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Allusion à L'Éducation sentimentale dans un film

David Michon
Hannelore Cayre, « Commis d’office », 2009.
(91 min, film français.)
Avec Roschdy Zem, Jean-Philippe Ecoffey, Mathias Mlekuz, Sophie Guillemin, Pierre Londiche…

L’histoire se concentre sur Antoine Lahoud, avocat pénaliste (joué par Roschdy Zem), déçu par son milieu professionnel. En plein milieu d’une plaidoirie, il est remarqué par Henri Marsac, un avocat à la réputation des plus sulfureuses. Ce dernier l’engage à ses côtés dans la défense des gros truands.
Après une heure de film, Antoine Lahoud se retrouve en prison. Dans sa cellule, son codétenu l’apprécie. Il est originaire d’Albanie et maîtrise mal la langue française. Les deux hommes se reposent.

[1h09min.]
Antoine Lahoud, tenant un livre à la main : « C’est l’histoire d’un homme qui aime une femme avec qui il ne baise pas, O.K. ? »
Son codétenu : « O.K. »
Antoine : « Et cette femme a un mari, vieux, qui va aux putes. Voilà. »
« Moi pas compris. Pourquoi cet homme, jeune, baise pas avec la femme du vieux s’il aime la femme ? »
« Parce que c’est compliqué. Mais parce que c’est plus drôle d’attendre une femme toute sa vie plutôt que de baiser avec elle tout de suite, tu comprends, c’est L’Éducation sentimentale. Et comme la femme couche pas l’homme va aux putes aussi et là surprise, c’est la même pute que le vieux. »
« Tarif ? »
« Non, pute mais pas tarif. »
« C’est bien dit, très bien, lis, lis un peu ».
« Frédéric Moreau, nouvellement reçu bachelier, s’en retournait à Nogent-sur-Seine, où il devait languir pendant deux mois avant d’aller faire son droit. Il pensait à la chambre qu’il occuperait à Paris, au plan d’un drame, à des sujets de tableaux, à des passions futures. Il trouvait que le bonheur mérité par l’excellence de son âme tardait à venir. »
« Pourquoi t’as arrêté ? »
« Parce que c’est beau. Il trouvait que le bonheur mérité par l’excellence de son âme tardait à venir. C'est-à-dire que le type là il a pas 20 ans, il sait qu’il est pas con et pourtant il décolle pas. »

Ce passage correspond au début du roman, sans les 21 premières lignes. Sans le montrer à l’image, Antoine saute 32 lignes entre « faire son droit » et « Il pensait », qui devrait d’ailleurs être « Frédéric pensait ». La raison est simple : le texte sous cette forme est facilement compréhensible et renvoie directement à la vie d’Antoine.
Marquées par une musique douce, ces deux minutes de dialogue offrent une pause où le héros réfléchit à ce qu’il a fait de sa vie jusqu’à ses derniers mauvais choix. On peut noter que jamais le nom de Flaubert n’est cité.
Finalement, l’explication grossière de « l’Histoire d’un jeune homme » se veut accessible à tous, peut-être quelques spectateurs iront à la découverte de ce roman au succès tardif...


David Michon, 2010.

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