1879

 
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Septembre et octobre : lettres 1876 à 1904

À SA NIÈCE CAROLINE.

      Paris, mercredi soir, 3 septembre 1879.
      [...] Quant à tes études picturales, pauvre chat, tu devrais t'exercer à la composition. Je me crois capable de t'indiquer une méthode. Nous en recauserons. De plus, Vieux pense que l'histoire te serait maintenant plus utile que cette bonne métaphysique.
      Lacroix (bibliophile Jacob) a fait effectivement un livre sur le costume. Il doit être à la bibliothèque de Rouen.
      Tous les jours je corrige des épreuves de l’Éducation sentimentale. J'ai mis en train l'édition des Poésies complètes de Bouilhet et je m'occupe avec Reyer, de Salammbô, opéra. [...]
      Monsieur a passé son après-midi à relire dans le "silence du cabinet" les trois derniers chapitres de Bouvard et Pécuchet. Son avis est que : c'est très bien, très raide, très fort, et pas du tout ennuyeux. Voilà mon opinion !...
      Te souviens-tu de la farce De l'oeil du Maître ? Quelqu'un m'en a fait une autre pareille. J'ai reçu de Russie une photographie représentant "le théâtre du crime" de Pantin ! affaire Tropmann. Est-ce Mme Pasca qui m'envoie cette oeuvre ? Mais dans quel but ?
      Ma lettre est stupide et peu remarquable comme transitions. Aussi ne la relis-je point !
      Adieu, pauvre chat [...]
      Vieux.
 

   ***

 

À SA NIÈCE CAROLINE.

      Paris, mardi soir, 4 heures, 9 septembre 1879.
      Merci de ta bonne lettre, ma chère fille : elle a réjoui le coeur de ton Vieux. Continue à m'envoyer des choses aussi gentilles. Tu sais que Monsieur aime les douceurs et a besoin d'être caressé.
      Rien ne pouvait me faire plus de plaisir que d'apprendre le rétablissement de ta santé ! Mais n'en abuse pas. Il me semble que " des quatre heures employées à peindre, c'est de l'exagération" ! Prends garde de retomber dans ton état anémique ! Amasse des forces pour cet hiver, où il faudra faire un chef-d'oeuvre. Penses-y !
      L'affaire de Salammbô avec Reyer est très sérieuse. D'ici à peu de temps, j'aurai le scénario de Du Locle, et peut-être aurai-je à Croisset, le mois prochain, la visite de Du Locle et de Reyer.
      Quant à l'opéra de Faustine, Galet est aux bains de mer. Fauré m'a écrit pour l'excuser.
      Les corrections d'épreuves de l’Éducation m'occupent tous les jours, pendant deux heures au moins, et j'en suis tanné [...]
      Voilà tout, pauvre chérie.
      Vieux.
 

   ***

 

À GEORGES CHARPENTIER 
ET À MADAME CHARPENTIER.

      Vendredi soir. [Paris, septembre 1879 ?]
      Monsieur Gustave Flaubert présente ses respects à M. et Mme Charpentier. Il sera fier et heureux de se rendre vendredi prochain à leur honorable invitation.
      L'absence de bourgeois le rassure sur son avenir. Car il est maintenant arrivé à un tel point d'exaspération, quand il se trouve avec des personnes de cette espèce, qu'il est toujours tenté de les étrangler, ou plutôt de les précipiter dans les fosses d'aisance (si l'on peut s'exprimer ainsi), action dont les conséquences seraient gênantes pour la librairie Charpentier, laquelle il porte dans son coeur, y compris les enfants et le toutou.
 

   ***

 

À MADAME GEORGES CHARPENTIER.

      [Paris, septembre 1879 ?
      Je baise la main du secrétaire.
      Qu'ils ne manquent pas, surtout !!!
      Qu'ils ne manquent pas !!!!
 

   ***

 

À GEORGES CHARPENTIER.

      Mercredi soir [septembre 1879].
      248, rue du Faubourg Saint-Honoré.
      MON CHER AMI,
      Bergerat, que je viens de voir, m'affirme que vous rentrez aujourd'hui à Paris et que le beau temps prolongera votre séjour à Dieppe (sic).
      En conséquence, mon bon, il faudrait vuider maintenant la question du Château des Coeurs. Tâchez d'être à la Vie Moderne vendredi entre 4 et 5. Si vous ne pouviez vous y rendre, envoyez-moi un mot pour me donner un rendez-vous. Mais je ne vois que vendredi, car sans doute vous repartirez samedi.
      M. Vieille m'a communiqué une lettre de votre imprimeur berrichon qui me paraît farce ! Je n'en ai tenu aucun compte, bien entendu.
      Hier je n'ai pas reçu d'épreuves. Pourquoi ? Quelquefois je les renvoie le jour même, étant un modèle d'exactitude, Monsieur !
      Tout à vous.

