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Pierre-Marc de Biasi,
Gustave Flaubert. Une manière spéciale de vivre,
Grasset, 2009.

Compte rendu par Jean-François Delesalle.
Jean-François Delesalle nous a quittés le 7 mars 2010. Il avait commencé à rédiger un compte rendu sur le livre de Pierre-Marc de Biasi. Nous en donnons la partie déjà écrite, ainsi que des notes figurant dans son exemplaire, transmis par son épouse, Micheline Delesalle, que nous remercions. Nous ajoutons d’autres notes reçues de divers lecteurs.
Pierre-Marc de Biasi a naguère donné un Flaubert. L’homme-plume, qui n’était pas exempt d’erreurs (voir le compte rendu), erreurs qui se retrouvent parfois à l’identique dans son dernier livre, au milieu de beaucoup d’autres.

Annexe : bibliographie de Jean-François Delesalle.

Yvan Leclerc



Fragment rédigé par Jean-François Delesalle


Le livre que vient de publier Pierre-Marc de Biasi est un livre bâclé, copié-collé (inavoué) de publications antérieures, non corrigées. Certes, il contient des pages où l’auteur se montre brillant, et certains n’y ont vu que du feu (Maurice Nadeau, Michel Contat, Katleen Evin). L’ennui est qu’il se montre peut-être un peu trop, et surtout que ce qu’il montre est souvent loin d’être reluisant.

J’ai relevé une bonne trentaine de passages qui promènent le lecteur de la simple négligence à l’erreur caractérisée, de la caucasserie à l’hénaurmité, voire à la malhonnêteté.

« Ry, ville natale de Louis Bouilhet » (p. 147), il fallait le trouver ! Mais situer la Saint Polycarpe de 1880 chez Edmond Laporte (p. 445), ce n’est pas seulement une maladresse de construction (installer Laporte à la place de Lapierre…), c’est une falsification de ce qu’étaient les relations de Flaubert et d’Edmond Laporte à cette date.

Dans un tel contexte, on ne s’étonne pas que Senard soit pourvu (obstinément) d’un accent (p. 150, 194, 195) et l’épouse de Théodore de Banville d’une particule (« Élizabeth de Rochegrosse », p. 326, sic également pour le « z »), menu cadeau d’une mémoire fautive.

Qu’un auteur se pique, dans un ouvrage publié en 2009, de faire abondamment appel à la correspondance de Flaubert, cela ne lui crée peut-être pas l’obligation de mentionner Jean Bruneau. Mais qu’il ne le nomme qu’une seule fois pour lui chercher une mauvaise querelle, cela est franchement indigne. Or page 87, note 6, il est implicitement reproché à Jean Bruneau de n’avoir pas tenu compte d’un document dont il a pourtant lui-même fait état (voir la notule de la lettre à Emmanuel Vasse de Saint-Ouen, Correspondance, éd. Jean Bruneau, Bibl. de la Pléiade, t. I, p. 949).

L’auteur paraît d’ailleurs mettre une véritable application à ne jamais mentionner l’édition de la Pléiade. Page 79, note 3, la référence « Corr., I, 422 » sera probablement énigmatique pour le non-initié. Page 472, dans les deux dernières lignes, la datation fournie pour la lettre à Louis Bouilhet du [26 décembre 1853] (Corr., II, 487) est celle de l’édition Conard (« décembre 1853, entre le 15 et le 27 »). Page 480, en haut, la lettre n’est pas adressée [à Mme X, Croisset, décembre 1879 ?], ainsi qu’il est indiqué, mais à Edma Roger des Genettes [Croisset, 8 novembre 1879], comme on peut le lire dans le tome V, p. 735. C’est à croire qu’il est interdit quand on est édité chez Grasset de laisser ne serait-ce que soupçonner l’existence de Gallimard – à moins qu’il ne s’agisse d’une animosité personnelle.

