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Gaston Chérau, Valentine Pacquault (1921)

Marie-Paule Dupuy

Gaston Chérau est né à Niort (Deux-Sèvres) en 1872 et décédé à Boston (États-Unis), où sa profession de journaliste l’avait conduit, en 1937. Il est enterré à Prissac (Indre), d’où était originaire une partie de sa famille.

De fait, Poitou et Berry sont les lieux de l’action de Valentine Pacquault, roman qui, en 1921, le fit connaître.

Dès la parution, l’héroïne est comparée à Emma Bovary : « Valentine Pacquault par Gaston Chérau (Plon) », La Nouvelle Revue française, n° 92, mai 1921, p. 614-615 (Albert Thibaudet) ; « Le roman français depuis la guerre », The Modern Language Journal, VII, n° 8, May 1923, p. 447-460 (Albert Schinz) ; « Gaston Chérau », Revue de l’Enseignement primaire et primaire supérieur, n° 38, 1928, p. 449-450 (Gabriel Maurière)…

François Pacquault, orphelin élevé par trois vieilles demoiselles, ses tantes, qui dirigent une pension pour jeunes filles à Argenton dans l’Indre, doit faire son service militaire à Saint-Léger (Saint-Maixent-l’Ecole, dans les Deux-Sèvres). Pour que ces trois ans lui paraissent moins lourds à vivre, elles décident de le marier et choisissent, parmi leurs anciennes pensionnaires, Valentine Duperrier. Non sans difficulté car une des demoiselles « aurait préféré Elise Sauvageot, qui avait 10 en conduite et en application, 9 pour tout le reste ; qui avait eu son brevet avec mention bien et ne connaissait pas Madame Bovary et Namouna ! […] Écoute-moi, voyons !… C’est la petite Duperrier qui a failli être renvoyée… — Hein ?… — … pour s’être fait confisquer Madame Bovary et Namouna… — Bon ! ça sera pour elle autant de moins à lire ! — François ne les a pas lus, lui ! »

Valentine Pacquault a le comportement d’Emma ; elle est cependant plus froide, plus inhumaine, et, parce qu’elle a un amant (qui pourrait être le Hassan de Namouna ?), c’est François / Charles Bovary qui se suicide. Le médecin-major, dissertant devant le corps, « parlait comme M. Homais. »

Ces deux citations montrent les allusions directes à l’œuvre de Flaubert, mais il y a aussi une « soirée du colonel » qui ressemble trait pour trait au bal à la Vaubyessard ; par deux fois, Valentine est pour François une « apparition » (« claire », « radieuse »), comme Emma pour Charles, et aussi comme Marie pour Frédéric ; comme Emma, Valentine a un moment de mysticisme — eu égard à son tempérament, cependant promptement évanoui…

Le roman ne s’arrête pas à la mort de François. La vie de Valentine devient « une effroyable dégringolade » — mais le capitaine de Milliaud, bon génie, la prend en pitié et l’épouse, et ce happy end doit son salut littéraire à des détails et des accents qui peuvent faire penser à La légende de saint Julien l’Hospitalier, ou qui évoquent succinctement encore, Valentine ayant songé à se suicider aussi sans pouvoir le faire, les « visions de béatitude éternelle qui commençaient » pour Emma mourante.



[Mis en ligne sur le site Flaubert en décembre 2010.]


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