      P-S. – Avec le prochain envoi d'épreuves, expédiez-moi :
      1° L’Histoire de la papauté de Lanfrey.
      2° L'église et les philosophes au XVIIIe siècle, du même.
 

   ***

 

À GEORGES CHARPENTIER.

      [Paris] Mercredi 2 heures [septembre 1879 ?]
      Eh bien ? et mon livre, ou plutôt mes livres (le Tristram et le Machiavel) ? Quand les aurai-je ? Vous m'oubliez complètement, cher ami ! Je n'attends que ces deux volumes pour fermer ma boîte et m'en retourner chez moi travailler.
      Au revoir, homme léger !
      Et tout à vous.
 

   ***

 

À FRANÇOIS COPPÉE.

      Entièrement inédite en 1930.
      10 septembre 1879.
      MON CHER AMI,
      Lemerre m'a remis un volume de votre théâtre orné d'une splendide dédicace. Merci trois fois de l'un et de l'autre.
      Si je ne vous savais aux Eaux-Bonnes, j'aurais été vous voir.
      Tout à vous.
      Quand nous trouverons-nous ensemble ? Je resterai encore tout cet hiver à Croisset ! Mais au printemps, mon horrifique roman sera fini, je l'espère, et il faudra, mon cher ami, tailler une ou plutôt des bavettes formidables.
 

   ***

 

À ÉDOUARD GACHOT.

      [Paris, 11 septembre 1879.]
      MONSIEUR,
      Envoyez-moi le 21 ou le 22 votre manuscrit à Croisset. Je vous promets de le lire attentivement et de vous en dire mon avis en toute franchise.
      Je vous serre la main avec cordialité.
 

   ***

 

À SA NIÈCE CAROLINE.

      Saint-Gratien, mercredi matin, 11 heures, 17 septembre 1879.
      Je suis étonné, stupéfait et même inquiet de n'avoir pas de nouvelles de ma pauvre fille ! Comment ! Depuis plus de huit jours, pas un mot !
      [...] Je continue à corriger l’Éducation sentimentale. L'affaire avec la Vie Moderne, pour la publication du Château des Coeurs, est arrangée. Ils vont faire des affiches ! Il faudra que "Mme Commanville" collabore à cette publication par un dessin. Je t'expliquerai ça dimanche soir, car j'espère être revenu à ce moment-là près de toi, mon pauvre loulou.
      Ma vacance m'a fait du bien, mais je commence à éprouver le besoin d'être chez moi, comme un petit bourgeois.
      Le Moscove a été enthousiasmé de mon chapitre. Voilà un public, celui-là, et "il fait des remarques".
      J'ai lu deux manuscrits de Jeunes, qui sont stupides ! L'un est un protégé de Raoul-Duval, chez qui j'irai prochainement. Après quoi, solitude complète jusqu'à la terminaison de Bouvard et Pécuchet.
       Adieu, pauvre fille ; je t'embrasse tendrement, bien que tu ne mérites guère de l'être... sous-entendu embrassée.
      Vieux.
 

   ***

 

À SA NIÈCE CAROLINE.

      Saint-Gratien, jeudi, 18 septembre 1879.
      PAUVRE CHAT,
      Confiteor ma bêtise. J'avais cru que j'avais chargé Ernest de te dire de m'écrire en premier lieu, puis que je te répondrais, et je m'étonnais de n'avoir pas de tes nouvelles, quand c'était moi qui devais commencer !
      Secundo : mon portier est la cause des inquiétudes que j'avais depuis avant-hier. Je ne sais pourquoi il a mis, cette fois, tant de retard à m'envoyer ta lettre.
      Celle que j'ai reçue ce matin n'est pas gaie : le ton en est bien dolent ! Tout cela est la conséquence des efforts que tu as faits pour être une "Femme Forte". Ma pauvre fille ! espérons que ta petite vacance au bord de la mer va te retaper un peu. Mais sais-tu où est l'adresse de Laure ? Moi je l'ignore complètement. La vacance de Guy (qui se promène maintenant en Bretagne) ne doit pas se prolonger au delà du 25. Ne sais quand sa mère reviendra. Il est plus prudent d'écrire à Mme d'Harnois.
      Ainsi, à peine Vieux sera-t-il rentré, que tu décamperas et, quinze jours après ton retour, sans doute tu l'abandonneras pour l'infâme Paris. Néanmoins, j'approuve beaucoup ton idée d'un séjour au bord de la mer, car cet état de langueur permanent me désole, mon pauvre loulou.
      Je compte toujours être revenu Dimanche pour dîner, malgré les instances de la Princesse. Et puis, j'en ai assez ! Il est temps de revoir la nièce et de reprendre Bouvard et Pécuchet !
      Je me doute quel est le Monsieur qui est venu me voir : c'est un protégé de Raoul-Duval. Quant à la dame ? Mystère !
      Les épreuves de l’Éducation me tannent aujourd'hui. Je n'ai à corriger que quatre-vingts pages ! J'ai tant sermonné Charpentier que l'imprimeur me pousse l'épée dans les reins ; et je ne suis pas encore à la moitié !
      Demain, je passerai toute la journée à Paris, pour en finir avec la Vie Moderne. Samedi, j'y reviendrai pour faire mes paquets. Il me tarde de te revoir et de rentrer dans ma solitude, qui est décidément ce que je préfère à tout !
      Adieu, pauvre chat ; à bientôt !
      Nounou.
 

