CORRESPONDANCE
RECHERCHE
Contact   |   À propos du site

Les Appendices à la Correspondance générale

Jean-François DELESALLE
[Flaubert, Correspondance, Bibl. de la Pléiade, t. V à paraître, Appendices.]

Par delà son objectif premier qui est la publication de la correspondance des années 1876-1880, le tome V de la Pléiade a pour ambition de compléter, avec les ressources de l'information aujourd'hui disponible, la correspondance antérieure déjà publiée, d'y ajouter l'ensemble des lettres ou billets sans date, et d'apporter au texte et aux notes des tomes I à IV les corrections qui, au fil des relectures et des nouvelles découvertes, se sont révélées nécessaires. Chacune de ces trois fonctions sera remplie par un appendice distinct. Le plus attendu est sans doute celui qui contiendra les…

… Suppléments aux volumes précédents (1835-1875)

Nous avons à l'heure actuelle environ cent-cinquante fiches de lettres ou billets inédits qui ont pu être datés, précisément ou approximativement. On n'y trouvera peut-être aucune révélation sensationnelle, mais des apports substantiels et des destinataires aussi variés que, par exemple, Ernest Chevalier (lettres de jeunesse), Louis et Olympe Bonenfant (lettres d'Egypte, demande de renseignements pour L'Education sentimentale), Jeanne de Tourbey ("Chère et vraie amie"), Ivan Tourgueneff, ou encore Michel Lévy - puisque les lettres que Flaubert lui a adressées peuvent, enfin, être incluses dans cette édition.

Quelques-unes des lettres qui figureront dans ce premier appendice étaient déjà connues, mais sous une forme très incomplète. Il a paru souhaitable d'en donner à lire le texte intégral pour en faciliter l'intelligibilité. A l'inverse, quand le ou les fragments manquants sont de faible longueur, on les trouvera dans le dernier appendice réservé aux corrections.

Les lettres et billets sans date, et parfois sans destinataire manifeste, ont dans un premier temps, surtout s'ils sont donnés pour inédits, la vertu d'exciter la curiosité du chercheur. A force de fouiller dans sa mémoire et sa documentation, et de tourner les pages des volumes, il lui arrive de percer l'énigme. (Vaincre le sphinx ne doit pas être tenu pour un projet chimérique…) C'est ainsi qu'il peut avoir la satisfaction de découvrir qu'une lettre publiée dans Paris-Normandie et dans Les Amis de Flaubert en 1959, mais jamais reprise en volume, n'est pas adressée à Victor Hugo en 1852 comme le supposait le premier publicateur, mais… à Claudius Popelin en 1870 !

Parfois aussi, il en vient à constater que sa recherche échoue - ou au contraire qu'elle a déjà été menée à bien par d'autres (au premier rang desquels, Jean Bruneau), mais dans ce cas le temps passé n'est pas du temps perdu puisqu'à son terme s'opère une vérification qui permet d'éviter les doublons, hantise du publicateur et gibier de choix à inscrire à ce tableau de chasse qu'est…

… L'Appendice réservé aux corrections

Il concerne aussi bien les lettres elles-mêmes (date, destinataire, texte), que leur annotation à la fin des volumes. Voici quelques échantillons des corrections projetées… ou ajournées :

   1. A l'interrogation sur un doublon s'ajoute un problème de datation pour une autre lettre dans le cas suivant, récemment suscité par Thierry Savatier, arrière-petit-neveu de la Présidente. Selon lui, la lettre à Aglaé Sabatier qui figure dans le t. II, p. 790 ne serait pas de [1856-1857] mais de [début 1856?]. Il faudrait donc à la fois la reporter quelque cent quatre-vingt-dix pages plus haut dans le même volume, et supprimer son doublon dans le tome III, p. 87. En outre, à la place de celui-ci il faudrait reporter, sous la date du [16 avril 1860], la lettre datée [26 mai 1862?] dans ce même tome III, p. 218. (Sur ces redatations dont la première demeure conjecturale tandis que la seconde paraît plus solidement argumentée, voir Th. Savatier, Une femme trop gaie, CNRS Editions, 2003, p. 114, 183 et 305).

