, 2004. 110 euros.
Ce tome présente 11 lettres des frères Goncourt à Flaubert, et 29 lettres dans le sens inverse, Pierre-Jean Dufief, déjà éditeur de la correspondance croisée chez Flammarion, ayant pris l’heureuse initiative de restituer "dans toute sa richesse et sa polyphonie" l’activité épistolaire totale, en alternant lettres envoyées et reçues.

Articles

Jeanne Bem, "La forêt de Flaubert. Retour sur un épisode de L’Education sentimentale", dans Orients littéraires. Mélanges offerts à Jacques Huré, réunis par Sophie Basch, André Guyaux et Gilbert Salmon, Champion, 2004, p. 53-60.
Lectures de la forêt de Fontainebleau, à la fois mythe littéraire (Sand-Musset), topos rhétorique (locus amoenus), lieu légendaire, représentation de l’inconscient. "Ainsi, dans l’épisode de Fontainebleau, Flaubert opérerait un subtil et imperceptible tissage entre roman et conte, mythe et légende, idylle et épopée, dont l’effet sur les personnages serait de les désindividualiser temporairement (de là la plasticité de Rosanette), de façon à faire vivre au lecteur une expérience d’estrangement qui touche à l’archétypal et au pulsionnel" (p.59-60).

Pierre-Marc de Biasi, "Flaubert, une proximité filiale", Magazine littéraire, n°431, mai 2004, dossier "George Sand".
Où l’on verra comment Flaubert, "à son insu, se rapproche des thèses de Marx" pendant la rédaction de L’Education sentimentale, sous "l’impact" de Sand.
La correspondance croisée entre Flaubert et Sand, parue chez Flammarion en 1981, n’est pas due au biologiste, prix Nobel et académicien François Jacob (p.40, n.1), mais au regretté Alphonse Jacobs.

William Marx, "Valéry, Flaubert et les oiseaux qui marchent. Généalogie d’une image", Revue d’Histoire littéraire de la France, octobre-décembre 2003, n°4, p.919-931.
Valéry a pu emprunter l’image qui ouvre le "Cimetière marin" ("Ce toit tranquille où marchent des colombes") à La Tentation de saint Antoine de 1849: "des colombes marchent ensemble" (éd. Conard, 1910, p. 470).

Kazuhiro Matsuzawa, "L’illusion de la désillusion: essai d’interprétation génétique de L’Education sentimentale", Colloque international Le Texte et ses genèses, textes réunis et présentés par Kazuhiro Matsuzawa, Graduate School of Letters Nagoya University, 2004, p.77-86.
L’auteur revient sur la collusion entre sentiment et argent dans la genèse de l’avant-dernier chapitre de L’Education sentimentale. "Lu à rebours, le récit d’amour est ainsi travaillé du dedans par la présence secrète du problème d’argent qui en altère la belle apparence" (p.83). - Article hélas parasité par de nombreuses coquilles. La discussion qui a suivi l’exposé, transcrite ici brute d’oralité, aurait gagné à être réécrite.

Jean-Marie Privat, "Emma à Ry. Notes de recherche". ethnographiques.org [en ligne] n°5 (avril 2004).
http://www.ethnographiques.org/documents/article/ArPrivat.html
Résumé:
Le village de Ry (Normandie) passe pour avoir servi de modèle au bourg de Yonville tel que Flaubert le décrit dans Madame Bovary, moeurs de province (1857). Ce lieu est devenu un véritable site littéraire depuis la création par un horloger-bijoutier de la Galerie Bovary: plus de deux cents automates miniatures organisés selon le principe des saynètes figurent les principaux épisodes du roman. Nous nous interrogeons sur les présupposés culturels de cette imitation artisanale de la fiction littéraire. Nous essayons aussi de comprendre les modes de participation des visiteurs à l'univers romanesque ainsi concrétisé (un peu à l'image d'une crèche...). Nous évoquons enfin les problèmes de localisation du mythe, de médiation culturelle et de confusion intéressée entre fiction et réalité.

Norioki Sugaya, "Flaubert et la critique littéraire au Japon: Flaubert contre Rimbaud", Bulletin de la Section française, Faculté des Lettres, Université Rikkyo (Tokyo, Japon), n°33, 2004.
Mise au point sur l’histoire des traductions de Flaubert au Japon. Analyse de "l’effet Flaubert" dans le domaine de la critique littéraire japonaise, qui se partage en deux grands courants: une critique du sublime formulée par Hideo Kobayashi (1902-1983) et inspirée de Rimbaud, et une critique attentive aux processus de formation et au travail de l’écrivain, élaborée à partir de Flaubert par Mitsuo Nakamura (1911-1988).

Gilles Visy, "Emma et Chabrol. Adaptation et dérision d’un bovarysme très bourgeois", en ligne sur le site Cadrage, mars 2004.
http://www.cadrage.net/dossier/bovary.htm

Fiction

(< Jean-Benoît Guinot)

Alexis Stamatis, Bar Flaubert.
Translated from the Greek by David Connolly.
La traduction française vient de paraître chez Alteredit. ISBN 2846330581. 21 euros.

Yiannis Loukas is editing his father’s autobiography. Going through the family archives, he discovers the manuscript of an aspiring novelist named Loukas Matthaiou. While reading it, Yiannis feels as if someone has put to paper his innermost thoughts. But who was the writer of this amazing story, and what happened to him? Following in the tracks of this elusive stranger, Yiannis’s life takes an unforeseen turn. He finds that everyone who met Matthaiou was permanently affected by his charismatic personality. Driven by his quest for Matthaiou, he needs to find what drove Matthaiou himself. It is the beginning of a journey full of love, denial and danger, where fiction is not that distant from reality. The answers will be found at Bar Flaubert.
"The blurb says "he is one of the leading young Greek writers of his generation", and you can see why. He is daring, assured, clever but compassionate… and he is shaping up for the big league. It’s a post-modernist novel, undeniably a powerful and very skilful piece of work. I found myself reading on compulsively, believing what I read, and wanting more" - Scotland on Sunday on Stamatis’s first novel The Seventh Elephant.

Alexis Stamatis is an award-winning poet and novelist. Arcadia published his début novel, The Seventh Elephant, in 2000. He lives in Athens.
http://www.arcadiabooks.co.uk/Arc_F_Forthcoming_Titles_main.htm

[BULLETIN FLAUBERT n° 53 / 4 mars 2004]

(< références communiquées par Noëlle Benhamou, Jean-Benoît Guinot et Paul Paumier)

Ouvrages

Flaubert savait-il écrire? Une querelle grammaticale (1919-1921).Textes réunis et présentés par Gilles Philippe, Université Stendhal, Grenoble, Ellug, 2004
ISBN 2 84310 050. 22 euros.

Ce livre regroupe les quinze principaux textes de la querelle sur les "fautes" et le "style" de Flaubert qui secoua la France au lendemain de la Grande Guerre. Loin de se résumer aux interventions fracassantes d’Albert Thibaudet et de Marcel Proust, cette étonnante polémique ne peut être comprise que dans sa continuité (elle passionne le public cultivé pendant plus d’un an), et dans son articulation aux autres débats exactement contemporains (sur la validité du jugement critique de Sainte-Beuve et sur l’hypothèse que Corneille ait écrit certaines pièces de Molière). La plupart des textes de ce recueil étaient jusqu’à présent oubliés ou inaccessibles; chacun est ici introduit et annoté avec précision, afin de montrer l’importance de ce débat dans la reconfiguration de la conscience littéraire et grammaticale en France, mais aussi pour faire apparaître les non-dits idéologiques et politiques qui parasitent systématiquement tout débat sur la langue au tournant du XIXe et du XXe siècle, dans une société hantée par la question de la "crise du français". [Prière d’insérer.]

Sommaire et couverture http://www.u-grenoble3.fr/ellug/
Contact: Michèle Sautès michele.sautes@u-grenoble3.fr/ Tél. 04 76 82 77 74. Fax 04 76 82 41 12.

Gérard Gengembre, "Flaubert"dans Le réalisme et le naturalisme en France et en Europe, Pocket n°6281, 2004, p.99-107.

Claudette Oriol-Boyer(dir.), Critique génétique et didactique de la réécriture. Travailler avec les brouillons des écrivains, Bertrand-Lacoste, coll. "Didactiques", 2003.
Chap. 1, "La planification de l’écriture à partir des scénarios de Madame Bovary", par Christine Duminy-Sauzeau et Michel Driol.
Les exercices portent sur le début du roman, tel qu’il est programmé dans les trois premiers scénarios généraux (transcriptions empruntées aux Plans et scénarios de "Madame Bovary", CNRS Editions et Zulma, coll. "Manuscrits", 1995): il s’agit de donner en modèle la "méthode de planification" flaubertienne, afin que les élèves puissent "l’expérimenter et la transposer dans leurs propres travaux écrits" (p. 29). L’ensemble de ces brouillons recueille les traces d’un "processus de production qui n’est pas à dédaigner puisqu’il a permis de donner naissance à Madame Bovary" (p.48). Au passage, l’enseignant montrera du doigt les fautes d’orthographe: "Sans pour autant encourager nos élèves au laisser-aller dans ce domaine, on dédramatisera au moment du brouillon cette composante de l’écriture en faisant remarquer malicieusement le "refectoir" (sic) du document 3 [début du troisième scénario général]" (p.32).
Les fautes des auteurs méritent assurément moins d’indulgence: ils confondent "états" et "versions" génétiques (p.26, 27, 48), prennent la lettre grecque "mu", utilisée par Flaubert comme signe de renvoi, pour l’abréviation de "mère" (p.31), et interprètent comme un "ajout" la reprise linéaire d’un élément précédemment biffé (p.33).