   ***

 

À SA NIÈCE CAROLINE.

      Paris, vendredi, 4 heures [19 septembre 1879].
      Merci de ton petit mot, ma pauvre fille. Je trouve en arrivant, chez mon portier, ta lettre d'hier. J'ai peur que celle que j'ai écrite hier soir ne t'arrive qu’en même temps que celle-ci.
      Aujourd'hui, courses nombreuses dans Paris, et je déjeune chez Popelin. Je compte toujours dîner dimanche prochain dans le bon vieux Croisset. Juliette, au lieu de perdrix, aurait mieux fait de me donner des nouvelles de son père.
      Bourlet m'a écrit une lettre relativement au fils d'un de ses amis, Henri Fauvel, du Havre, pour que j'engage celui-ci à renoncer à la littérature. Tu verras ma réponse ! ça m'indigne, ces bourgeois ennemis de l'art !
      Je n'ai que le temps de t'embrasser.
      Vieux.
 

   ***

 

À M. BOURLET DE LA VALLÉE.

      Croisset, lundi 22 septembre 1879.
      MON VIEUX PIT-CHEF,
      Je ne te rendrai pas le service que tu me demandes, parce que je ferais : 1° une mauvaise action ; 2° une action parfaitement inutile. J'ai été étonné de l'intelligence et de la grande lecture de ton ami, ou plutôt de notre ami, Henri Fauvel. Les essais qu'il m'a montrés me paraissent extrêmement remarquables. Enfin, j'ai reconnu tous les signes d'une vocation littéraire bien prononcée.
      Je l'ai néanmoins, et à deux reprises différentes, fortement engagé à poursuivre ses études médicales. Je le croyais même embarqué depuis six mois à bord d'un bâtiment de l'état. Il m'a même envoyé ses adieux.
      Tout ce qu'on pourra dire ou faire ne servira absolument à rien qu'à le chagriner et à le blesser.
      Quant à réussir, quant à avoir le succès, c'est là le secret du bon Dieu ; et, ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il est né écrivain et qu'il écrira.
      Comment veux-tu qu'après lui avoir donné des encouragements, je revienne sur ce que j'ai dit et qu'en définitive je parle contre ma pensée ? Cela m'est impossible, tu dois le comprendre.
      Sur ce, mon vieux Pit-Chef, je t'embrasse tendrement.
      Ton.
 

   ***

 

À ÉDOUARD GACHOT.

      Croisset, près Rouen, 23 septembre 1879.
      MONSIEUR,
      M. Raoul-Duval vous remettra votre manuscrit que je lui remettrai demain (ou après-demain), jour où il doit venir à Rouen. Vous pourrez donc vous présenter au Vaudreuil vers la fin de cette semaine. Si je ne vous renvoie pas directement votre cahier, c'est que j'ai peur qu'il ne soit abîmé par la poste.
      Comme il est peu probable que j'aille moi-même au Vaudreuil, je vous écris au lieu de vous parler.
      La sincérité m'oblige à vous dire que le placement de votre oeuvre me paraît difficile, sinon impossible. Les journaux regorgent de copie et aucun éditeur ne prendra la vôtre.
      Vous avez une grande imagination, beaucoup d'acquis déjà et une instruction historique précoce. Vous êtes jeune ; travaillez longtemps dans la solitude et sans espoir de récompense, sans idée de publier. Faites comme moi ! J'avais 37 ans quand j'ai imprimé Madame Bovary. Vous êtes perdu si vous pensez à tirer de vos oeuvres un profit quelconque. Il ne faut songer qu'à l'Art en soi et à son perfectionnement individuel. Tout le reste s'ensuit.
      Et ne croyez pas que la vie d'un homme de lettres comme moi soit "semée de fleurs". Votre illusion est complète.
      Je vous le répète : si vous aimez réellement la littérature, faites en pour vous d'abord et lisez les classiques. Vous avez lu trop de livres modernes ; on en voit le reflet dans votre oeuvre. Exercez-vous à écrire des choses que vous ayez senties personnellement, à décrire les milieux qui vous sont familiers.
      Mes paroles sont rudes mais franches. Je vous estime, vous honore et vous serre cordialement la main.
 

   ***

 

À ÉMILE BERGERAT.