Il se trouvera, je n’en doute pas, des pédants pour se délecter des pompeuses lapalissades consacrées aux « lectures endogénétiques » (p. 432-436). Mirifiquement couronnées par une bouleversante révélation : « Conclusion : Flaubert lit beaucoup de Flaubert », elles forment à mes yeux « un vrai morceau » digne de figurer dans la Copie de Bouvard et Pécuchet. Mais il est regrettable que le modèle flaubertien n’ait pas inspiré à Pierre-Marc de Biasi l’idée de (re)lire quelquefois d’un œil critique du Pierre-Marc de Biasi. Peut-être estime-t-il que son insistance à parler des dadas de Flaubert l’autorise à se montrer impudemment cavalier ?

Notes de Jean-François Delesalle


— P. 50. « Gustave entre comme interne au Collège royal de Rouen (l’actuel lycée Corneille) en classe huitième en février 1832. » [Le 15 mai 1832.]
— P. 59. « Smarh » [Smar]
— P. 73. « La conversation sur les travaux commence à s’effilocher et les deux passagers se laissent aller à rêvasser. » [Roman sur les deux frères Flaubert revenant vers Rouen en cabriolet, avant la crise nerveuse de Gustave.]
— P. 87-88. [Roman sur la main de Gustave ébouillantée par son père.]
— P. 265-266. « Sur les scènes parisiennes, les parodies se multiplient : La Vie parisienne (janvier 1863). » [La Vie parisienne n’est pas une parodie théâtrale, mais un journal qui publient alors des caricatures sur Salammbô.]
— P. 279. « Tout en rédigeant, pour s’amuser, avec ses amis Bouilhet et d’Osmoy, une féerie, Le Château des cœurs… » [Pour s’amuser !]
— P. 301. « L’Éducation sentimentale devient pour Flaubert une façon de régler plusieurs problèmes personnels avec son autobiographie, entre autres avec ce grand amour sans doute assouvi. » [Amour sans doute assouvi avec Élisa Schlésinger ? Il faudrait au moins mentionner les confidences de Flaubert aux Goncourt, qui vont en sens inverse.]
— P. 355. « Le repérage sur place, réalisé pendant la rédaction, a lieu en 1865. » [Flaubert emprunte la route d’Ivry pour revenir à Paris, comme Frédéric dans L’Éducation sentimentale, en 1866, et non en 1865, le 3 février exactement.]
— P. 387-388. « En quelques mois, il se trouve complètement privé de ressources et menacé de devoir vendre jusqu’à sa propre maison de Croisset. » [Elle appartenait à Caroline, sa nièce.]
— P. 417. « l’Histoire d’Hérode de F. de Saulay » [F. de Saulcy]
— P. 427. « J’aimerais mieux ne rien lire du tout que de lire des abominables carrés de papier. » [Flaubert a écrit : « ces abominables ».]
— P. 431. Le Carnet 15 « contient la mention de centaines d’ouvrages lus pour la préparation de Bouvard et Pécuchet, des indications bibliographiques citées et classées selon la date de lecture des ouvrages ; pour une large part d’entre eux (une soixantaine de titres), il s’agit de sources dont la critique (A. Cento, par exemple) a pendant longtemps méconnu l’existence. » [L’auteur ne semble pas connaître, ou ne veut pas citer, l’article de Marie-Jeanne Durry et Jean Bruneau, « Lectures de Flaubert et de Bouvard et Pécuchet », Rivista di Letterature moderne e comparate, mars 1962, p. 5-45.]
— P. 443. « Ses maîtresses, Suzanne Lagier, Léonie Brainne. » [Léonie Brainne, maîtresse de Flaubert ? On demande des preuves. Page 373 encore : « sa nouvelle liaison, la langoureuse Mme Brainne. » Fantasmes de l’auteur.]
— P. 467. « La dernière lettre de Flaubert semble bien être celle qu’il adresse à son disciple le 3 mai 1880. » [La « dernière lettre » de Flaubert à Maupassant est datée du 4 mai, et la « dernière lettre » de Flaubert, si l’on met à part la lettre douteuse à Maxime Du Camp, est adressée à Claudius Popelin, le 6 mai. Il est vrai que l’auteur, pour éviter de citer la Pléiade, se réfère à l’édition Conard, t. IX, 1933, laquelle ignorait la lettre à Popelin.]