Pierre-Louis Rey, Analyse de l’oeuvre de Gustave Flaubert, Pocket, n°6297, coll. "Les guides Pocket Classiques", 224 p., 6 euros.
Aspects de la vie. Flaubert dans son siècle. Admirer sans imiter. Analyse des oeuvres [y compris les premières]. Effets de style. Modernité de Flaubert.
Voici l’ouvrage de synthèse que nous attendions: les étudiants y trouveront une présentation complète et simple; les connaisseurs des aperçus neufs et une érudition revisitée avec élégance et humour.
"Quantitativement, l'oeuvre romanesque de Flaubert est loin d'atteindre celle d'un Balzac ou d'un Dumas, elle n'en est pas moins celle qui inspire, voire excite le plus l'essayiste. Que de volumes sur son style indirect libre, son rythme ternaire, son gueuloir, son rêve d'un "livre sur rien", ses amours... C'est dire qu'on risque de se perdre dans l'analyse de ses écrits et de ses pensées. Le travail de Pierre-Louis Rey est un excellent instrument pour l'éclairage d'une oeuvre qui a ses complexités, parfois peut-être moindres qu'on ne l'a écrit. La présentation de La Tentation de saint Antoine ou de Salammbô est, à ce point de vue, exemplaire, et de la démarche de Rey et des paradoxes de Flaubert qui, tout en se méfiant des "débordements", écrit: "On ne pêche jamais par le trop, mais par le pas assez". Concision et précision s'alliant, il ne manque rien à l'itinéraire qui nous est ici proposé"
(Pierre-Robert Leclercq, Le Monde des Livres du 20 février 2004).

[BULLETIN FLAUBERT n° 52 / 12 février 2004]

(< Jean-Benoît Guinot)
Gisèle Séginger, "La Tunisie dans l'imaginaire politique de Flaubert", Nineteenth Century French Studies (University of Nebraska), Volume 32, Number 1&2, Fall-Winter 2003-2004

Résumé:
En écrivant un roman sur Carthage (Salammbô), cité perdue et encore peu connue faute de fouilles archéologiques, Flaubert prend ses distances par rapport aux conceptions rationalistes de l'histoire qui se développent à partir du XVIIIe siècle puis surtout au XIXe siècle. Il représente une civilisation disparue dont le présent ne provient pas, mettant ainsi au jour les discontinuités de l'histoire alors que les pensées dialectiques se multiplient à son époque. Salammbô n'est pas un roman historique mais un roman sur l'histoire, sur ses représentations. La Tunisie antique est un espace critique, un espace révélateur non parce que Flaubert y projette le présent mais parce qu'il fait apparaître l'illégitimité des représentations historiques et politiques de son temps. Une pensée critique (mais implicite) est donc à l'oeuvre dans le roman. Explicite dans la Correspondance et les avant-textes du roman (en particulier dans le chapitre explicatif que Flaubert voulait placer au début du roman, avant de renoncer à sa publication) elle s'efface au cours du travail mais se réinscrit dans l'organisation des événements, au niveau de la poétique du roman. Flaubert réussit alors un coup de force: il donne à sa pensée apolitique de l'histoire l'apparence - et seulement l'apparence - d'une vérité naturelle et impersonnelle, l'illusion qu'on peut - si on le veut - échapper au politique. Oeuvre contre la politique, comme le sera aussi d'une autre façon L'Education sentimentale, Salammbô montre néanmoins la prégnance du politique non seulement dans la pensée de Flaubert (repérable au stade de la genèse) mais aussi dans la poétique de l'oeuvre. (in French) (GS)

[BULLETIN FLAUBERT n° 51 / 15 janvier 2004]

Ouvrages

Julian Barnes, Quelque chose à déclarer, trad. Jean-Pierre Aoustin, Mercure de France, 2004.
Voir le compte rendu de l’édition originale par Vanessa Guignery sur notre site, rubrique "Débats critiques"

Le Nouvel Observateur publie un entretien avec Julian Barnes et un article sur son livre:
http://www.nouvelobs.com/articles/p2044/a229275.html
http://www.nouvelobs.com/articles/p2044/a229277.html
(liens signalés par Jean-Benoît Guinot).

Philippe Willemart, L'Education sentimentale chez Proust, L´Harmattan, 2003.
Pourquoi "Education Sentimentale"? Référence explicite au roman de Flaubert du même nom, Philippe Willemart a voulu à la fois souligner la filiation flaubertienne de Marcel Proust déjà amplement illustrée par Mireille Naturel dans son Proust et Flaubert et contrebalancer la psychologie voire la psychanalyse sauvage aux recettes faciles qui inonde nos librairies. Concurrence sans doute inutile mais qui prétend montrer que la lecture des grands textes littéraires comme celle de Le Côté de Guermantes peut aider le lecteur à mieux vivre ses passions, surtout celles de l'amour et du pouvoir, comment comprendre la tendresse et l'amitié, comment intégrer le passé dans la vie d'aujourd'hui.
En second lieu, les pages qui suivent indiquent une nouvelle voie dans les rapports entre psychanalyse et littérature. Articulant deux concepts peu connus, l'inconscient génétique et l'inconscient esthétique de Rancière, l'auteur détecte dans la prose proustienne des objets qui bien que banals comme le paillasson, structurent le plaisir et la jouissance du texte.
Enfin, partant des présupposés de la critique génétique, la lecture tient compte des Cahiers qui serviront de prototexte au troisième volume de La Recherche qui permettent d'en discerner les processus de création.
[Quatrième de couverture.]

Philippe Willemart (http://planeta.terra.com.br/arte/ms_psicanalise/) enseigne la littérature française à l’Université de São Paulo où il dirige le Laboratoire du Manuscrit Littéraire.

Articles

Pierre Cubaud et Yvan Leclerc, "Bouvard 618, Pécuchet 598: étude de statistique textuelle sur Bouvard et Pécuchet", Revue Flaubert, n°3, 2003, en ligne sur notre site, Revue Flaubert 3 >>>
A partir du constat quantitatif que les occurrences de "Bouvard" sont plus nombreuses que celles de "Pécuchet" dans le roman, un scientifique et un littéraire tentent de comprendre, avec leurs outils respectifs, les raisons de ce déséquilibre. Les citations renvoient au texte intégral colorisé du roman, consultable par chapitres ou en entier (1 Mo).

Stéphanie Dord-Crouslé, compte rendu du livre d’Eric Le Calvez, La Production du descriptif. Exogenèse et endogenèse de "L’Education sentimentale", Amsterdam/ New York, NY, Rodopi, 2002, coll. "Faux Titre", dans Genesis, n°21, 2003, p.194-196.

Louis Forestier, ""Bref, c’est mon disciple", le cas Flaubert-Maupassant", Romantisme, n°122, "Maîtres et disciples", 2003-4, p.93-105.
Genèse et formes, en particulier épistolaires, d’une "relation passionnelle, faite d’acceptation et de tensions, d’attirance et de haine".

Shelly Charles, "Pigault-Lebrun: tonner contre! Les mauvaises lectures de Flaubert", Littérature, n°131, Larousse, septembre 2003, p. 18-36.
(article signalé par Paul Paumier, Veille électronique, Université de Rouen)
Flaubert lecteur de Monsieur Botte de Pigault-Lebrun et de La Maison blanche de Paul de Kock. Ces deux auteurs dans Bouvard et Pécuchet. Rôle structurant de l’oeuvre de Pigault-Lebrun dans le roman de Flaubert: "thèmes et procédures comiques, figures burlesques d’hommes à projets, structure répétitive de l’expérience et de l’échec" (p.31), importance des citations.
(On déplore: 1) les oeuvres de jeunesse de Flaubert citées dans l’éd. Conard de 1910; 2) des graphies fantaisistes: Louise Collet, Louis Bouillet.)

[BULLETIN FLAUBERT n° 50 / 18 décembre 2003]

Flaubert, Maximes et pensées, Editions du Rocher.
http://www.decitre.fr/indexPart.asp?action=notice&cdpdt=9782268048505
(< Jean-Benoît Guinot)

Mise au point d'une lectrice
"J'ai lu avec beaucoup d'intérêt le Bulletin Flaubert n°49 du 4 décembre dernier, entre autres, l'excellent article de Matthieu Desportes sur la nouvelle édition des Trois Contes, à destination des élèves du secondaire: Folio Plus Classiques n°6, Gallimard. Puis-je me permettre une petite mise au point? Flaubert hébergea bien sa famille, à Croisset, pendant l'occupation prussienne. La famille Bonenfant de Nogent-sur-Seine s'était réfugiée à Croisset du samedi 27 août 1870 au mardi 4 octobre 1870. Puis, accompagnés de Mme Flaubert, ils partirent ensuite pour Rouen, dans l'appartement des Commanville, jusqu'au vendredi 14 octobre 1870, date à laquelle ils retournèrent à Nogent. Tous les détails de cette période difficile se trouvent dans le tome IV de la Correspondance de Flaubert, édition établie par Jean Bruneau, Bibl. de la Pléiade, p. 227 à 247.
Exemples: "Avertissement: mes pauvres parents de Champagne sont arrivés ce soir à Croisset. L'ennemi n'étant plus qu'à dix lieues de chez eux. Ma maison regorge de monde" (à Claudius Popelin, Croisset, 27 août 1870). "Quelle maison que la mienne! 14 personnes qui gémissent et vous énervent" (à George Sand, Croisset, samedi 10 septembre 1870). […]
Bien cordialement. Bonnes fêtes de fin d'année à toute l'équipe du Bulletin.
Liliane Bertrand."

