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Pour Jean Bruneau, livre d'or

Né spontanément des témoignages reçus à l'annonce de la mort de Jean Bruneau, ce livre accueillera les hommages que vous voudrez bien faire parvenir au responsable du site.

"Ce travail minutieux de longue haleine représente un dialogue avec Flaubert qui suit le cheminement même de sa pensée. Dans les désarrois de l'existence, dans le tumulte politique et social de l'époque, Flaubert apparaît comme le laboureur du tableau de Bruegel qui inlassablement creuse son sillon : le sillon, c'est la recherche du roman où se concilieront ses "idéaux contradictoires". A sa suite, Jean Bruneau, tel un autre laboureur met au jour les lignes de fond qui élaborent secrètement cette œuvre. Il reste à Jean Bruneau la tâche de creuser les derniers sillons. Mais déjà, la journée consacrée à la Correspondance de Flaubert à l'occasion de la sortie du quatrième volume, à Rouen en juin 1998, reconnaît à la fois le travail accompli et manifeste l'attente de son achèvement."

Tel était le dernier paragraphe de mon compte rendu, pour la revue Romantisme, de sa dernière édition de la Correspondance. Et Jean Bruneau nous a quittés en laissant à d'autres la tâche de labourer ces dernier sillons.

Je viens ici tardivement pour dire combien je suis reconnaissante à mon maître d'avoir mis à la disposition de tous sa connaissance des manuscrits de Flaubert. Ma gratitude va particulièrement à lui pour l'édition qu'il a réalisée des manuscrits des Sept fils du derviche dans Le "Conte Oriental" de Flaubert.

En hommage à mon maître, il me reste à rechercher dans le Conte oriental l'inspiration fondamentale qui nourrit sans doute la première Tentation de saint Antoine.

En 1998, au cours de mon année sabbatique en France, je montais souvent à Collonges voir Jean et Lavinia Bruneau. Je tiens ici à remercier de tout cœur Lavinia pour son accueil si chaleureux dans son foyer familial. Je garde un souvenir vif et ému de nos promenades et de nos sorties au théâtre. Comment oublier la représentation de Salammbô en comédie musicale au théâtre Radiant ? Le spectacle ne répondait pas à ce que nous attendions, mais ils ont voulu rester jusqu'au bout par égard pour moi qui venais de si loin !

A travers la fenêtre du bureau où Jean Bruneau travaillait, je vois mon maître se promener dans son jardin, et, sous le pommier, déclamer la tirade du Garçon prodigue : "Ah merci ! Tout me dégoûte. Vendons plutôt notre baraque - et allons au tonnerre de Dieu, chez les sauvages !" Et on aperçoit au loin au-dessus des arbres les Monts d'Or que Jean admirait tant.

KIM Yongeun

KIM Yongeun est l'auteur de La Tentation de saint Antoine, version de 1849. Genèse et structure, préface de Jean Bruneau, Kangweon University Press, 1990, Chuncheon, Korea.

[Texte saisi par Hacène Bouslimani, secrétaire du Cérédi, 2004.]



Je crois que nous partageons tous votre tristesse, même sans connaître l'homme.

Pour le simple amateur que je suis, Jean Bruneau était un modèle de clarté, de précision, d'érudition et d'honnêteté intellectuelle, et je regrette profondément qu'il ne puisse pas voir l'aboutissement de ses travaux.

Jean-Benoît Guinot




Apprendo con grande dispiacere la notizia del decesso del professor Jean Bruneau. Lo conobbi alla fine degli anni Ottanta quando io, solitaria e appassionata dèbutant nella ricerca flaubertiana, osai scrivergli una lettera a cui seguì da parte sua una puntuale risposta; si avviò così tra noi una corrispondenza nella quale egli fu con me prodigo di consigli e di aiuto. Gli feci anche visita nella sua dimora estiva presso Grasse dove mi ricevette con grande cortesia e, insomma, devo a lui un mio tardivo ma complessivamente ricco di successive gratificazioni, ingresso nel mondo della ricerca.

A comprova di quanto sopra e come mia partecipazione al lutto che oggi colpisce i flaubertisti, voglio trascrivere qui il contenuto di una delle lettere che egli mi inviò, senza indicazione dell'anno ma risalente al 1988-89.

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Jean Bruneau
UNIVERSITE LUMIERE
Lyon 2, le 4 février

Chère Madame,

Je regrette d'apprendre que vous n'ayiez pas pu vous insérer dans les équipes de l'Université Catholique de Milan, et que vous deviez travailler seule. Il est agréable de faire partie d'une équipe, où l'on s'encourage mutuellement, mais, vous savez, le vrai travail de recherche se fait toujours seul.

Je vous souhaite bonne chance pour vos travaux, et, bien entendu, je suis toujours à votre disposition.

Je vous envoie, etc. [...]

Jean Bruneau

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Credo che queste righe rappresentino il miglior commento sulla personalità dell' "homme discret, simple et attentif, qui ne laissait jamais sans réponse l'envoi du moindre article signé d'un débutant,dell''érudit soucieux de clarté e dell''exégète auquel aucun aspect de l'œuvre de Flaubert n'était étranger".