   2. Préciser l'identité d'un destinataire est parfois chose aisée, si l'on a un peu de chance. Le 31 mars 1873, à Paris, Flaubert écrit à "M. Klein" qu'il enverra chercher des livres dont il lui donne la liste. La lettre est publiée page 654 du t. IV où aucune note ne nous éclaire sur le destinataire. Mais nous apprenons de Jules Troubat que "Klein" était le nom de l'employé de la Bibliothèque nationale préposé au service des prêts en ville à l'époque qui nous intéresse (La salle à manger de Sainte-Beuve, Mercure de France, 1910, p. 69 et 72).

   3. Les corrections de texte, même minimes, seront indiquées dans l'appendice dès lors qu'elles intéressent la compréhension. Dans une lettre à Jeanne de Tourbey du [3? juin 1865], il faut lire, t. III, p. 444 :
 l. 1 j'avais - au lieu de j'ai ;
 l. 4 disait - au lieu de di rait ;
Avant-dernière l. telles qu'en a - au lieu de telles qu'o n a.

La bonne lecture, autorisée de source sûre, est nécessaire pour que les propos de Flaubert aient une pleine signification.

   4. Les simples coquilles ou menues erreurs sans conséquence qui peuvent se rencontrer dans le texte ou dans les notes ne seront pas relevées dans l'appendice. Leur correction sera mise en réserve pour de futurs retirages des différents volumes. On pourra cependant faire une exception pour les noms propres. C'est ainsi qu'on substituera, sans commentaire, le nom de Frédéric Gaillardet à celui de Félix Gaillard (né en 1919, président du conseil en 1957) donné comme co-auteur de La Tour de Nesle dans une note du t. IV, p. 1395. Et l'on pourra se contenter d'une unique remarque, faite à l'occasion de la première des nombreuses occurrences fautives, pour signaler que le nom d'épouse de "l'autre nièce" s'orthographie Roquigny, et non Ro cquigny.

Conformément à ce qui a été indiqué un peu plus haut, on réservera pour des retirages ultérieurs la rectification de références qui n'ont plus qu'un intérêt rétrospectif quand il s'agit, par exemple, de préciser la page d'un tome de l'édition Conard comme dans le cas suivant, pris au hasard parmi bien d'autres : t. IV, p. 1257, dans la notice de la lettre à George Sand du 21 [janvier 1872], il faut lire Conard, t. VI, p. 342 - au lieu de p. 316. Surcharger notre volume de telles observations serait d'autant moins nécessaire que ce t. V comportera une Table de concordance entre les éditions.

   5. Ajoutons encore que certaines rectifications relatives aux t. I à IV pourront être faites ailleurs que dans l'Appendice réservé aux corrections. Prenons le cas de la lettre à George Sand du [20 septembre 1867] (t. III, p. 688) dans laquelle Flaubert affirme avoir écrit la veille "un mot, mis à la poste". En 1991, Jean Bruneau écrivait en note (p. 1497) que ce mot n'avait pas été retrouvé. Or, quelques années plus tard, cette pièce a été découverte et publiée par Christoph Oberle (Bulletin Flaubert-Maupassant, n° 6, 1998). Elle sera donc reprise dans le Supplément, où une note renverra pour correction à la note du t. III.

 

Après cette exposition du schéma et des principes généraux gouvernant les appendices du futur volume, voici quelques exemples de recherches suscitées par leur confection.

 Le faux inédit

Le catalogue de vente de la Bibliothèque du colonel Sickles, 15e partie (Drouot, 18-19 novembre 1993 ; Th. Bodin expert) présentait sous le n° 6352 quatre lettres autographes de Flaubert à Edmond Laporte, avec cette datation d'ensemble : "septembre-décembre 1875". Les trois premières lettres, datées plus précisément 3 septembre, 12 septembre et 11 décembre ont été publiées par Jean Bruneau qui en avait vu les autographes. La dernière lettre, sommairement décrite : "Mercredi soir. Au sujet de rendez-vous et de dîners", semble à première vue inédite car aucune des lettres publiées par Jean Bruneau pour la période septembre-décembre 1875 ne porte l'indication "mercredi soir". Or on connaît un billet à Laporte, daté seulement "mercredi soir" et où il n'est question que de rendez-vous et de dîners.