[BULLETIN FLAUBERT n° 49 / 4 décembre 2003]

Editions

(< Matthieu Desportes)

Deux nouvelles éditions de Trois Contes à destination des élèves du secondaire sont disponibles en librairie depuis la rentrée, et s'ajoutent à une liste déjà longue de publications d'un recueil prisé des professeurs de collège et de lycée.

Trois Contes, texte intégral + dossier + lecture d'image, Folio Plus Classiques n°6, Gallimard. 2,5 euros. Edition critique de Marie Basuyaux, lecture d'image par Valérie Lagier
Une nouvelle collection Folio, à la mise en page claire et agréable, tranchant ainsi avec les éditions graphiques et brouillonnes, tendance actuelle dans la publication de textes classiques pour mieux appâter un public jeune, qui n'en demande pas tant.
Les trois récits sont richement annotés, même si on pourra regretter, pour l'édition d'Un coeur simple, trop d'interventions allant vers l'élucidation biographique pour beaucoup de personnages, parfois sans fondement (la bonne Julie comme modèle de Félicité, la Barbette comme modèle de Nastasie Barette). Les notes données à La Légende et à Hérodias seront en revanche précieuses à plus d'un lecteur...
Le dossier s'ouvre sur une "lecture d'image" par Valérie Lagier, rapprochant La Légende de saint Julien du vitrail de la cathédrale de Rouen. L'auteur trouve le ton juste pour, en très peu de pages, souligner ce qui lie le texte à sa source, en donnant par la même occasion un précieux cours d'histoire, tant sur le plan artistique que sur le plan littéraire. Ce texte clair et exigeant constitue une remarquable étude du conte.
Le plus gros du dossier, composé par Marie Basuyaux, tente de distinguer conte, nouvelle et légende d'un côté, réalisme, fantastique et merveilleux de l'autre: c'est presque la somme d'un débat universitaire qui est longuement repris ici, au risque de perdre l'élève de collège à qui s'adresse en priorité cette édition. Suit un groupement de textes (La Métamorphose, L'Idiot, La Vie devant soi...) dont on saisit mal les rapports qu'ils entretiennent avec les contes de Flaubert.
Plus à déplorer sont les nombreuses erreurs qui émaillent la mini-biographie sur laquelle se referme le volume. Certaines de dates (naissance de Flaubert le 13 décembre au lieu du 12; mort de George Sand et de Louise Colet en 1877 au lieu de 1876), d'autres factuelles (Mme Flaubert fille de médecin; Flaubert hébergeant sa famille à Croisset pendant l'occupation prussienne, ou "très affecté" par la mort de Louise Colet)...

Trois Contes, Classiques Hachette, Biblio Lycée n°20, Hachette. 4,5 euros.
Edition de Bertrand Louët
D'avantage pour les lycéens, comme l'indique le titre de la collection, ce dernier volume reprend, en conclusion, les interrogations du précédent en les ramassant avantageusement dans une problématique simple et claire. On retrouve ici quelques erreurs dans la biographie d'ouverture, raccourcis ou exagérations (les manuscrits de jeunesse tous perdus pour la plupart, Le Colibri revue appartenant à Le Poittevin, Flaubert étudiant famélique à Paris, échec public de Trois Contes...). A nouveau, une erreur sur la date de mort de Louise Colet (mars 1875 ici), qui une fois encore "affecte profondément" GF...
Le texte est entrelardé de mises en perspective, de travaux proposés au lycéen, d'analyses ponctuelles..., un découpage qui, ne suivant pas nécessairement celui des chapitres des contes, donne au lecteur l'impression d'un recueil atomisé sur plus de 200 pages. Quelques erreurs aussi dans les synthèses. Pour Un coeur simple, on demande aux élèves de réfléchir sur les deuils qui affectent Félicité, et l'on cite la mort de Paul; la première chasse de Julien est interprétée comme celle d'un chasseur brave et courageux, alors qu'il contrarie l'"étiquette" cynégétique; et Salomé, dans Hérodias, se livre pour son beau-père à une "danse des sept voiles" (elle n'en a qu'un, chez Flaubert), etc.
Les notes sont riches et précises. Les textes des divers groupements proposés au lecteur sont judicieusement choisis et rapprochés des contes flaubertiens. Le souci de l'exhaustivité et de la clarté, de la visée historisante et les orientations pédagogiques sont à saluer.
On notera, enfin, que les deux collections reprennent l'édition fautive de 1877 non corrigée par Flaubert, dont elles reproduisent l'erreur au début de La Légende de saint Julien l'Hospitalier: "les fossés étaient pleins d'eau" pour "les fossés étaient pleins d'herbes".

Ouvrage

(< Jean-Benoît Guinot)

Alikavazovic, Jakuta, Flaubert, Jeunes éditions/Studyrama, coll. "Panorama d'un auteur", paru le 27 octobre 2003 ISBN: 2-84472-330-6. Prix Editeur: 12.95/84.95 FF. Prix -5%: 12.30 T.T.C/ 80.68 FF T.T.C
Résumé - La collection "Panorama d'un auteur" invite à explorer la vie et l'oeuvre des écrivains classiques de la littérature française. Chaque ouvrage est découpé en grands chapitres proposant: une biographie de l'auteur, une analyse littéraire et thématique, une étude des principales oeuvres, un choix de belles pages, un entraînement aux épreuves littéraires (commentaires composés, dissertations...). Ecrits dans un style clair et précis, les titres de cette collection s'adressent particulièrement aux étudiants de lettres (Deug et licence, hypokhâgne et khâgne) ainsi qu'à tous ceux préparant les concours (Capes, agrégation...).
Référence trouvée par Jean-Benoît Guinot grâce à Vigilibiris
http://www.decitre.fr/service/search/interVigi.asp?ref=9782844723307&id_profil=09569930&id_part=00&typecli=PER

Article

Eric Le Calvez, "Génétique zolienne et génétique flaubertienne: les dossiers de La Curée et de L'Education sentimentale", Les Cahiers naturalistes, n° hors série, "Zola, l'homme-récit", actes du colloque de Toronto, 2003, p.67-86.
Essai de génétique comparée. Sont confrontés les types de documents de genèse et les étapes successives. "On est ainsi, globalement, en présence de pratiques similaires (excepté les réécriture des brouillons), mais qui ne sont pas distribuées de la même manière, ni dans les phases génétiques, ni dans leur chronologie" (p.73). Comparaison de la phase initiale de la genèse (ébauche zolienne, carnet de notes flaubertien), puis phases des plans et scénarios. Etude des notes de régie (auto-injonctions). Zola privilégie la logique globale de l'intrigue, alors que Flaubert procède par une approche fragmentaire, "comme si l'imagination ne pouvait fonctionner que par bribes" (p.79). Mais le scénario flaubertien est "plus régulateur, moins hétérogène" que le plan zolien (p. 86).

[BULLETIN FLAUBERT n° 47 / 6 novembre 2003]

Ouvrages

Arden Reed, Manet, Flaubert and the Emergence of Modernism, Cambridge University Press, 2003, 347p.
(< Noëlle Benhamou)

Thierry Savatier, Une femme trop gaie. Biographie d’un amour de Baudelaire, CNRS Editions, 2003.
Dans cette biographie d’Aglaé Sabatier, écrite par son arrière-petit-neveu, qui a eu accès à des archives de première main, Flaubert est situé dans le groupe des admirateurs amoureux de Mme Sabatier. Il participe aux dîners de la rue Frochot vers 1855 ou 1856: "De tous les invités, c’est peut-être le seul qui osa une approche sentimentale directe de la Présidente" (p.114). La dédicace de Madame Bovary, "à notre belle, bonne et insensible Présidente", ne laisse guère de doute sur l’issue de cette approche. TS fait un point très précis (p.223-227) sur les "traces" de Mme Sabatier dans L’Education sentimentale: Flaubert lui-même indique explicitement dans son Carnet de notes n°9 "Bal paré chez la Présid.", à propos du bal chez la Maréchale. Au passage, en s’appuyant sur de nouvelles recherches, TS propose de revoir les dates de plusieurs lettres de Flaubert; il en sera tenu compte dans les prochaines rééditions de la Correspondance.

Articles

Jeanne Bem, "Sade, Flaubert, Emma", dans L’Allemagne et la France des Lumières. Mélanges offerts à Jochen Schlobach, Champion, 2003, p.391-400.
"Sade est donc pour eux [Flaubert et ses amis] à la fois une philosophie critique, un manuel de sexologie, un espace de liberté et de protestation contre l’ordre bourgeois, un espace de jeu instaurant une complicité joueuse, un secret" (p.396). Emma comme héroïne "secrètement sadienne". Justin, clin d’oeil à Justine. "Emma a le prestige des maîtres sadiens, elle est caractérisée non seulement par le désir érotique mais par l’énergie" (p.398-399).

François Coppée, [Compte rendu de Bouvard et Pécuchet, de Flaubert] (La Patrie, 28 mars 1881), dans Chroniques artistiques, dramatiques et littéraires, textes recueillis, préfacés et annotés par Yann Mortelette, PU de Paris-Sorbonne, 2003.