Adriana Santoro Dolcini




En 1991, me recommandant de ma seule naissance lyonnaise, j'avais envoyé à Jean Bruneau un exemplaire de mon mémoire de maîtrise. Quelques semaines plus tard, il me remerciait déjà de mon envoi en joignant plusieurs suggestions et recommandations qui montraient - c'est suffisamment rare pour être noté - qu'il avait fait bien plus que parcourir distraitement ce travail pourtant modeste. Fin 1996, alors que je rédigeais ma thèse, Jean Bruneau avait accepté de me recevoir chez lui, à Collonges, pour répondre à des questions sur la Correspondance du Flaubert de la dernière période. Que l'érudit insatiable, le professeur passionné et l'homme attentif à chacun, si humble soit-il, trouve ici l'expression de mes remerciements et de ma profonde reconnaissance.

Stéphanie Dord-Crouslé




Pour Jean Bruneau

Quand on travaille sur Flaubert, on doit beaucoup à Jean Bruneau - et d'abord le plaisir de la lecture. Lire Jean Bruneau, c'est lire un homme enthousiaste, un de ces trop rares critiques à mettre autant de joie que de finesse quand ils évoquent leur grand écrivain, pour mieux le servir. Qu'il est vivant, à travers lui, le petit Gustave des Débuts littéraires, ou le grand Flaubert du Conte oriental ou de la Correspondance ; au reste ni si petit ni si grand, juste aux bonnes proportions, bien rendu, comme on dit d'un homme dont le portrait a été bien fait.

Ensuite, c'est l'épargne d'un laborieux travail de recherches qu'on lui doit. Celui-là, il l'a fait, et en grande partie mené à son terme, avec une humilité et une précision qu'on aurait de la peine à prendre en défaut. Il a balisé des pistes pour les générations à venir, désépaissi des mystères, avalé des bibliothèques, transformé des annuaires en dictionnaires, moins souvent chercheur que trouveur.

Qu'on me pardonne de parler un peu de moi un court instant pour évoquer Jean Bruneau, à qui, moi aussi, je dois beaucoup. Il m'a fait cadeau d'un livre - un livre à faire, après lui plutôt qu'à sa place. C'était aux Journées Flaubert de Rouen, en juin 1998, quand on saluait la parution du quatrième volume de la Correspondance en Pléiade. À la fin de son séjour, Jean Bruneau laissait, offrait pour l'édition, le manuscrit inédit des mémoires de Caroline, nièce de…

Pourquoi s'adresser à quelqu'un sorti de nulle part, sans nom dans la recherche ? Aujourd'hui, je savoure encore ma surprise et ma chance. Et si cela ne justifie pas ma place dans cette entreprise, je crois que cela témoigne assez bien de la personne de Jean Bruneau, très indépendante, ouverte aux autres d'où qu'ils viennent, peu sensible aux effets de clan, détachée des rapports de pouvoir. Quels que soient les défauts de ce livre, je reste fier qu'il existe, pour lui, m'étant attaché à suivre au mieux ses conseils, sa méthode, afin qu'il puisse le considérer comme un dernier fils ou petit-fils littéraire de sa bibliographie.

En fait de dette, mon travail est redevable du sien, de la relecture des quatre premiers volumes de la Correspondance. Jean Bruneau, en l'établissant, s'est fait un devoir de lire ou de relire tous les titres lus ou mentionnés par Flaubert, et n'a jamais dit je que pour avouer qu'il ne savait pas, c'est-à-dire en désespoir de cause. Sauf une fois, où il se départit de sa toute flaubertienne impersonnalité d'annotateur.

Ainsi, dans une lettre datée du 16 novembre 1863, Flaubert écrit-il à Théophile Gautier : "Je finis Fracasse. Quelle merveille ! Oui, une merveille de style, de couleur et de goût […]. Telle est mon opinion". Suit l'appel de note de Jean Bruneau. On se reporte à la page 1297 du tome III, et on lit : "Je partage l'opinion de Flaubert pour ce roman "picaresque" de Gautier, inspiré du Roman comique de Scarron pour sa description des mœurs des comédiens français au XVIIe siècle, à la fois roman de cape et d'épée et roman d'amour, et merveilleusement écrit".

Ces rares fois, sur six mille et quelques pages de dense érudition où le critique s'autorisait à dire son mot, prennent dans cette lecture au long cours des accents de fraîcheur. L'annotation de Jean Bruneau n'a jamais été froidement scientifique, sèchement descriptive ; et c'était là comme une voix qui rappelle qu'on choisit le travail littéraire par goût, par passion ; que pour bien parler des œuvres il faut avant tout bien les aimer - et que ça n'est parfois pas de trop de dire et de redire ses affections. Dans ces moments-là, le point de vue de Jean Bruneau est toujours le point de vue de ceux qui aiment, parfois difficile à tenir contre le cynisme à la mode du critique qui n'aime pas, mais tellement plus généreux.

Même en retrait (plutôt qu'en retraite), Jean Bruneau continuait à se rendre aux colloques où Flaubert était évoqué. La dernière fois que je l'ai vu, toujours accompagné de son épouse Lavinia, c'était à Fécamp pour le 150e anniversaire de la naissance de Maupassant, où se retrouvaient aussi les flaubertistes et (espèce plus rare) les lepoittevinistes. À la fin des séances, Jean et Lavinia étaient allés saluer et remercier les intervenants (toujours cette même curiosité, cette même générosité partagées). Puis ils étaient partis avant l'heure des mondanités, pour une promenade sur le port, vers la plage, malgré un vent chagrin et une pluie piquante. Cette dernière image que j'ai d'eux ensemble leur va bien, indépendants et discrets.

Matthieu Desportes




Je suis triste de savoir que Monsieur Bruneau n'est plus.
Il est pour moi l'image même de l'érudition.
Je pense aussi à Madame Bruneau - sa gentillesse m'a touchée lors du colloque de 1999.

Naoko Kasama



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