      Croisset près Rouen, mardi 23 septembre [1879].
      MON CHER AMI,
      J'ai retrouvé la lettre de Cogniard à Noriat, une perle ! comme vous pouvez vous en convaincre. Ne la perdez point. Je crois parfaitement inutile de la publier, d'autant plus qu'elle ne m'est pas adressée. Mais elle peut vous servir dans votre préface.
      Depuis deux jours je cherche d'autres documents. Impossible de mettre la main dessus. Ci-joint une petite note sur l'historique du manuscrit.
      Ma nièce, Mme Commanville, vous enverra un dessin à la fin de la semaine prochaine.
      Tout à vous. Votre vieux.
      Il me tarde de savoir combien ça fera de lignes.
 

   ***

 

À GEORGES CHARPENTIER.

      Croisset, par Déville, près Rouen, samedi matin.
      [septembre-octobre 1879.]
      MON CHER AMI,
      Envoyez-moi le papier qu'il faut pour les deux dessins.
      Dès qu'ils seront tirés, envoyez-moi les deux épreuves. Ma nièce désire les voir pour y retoucher.
      Est-ce qu'il faut deux autographes ? Deux autographes en regard, ça me paraît coco ? Tout à vous.
 

   ***

 

À GEORGES CHARPENTIER.

      Mardi soir [Croisset, septembre-octobre 1879].
      MON CHER AMI,
      Vous commencez à me devenir très désagréables, vous et Bergerat, qui prend votre genre de ne pas répondre aux lettres qu'on lui envoie.
      Donc je vous demande :
      1° Ce que devient la Féerie ?
      Où en sont les dessins ?
      Quand paraît-elle ?
      Et cette préface ?
      N B. – 2° Vu la rigueur de la saison, il me serait agréable de recevoir l’argent du dernier tirage de Salammbô et du dernier de l’Éducation.

3° Il me semble que ce serait l'heure de faire parler de la susdite Éducation.

Tout à vous.
 

   ***

 

À LA PRINCESSE MATHILDE.

      Croisset, par Déville, mercredi [septembre 1879]
      MA CHÈRE PRINCESSE,
      Je n'ai rien à vous dire, si ce n'est que je voudrais bien recevoir quelques lignes de cette écriture dont la vue me cause toujours un mouvement de joie.
      Comment allez-vous ? Quels sont maintenant les hôtes du bon Saint-Gratien ? Avez-vous toujours le fils de la princesse Julie ? Rien n'est plus agréable et charmant que ce jeune homme ! On l'aime tout de suite. C'est si beau la jeunesse, quand elle est sincère, c'est-à-dire franche et brave !
      Aucun événement n'a, depuis bientôt trois semaines, interrompu la platitude de mes journées. Comme distraction, j'ai eu la visite inattendue de Mario Uchard nommé (je ne sais pourquoi) entrepositaire des tabacs à Rouen. Il y passe tous les mois trois jours, de sorte que je suis menacé de le voir à l'échéance fin de mois, régulièrement. Heureux homme celui-là ! il est content de ses oeuvres !
      La semaine dernière, j'ai exécuté une vieille promesse : j'ai été au Vaudreuil, chez Raoul-Duval, pendant vingt-quatre heures, ce qui m'a dérangé pour trois jours.
      Ma nièce est à Étretat, pour voir un peu si l'air salé lui redonnera des forces, et je suis seul, comme je le serai tout l'hiver. Maintenant je lis des livres de dévotion modernes qui sont ineffables de stupidité. On n'a pas l'idée de ça ; j'en suis gorgé. Aussi, dans deux ou trois jours, je me remets à écrire.
      Ce soir la pluie tombe ; c'est la fin des beaux jours. Il y a longtemps que les miens sont passés ! Je n'en trouve plus de bons que chez vous, Princesse, et je vous baise les deux mains, en me disant tout à vous,
      Votre fidèle et dévoué.
      – Amitiés, je vous prie, aux amis et surtout à votre Marie et à Popelin.
 

   ***

 

À SA NIÈCE CAROLINE.