Stéphanie Dord-Crouslé, "Flaubert et les Manuels Roret ou le paradoxe de la vulgarisation. L’art des jardins dans Bouvard et Pécuchet", dans Le Partage des savoirs, XVIIIe-XIXe siècles, sous la dir. de Lise Andries, PU de Lyon, 2003, p.93-118.
Flaubert grand lecteur des Manuels Roret. Etapes génétiques de l’épisode du jardin pittoresque (BP, chap.II). Prise de notes orientée, à la fois sélective, partiale et littéraire plus que "scientifique" (p.111). BP comme "mise en scène de l’impossibilité de toute vulgarisation". Transcriptions partielles de notes du Carnet n°18 bis.

Marie-Dominique Nobécourt-Mutarelli et Yvan Leclerc, "Gustave Flaubert au Collège royal de Rouen"; Gustave Flaubert, "Notes sur Gibbon", dans Lycées et lycéens normands au XIXe siècle, documents réunis sous la dir. de Jean-Pierre Chaline, Société de l’Histoire de Normandie, Rouen, [Archives de la Seine-Maritime, Cours Clémenceau, 76100 Rouen] 2003, p.137-156.
Ce que nous savons sur Flaubert collégien et lycéen. Transcription des 17 premiers feuillets des notes inédites prises par Flaubert en 1836-1837 sur Edouard Gibbon, Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain, 1776 (trad. 1777). Le dossier entré à la BM de Rouen en 1997 comporte 152 feuillets au total.

Bernard Vouilloux, "Les tableaux de Flaubert", Poétique n°135, septembre 2003, p.259-287.
Flaubert "myope". Paradigme écrivains myopes/ écrivains presbytes dans le discours des écrivains et des critiques. Rapport entre détails et ensemble dans les "tableaux" peints ou décrits. Commentaire neuf de l’expression "faire la pyramide" (p.268). Dialectique disparition de l’auteur/ du lecteur: "la mise en retrait de l’auteur a pour conséquence la dénégation de l’existence du lecteur" (p.278). Flaubert, écrivain "impressionniste"?

[BULLETIN FLAUBERT n° 46 / 7 octobre 2003]

Une lettre inédite de Flaubert à Mallarmé, datée du 19 juin 1876 (la seule que nous possédions entre les deux écrivains) est publiée dans Mallarmé, OEuvres complètes, éd. Bertrand Marchal, Bibl. de la Pléiade, t. II, 2003, p. 1572-1573.

Julian Barnes, "Un univers au creux des mots" [hommage à Jean Bruneau], La Lettre de la Pléiade, n°16, septembre à décembre 2003.
Ce texte a été publié le samedi 28 juin 2003 dans le Guardian. Traduit de l'anglais par Natacha Godaillier.
En ligne sur le site du Centre Flaubert, avec l'aimable autorisation de l'auteur et du directeur de la Pléiade, Hugues Pradier. Nos remerciements vont également à Vanessa Guignery.
http://flaubert.univ-rouen.fr/correspondance/barnvf.htm

Michel Schneider, Morts imaginaires, Grasset, 2003.
"L'ottomane. Gustave Flaubert, 8 mai 1880" (p. 180-190)
La mort réaliste et imaginaire: "Sur sa couche turque, frappé à mort maintenant, Flaubert est aussi avec Emma dans l'Hôtel des Empereurs, sur le port" (p. 189). "J'aime à croire que Kuchiouk-Hânem revint danser devant Flaubert mourant sur son ottomane" (p. 191).

Revue Flaubert n°3, 2003
En ligne sur le site du Centre Flaubert.

http://flaubert.univ-rouen.fr/10revue/revue3/revue3.htm

Les apports de l'informatique et de l'Internet aux nouvelles formes d'édition, de lecture et d'interprétation des textes flaubertiens.
Numéro dirigé par Jean-Benoît Guinot et Yvan Leclerc.

Robert Allen, Flaubert's use of Sexual Symbolism in Madame Bovary; Le symbolisme sexuel dans Madame Bovary (version française).
Etienne Brunet, Flaubert traité par Hyperbase.
Luís Carlos Pimenta Gonçalves, Italique et Informatique: une étude de l'italique dans les traductions portugaises de Madame Bovary.
Jean-Benoît Guinot, Le traitement de textes de Flaubert.
Josette Lecomte, En quête de Flaubert dans le TLFi et les bases textuelles de l'ATILF.

[BULLETIN FLAUBERT n° 45 / 16 septembre 2003]

Laurence Perfézou-François, "... quelque chose de paternel...", 2003, en ligne sur le site Flaubert
http://flaubert.univ-rouen.fr/etudes/perfez.pdf
La figure de la petite fille ou comment une insistance discrète du texte permet de jouer en mode mineur, dans l’oeuvre et dans la Correspondance, quelques variations douces et mélancoliques autour du thème de la paternité.

[BULLETIN FLAUBERT n° 44 / 26 juin 2003]

Ouvrages

Jean Borie, Une forêt pour les dimanches. Les Romantiques à Fontainebleau, Grasset, 20 euros.
Oberman, L’Education sentimentale, Les Carriers de l’énigmatique Victor de Maud’huy et Manette Salomon des frères Goncourt ponctuent ce livre où Jean Borie revisite les rochers de Fontainebleau. Hommage à des paysages qui n’ont pas inspiré que les peintres, de la solitude romantique aux prosaïques dépaysements hebdomadaires du réalisme, l’histoire d’une "forêt d’illusions".
(Libération / Livres, 19 juin 2003, p.IV.)


Philippe Hamon, Dictionnaire thématique du roman de moeurs, 1850-1914, Presses Sorbonne Nouvelle, 2003, 30 euros.
Instrument de travail présenté sous forme de fiches de lectures par thèmes. Ont été retenus les oeuvres en prose appartenant à la littérature de moeurs contemporaines, et relevant du réalisme-naturalisme "sérieux". De Flaubert, ont été dépouillés logiquement les deux Educations, Par les champs…, Madame Bovary. Moeurs de province [et non provinciales, p.541], Trois contes, Bouvard et Pécuchet. Excellent ouvrage: on regrette simplement que l’index final des oeuvres ne renvoie pas aux pages des entrées thématiques.


Gilles Philippe, Sujet, verbe, complément. Le moment grammatical de la littérature française: 1890-1940, Gallimard, "Bibliothèque des idées", 2002.

(< Naoko Kasama)
En parcourant essais littéraires, ouvrages linguistiques et manuels de composition française, Gilles Philippe retrace l'histoire d'une doxa qui veut que la valeur littéraire d'une oeuvre se mesure essentiellement à ses qualités grammaticales.
Flaubert est de loin l'écrivain le plus mentionné dans cet ouvrage. En effet, son nom s’impose quand on parle du style indirect libre (ch. 3) ou des manuels stylistiques louant le "travail" des écrivains (ch. 5). De plus, le chapitre 2 est entièrement consacré au grand débat littéraire sur la grammaire de notre auteur, querelle qui aboutit au célèbre article de Proust, "À propos du "style" de Flaubert", dont GP reconstitue le contexte historique par une documentation tout à fait remarquable.
Ainsi l'auteur aborde-t-il les thématiques flaubertiennes pour atteindre le phénomène général du "moment grammatical". Les chercheurs-spécialistes de Flaubert pourront, quant à eux, faire le chemin inverse et voir dans ce "moment grammatical" une phase cruciale dans l'invention d'un discours, aujourd’hui largement confirmé, sur la modernité langagière de l'écrivain.

Résumé de l’analyse publiée sur le site, en "Débats critiques"
http://flaubert.univ-rouen.fr/comptes_rendus/crendus.php#Philippe


Henri Scepi, Salammbô de Flaubert. Paris: Gallimard, 2003 (Foliothèque; 112)
ISBN: 2-07-041910-X- 10, 50.
(< Paul Pommier, Veille électronique, Université de Rouen)

Propose une étude approfondie et critique de cette oeuvre et de ses multiples facettes, ainsi qu'un dossier (bibliographie, chronologie, variantes, témoignages, extraits de presse, histoire et contextes, commentaires).
[Livres Hebdo n°502 du 21 février 2003, p.101.]

Table des matières:
Introduction: le plus lointain et le plus proche. I. - Une quête de l'ailleurs. II. -L'Histoire à l'épreuve de la fiction. III. - Poétique du roman. IV. - Une rhétorique de l'excès. V. - Des mythes et des religions.
Le commentaire d'Henri Scepi renvoie à l'édition de Pierre Moreau (Folio, 1970), établie sur la deuxième édition du roman (Lévy, 1863), ainsi qu' HS le signale en bibliographie (p.214). L'édition critique de référence est désormais celle procurée par Gisèle Séginger en GF Flammarion (2001) qui donne, comme il se doit, la dernière édition revue et corrigée par Flaubert (Lemerre, 1879).
Il aurait été souhaitable que l'auteur reparte des manuscrits pour transcrire les quelques extraits de scénarios (p.170-178), au lieu de reproduire l'édition du Club de l'Honnête Homme (t.II, 1974), pas toujours fiable.
Le titre du célèbre essai de Proust est cité à deux reprises d'une façon erronée (p.160 et 217). Il faut lire: "A propos du "style" de Flaubert".

