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Olivier Frébourg, Gaston et Gustave,
Mercure de France, 2011

Compte rendu par Damien Dauge.

Salué par la critique, Gaston et Gustave mêle avec brio récit autobiographique et essai littéraire sur Flaubert. L’entreprise rappelle le roman d’Alain Ferry, Mémoire d’un fou d’Emma, paru au Seuil en 2009 : tout au long du récit poignant, à la première personne, d’un homme dans la tourmente, l’auteur consacre des digressions de longueur variable à l’auteur de Madame Bovary. Si le texte d’Alain Ferry transférait la douleur d’une séparation amoureuse en une passion forcenée pour l’héroïne de Flaubert, Olivier Frébourg conjugue quant à lui en permanence le récit autobiographique de sa paternité à des considérations sur la vie de Flaubert – celui-là même qui refusa de devenir père – mais aussi à de fines analyses de son œuvre.

L’accouchement très prématuré de sa femme bouleverse à jamais la vie de l’auteur. Celui-ci ressent de la culpabilité à la suite du décès de l’un des jumeaux que sa femme attendait. La grossesse serait-elle allée à son terme s’ils n’étaient pas allés, quelques jours plus tôt, pour son métier d’éditeur, au festival « Étonnants Voyageurs » de Saint-Malo ? Et si c’était tout bonnement la faute à la littérature ? Impossible pour autant de renoncer à l’action : le combat pour la survie du petit Gaston, cet « oisillon bleuté tombé du nid » (p. 30), ne fait alors que commencer.

La prose d’Olivier Frébourg partage ainsi avec le récent film de Valérie Donzelli La Guerre est déclarée, outre la thématique du combat effréné pour la survie d’un fils, une aptitude à faire poindre un sourire au cœur de situations dramatiques : « Camille a été césarisée, trop tard. […] Camille césarisée comme si elle avait remporté un trophée pour son rôle dans un film dramatique. » (p. 61) Sur les grands thèmes que sont le deuil d’un enfant, les malheurs traumatiques ou la solitude, Olivier Frébourg parvient à faire entendre une voix d’une justesse étonnante, alors même qu’elle ne manque pas de se cacher humblement derrière celle, plus radicalement pessimiste, de Gustave le « Patron ».

« L’écriture est la conjuration de notre finitude », écrit l’auteur (p. 95), lui qui soutient, comme pour mieux s’en convaincre, n’être « plus dans le déchirement entre l’art et la paternité » (p. 44-45). Il révèle dans ces lignes combien la littérature peut forger son existence, combien haute est la « digue de papier » qui existe entre la réalité et lui-même. Pour le lecteur, s’éveille tout autant la curiosité de rouvrir ses classiques flaubertiens que de découvrir les autres textes d’Olivier Frébourg… mais pas seulement : Gaston et Gustave pourrait bien aussi susciter, même contre vents et marées, le besoin de voyager comme le désir insensé d’être parent, ou la simple satisfaction de l’être déjà.


[Mise en ligne sur le site Flaubert, octobre 2011.]


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