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Jean-Paul LEVASSEUR
[Flaubert, Correspondance, Bibl. de la Pléiade, t. V à paraître, Index]

Avant de parler de l'Index, je voudrais remercier Monsieur Yvan Leclerc de m'avoir fait l'honneur de me confier ce petit travail. Quand il m'a demandé, si, étant retraité, j'avais du temps libre, je n'ai pu lui refuser, l'ayant encombré de ma personne pendant onze cours de littérature s'étalant de 1987 à 2002, de Victor Hugo à nos deux Normands, en passant par l'épistolaire, le récit de voyage, l'autobiographie… Et je me rengorgeai, moi studieux bachelier, aux savoirs imparfaits, d'être convié à ces littéraires agapes.

De plus, j'ai eu une pensée pour mon instituteur, Monsieur Lucien Fontaine, flaubertiste distingué, cité par Jean Bruneau dans ses remerciements de la préface du tome I de la Correspondance. Au cours de mon travail, je me suis aperçu dans les notes que toutes les lettres adressées par Flaubert au notaire Desbois, ami de Louis Bouilhet et Président de la commission chargée de réaliser la fontaine de Rouen consacrée à la mémoire de son ami, étaient - dit Jean Bruneau - "des copies établies par le notaire Georges Biochet, et recopiées par le regretté Lucien Fontaine". Les copies se trouvent au Musée de Caudebec-en-Caux.

Revenons à l'Index. J'ai noté que la première réunion eut lieu le 16 janvier 1999 et je lis sur mon journal: "Grande inquiétude, inquiétude de me retrouver, moi, petit instituteur primaire spécialisé dans le cours préparatoire, au milieu de professeurs, doctorants-chercheurs... Serais-je capable de ne pas décevoir." Je craignais surtout que ma rédaction de la rubrique ne soit pas celle souhaitée par M. Leclerc ou qu'elle soit trop proche de Conard. Et je me demandai quelle guêpe avait piqué M. Leclerc d'initier un tendron de mon acabit à cette pénélopienne tâche. Il m'en jugea capable et je voulais me prouver jusqu'à plus soif qu'il avait eu raison. L'apprentissage en fut plaisant, heureux, quoique difficile.

La répartition des tâches eut lieu le 27 janvier 1999. Me fut attribuée la période 1871-1875 dans le tome IV, pages 268 à 1001 + les appendices correspondant à la période: 2 lettres de Maxime Du Camp à Flaubert, 26 extraits du Journal d'Edmond de Goncourt, soit 807 pages et plus de 1000 lettres.

Ma première lettre datée du 12 janvier 1871 était adressée à Ernest Commanville. Après l'avoir lue et relue et avoir souligné les 7 noms propres sur le volume adressé par Gallimard, je prends une feuille blanche. Le premier nom propre étant Croisset, j'écris un grand C au haut de ma feuille. Il me faudra 18 feuilles recto-verso pour la lettre C. J'écris en marge et en majuscule: CROISSET près de Rouen. Je consulte l'Index Conard, n'ayant pas reçu celui du Club de l'Honnête Homme et j'écris le commentaire: "Les Prussiens occupent toutes les chambres de -", le tiret remplaçant Croisset. Flaubert avait écrit: "Nous avons toujours à Croisset 10 Prussiens dont trois officiers (ils occupent toutes les chambres et brûlent pour 10 francs de bois par jour). En plus: quatre chevaux".

     Ensuite j'écris le tome concerné, IV, et la page, 268. Cette rubrique s'inscrira plus tard dans un sous-chapitre de Croisset: "Guerre de 1870-1871". Ensuite, je relève les noms propres suivants: PRUSSIENS, ROUEN, DIEPPE, CALAIS, ETATS-UNIS, ANGLETERRE. Et je fais le même travail que pour CROISSET. Quand j'arrive, deux ans après, à la page 1001, lettre adressée à George Sand fin décembre 1875, sur l'Art et la beauté et sa méthode de travail répondant aux conseils de G. Sand, je m'arrête quelques instants sur cette phrase: "J'écris maintenant une petite niaiserie dont la mère pourra permettre la lecture à sa fille". Je relève les 31 noms propres de la lettre et je procède pour chacun au même travail. Je suis alors à la tête d'un monceau de feuilles.

Deuxième travail: je rassemble tous les CROISSET que j'ai rencontrés et qui sont éparpillés dans ces 18 feuilles en tenant compte de l'ordre alphabétique puis chronologique. Et ainsi pour tous les noms propres commençant par un C. J'en ai compté 158, mon premier étant Cabanis (Docteur): Flaubert lit - , IV, 411; le dernier étant Cuvillier-Fleury, journaliste et critique littéraire avec cette rubrique: F. a fait gagner à Levy plus d'argent que - , IV, 618 (lettre à G. Sand).

Comme je n'ai pas d'ordinateur, je classe ces 158 noms propres par ordre alphabétique. Et ainsi, pour toutes les lettres de l'alphabet et je porte le dossier à Monsieur Leclerc.

J'ai commencé le 7 mars 1999.

J'ai terminé le 29 mars 2001.

J'ai travaillé surtout les jours d'automne et d'hiver. J'ai noté le 30 novembre 1999: "Fait 9 pages en 3 heures". Le 15 décembre 1999: "3 pages en 1 heure". Ce sera mon rythme. Le 15 décembre 1999, j'avais fini 1871 et janvier 1872, soit 200 pages.

Je note une lettre avec 55 noms propres.

Flaubert écrit presque tous les jours et souvent plusieurs lettres; j'ai noté: 5 lettres le 6 septembre 1871, 6 lettres le 12 octobre et le 30 décembre 1871, 7 lettres le 15 février 1872.

Un jour, j'écris: "J'en ai marre de Leparfait", tellement j'étais assommé de voir Flaubert se dépenser au-delà de toute mesure au service de son ami et pour récolter quelque argent pour le fils adoptif de Bouilhet.

J'aurais pu écrire aussi: "J'en ai marre de Commanville."

J'ai pris un grand plaisir à faire ce travail mais j'ai souffert avec Flaubert de voir toutes ses forces dépensées en vain pour faire imprimer et jouer Bouilhet, tout ce temps pris à l'écriture; j'ai souffert à la mort de Madame Flaubert, aux difficultés financières de Commanville pour sauver sa nièce et son neveu de la faillite et de la liquidation judiciaire.

Mais il m'a entraîné aussi dans une invraisemblable succession d'émotions, une lettre à Madame Brainne, ou à George Sand, ou à Tourgueneff, me donnait l'envie d'aller toujours plus loin. J'étais pris dans l'engrenage. Ma femme ne me voyait certains jours qu'aux repas.

Je me sentais vivre un rapport affectueux avec le grand homme, bien qu'il m'ait souvent irrité. L'instituteur que j'étais se révoltait à lire certaines phrases comme celles-ci:

L'instruction publique ne fera qu'augmenter le nombre des imbéciles."

Le suffrage universel tel qu'il existe est plus stupide que le droit divin."

L'instruction primaire nous a donné la Commune" (lettre à G. Sand du 7 octobre 1871).

Quand j'ai fini mon travail, je me suis senti seul. Il me manquait quelque chose. Et j'ai repris mon tome IV pour relire les 267 pages que je n'avais pas dans ma répartition.

Je finirai en citant Jean Echenoz: "Flaubert ne nous lâche plus avant le dernier mot du texte. Vous ne vous en sortez pas et vous sentez que cela vous fait du bien".

Je vous remercie.


[Document saisi par Hacène Bouslimani, secrétaire du CEREDI, 2003.]



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