Articles

Bulletin Flaubert-Maupassant, n°11, 2002
Adrianne Tooke, "Flaubert et les arts picturaux: de l’image au texte"
Martine Alcobia, "L’inscription de la peinture dans le roman de Flaubert L’Education sentimentale. Les personnages féminins et leurs univers"
Jean-François Delesalle, "Jules Adeline, témoin et zélateur de Gustave Flaubert" [Jules Adeline (1845-1909), graveur. Auteur du célèbre portrait de Saint-Polycarpe, illustrateur de Madame Bovary, Quantin, 1885.]
Thierry Poyet, "Gide, lecteur de Flaubert"
Eric Walbecq, "Quelques documents inédits autour de Flaubert et de la Princesse Mathilde" [lettres échangées entre décembre 1871 et janvier 1872 à l’occasion de la restitution à la Princesse Mathilde d’une aquarelle de sa main ayant appartenu à Sainte-Beuve. Flaubert joue le rôle d’intermédiaire. Extrait d’une lettre inédite de Flaubert à Paul Chéron. Fac-similés et transcriptions des documents.]

Yukiko Arahara, "Entre science et religion. Les investigations géologiques de Bouvard et Pécuchet", Résonances, 2002, [revue d’études françaises et francophones écrites par les étudiants de l’Université de Tokyo (campus de Komaba), résumés en français], p.116/180.
Aperçu de la géologie au XIXe siècle. Théories de la terre.

Jeanne Bem, "L’écriture du désert chez Flaubert, avant et après son voyage en Orient", dans Le désert, un espace paradoxal, actes du colloque de l’Université de Metz (13-15 septembre 2001), Berne, Peter Lang, 2003, p.349-358.
Le désert comme "métonymie de l’Orient". Expérience du "rien" pourtant beaucoup représenté. Avant le voyage, le jeune Gustave enchaîne les images clichées et s’y projette par élan lyrique; après, il cherche l’image transformatrice de réel dans une écriture expérimentale (celle du Voyage en Orient) qui radicalise la parataxe.

Jeanne Bem, "La rumeur ethnographique dans le texte de Madame Bovary", Bulletin annuel de la Société de Langue et littérature françaises de Chûbu, Japon, 2003, p.129-139.
Madame Bovary comme "ethnologie du proche". A propos du livre de Jean-Marie Privat, Madame Bovary: Bovary Charivari. Essai d’ethno-critique, CNRS Editions 1994: "Il apparaît ainsi que les inscriptions ethnographiques "flottent" dans le texte de Madame Bovary et que, loin de fonder une inébranlable cohérence, elles présentent un sens opaque, énigmatique. […] Chez Flaubert, il ne reste que des fragments de la coutume, les débris épars d’une culture en déshérence."

Aurelio Berardi, "Scriptor athleticus", Fransk Nyt (revue danoise), "Le corps, le sport, la langue", n°235, Marts 2003, p.30-34.
Paradoxe de Flaubert, "écrivain sportif". Dans la vie: s’adonne à la natation avec le professeur Fessard, à l’escrime, aux "luttes d’équitation" en Egypte. Dans l’oeuvre: Jockey Club, acrobates, danseuses de cordes, nage de Mathô, gymnastique de Bouvard et Pécuchet, le style comme exercice musculaire. Etude qui croise "savoir littéraire et savoir athlétique", esthétisme et athlétisme. Belle formule pour désigner Maupassant: "fils sportif de Flaubert".

Michel Brix, "Mal du siècle et bovarysme", La Vie romantique. Hommage à Loïc Chotard, éd. André Guyaux et Sophie Marchal, PU de Paris-Sorbonne, 2003, p.93-106.
"Le "mal du siècle" procède de cela même que l’on nommera, après le premier roman de Flaubert, "le bovarysme". Le "bovarysme" replacé dans la filiation des mésusages des livres. Bovarysme et mythe de Pygmalion, narcissisme.

Dominique Bussillet, Flaubert entre Trouville et Paris. Cabourg, Cahier du temps, 2003.
176 p. ISBN: 2-911855-53-1. 12 euros.
L'auteur a rattaché les grands moments de la vie de G. Flaubert aux lieux qu'il a habité: à Trouville il découvre l'amour, à Paris il connaît la renommée littéraire et, entre les deux villes, à Croisset il travaillera jusqu'à ses derniers jours.
(<Paul Paumier)

Stéphanie Dord-Crouslé, "Le darwinisme de Flaubert", dans L’idée de "race" dans les sciences humaines et la littérature (XVIIIe-XIXe siècles), actes du colloque de Lyon (16-18 novembre 2000, textes réunis et présentés par Sarga Moussa, L’Harmattan, 2003, p.285-297
Transformisme de Lamarck; évolutionnisme darwinien à travers les filtres conceptuels de Spinoza, Haeckel et Spencer. Champ sémantique du mot "race" dans la correspondance. "Dans les systèmes scientifiques, l’écrivain retient donc essentiellement ce qui entre en résonance avec ses propres conceptions, quitte à gauchir les premiers. Enfin, son usage personnel du terme "race" est révélateur de ce que, même hors de toute fiction littéraire, le problème scientifique, objet de débats, est aussi (et peut-être d’abord) pour Flaubert un objet à réinventer, une matière à rêver, bref, un aliment de l’imaginaire" (p.296-297).

Naoko Kasama, "En deçà de la littérature. Grammaire et enseignement vers la première moitié du XIXe siècle", Résonances, revue citée, p.150/185.
A partir des fautes que Deschamps relève dans Madame Bovary à sa publication, NK esquisse une histoire de la grammaire scolaire. "Flaubert fait bien partie de la génération pour qui l’écriture ne peut plus se passer d’un manuel de grammaire." Pourtant, conflit entre grammaire (de l’écrit codé) et rhétorique (des parlers).

Francis Lacoste, "L’Orient de Flaubert", Romantisme, n°119, 2003, p.73-84.
L’Orient comme "espace d’une expérience individuelle et d’une révélation d’ordre esthétique". Relecture critique du livre d’Edward Saïd, L’Orientalisme: l’Orient crée par l’Occident, Seuil, 1997, à partir de la position personnelle et historique de Flaubert. La Méditerranée, monde clos, sans marée, atemporel, comme métaphore de l’oeuvre d’art.

Yvan Leclerc, "Flaubert: la lettre comme seul discours critique", Lettre et Critique, actes du colloque de Brest, 24-26 avril 2001, textes rassemblés et présentés par Pierre-Jean Dufief, Publications du Centre d’Etude des Correspondances et Journaux Intimes des XIXe et XXe siècles, U. de Bretagne occidentale, 2003, p.111-122.

Thierry Poyet, "Flaubert-Maupassant: le couple au masculin. Complicité et héritage face aux femmes", dans Le couple littéraire. Intertextualité et discours des sexes, Aisthesis Verlag, Bielefeld, 2003, p.229-243.
Couple père/fils littéraire. Similitudes dans les relations féminines: attachement ambivalent à la mère, fréquentation des prostituées, misogynie du célibataire artiste, "négation de la féminité comme marque d’estime et de respect intellectuels" (p.237), pratique de l’amitié virile.

Dominique Rabaté, "Le Conteur dans Un Coeur simple", Littérature, n°127, septembre 2002, p.86-104.
(< Matthieu Desportes)
Le numéro de février dernier de Littérature proposait un bel article de Dominique Rabaté sur Un Coeur simple, aussi fin qu'enthousiaste, où son auteur, en marge d'une étude de Walter Benjamin ("Le Conteur"), se pose d'avantage en lecteur du récit flaubertien qu'en exégète.
Un coeur simple, considéré comme un texte "du retrait de la voix narrative" (absence de la voix de Félicité, ou pauvreté verbale de la servante), est malgré tout ressenti comme un "théâtre sonore" dans l'écriture de Flaubert, par l'abondance des exclamatives et des phrases "qui font système". D. Rabaté s'appuie en outre sur une lecture des manuscrits pour voir comment l'auteur oppose la surdité progressive de Félicité et le verbiage croissant du perroquet (rappelons que dans les premiers états du texte, Loulou est muet, puis acquiert au contact de la domestique des rudiments de langue). "Loulou prend la parole que Félicité perd, comme si la parole changeait de lieu" pour s'énoncer.
La neutralité de paroles coïncide aussi avec une neutralité de temps qui voit s'opposer un flux monotone (l'existence à Pont-l'Evêque) à des effets de "bric-à-brac" rendus par les inventaires de dates qui entrelardent le récit. Au-delà, c'est une opposition de deux temporalités génériques qui se révèle sous la plume de Flaubert, celle du conte et celle du roman. On est alors "entre la mémoire éternisante du romancier et la mémoire brève du narrateur [ou du conteur]" (Benjamin). Ainsi, Un coeur simple "par son passé simple inaugural s'ouvre dans la fermeture quand la fin du texte réouvre le récit".
Un coeur simple, enfin, par la monotonie des événements narrés, apparaît comme "un texte du presque rien" (mais en aucun cas du rien), et comme un texte de la mélancolie (non de la neurasthénie). Il coïncide avec "le caractère indécidable de la vie de Félicité", qui passe quant à elle "de la bonne aliénée à sa condition par son prénom [on se rapportera à l'article du Dictionnaire des idées reçues] à la transcendance inscrite aussi dans son prénom [la félicité, au sens spinoziste du terme].
Comme son personnage central, Un coeur simple est "un conte mélancolique qui atteint à la joie".
L'essai de Walter Benjamin qui sert de guide à D. Rabaté vient de reparaître dans le recueil Ecrits français, éd. Jean-Maurice Monnoyé, Gallimard, coll. "Folio essais", n°418, sous le titre "Le Narrateur".

Adriana Santoro, "Gustave Flaubert ‘milanese’", dans Stendhal, l’Italie, le voyage. Mélanges offerts à V. Del Litto, textes rassemblés par Emanuele Kanceff, Bibl. du voyage en Italie, n°64, p.497-508.
Passage de Flaubert à Milan pendant le Voyage en Italie de 1845.