      [Croisset], mercredi soir [8 octobre 1879].
      J'entends le bateau siffler. Donc il est trop tard : tu n'auras ma lettre que vendredi matin, s'il n'y a pas à Étretat deux distributions par jour. Ce sont les épreuves de l’Éducation sentimentale qui en sont cause (j'en subis, des épreuves, et de toutes les sortes) ! Hier, j'ai passé huit heures à cette agréable besogne, car j'ai corrigé tout le Château des Coeurs et trois feuilles de l’Éducation sentimentale. J'ai reçu une lettre de Bergerat, avec des explications qui te concernent. Il est enchanté du dessin, mais voudrait plus d'encadrement. Je te montrerai sa missive.
      Putzel te cherche partout, et je tâche de la consoler en la prenant dans mon cabinet.
      J'ai reçu une lettre de Laporte, tout à l'heure. Il est à Couronne depuis vendredi soir, et compte me voir au dîner du Préfet. Le ton est amical, comme par le passé.
      Ne me voyant pas, il viendra cette semaine, j'en suis sûr. Cette attente est pour moi une véritable angoisse : aura-t-il reçu, d'ici là, la lettre de *** ? Que lui dire ? Je suis perplexe et navré. Quand donc serai-je tranquille ? Quand me f... ra-t-on la paix, définitivement ?
      Cette histoire de Laporte m'emplit d'une telle amertume et gâte ma vie tellement que je n'ai pas eu la force de me réjouir d'un événement heureux qui m'arrive : Jules Ferry (l'homme de l'article) m'a écrit, hier, qu'il m'accordait une pension annuelle de 3 000 francs, à partir du 1er juillet 1879. La lettre est ultra-aimable. Ce libre penseur a du bon.
      Je devrais être content ? Pas du tout ! car, enfin, c'est une aumône (et je me sens humilié jusque dans les moelles). Quand pourrai-je la rendre, ou m'en passer ?
      Pour me distraire de ces sombreurs, je reporte ma pensée sur ma chère fille. Il fait beau, et le soleil, au bord de la mer, doit lui remettre un peu de force dans le sang...
      Amitiés à Laure ; embrasse-la pour moi. Dis à mon disciple qu'il fasse en sorte de venir un peu ici.
      Promène-toi, hume de l'oxygène.
      Je vais reprendre mes livres ecclésiastiques, qui m'embêtent, et puis travailler à mon plan. Mais ça ne va pas ! ça ne va pas.
      Vieux.
 

   ***

 

À GUY DE MAUPASSANT.

      Mercredi soir [8 octobre 1879].
      MON CHER VIEUX SOLIDE,
      Caroline m'écrit d'Étretat que vous ne pouvez venir maintenant à Croisset, mais qu'il faut compter sur une visite de vous à la fin du mois.
      À la fin de ce mois, c'est-à-dire à la Toussaint même, Heredia doit venir ; nous ne nous verrions pas librement. Donc, venez soit de dimanche en quinze, ou le dimanche qui suivra celui de la Toussaint.
      Autre histoire. Dites-moi en quels termes il faut que je vous écrive pour que vous puissiez toucher mon argent du ministère. Vous me l'apporteriez à votre prochain voyage. Sans doute vous savez que maintenant la somme est doublée, sous le nom d'indemnité. Votre ministre me l'a écrit dans une lettre fort aimable ; je l'en ai remercié hier, et j'ai écrit en même temps à M. Rambaud qui m'a répondu aujourd'hui. On n'est vraiment pas plus aimable que nos supérieurs.
      Ça ne va pas, mon cher ! J'ai eu dernièrement une vilaine histoire qui m'a tapé sur la tête et sur le gésier. Je vous conterai cela ! Bref, j'ai rarement été plus gorgé de l'existence.
      Et B et P, naturellement, se ressentait de tout cela ! Et puis je fais des lectures stupides, où je découvre pourtant par ci par là de belles choses. Que dites-vous de ce titre de chapitre : De la modestie pendant les plus grandes chaleurs ? C'est dans le Manuel des pieuses domestiques, auxquelles on conseille de ne pas entrer en service chez les comédiens, les aubergistes, "les marchands de gravures obscènes".
      Tel est le monde ; quand on n'en pleure pas de rage, on en vomit de regret.
      Et vous ! cette santé ? et les travaux ? Je vous embrasse bien tendrement.
      Votre vieux.
 

   ***

 

À LA COMTESSE DE LOYNES.

      Entièrement inédite en 1930.
      Croisset, par Déville (Seine-Inférieure).
      Mercredi soir, 8 octobre [1879].
      Comme il y a longtemps que je n'ai entendu parler de vous, ma chère belle, ma vraie amie.
      Et d'abord comment va l’humeur ? Car la santé ne vient qu'après. êtes-vous encore au Bois de Boulogne ? Où avez-vous passé votre été ? Ce soir, la pluie tombe. Les beaux jours sont finis !
      Les miens ont disparu depuis longtemps ! Savez-vous le seul bon que le sort m'ait donné cette année ? Eh bien, là, franchement, c'est le matin que j'ai été déjeuner au Parc des Princes, au mois de juin d'été (sic). Quels yeux ! comme vous étiez jolie ! et pendant deux heures, je vous ai aimée follement, comme si j'avais eu dix-huit ans. D'ailleurs, je vous aime toujours, adorable créature que vous êtes.
      J'ai cherché pour vous (et d'après vos ordres) une maison aux environs. Mais jusqu'à présent impossible de rien trouver qui soit digne de vos grâces.
      Quand nous reverrons-nous ? Je vais encore passer tout cet hiver à Croisset, pour finir plus vite mon interminable bouquin. Mais peut-être, à partir du mois d'avril, resterais-je toute l'année à Paris sans désemparer. Alors, on réparera le temps perdu ! On se verra, hein ? pourvu qu'il n'y ait pas chez vous trop de bourgeois, trop de messieurs.
      Ma vie est plate et triste. Du côté des affaires, il y a pourtant du mieux.
      Votre ami est fatigué d'écrire. Mais vous qui ne tirez pas de telles charrettes, envoyez-moi un peu de votre écriture ; vous serez bien gentille.
      La Vie Moderne va, dans quelques jours, publier un vieil ours de moi.
      Je vous baise bien tendrement les deux mains.
      Votre vieux fidèle.
 