Coquilles et fautes de langue


— P. 25. « de faire que passer »
— P. 87, n. 6. « en séjour à d’Alger »
— P. 177. « c’est Goethe que Flaubert en a trouvé la formulation »
— P. 202. « l’existence d’une énigme […], ceux qui le déchiffrent […], ceux qui le sur-interprètent »
— P. 243. « Flaubert y fait la découverte de la couleur pure, et cinquante ans avant ceux de Paul Klee, ses notations ressemblent à s’y méprendre […] »
— P. 266. « L’expédition que Flaubert a fait en Afrique »
— P. 315. « dont il faisait parti »
— P. 390. « Trois Contes paraissent […] en volumes chez Charpentier »
— P. 441. « les théories de Histoire »
— P. 475. « l’empire de l’hypnagonique »

Bévues relevées par d’autres lecteurs


— P. 41. Sur Achille-Cléophas Flaubert : « La réalité, c’est qu’en matière érotique et sentimentale, il est plus que dénué d’expérience : depuis dix ans, il s’est totalement absorbé dans ses études, sans un regard pour les demoiselles. Évidemment, à force de négliger Cupidon, on le vexe, et il se venge. » [Voir la lettre à Louise Colet du [30 septembre 1846], Corr. t. I, p. 369-370 : « Je me souviens qu’il [y] a dix ans environ, c’était une vacance, nous étions au Havre. – Mon père y apprit qu’une femme qu’il avait connue dans sa jeunesse à 17 ans y demeurait avec son fils [...]. Il eut l’idée de l’aller revoir. Cette femme d’une beauté célèbre dans son pays avait été autrefois sa maîtresse. Il ne fit pas comme beaucoup de bourgeois auraient fait, il ne s’en cacha pas. Il était trop supérieur pour cela. Il alla donc lui faire visite. Ma mère et nous trois nous restâmes à pied dans la rue à l’attendre, la visite dura près d’une heure. »
— P. 43. Flaubert « ne mentait jamais » ; « il ne ment jamais, ne l’oublions pas » (p. 125) [Formule reprise telle quelle à Maxime Du Camp (Souvenirs littéraires, Hachette, 1882, t. I, p. 225), qui n’est pas cité, pas plus que les nombreuses autres sources facilement repérables au fil du livre. Cette affirmation naïve d’un Flaubert qui « ne mentait jamais » est contredite par la correspondance : le lecteur y prend souvent Flaubert en flagrant délit de mensonge, quand il tient un double langage sur un livre, quand il prétend être aux eaux pour sa mère alors qu’il se soigne lui, quand il dit ne pas être à Paris pendant ses rendez-vous galants, quand il dit aux Goncourt qu’il est tombé accidentellement alors qu’il a eu une attaque de nerfs, etc.]
— P. 48. « La lettre est célèbre, entre autres parce que c’est la première que l’on connaisse de Flaubert. » [Lettre à Ernest Chevalier commençant par « Tu as raison de dire que le jour de l’an est bête » : c’est la quatrième lettre dans l’édition de la Pléiade, mais la première, il est vrai, dans l’édition Conard, t. I, 1926, à laquelle l’auteur continue de se référer.]
— P. 58. « Cette “influence” d’Alfred sur Gustave inquiète un peu les parents. » [Quelle source pour cette information ? Leurs mères sont des amies d’enfance et le resteront...]
— P. 62. « En décembre, la chose est faite : Gustave et les douze signataires sont définitivement exclus de l’établissement pour indiscipline notoire. » [Seuls trois élèves seront exclus du Collège royal de Rouen : Flaubert, Pieddelièvre et Dumont. Voir la note de Jean Bruneau à la lettre datée entre le 11 et le 14 décembre 1839, Corr., t. I, p. 56.]
— P. 63. « Pour sa réussite au bac, Gustave, à force de gémir, obtient de ses parents une grande année “sabbatique”. » [À force de gémir ? Roman.]