Roman dérivé

Miquel Angel Riera, L'île Flaubert. Trad. du catalan par Denise Boyer et Nuria Oliver. Gardinne (Dordogne): Fédérop, 2003. 232 p. ISBN: 2-85792-144-6. 19 €.
Un professeur célibataire et timoré s'installe sur une île, rebaptisé du nom de son projet. Au fil du récit, l'histoire de ce personnage se dévoile et s'il est isolé sur cette île, c'est pour mieux défier le passage du temps et duper la mort. Sa propre déchéance physique lui montrera qu'il ne peut pas en être ainsi.
(<Paul Paumier)

Bibliographie

Bibliographie Flaubert, "Biblio 13", acquisitions de l'équipe Flaubert de l'Institut des Textes et Manuscrits Modernes, de mai 2002 à mai 2003, et répertoire des publications en ligne, par Martine Mesureur-Ceyrat.
Cette liste peut être consultée sur le site de l'ITEM http://www.item.ens.fr/contenus/equiprojet/EQPaccueil.htm

Les publications imprimées recensées sont consultables au "Centre Flaubert de l'ITEM", 4, rue Lhomond, 75005 Paris (sur rendez-vous auprès de Martine Mesureur-Ceyrat, tél. 01 44 32 18 93, courriel Martine.Mesureur-Ceyrat@ens.fr)

[Dans une bibliographie en langue française, on utilisera "en ligne", de préférence à "online", en un seul mot.]

[BULLETIN FLAUBERT n° 38 / 20 mars 2003]

Ouvrages

Dans le Bulletin n°37, nous avons signalé le livre de M. Martinez, en donnant la présentation de Livres Hebdo. Joëlle Robert en propose ici une analyse:
Michel Martinez, Flaubert, le sphinx et la chimère. Flaubert lecteur, critique et romancier d'après sa correspondance, L'Harmattan, 2002, 320 p. (Critiques littéraires) - ISBN: 2-7475-3331-X - 26 Euros.
Tout écrivain est d'abord un lecteur. Flaubert le fut peut-être plus que les autres. Les jugements littéraires contradictoires et les goûts éclectiques qui émaillent sa Correspondance, lui furent maintes fois reprochés par les critiques. Pourtant, Michel Martinez souligne dans son étude "l'extraordinaire cohérence entre les propos de l'homme, ceux du critique littéraire et ceux de l'écrivain". Il analyse les remarques de Flaubert, faites sur quelques grands auteurs admirés, qu'il a lus et relus tout au long de sa vie et qui l'ont aidé à forger sa vision du monde, son éthique et son esthétique. Il s'intéresse également à ceux qu'il détestait, et les jugements sur ces écrivains permettent aussi de vérifier la cohérence interne des principes qui guident Flaubert dans sa critique littéraire et dans son écriture. Ses contemporains ne sont pas oubliés, même si M. Martinez réduit délibérément son corpus, en écartant les lettres qu'il juge non sincères. Les "critiques de pion" de Flaubert sur le langage poétique de Louis Bouilhet et de Louise Colet ou sur le langage romanesque d'écrivains qui lui envoient leurs ouvrages, aident à comprendre ce qu'il entend par un beau style.
Son univers esthétique apparaît finalement comme le fruit d'une tension entre le réel et l'idéal, entre le Sphinx et la Chimère, entre un scepticisme absolu dans la vision du monde et une conception idéaliste de l'écriture romanesque.

Articles Jacques Bienvenu, "Maupassant et la psychologie", L'Angélus, n°13, déc. 2002-janv. 2003.
Jusqu'en 1886, Maupassant défend la conception flaubertienne du roman "objectif" (les actes et les faits parlent d'eux-mêmes), opposé au roman psychologique. L'étude sur "Le Roman" reprend cette opposition, mais Pierre et Jean contredit la théorie de l'essai qui le précède. En se séparant de la leçon de Flaubert, Maupassant emprunte l'un de ses procédés à l'écriture artiste des Goncourt: la reprise lexicale (cet "essayage d'expressions" dont parle Jules Lemaître). "On en arrive donc à cette conclusion stupéfiante: dans l'étude sur le roman, Maupassant fait l'éloge de Flaubert et attaque violemment Goncourt, et dans les faits c'est en quelque sorte le contraire qu'il faut comprendre!" (p.39).

Contact a.a.maupassant@wanadoo.fr

[BULLETIN FLAUBERT n° 37 / 6 mars 2003]

Ouvrages

Julian Barnes, Something to Declare, London, Jonathan Cape, 2002. 318p.(traduction française par Jean-Pierre Aoustin à paraître au Mercure de France, 2003)
Ce recueil comporte les divers articles et essais que l’écrivain britannique Julian Barnes, auteur du célèbre Perroquet de Flaubert, consacra à la France et à d’illustres Français, et en particulier à Gustave Flaubert qui occupe toute la seconde moitié de l’ouvrage. Barnes inclut ses critiques des différents volumes de la correspondance, mais aussi d’ouvrages relatifs à Flaubert, sa vie et son œuvre. L'un des essais porte sur les adaptations cinématographiques de Madame Bovary et propose une analyse remarquable du personnage de Justin.

Vanessa Guignery, 1er février 2003
Compte-rendu intégral dans la rubrique "Débats critiques" du site Flaubert
http://flaubert.univ-rouen.fr/comptes_rendus/crendus.php#Julian Barnes, Something to Declare,


Ildiko Lorinszky, L'Orient de Flaubert: des écrits de jeunesse à Salammbô: la construction d'un imaginaire mythique, Paris, L'Harmattan, 2003 (Espaces littéraires) - ISBN: 2-7475-3357-3 - 28 Euros.
Etude qui tente de déterminer les origines orientales de Salammbô dans les écrits qui l'ont précédé, et dans les projets non aboutis. Met en avant l'importance du mythe comme fondation de l'oeuvre et en explore la logique et l'ordonnancement.

(Livres Hebdo n°498 du 24 janvier 2003, p.85. < Paul Paumier, Veille électronique de l'Université de Rouen)


Matthew Macnamara, La textualisation de Madame Bovary.
Amsterdam/New York, NY, 2003, VI, 263 pp. Series: Faux Titre 233

Pb: 90-420-0984-5 EUR 50 / US$ 50
http://www.rodopi.nl/functions/search.asp?BookId=FAUX+233
Le volume donne une transcription de soixante-deux d'entre les trois mille six cents pages approximativement que comptent les brouillons de Madame Bovary, et de dix pages du manuscrit autographe du roman. Toutes ces pages constituent des avant-textes du chapitre quinze de la deuxième partie du roman. Publiées ici pour la première fois, ces pages transcrites sont groupées en trois séries discrètes dans la succession de la composition de chaque page. Des données textuelles internes aux pages sont alléguées pour justifier cet arrangement des pages. Dans le cas de chaque page individuelle, sont analysées en détail sa relation textuelle aux pages composées précédemment, l'expansion ou la réduction de son stock de syntagmes et de propositions, et la formation de ses phrases graphiques et de ses paragraphes. Sont analysées aussi l'émergence et l'exploitation stylistique de récurrences de groupes de mots impressifs. La conclusion explore les implications communicatives des particularités de la textualisation flaubertienne et les met en relation avec les conventions mimétiques de la narration réaliste française au dix-neuvième siècle.

Table
Chapitre 1. Etapes textuelles
Chapitre 2. Paragraphe, page, enchaînements, reprises
Chapitre 3. Assemblage
Chapitre 4. Copie
Chapitre 5. Expansion, contraction
Chapitre 6. Syntagme, proposition, phrase
Conclusion: Travail et sémiotisation
Transcription
Notes
Bibliographie
Index


Michel Martinez, Flaubert, le sphinx et la chimère. Flaubert lecteur, critique et romancier d'après sa correspondance, L'Harmattan, 2002, 320 p.(Critiques littéraires) - ISBN: 2-7475-3331-X - 26 Euros.
Invite à une lecture de la Correspondance de G. Flaubert en tant que manifeste littéraire considérant l'écrivain comme l'inventeur du roman d'humour: pour Martinez, son oeuvre exprime le vrai comique d'une humanité écartelée entre le poids de la réalité et la fulgurance des rêves.

(Livres Hebdo n°496 du 10 janvier 2003, p.90. < Paul Paumier, Veille électronique de l'Université de Rouen)


Thierry Poyet, Enseigner Flaubert au lycée, CRDP de l’Académie de Grenoble, 2002, 15 Euros.
"On travaille de moins en moins Flaubert au lycée". Pour tenter de remédier à cette carence, l'auteur propose une présentation de l'oeuvre en 15 séances, à travers des extraits d'œuvres, des lettres, des brouillons... Au passage, deux exemples d'écritures d'invention: rédiger la fin de Bouvard et Pécuchet en tenant compte des brouillons de l'auteur (p.80); "En fonction de tout ce que vous avez appris sur l'homme Flaubert et sur son oeuvre, imaginez la quatrième de couverture que Flaubert aurait lui-même rédigée s'il avait composé sa propre autobiographie, sujet qui l'a souvent tenté" (p.151).