   ***

 

À MADAME ROGER DES GENETTES.

      [Croisset, première quinzaine d'octobre 1879].
      Vous me parlez de l'Éducation sentimentale et votre lettre, tantôt, m'a surpris en train de corriger les épreuves d’icelle (une édition de Charpentier qui doit paraître dans une quinzaine).
      Pourquoi ce livre-là n'a-t-il pas eu le succès que j'en attendais ? Robin en a peut-être découvert la raison. C'est trop vrai et, esthétiquement parlant, il y manque : la fausseté de la perspective. À force d'avoir bien combiné le plan, le plan disparaît. Toute oeuvre d'art doit avoir un point, un sommet, faire la pyramide, ou bien la lumière doit frapper sur un point de la boule. Or rien de tout cela dans la vie. Mais l'art n'est pas la Nature ! N'importe ! je crois que personne n'a poussé la probité plus loin. Quant à la conclusion, je vous avoue que j'ai gardé sur le coeur toutes les bêtises qu'elle a fait dire.
      Autre guitare. La Vie Moderne, appartenant à Charpentier, publiera prochainement le Château des Coeurs, avec un dessin de ma nièce et des illustrations faites par des décorateurs. Lemerre, le 15 de ce mois, fait paraître Salammbô dans sa Bibliothèque. Vous voyez si depuis deux mois je suis dans les épreuves !
      Hélas ! j'en ai subi de toute sorte. (Un mot !) Un homme que je regardais comme mon ami intime vient de se montrer envers moi du plus plat égoïsme. Cette trahison m'a fait souffrir. Les coupes d'amertume ne sont pas ménagées à votre vieil ami. Et je lis des choses stupides ou plutôt stupidifiantes : les brochures religieuses de Mgr de Ségur, les élucubrations du Père Huguet, jésuite, Baguenault de Puchesse, etc., et cet excellent M. Nicolas qui prend Wolfenbüttel pour un homme (à cause des fragments de Wolfenbüttel), et par conséquent il tonne contre Wolfenbüttel ! La religion moderne est quelque chose d'ineffable, décidément, et Parfait, dans son Arsenal de la dévotion, n'a fait qu'effleurer la matière. Dans le Manuel des pieuses domestiques, que dites-vous de ce titre de chapitre : De la modestie pendant les grandes chaleurs ? Puis conseil aux bonnes de ne pas se mettre en service chez les comédiens, les aubergistes et les marchands de gravures obscènes ! ça, ce sont des fleurs, et les imbéciles déclament contre Voltaire qui est un spiritualiste ! et contre Renan qui est un chrétien. ô bêtise ! ô infini !
      J'aurai du mal dans mon chapitre IXe, la Religion, à garder l'équilibre. Mes pieuses lectures rendraient impie un saint.
      Oui, je vous lirai mon roman quand il sera fini et j'irai à Villenauxe s'il n'y a pas d'autre moyen ; mais vous me rendriez un vrai service en venant à Paris. Notez que cette lecture, faite à haute voix, demandera plusieurs jours.
      Mais quand aurai-je fini ? Pas avant le commencement d'avril. Puis, il me faudra encore six mois au moins pour le second volume. Rien n'est conclu avec la revue de Mme Adam. Il est probable cependant, si l'on m'offre beaucoup d'or, que je pousserai là ma copie.
      Que vous ayez à vous plaindre du Moniteur, ça ne m'étonne pas, le Dalloz étant, entre nous, un vilain coco et qui s'est conduit envers moi comme un vrai polisson.
      Je connais l'article de Poupard-Davyl contre Daudet. Mais est-ce que tout cela regarde le public ?
      L'autobiographie du père Michelet, dans le Temps, m'a paru une platitude. Je soupçonne son épouse d'y avoir trop collaboré. D'ailleurs, je n'aime les confessions que lorsqu'elles sont excessives. Pour qu'un monsieur vous intéresse en parlant de sa personne, il faut que cette personne soit exorbitante, en bien ou en mal. Donner au public des détails sur soi-même est une tentation de bourgeois à laquelle j'ai toujours résisté.
      Pourquoi trouvez-vous la politique si laide ? Quand donc a-t-elle été jolie ?
      Avez-vous admiré la fête de Florian ? Dans quel but fêter Florian ? C'est un comble ! Et le père Hugo qui était président d'honneur ! Farce ! farce !
 

   ***

 

À MADAME TENNANT.