— P. 94. « En souvenir de la jeune défunte, le bébé est appelé Caroline. » [Voir aussi p. 482, même énoncé : « On baptise la petite en lui donnant le nom de sa mère défunte, Désirée Caroline. » Le bébé est déclaré sous le nom de Caroline à sa naissance, le 20 janvier ; sa mère meurt deux mois plus tard, le 22 mars.]
— P. 95. « Maxime et Louis se coalisent pour divertir Gustave : ils écrivent à trois une tragédie burlesque : La Découverte de la vaccine. » [La collaboration de Du Camp ne repose que sur son propre témoignage : son écriture n’apparaît pas dans les manuscrits.]
— P. 98. « Les deux complices quittent Paris par le train le 1er mai pour une expédition de deux mois sur les routes de Touraine, d’Anjou et de Bretagne ». [Le voyage en Bretagne dure trois mois ; les dernières notes sont écrites « à Caumont, 28 juillet, mercredi soir, neuf heures et demie à onze heures ».]
— P. 131 « Leur réconciliation est totale en 1856 lorsque Gustave offre à Maxime de publier son premier roman. » [Les lettres contemporaines de Flaubert montrent au contraire une très grande défiance vis-à-vis de Du Camp.]
— P. 131. « Car, la grande affaire de la vie de Du Camp a bel et bien été son amitié avec Flaubert. » [« La grande affaire de sa vie » est une citation littérale de Daniel Oster qui, pas plus que les autres auxquels l’auteur emprunte, n’est mentionné ici. Voir la préface à l’édition de Maxime Du Camp, Souvenirs littéraires, Aubier, 1994, p. 7.]
— P. 176. « Il faudra à Flaubert cinquante-six mois de travail acharné pour aboutir au texte définitif en avril 1856, après avoir couvert de ratures près de deux mille grandes pages de brouillons et de mises au net ». [Les brouillons et les mises au net de Madame Bovary comptent quatre mille trois cents pages.]
— P. 193. « À la quatrième livraison, sans le prévenir, la rédaction supprime la scène du fiacre » [Du Camp a prévenu Flaubert par une lettre restée célèbre : « Ta scène du fiacre est impossible », etc.]
— P. 194. « Le 31 janvier 1857, Flaubert comparait devant le tribunal correctionnel de Paris. » [Le 29 janvier.]
— P. 196-197. « Le jumeau de Flaubert, Charles Baudelaire (ils sont nés tous les deux en 1821), dont l’œuvre révolutionne la poésie autant que Madame Bovary renouvelle l’art narratif, défend le roman dans la presse avec d’autant plus de conviction qu’il va bientôt publier lui-même une œuvre majeure et qu’il se sent menacé. » [L’article de Baudelaire sur Madame Bovary paraît le 18 octobre 1857 ; le recueil Les Fleurs du mal a été condamné en août.]
— P. 203 « La Légende de saint Julien l’Hospitalier (dont Flaubert rédige une première version dès 1852, juste après Madame Bovary). » [Madame Bovary est achevé en 1856.]
— P. 226. « S'agit-il d'un syllogisme à la Zénon ? Une de ces formules contradictoires et autodestructrices qui vous mettent les neurones à la masse ? » [Beauté du style.]
— P. 255. « Masqué et costumé, comme le seront les Salammbômania de la Cour impériale de 1863, avec leurs farandoles de princesses nues ? » [Princesses nues déguisées en Salammbô aux Tuileries ou à Compiègne ? Fantasmes de l’auteur. Madame Rimski-Korsakov apparaît déguisée en Salammbô au bal du comte Walewski. Le Monde illustré du 23 février 1863, p. 137, donne un dessin de son costume, qui ne laisse rien voir de son corps...]
— P. 261. Flaubert à Carthage « le 4 mai 1851 ». [1858.]
— P. 264. « Imaginée en mars 1857, commencée en septembre, reprise de zéro en juin 1858. » [Salammbô n’est pas repris de zéro après le voyage à Carthage : Flaubert affirme qu’il démolit « tout » (lettres du 20 juin 1858) mais en fait, il semble avoir conservé le chapitre I, et remanié les II et III déjà commencés avant le départ.]