Il figure dans le Supplément de l'édition Conard sous la date du [14 octobre 1874] et Jean Bruneau l'a repris dans son édition (t. IV, p. 878) en conservant cette date, tout en précisant qu'une photocopie de l'autographe, qui appartenait au colonel Sickles, lui avait été communiquée par Thierry Bodin.

Il paraît raisonnable d'identifier à ce billet publié celui qui est présenté un peu énigmatiquement dans la notice du catalogue de la vente Sickles. En conséquence, on s'abstiendra de reproduire cette notice dans l'Appendice du tome V.

Qui, quoi, quand ?

Lettre autogr., signée. Croisset, s.d.
 Lettre sur papier de deuil. Flaubert prend part à la tristesse de son amie, car Mme Lapierre lui a appris que sa mère était malade (n° 102 d'un catalogue de vente, Drouot, 24 janvier 1972).

Le papier de deuil, s'il n'est pas ici un expédient fortuit, peut mettre sur la voie d'une datation. Par exemple, la lettre pourrait être postérieure au 6 avril 1872, date de la mort de la mère de Flaubert.

Quant à la destinataire, la notice de catalogue paraît ambiguë et trompeuse. A première lecture, on croit comprendre que Flaubert répond à son amie Mme Lapierre dont la mère est malade. Or celle-ci était morte depuis longtemps, semble-t-il (voir la notice de Christoph Oberle, Bulletin Flaubert-Maupassant, n° 6, 1998, p. 99). Il faudrait donc plutôt interpréter la lettre selon le modèle suivant : Flaubert écrit à Mme ou Mlle X après avoir appris par Mme Lapierre que Mme Y, mère de X, était malade. Voici deux exemples - tout théoriques - de traduction possible :

X = Marianne, Y = Mme Raoul-Duval ;
X = Mme Lepic, Y = Mme Perrot.

Dans l'attente de nouvelles lumières, la lettre est classée : "sans date ni destinataire identifié".

Réveiller la belle au bois dormant

Voici le cas surprenant d'une lettre de Gustave Flaubert qui était connue dès avant la Seconde guerre mondiale, fut évoquée ensuite dans plusieurs publications, et n'a cependant été recueillie dans aucune des éditions ultérieures de la Correspondance (Supplément Conard, Club de l'Honnête Homme, Pléiade, Bonaccorso).

Cette lettre autographe, accompagnée d'une liste de noms tracée d'une autre main, avait figuré le 28 juin 1937 dans une vente à l'hôtel Drouot, sommairement décrite sous le n° 130 du catalogue. La même année, Francis Ambrière donna le texte complet des deux documents avec des commentaires qu'il put enrichir un peu plus tard grâce aux recherches de Gabrielle Leleu (Mercure de France, 15 novembre 1937 et 1er avril 1938). Vingt ans après, Auguste Lambiotte faisait référence à ces travaux dans une étude publiée d'abord par Le Livre et l'Estampe, puis reproduite dans le n° 13 des Amis de Flaubert en 1958. Enfin, le 15 mai 1975, Me Maxime Denesle adressait à Jean Bruneau une photocopie des documents dont il était devenu le possesseur.

La prochaine publication en volume apparaîtra comme particulièrement réjouissante quand on saura que dans cette lettre, datée simplement "mercredi" et par laquelle Flaubert annonce à un "cher monsieur" l'envoi d'"un énorme paquet de [s]es volumes" qu'il le prie de "faire distribuer par la ville et les environs", - il ne s'agit de rien de moins que du service rouennais de Madame Bovary. Le fait a été établi par Francis Ambrière et Gabrielle Leleu, et celle-ci a proposé d'une manière convaincante d'identifier le destinataire comme étant Beuzeville, le rédacteur en chef du Journal de Rouen.

Quant à la date, [15 avril 1857], on la détermine aisément à partir de celles des lettres de remerciement envoyées à Flaubert par certains des bénéficiaires dont le nom figure sur la liste.

La visite de l'illumination

Jean Bruneau n'avait pas connu suffisamment tôt pour la publier une lettre à Louis Bonenfant dont il put cependant prendre copie à l'occasion de ventes publiques. Dans cette lettre datée simplement "vendredi", Flaubert évoque un jeune ménage qui, le mardi, "était sorti voir les illuminations, lesquelles empuantissaient la capitale" et il ajoute "j'ai failli être brûlé par les pétards qui détonnaient [sic] de tous côtés". Cherchant à dater plus précisément cette lettre, Jean Bruneau se demandait si ces manifestations de réjouissance n'auraient pas eu pour occasion le Mardi gras ou le 14 juillet.