      Croisset, 13 octobre 1879.
      Hélas ! non, ma chère Gertrude, je ne serai pas à Paris à la fin de ce mois, devant rester ici jusqu'au printemps prochain, époque où j'espère avoir fini mon lourd bouquin. Ce petit travail m'aura demandé plusieurs années et il me tarde d'en être débarrassé. Mais puisque vous passerez l'hiver à Florence, j'espère vous voir à votre retour, vers le commencement d'avril. Tâchez d'avance de dresser vos batteries en conséquence. Je vous en prie, vous en supplie !
      L'année n'a pas été meilleure pour moi que pour vous. Depuis quatre ans, j'ai enduré des chagrins tels que je m'étonne de n'en être pas devenu fou. Mon horizon paraît se désembrunir un peu. Si je vous voyais plus souvent, ce serait un coin d'azur. Il me semble que vous devez aussi sentir le besoin de causer ensemble du vieux temps. Nous avons tant de choses à dire, n'est-ce pas, ma chère jeunesse retrouvée !
      Caroline espère avoir votre visite prochainement ; elle sera au faubourg Saint-Honoré à partir de dimanche prochain.
      Quand vous n'aurez rien de mieux à faire, écrivez-moi. Je lis vos moindres billets avec avidité.
      Souvenirs affectueux à vos charmants enfants, et à vous, du fond de mon coeur, les meilleures tendresses de votre vieil ami.
 

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À JOSÉ-MARIA DE HEREDIA.

      [Croisset, 15 octobre 1879].
      MON CHER HEREDIA.
      Je vous attends. Exécutez-vous ! Pas de blague ! Il est bien entendu que vous coucherez dans mon logis. ça ne me gêne en aucune façon. Au contraire. D'ici là, je vous embrasse, et tout à vous.
 

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À GEORGES CHARPENTIER.

      [Croisset] mercredi soir, 15 [octobre 1879].
      MON CHER AMI,
      Je n'ai plus à voir, en seconde épreuve, que très peu de feuilles de l’Éducation ! Vous pouvez donc vous disposer en conséquence, c'est-à-dire préparer vos batteries.
      On a été bien injuste pour ce livre. Y a-t-il moyen d'avoir là-dessus une réparation ?
      M. Jules Lemaître, professeur de rhétorique au lycée du Havre, vient de m'adresser un très bel article publié le 12 courant dans la Revue politique et littéraire.

Envoyez-moi, quand l’Éducation sera parue, trois ou quatre exemplaires à l'adresse de "M. Pilon, quai du Havre, 7, pour M. G Flaubert, Rouen. " – Adressez-en un à Mme Adam, en mettant dessus : de la part de l'auteur. Vous m'obligerez.
      Dites à Bergerat de répondre à ma dernière lettre, sacré nom de Dieu !
      Et embrassez toute la famille pour moi, et qu'elle vous le rende.
      Tout à vous. Vôtre.
      J'attends les Rois en exil. Amitiés aux amis.
      Je travaille comme un misérable et suis fort éreinté.
 

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À LA PRINCESSE MATHILDE.

      Mercredi soir [1879].
      Comment allez-vous, ma chère Princesse ? Voilà plus de quinze jours que je ne vous ai vue, ni entendu parler de Votre Altesse, et j'entre en mélancolie quand je songe à toutes les semaines qui vont ainsi se passer.
      Que vous dirai-je ? Jamais l'hospitalité de Saint-Gratien ne m'a semblé si gracieuse, ni la châtelaine plus charmante. En revenant ici, j'ai eu du mal à me remettre au travail ! Ma vie n'est pas drôle, et je vous épargne le détail de ses misères. Enfin, je vous remercie pour les bons moments passés chez vous.
      Je m'en vais demain à Étretat voir une vieille amie d'enfance qui est fort malade. Mais dimanche soir je serai derechef courbé sur mon pupitre.
      J'espère y lire bientôt un petit mot de vous, n'est-ce pas ? En attendant ce plaisir-là, croyez, Princesse, à l'inaltérable affection de votre vieux fidèle.
 

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À GEORGES CHARPENTIER.

      Mercredi soir [octobre 1879].
      Sauf meilleur avis, je ne vois rien à reprendre à la page ci-contre.
      N B. – Mais il me reste à corriger en dernière épreuve plusieurs pages qu'on ne me renvoie pas.
      Admirer, dans le volume de Huysmans, (Marthe) une illustration qui est un comble !
      Si c'est là du naturalisme, où est le fantastique ?
      À vous, mon bon.
      Vôtre.
 

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À ALPHONSE DAUDET.