— P. 265. « Seule G. Sand publie un article favorable qui touche Flaubert. » [Sand n’est pas la seule à consacrer un article favorable à Salammbô. L’article le plus élogieux est signé de Théophile Gautier : Le Moniteur officiel, 22 décembre 1862. Le jugement de Sand est plus nuancé : « La composition trop brillante devient confuse par moments. L’œil se fatigue, et l’effet général s’obscurcit tout à coup », La Presse, janvier 1863.]
— P. 297. « Le contrat qu’il est en train de signer avec son éditeur Michel Lévy stipule qu’après son roman carthaginois, Flaubert devra revenir aux choses sérieuses et lui fournir un vrai “roman moderne”. » [C’est mal connaître Flaubert que de le supposer signant un tel contrat, aliénant sa liberté d’artiste. Le contrat signé entre Michel Lévy et Flaubert, le 11 septembre 1862, stipule que l’éditeur se donne le droit de lire et de refuser un roman, qui après Salammbô, ne serait pas un roman moderne, « Conditions particulières », art. 2.]
— P. 321. « On remarquera d’ailleurs que les notes de cette page concernent presque toutes la dimension littéraire et “professionnelle” de sa vie parisienne : mondanité des services de presse pour Salammbô dont la sortie, alors imminente, a été annoncée comme un événement par la presse. » [La page de notes en question, dans le Carnet 2, est datée du 12 décembre 1862 ; Salammbô a déjà paru chez Michel Lévy, le 24 novembre.]
— P. 387. « Flaubert avait confié la gestion de sa fortune au mari de sa nièce, E. de Commanville. » [Ernest Commanville, sans particule.]
— P. 390. « Les Trois Contes paraissent, en avril 1877, d'abord séparément dans la Presse en feuilleton, puis en volumes chez Charpentier » [Un coeur simple et Hérodias paraissent en livraisons dans Le Moniteur universel ; La Légende de saint Julien l’Hospitalier dans Le Bien public.]
— P. 419-420. « On sait d’autre part que Flaubert, sans s’en vanter, a utilisé la photographie, comme document, pour ses descriptions de paysages de la mer Morte ; et que la sculpture (le portique de Rouen) fait partie des sources anciennes du projet. » [Sans se vanter ? Quand Flaubert a besoin de « vues photographiques de Tunis et des environs » pour Salammbô ou de photos pour le cadre d’Hérodias, il en fait la demande à ses correspondants ou se documente, sans se dissimuler ni se « vanter ». Il n’aime pas les portraits photographiques, mais ne manifeste aucune réserve vis-à-vis de la documentation photographique. Le bas relief représentant Salomé se trouve sur le tympan du portail saint Jean de la cathédrale de Rouen, et non sur un « portique ».]
— P. 438. « Il vit là, entouré de ses souvenirs : […] un grand Bouddha en bois, un autre en métal doré. » [Le Bouddha conservé au Pavillon de Croisset est en carton peint.]
— P. 439. « L’argument narratif est simple : deux greffiers parisiens, Bouvard et Pécuchet… » [copié/collé de tout ce passage à la page 448.]
— P. 440. « Il corrige aussi des montagnes d’épreuves pour la réédition de ses œuvres chez son éditeur Michel Lévy : L’Éducation sentimentale (2 vol. in-18) en 1873 et une « édition définitive » de Salammbô en 1874. Mais ses relations avec Lévy ne sont pas excellentes. » [Trois erreurs en trois propositions. L’édition de L’Éducation sentimentale de 1873 est en fait un retirage à l’identique : Flaubert ne corrige donc pas d’épreuves. L’édition dite « définitive » de Salammbô, en 1874, ne paraît pas chez Lévy, mais chez Charpentier. Les relations de Flaubert avec Michel Lévy sont rien moins qu’excellentes : il a rompu définitivement avec lui en mars 1872, à la suite d’un différend concernant les œuvres de Louis Bouilhet.]