Michèle Roberts, The Looking-Glass, London, Little, Brown and Company, 2000. (traduction française à paraître aux éditions Calmann-Lévy, 2003)
Ce roman met en scène cinq femmes qui gravitent autour du poète Gérard Colbert, et qui proposent chacune leur propre version, souvent discordante, des mêmes événements. Le personnage de Gérard Colbert est largement inspiré de Gustave Flaubert et de Stéphane Mallarmé, et le roman est émaillé de références explicites et implicites aux deux écrivains, à divers épisodes de leur vie et à leur entourage. Le poète est le seul à ne jamais prendre la parole à la première personne, et Michèle Roberts s’attache au contraire à faire entendre des voix féminines marginales jusque là amuïes.
Vanessa Guignery, 21 février 2003

Compte-rendu intégral dans la rubrique "Débats critiques" du site Flaubert
http://flaubert.univ-rouen.fr/comptes_rendus/crendus.php#michele-roberts

Articles

Matthieu Desportes, "Les pratiques de la réécriture dans Trois contes de Gustave Flaubert"; en ligne sur le site Flaubert, rubrique "Etudes", 2003.
http://flaubert.univ-rouen.fr/etudes/reecr.pdf
Comment évaluer l'écart entre hyper et hypotexte? "On va ainsi, au fil des récits, et à mesure que l'on entre dans le recueil, vers une pratique de la réécriture de plus en plus évidente". Trucage historique dans Hérodias. "Homogreffe" ou "autogreffe" dans Un coeur simple. Hypotextes: la biographie de Bernardin de Saint-Pierre, Jeanne de Sand, Geneviève de Lamartine.

Yvan Leclerc, "L’éducation théâtrale de Flaubert", dans La Tentation théâtrale des romanciers, Philippe Chardin et alii, Sedes, "Questions de littérature", 2002 (actes du colloque de Tours, 11 mai 2001).
Bonnes raisons de se tenir éloigné du théâtre; illusions de la réussite; causes de l'échec; un théâtre possible du rien et du cliché.

François Pinel, "Les lettres orientales de Flaubert à sa mère (octobre 1849-février 1851): la rhétorique épistolaire à l'épreuve d'une relation aliénante", en ligne sur le site Flaubert, rubrique "Etudes", 2003.
http://flaubert.univ-rouen.fr/etudes/pinel.pdf
Par la pragmatique et la psychanalyse, étude du lien, ou plutôt du cordon ombilical qui relie Gustave à sa mère. Procédés stylistiques dans les lettres à la mère: les appellatifs, l'impératif, l'emphase, l'italique, les procédés de soulignement comme "typographie caractérielle". Cette rhétorique épistolaire est au service d'un "protocole thérapeutique" qui vise à guérir de la distance. Attachement régressif de Gustave, qui occupe plusieurs postures dans la constellation familiale: "Fils d'une mère possessive, "père" d'une femme âgée, conjoint d'une veuve, figure paternelle de sa nièce".

[BULLETIN FLAUBERT n° 36 / 19 février 2003]

Publication du Centre Flaubert

FLAUBERT - LE POITTEVIN – MAUPASSANT. Une affaire de famille littéraire
Sous la direction de Yvan Leclerc

La relation entre Flaubert et Maupassant passe par un troisième homme, un poète méconnu mort jeune, Alfred Le Poittevin, ami capital de Gustave et oncle de Guy. L’affaire de famille qui réunit les membres de ce trio relève donc à la fois des liens du sang et des relations symboliques, puisque le rapport Maître et disciple des deux écrivains normands se double d’une reconnaissance en paternité spirituelle.

Ce volume regroupe les communications présentées au colloque du cent cinquantenaire de la naissance de Guy de Maupassant, organisé à Fécamp les 27 et 28 octobre 2000, par la Ville de Fécamp et par l’Université de Rouen.
Dans les annexes, on trouvera en fac-similé et en transcription un long poème d’Alfred Le Poittevin recopié par Flaubert, connu sous le nom de "La Chasse du comte Ulric".

Tables des matières

Présentation
par Yvan LECLERC

Roger KEMPF
L’amitié selon Flaubert

Jacques BIENVENU
La lettre volée

Marlo JOHNSTON
Relations familiales: certitudes et incertitudes

Matthieu DESPORTES
La circulation du souvenir à travers les dédicaces

Emmanuel VINCENT
Généalogie poétique de Maupassant

Peter Michael WETHERILL
Dérapages thématiques: Flaubert / Maupassant

Florence EMPTAZ
Flaubert et Maupassant: les enfants indésirables

Francis LACOSTE
Maupassant entre Zola et Flaubert

Marie-Claire BANCQUART
Flaubert et Maupassant: manger en mots, manger des mots

Jeanne BEM
La vieille fille et son histoire, chez Flaubert et Maupassant

Catherine BOTTEREL
La parade nuptiale: mimesis et paradoxe(s) dans Madame Bovary et Bel-Ami

Thierry POYET
L’influence de Flaubert sur Maupassant

Francis MARCOIN
Maupassant et la statue de Flaubert

Conclusions
par Louis FORESTIER

Poème d’Alfred Le Poittevin recopié et corrigé par Gustave Flaubert
La Plage normande illustrée


Format: 16 x 24 cm     Nombre de pages: 271
ISBN: 2-87775-337-9     Code barre: 9 782877 753371
Prix public: Euros: 20
Frais d’expédition: Euros: 3,51 pour le premier volume
                            Euros: 1,22 par volume suivant

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[BULLETIN FLAUBERT n° 34 / 16 janvier 2003]

Editions

Flaubert, Correspondance, éd. Jean Bruneau, Gallimard, Bibl. de la Pléiade, 1997 (mise en vente: janvier 1998), tome IV (1869-1875).
Réimpression en octobre 2002 avec quelques modifications. L’une de ces modifications a entraîné un léger glissement de texte, d’une page au plus, qui concerne les pages 742 à 764. Il convient donc de préciser dorénavant à quel tirage renvoient les références aux lettres écrites entre le [27 novembre 1873] et le [9? janvier 1874].

Ouvrages

Alain Vaillant, L’Amour-fiction. Discours amoureux et poétique du roman à l’époque moderne, PU de Vincennes, coll. "Essais et savoirs", 2002.
Dans cet essai qui porte sur le "discours de l'amour" de Laclos à Proust, un chapitre est consacré à "Flaubert: le silence bavard de l'amour bête" (p.147-178). AV revient d'abord sur une double césure admise (croyance amoureuse/ perte des illusions; lyrisme/ ironie) en montrant que désillusion et ironie ne sont pas au terme, mais à l'origine de l'écriture. "Que faire (et, singulièrement, qu'écrire) lorsque la désillusion est un fait acquis?" (p.154). Elle est la condition d'une poétique qui frappe d'irréalité les mots comme les choses en les transformant en perception d'une durée (lire les p.158-159 dans lesquelles AV rapporte tous les principes esthétiques flaubertiens à "cette expérience durative de la perception du réel").
Ainsi, l'amoureux flaubertien ne parle pas d'amour, mais il éprouve une "hyperesthésie spatiale et temporelle" (p.162) qui se confond avec l'amour d'écrire. "Faisant ainsi, Flaubert place son lecteur, et lui-même comme écrivain, dans une situation étrange. D'un côté, ses romans, lorsqu'il raconte des histoires d'amour et qu'il laisse ses personnages parler d'amour, offrent systématiquement l'image pitoyable d'une farce; de l'autre, il enveloppe ses intrigues dérisoires dans une écriture inlassablement amoureuse, vibrante d'émotion et de rêve" (p.162-163). Savent aimer les "bons bêtes" (les mauvais bêtes, tel Homais, se croient intelligents): ceux qui, comme Charles, ruminent bovinement les mots de l'amour. Bouvard et Pécuchet connaissent aussi le plaisir amoureux: par la conversation, tout au long du "kamasutra discursif" (p.172) qu'est le dernier roman.
Deux précisions: Madame Bovary paraît dans la Revue de Paris en 1856 et chez Lévy en 1857 (p.148); La Tentation de saint Antoine (3e version) est achevée en 1872, mais publiée seulement en 1874 (p.151).

La Casquette de Charles Bovary, sur une idée de Michel Boujut, Arléa, 2002
Michel Boujut a gardé très vif un souvenir d’enfance: la casquette de Charles en dictée, et son vieux maître d’école s’efforçant au tableau noir d’assembler "les différents étages de la fusée flaubertienne". Adulte, il a demandé à 24 artistes de s’y mettre à leur tour. Ce qui donne autant de savoureuses variations graphiques. Quelques exemples: Barbe remplace la casquette par la maman assise sur la tête de son fils. Brissot empile sur la visière une maison à colombages, la tête de Flaubert en trois exemplaires et une capsule spatiale d'où sort un micro. Cueco donne son "journal de la casquette", une sorte de "fabrique" qui mêle texte et image. Pierre Etaix réalise un collage à partir du texte de la description, les mots découpés, coloriés, mimant la forme de l'objet. La conclusion revient à Franc, qui répond à la demande de Boujut: "Je voudrais te dire combien il est impossible de la dessiner car la description qu'en fait l'auteur est proprement incompréhensible."

Collectif

Crise de prose, sous la dir. de Jean-Nicolas Illouz et Jacques Neefs, PU de Vincennes, coll. "Essais et savoirs", 2002.
Trois articles concernent Flaubert:

Anne Herschberg Pierrot, "Flaubert: la prose à l'oeuvre", p.33-53.
La crise de prose chez Flaubert répond à la "crise de vers" chez Mallarmé. La prose comme "art de la modernité" (p.34). Nombreuses citations extraites de la Correspondance. "La prose, pour Flaubert, n'est pas sans contraintes et c'est précisément la nouveauté de son projet: créer un idéal de prose-oxymore, tendue entre la liberté d'écrire et le souci de retrouver une forme voulue, dont la nécessité se mesure à la justesse phonique et rythmique" (p.37). Travail de la prose narrative montré sur le manuscrit du premier chap. de Bouvard: déliaison, alinéas, blancs, phrasé.