      Croisset, par Déville, près Rouen, mardi 21 octobre 1879.
      MON CHER DAUDET,
      Votre volume, reçu à dix heures du matin, était avalé à quatre et demie du soir.
      Il ne dépare pas la collection. Oh ! non ! Sacré nom de Dieu, comme c'est bien composé ! et que le dernier chapitre (lequel, en soi, est sublime) se relie bien au premier ! Votre Christian est une de vos meilleures créations (c'est ça ! bravo mon vieux !) Soyez sûr qu'il restera comme un type !
      Ce que je trouve de moins rare, dans l'oeuvre, c'est Tom Lévis et Séphora, bien qu'ils soient très amusants.
      Sauvadon, le vieux duc et le prince d'Axel (avec sa manière de parler) m'ont ravi.
      J'aurais voulu un peu plus de développement philosophique dans les idées de Mérant. Mais la plastique y aurait perdu !
      Jamais, je crois, vous n'avez montré plus d'esprit. Quand on ne rit pas, on sourit.
      À chaque pas on marche sur des perles ! Et des tableaux en quatre lignes, comme la rentrée de Christian ivre et fripé, page 120, etc.
      La séance de l'Académie, splendide. Et la scène entre le roi et sa femme (le chapitre X) ! Où y a-t-il quelque chose de plus pathétique ? Voilà un fier dialogue, mon bon. Je voudrais l'entendre sur la scène. C'est sonore, et râblé, enfin, royal ! Et la reprise jésuitique ("remarquez d'ailleurs", etc., p. 265) est un trait de génie.
      Quel bon comique (325-327) le roi chantant ses romances à la préfecture de Marseille !
      Si vous étiez là, vous verriez que mon exemplaire est rayé aux marges par beaucoup de points d'exclamation. Quelques barres indiquent de petites taches de style. Mais elles sont peu nombreuses. Vous savez du reste que je suis un pédant.
      En résumé vous devez être content et fier de ce livre. Le ciel vous a doué d'un don, le charme. Ne l'a pas qui veut, à commencer par moi.
      Quand nous verrons-nous ? Comme je dois rester ici jusqu'à la terminaison de mon roman (laquelle n'aura pas lieu avant la fin de l'hiver), il est convenu avec Charpentier que le petit Cénacle tirera les rois à Croisset ; enfin, qu'on organisera en janvier et février des caravanes à l'effet de me visiter.
      Comment va la santé, l'estomac et le reste ?
      Vous seriez bien gentil de me donner de vos nouvelles un peu plus longuement.
      Mes respects à Mme Daudet. Bécots au moutard.
      Et tout à vous, mon cher bonhomme. Votre qui vous embrasse, vous aime et vous admire.
 

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À GUY DE MAUPASSANT.

      Croisset, mardi 21 octobre 1879.
      C'est convenu. De samedi prochain en quinze je verrai votre chère binette. J'en ai à vous dégoiser.
      Oui, j'ai eu un petit renfoncement, car je croyais que c'était du nouveau, du surplus ! Espérons qu'il viendra.
      Ne me parlez pas du réalisme, du naturalisme ou de l'expérimental ! J'en suis gorgé. Quelles vides inepties !
      Je viens de finir les Rois en exil. Qu'en pensez-vous ? Quant à moi... hum, hum !
      Pouvez-vous me donner des nouvelles de Tourgueneff ?
      Si vous n'avez rien de mieux à faire, en passant par le passage Choiseul entrez chez Lemerre et dites-lui que je m'étonne : 1° de ne pas voir paraître Salammbô et 2° de ne pas recevoir de réponse à ma dernière lettre qui concernait Melaenis.
      Votre vieux.
 

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À GEORGES CHARPENTIER.

      [Croisset], mardi [21 octobre 1879].
      MON BON,
      Vous recevrez en même temps que ceci la fin de Salammbô (sic, pour Éducation sentimentale). Je ne sais si j'ai donné le bon à tirer de ce qui s'étend de la page 506 à 511 ? Veillez-y. Quel imprimeur ! Regardez les en-tête de pages et la quantité de lettres qui sont de travers ! Enfin, c'est fini, Dieu merci !
      Bergerat a dû recevoir dimanche matin, les deux dessins de Croisset. Nous avons fait, ma nièce et moi, tout ce que nous avons pu pour satisfaire ledit rêve. S'il n'est pas content, zut !
      Quand paraît le Château des Coeurs ? ne pas oublier la Chanson des Brises.
      Quant à M. Lafitte, je sais qu'il admire le Voyage autour de ma chambre de Môssieu de Maistre ! ce qui me dispose médiocrement à lui être agréable. 2 Faire annoncer mon roman en plein succès de Nana me semble peu adroit. 3 Il est promis à Mme ADAM. Et 4, si l'on veut que je ne l'achève pas, c'est d'en parler maintenant. La moindre réclame me couperait la musette, absolument.
      Attendons au moins le Château des Coeurs ! Donc, jusqu'à nouvel ordre : je refuse.
      Autre guitare. Vous avez fait au milieu de septembre un nouveau tirage de Salammbô, et l'Éducation sentimentale va reparaître. Vous seriez bien aimable de m'allonger maintenant le montant de ces deux éditions, en prélevant ce que je vous dois comme acquisitions de livres. Le jeune Guy doit venir me voir le 8 du mois prochain. Il irait prendre l'argent chez vous. Faut-il le prévenir ? Réponse là-dessus, je vous prie, et sur le reste.
      Oui j'ai lu Nana (huit feuilletons), et je trouve ça splendide, vous pouvez le dire à l'auteur de ma part en lui serrant la main.
 

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