— P. 441. « “Rematé” par Trois Contes, Flaubert se sent en forme. Après trois mois de recherches, il reprend et termine son chapitre II, puis, en moins de deux mois et demi, rédige “l'abominable” chapitre III sur “l'anatomie, la physiologie, la médecine [...]” et le chapitre IV sur l'archéologie, le celticisme, les théories de Histoire et la biographie bouffonne du Duc d'Angoulême. En décembre 1877, il est au tiers du parcours » [Après Trois contes, Flaubert reprend Bouvard et Pécuchet là où il l’avait laissé : au chapitre III.]
— P. 445. « Caroline Commanville, sa nièce, confie à Maupassant le soin de préparer l'édition posthume de Bouvard et Pécuchet. Le fidèle disciple n'a pas trop de mal à établir le texte du récit, mais bute sur la structure du “Sottisier”. Nul mieux que lui ne pouvait connaître les intentions de Flaubert, mais le maître était resté très discret sur son projet de livre hallucinogène. Maupassant travaille six mois sur les milliers de pages du dossier sans parvenir à reconstituer une sélection ni un ordre convaincant et finit par déclarer forfait. » [Comme tous ceux qui ont travaillé un peu sur Bouvard et Pécuchet le savent, c’est Caroline Commanville elle-même qui s’est chargée d’éditer le « récit ».]
— P. 452. « Le second ensemble est celui des “Brouillons” (ms g 225, 1-3), conservés sous la forme de trois volumes reliés qui totalisent 1203 feuillets. » [Les brouillons de Bouvard et Pécuchet sont reliés en 9 volumes, cotés ms g 225, 1-9]
— P. 458. « Peu intéressée par les livres, elle vend petit à petit la bibliothèque de l’écrivain : d’abord les livres les plus précieux, puis des lots, avant de faire disperser le reste en 1931. Seules quelques centaines d’ouvrages, qu’elle avait légués à son ami Louis Bertrand, se trouvent encore aujourd’hui conservés dans la salle des mariages de la mairie de Canteleu. » [Nous avons conservé 1030 livres ayant appartenu à Flaubert, et non « quelques centaines ». On peut difficilement attribuer à la nièce Caroline la responsabilité d’avoir fait « disperser le reste (de la bibliothèque) en 1931 », puisqu’il s’agit de la vente après décès. Elle n’a pas vendu les livres « les plus précieux », qui se trouvent encore à Canteleu : le Montaigne, le Rabelais, le Shakespeare, etc. L’auteur semble ne pas bien connaître cette question, pourtant bien documentée.]
— P. 464. « Flaubert n’est pas sans pouvoir. Il connaît tout le monde à Paris, et ses avis sont écoutés. Comme un véritable fils, Guy de Maupassant va en user et abuser pour se faire une place dans la société, et tout d’abord pour parer au plus pressé : trouver un poste dans la fonction publique. » [Maupassant doit à Flaubert et à Bardoux d’être passé du ministère de la Marine à celui de l’Instruction publique, en 1878, mais non son entrée dans la fonction publique, en 1872. C’est son propre père, Gustave de Maupassant, qui est intervenu à l’époque.]
— P. 468. Dans la lettre du 1er février 1880, concernant Boule de suif, « le maître continue à vouvoyer le disciple comme il l’a toujours fait ». [C’est dans cette lettre qu’apparaît pour la première fois le tutoiement : « J’ai envie de te bécoter pendant un quart d’heure ! »]



[Mis en ligne sur le site Flaubert, octobre 2010.]


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