Mais Flaubert a commencé sa lettre en demandant que lui soit envoyé un "fort acompte" sur des fermages. Or, le 9 avril 1856, au début (encore inédit) d'une autre lettre, il remercie le même correspondant pour l'empressement qu'il a mis à lui faire parvenir une somme de sept cents francs "dimanche dernier". Comme le 9 avril 1856 était un mercredi, il s'agit donc du dimanche 6, et la lettre précédente est du vendredi 4.

Il ne reste plus, pour confirmer toute cette datation, qu'à découvrir la raison d'être des pétards et illuminations contre lesquels Flaubert aurait pu pester le mardi 1er. En consultant la presse de l'époque, nous apprenons qu'à la suite de la signature le dimanche 30 mars 1856, à Paris, de la paix mettant fin à la guerre de Crimée, il y eut toute une semaine de fête pendant laquelle "le soir venu, tout fini[ssai]t par des lampions" (L'Illustration, 5 avril 1856).

 N.B. Si la lettre du 4 avril est entièrement inédite, celle du 9 ne l'est que partiellement mais elle n'a fait l'objet jusqu'à présent que d'une publication à la fois fragmentaire et dispersée (Pléiade, t. II, p. 611 et Supplément, p. 1518 - dans le tirage le plus récent). C'est pourquoi il conviendra de donner enfin in extenso les deux lettres dans le Supplément du tome V.

Eviter le pavé de l'ours

Une lettre qui était passée en vente à l'hôtel Drouot le 18 décembre 1987 (n° 98 du catalogue) a été aimablement communiquée en photocopie par Thierry Bodin. Elle commence ainsi :

"Croisset, vendredi matin.
Mon cher ami,
J'attends toujours - et avec une grande impatience la petite note que vous deviez donner à Jules. L'ami qui pourrait me rendre ce service à Rouen est maintenant en voyage de sorte que je reste le bec dans l'eau sur mon papier blanc."

Et Flaubert poursuit en posant des questions relatives à de possibles manœuvres d'un banquier malhonnête.

Une main étrangère a inscrit en haut de la page, à droite : "24 juillet 186 [ici, un chiffre mal formé : 9, ou 3]". En outre, dans le texte, mais d'une autre main étrangère, "Jules" est souligné et accompagné au-dessus de la ligne des mots : "de Goncourt".

Passé un premier mouvement de pensée reconnaissante pour des prédécesseurs qui auraient mâché le travail par leurs annotations, on observe aisément que le 24 juillet 1869 n'était pas un vendredi mais un samedi, et que de toute façon en ces jours-là Flaubert qui, du reste, était "broyé" par la mort de Louis Bouilhet, ne pouvait pas songer à quêter des informations pour préparer un roman (L'Education sentimentale)… dont il allait remettre le manuscrit à Michel Lévy quelques jours plus tard !

L'année 1869 étant exclue, on retiendra donc - avec le rédacteur du catalogue de 1987 - l'année 1863. Mais de quel Jules s'agit-il ici ? Goncourt, dont le nom nous a été lancé ? On ne voit pas ce qui aurait pu le qualifier pour transmettre la petite note réclamée par Flaubert. En outre, à la date considérée, il était en forêt de Fontainebleau avec son frère.

Mais c'est alors que nous découvrons sous le pavé… la page 345 du tome III de l'édition de Jean Bruneau qui nous présente une lettre adressée à Jules Duplan, datée elle aussi "vendredi matin", et dont voici le début :

"Pas de lettre de Blamont ! Je lui écris un mot pour qu'il se dépêche ! Nion étant à se promener, je n'ai personne à Rouen à qui demander ce renseignement, et je reste à me morfondre devant mon papier blanc"

Il suffit de se rappeler que "Blamont", nom d'un personnage du marquis de Sade, est le surnom donné par Flaubert au notaire Ernest Duplan, frère de Jules, et tout s'éclaire : faute de pouvoir interroger l'avocat Nion, Flaubert relance le notaire Duplan en lui écrivant ainsi qu'à son frère le même jour, vendredi 24 juillet 1863. Notre lettre est ce "mot" que Jean Bruneau n'avait pu retrouver… et dont le destinataire ne s'appelait pas Edmond !