Yves Vadé, "Prose des voix: l'oratorio littéraire", p.103-121.
Les pages 104-109 concernent Smar et La Tentation, analysés comme genre mixte de théâtre, de récit et de description, genre que YV propose de nommer "oratorio". Ces analyses s'appuient sur le livre de Gisèle Séginger, Naissance et métamorphose d'un écrivain, Flaubert et les Tentations de saint Antoine, Champion, 1997.

Jacques Neefs, "Flaubert, Baudelaire: la prose narrative comme art moderne", p.135-148.
Dans la prose comme art moderne, le sujet devient indifférent: "la prose tirera sa force d'art de sa capacité à arracher force et beauté de ces scènes du fonds commun, à s'arracher elle-même du prosaïsme universel" (p.143). La confrontation entre Flaubert et Baudelaire, annoncée dans le titre, occupe les deux dernières pages, le reste de l'article étant consacré à Flaubert seul et à un long parallèle entre Hugo et Baudelaire.

Article

Sylvie Triaire, "Paysager la mélancolie: rythmes flaubertiens pour un saint", Romantisme, n°117, 2002, "Paysages de la mélancolie", p. 59-75.
Le paysage dans La Légende de saint Julien l'Hospitalier: traversée de la forêt, du désert, jusqu'à la cabane, qui est "relève de la mélancolie". "Les paysages de la mélancolie, dans ce conte, se déclinent selon le paradigme du vide et du plein, de la pléthore et de la vacuité - qui n'est pas sans rappeler la tension langagière entre logorrhée et mutisme, pour le mélancolique. Le mouvement entre ces deux pôles met en jeu la constitution même du paysage, empêché de fixer ses formes, perçu par un regard oublieux, selon la pulsion d'égalisation anéantissante qui le gouverne" (p.70). Après avoir lu cet article, le lecteur se demande quel lien établir entre la mélancolie de l'auteur, la "folie mélancolique" de saint Julien et la mélancolie de l'espace décrit. Autrefois, on aurait posé une relation de causalité. Aujourd'hui, on juxtapose, sans penser la médiation…

[BULLETIN FLAUBERT n° 33 / 9 janvier 2003]

Revue Flaubert 2 en ligne / Bulletin des Amis de Flaubert et Maupassant, n°10.
Flaubert, Oeuvres de jeunesse.
Contributions réunies à l'occasion de la publication du t.I des Oeuvres complètes dans la Bibl. de la Pléiade, éd. Claudine Gothot-Mersch et Guy Sagnes (colloque de Rouen, 7-8 décembre 2001, organisé par le Centre Flaubert et l’Association des Amis de Flaubert et de Maupassant).

Les textes sont disponibles en ligne et sur papier.
En ligne: Revue Flaubert 2/2002, sur le site du Centre Flaubert.
Sur papier, dans le bulletin des Amis de Flaubert et Maupassant, n°10, 2002 (commande: Hôtel des sociétés savantes, 190, rue Beauvoisine, 76000 Rouen; 11 Euros). Le volume papier comporte en outre une "présentation du colloque" par Claudine Gothot-Mersch.

Sommaire:
Timothy Unwin: Mémoires d'un fou, et la question du style
Florence Emptaz: Les démons de Flaubert
Christine Montalbetti: Les récits de voyages de jeunesse virtuels de Flaubert
Naoko Kasama: La formation du style indirect libre
Juliette Frølich: Flaubert, jeune conteur à l'école des chroniqueurs
Pierre Bergounioux: La lutte des consciences dans la littérature
Yvan Leclerc: "L'auteur c'est bien moi": Gve Flaubert ou l'écrivain-manuscrit
Hugues Pradier: D’une Pléiade à l’autre

[BULLETIN FLAUBERT n° 30 / 12 novembre 2002]

Articles

Jeanne Bem, "De l'autobiographie à la fiction. Un texte-clef du jeune Flaubert: Novembre", dans Images du mythe, images du moi. Mélanges offerts à Marie Miguet-Ollagnier, PU Franc-Comtoises, 2002, p.127-136.
"Comment Flaubert est-il devenu Flaubert? quand, pourquoi, comment se dégage-t-il de l'écriture dérivée de "l'impression personnelle", arrête-t-il de se raconter, accède-t-il à la fiction impersonnelle, change-t-il en somme d'écriture? C'est l'énigme de la mutation de Flaubert." (p.128) "Le désir autobiographique se double […], chez le jeune Flaubert déjà, d'un refus autobiographique." (p.129) Le cycle autobiographique peut se lire comme refus, ou exorcisme de ce désir. Ou comment dépasser le "je" personnel en "je" symbolique, synthétique et général. Novembre détruit le moi en trois temps: 1) par l'ironisation du "je" romantique 2) par le dédoublement de sujets interchangeables narrateur/Marie 3) par la mise à mort finale du premier "je". Analyse de la parataxe et des deux styles dans les oeuvres de jeunesse: "à côté d'une rhétorique qui coule avec facilité, il a un penchant spontané pour un style heurté, elliptique, tendu, qu'il réutilisera plus tard dans les Trois contes, en le retravaillant." (p.132)

Almuth Grésillon, "Genèse de Salomé", Genesis n°17; 2001, p.73-93.
La Salomé d'Hérodias est souvent présentée comme un personnage secondaire, simple instrument de séduction entre les mains de sa mère. L'étude des manuscrits, "qui parlent souvent un langage plus explicite que le texte" (p.74) révèle un personnage plus complexe, ambivalent, "à la fois femme qui séduit et enfant qui ignore" (id.). "Salomé y apparaît dans un jeu sophistiqué, fait d'érotisme, de sexualité, de pouvoir, d'impuissance et d'inconscience" (id.).
Genèse de l'idée d'écrire Hérodias: relecture des notes prises en 1871-1872 pour La Tentation, tableau de Gustave Moreau, souvenir de la danse de Kuchiuk-Hânem et d'Azizeh, portail de la cathédrale de Rouen. La genèse de Salomé ne peut se comprendre qu'en lien avec la genèse des deux autres personnages: Hérodias ou le goût du pouvoir, Antipas ou le désir animal. Sacrifices textuels dans la phase de réduction du portrait de Salomé: disparaissent connecteurs logiques, commentaires explicatifs, comparaisons, informations historiques, mythologiques et descriptives. Fac-similés et transcriptions du passage étudié.

Ouvrages

Pierre-Marc de Biasi, Flaubert. L'homme-plume, Gallimard, coll. Découvertes, 2002.
Comme tous les ouvrages de cette collection, celui-ci se caractérise par une maquette agréable à l'oeil. L'iconographie est souvent pertinente, alternant portraits, paysages et fac-similés de manuscrits. Sur cent pages, le récit de vie se mêle à l'analyse des oeuvres, à vitesse constante, en respectant les proportions, sans oubli majeur. L'ouvrage se termine par une section "Témoignages et documents", dont l'essentiel a déjà paru sous forme d'articles, notamment dans le Magazine littéraire n°401, septembre 2001.
De lecture facile, le commentaire de PMB pâtit cependant d'une information qui n'a pas toujours été vérifiée à la source. Les flaubertiens et les lecteurs avertis corrigeront d'eux-mêmes les approximations et les erreurs, qui ne sont pas toutes de détail. Pour les lycéens, auxquels ce livre est recommandé par Les Mots du Cercle n°12 (revue pédagogique éditée par Gallimard), nous ne croyons pas inutile de donner sur le site Flaubert, à la rubrique "Comptes rendus", une liste d'errata, un peu trop longue et fastidieuse pour figurer ici.

Eric Le Calvez, La Production du descriptif. Exogenèse et endogenèse de "L'Éducation sentimentale", Amsterdam/New York, NY, 2002. 392 pp. (Faux Titre 224)
ISBN: 90-420-1380-X. Paper EUR 75 -/US 75.
Cet ouvrage emprunte la voie déjà ouverte par Flaubert topographe (précédemment paru dans la même collection) et poursuit donc l’analyse de divers procédés à l’oeuvre dans les brouillons des descriptions topographiques de L’Education sentimentale. Tout en professant résolument et nécessairement l’attitude critique et théorique qui consiste à associer poétique et génétique, il permet néanmoins de dépasser le cas ponctuel du roman de Flaubert et, revenant sur les acquis de la critique génétique de ces dernières années, il s’engage sur de nouvelles pistes. Après une première mise au point méthodologique, il s’articule autour de deux problèmes primordiaux pour comprendre comment s’effectue, dans la pratique de l’écrivain, la textualisation du descriptif: les phénomènes d’exogenèse (relevant de ce qui advient, à l’écriture, de l’extérieur) puis les phénomènes d’endogenèse (apparemment limités aux cheminements, internes, de l’écriture elle-même). Puisque les manuscrits nous montrent à l’évidence que la plupart des principes conceptualisés par les théories des textes dits définitifs (tels entre autres l’intertextualité, la focalisation, la temporalisation et la modalisation) fonctionnent de manière bien différente dans leur genèse qui seule en dévoile, en toute objectivité, les processus interactifs, il est absolument essentiel de les réévaluer par rapport à leur formation, leur devenir problématique et leur mouvance souvent aléatoire; on ne saurait désormais concevoir une théorie du texte sans envisager une théorie de sa production.

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