Tenir la dragée haute à nos prédécesseurs ?

Une lettre de la comtesse d'Osmoy à Flaubert a été transmise par lui à Charpentier avec un billet daté simplement "vendredi matin". Le tout a été publié dans l'édition du Club de l'Honnête Homme (t. 16, p. 392-3) "d'après une copie de René Descharmes [qui] n'est pas parvenu à dater cette lettre". Voici pourtant quelques éléments d'une possible datation :

1. Mme d'Osmoy écrit : "à mon tour je viens vous demander un petit service". Il pourrait y avoir là une allusion à la demande que Flaubert lui avait adressée pour qu'elle intervienne auprès de son mari à propos du Candidat dont la 1re eut lieu le 11 mars 1874 (voir la lettre à Caroline du 22 novembre [1873], t. IV, p. 738).

2. Désireuse que Flaubert sollicite de Charpentier l'autorisation d'éditer en musique un poème de Théophile Gautier, Mme d'Osmoy s'exprime en ces termes : "Nous nous en remettons complètement à vous pour obtenir cela de votre jeune filleul." En écrivant ainsi, c'est le caractère tout récent de la promotion de Flaubert à la fonction de parrain que sa correspondante paraît vouloir souligner. Le filleul était Marcel, fils de Georges et de Marguerite Charpentier. La cérémonie de son baptême avait été prévue pour mars 1874 (voir la lettre à George Sand du 7 février 1874, t. IV, p. 766). Il mourra en avril 1876.

3. Le mot de Flaubert à Charpentier se termine ainsi : "Réponse à ce billet, je vous prie, et aux deux lettres précédentes." Or en mars, avril, mai 1874, Flaubert écrit plusieurs fois à Charpentier et se plaint de ne pas recevoir de réponse (voir en particulier la lettre du 26 mai, t. IV, p. 799). C'est seulement le 6 août qu'il pourra écrire à Marguerite Charpentier : "Commencez, je vous prie, par remercier votre mari de m'avoir enfin répondu. Cet effort a dû lui coûter !" (t. IV, p. 848).

L'ensemble de ces indices conduit à envisager, à défaut d'une date précise, au moins une fourchette : fin mars-début mai 1874.

 

On a choisi, pour finir, de montrer que le travail d'annotation et de correction, parfois austère, toujours minutieux, ne condamne pas nécessairement le scoliaste, ni - on l'espère - son lecteur, à l'ennui.

Dans la seule lettre connue de Léonie Brainne à Flaubert, on lit ce reproche : "On délaisse la femme que l'on prétend aimer […] On va souvent place d'Eylau, ce n'est pourtant pas plus près, mais c'est à l'entresol". En reproduisant ce passage, Jean Bruneau, avec son honnêteté coutumière, avouait ne pas être en mesure de répondre à la question : qui habitait place d'Eylau ? (t. IV, p. 1191-2).

 Flaubert, pourtant, nous le souffle quand, poursuivant le badinage avec sa correspondante, il lui réplique : "Ah ! on est jaloux de la belle Alice, tant mieux !". Ici, Jean Bruneau a bien reconnu Mme Pasca (t. IV, p. 787, n° 2), et une fiche d'Yvan Leclerc nous confirme qu'Alice Pasca habitait en effet 3 place d'Eylau (aujourd'hui place Victor-Hugo).

Léonie Brainne avait raison : la place d'Eylau était sensiblement à la même distance du 240 Faubourg Saint-Honoré, où habitait Flaubert, que le 141 avenue Malakoff où demeuraient les Brainne. Quelle différence l'entresol pouvait-il donc faire ici? C'est encore Flaubert lui-même qui nous fournit la réponse, dans une lettre du [20 mai 1876] où il indique à Tourgueneff que Léonie réside "au premier au-dessus de l'entresol" ! Nous ne croirons pas pour autant que Flaubert ait pu établir une hiérarchie entre ses "anges" sur la simple constatation qu'ils - ou plutôt elles n'occupaient pas toutes le même palier…

 

[Communication à la table ronde du samedi 22 novembre 2003, Rouen, "L'édition de la Correspondance de Flaubert, Bibl. de la Pléiade, t. V".]



Mentions légales