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L'estomac d'Emma

Zaven Paré
plasticien, scénographe, metteur en scène, et inventeur de la marionnette électronique

La fonction médiatrice d´Emma Bovary comme lectrice ressemble en partie à l´utilisation d´un cobaye auquel aurait été progressivement inoculé du venin. La bile noire qu´Emma vomit sur son lit de mort est de l´encre noire. Au fil de ses lectures, l´encre est devenue partie intégrante de son personnage, au point d´avoir fini par l´empoisonner.

Même si Charles irrite Emma, ce sont les livres qui lui empoisonnent la vie. Les livres la rendent malade, et ce sont les libraires qui sont décrits comme ses empoisonneurs potentiels, sans qu´aucun soupçon soit porté sur les apothicaires. La salubrité de la lecture n´est pas seulement mise en doute lors du procès de Madame Bovary : le procès aux romans est déjà présent dans le livre lui-même. La mère Bovary en parle ainsi: « - Ah ! Elle s´occupe ! À quoi donc ? À lire des romans, de mauvais livres, des ouvrages qui sont contre la religion et dans lesquels on se moque des prêtres par des discours tirés de Voltaire. »[1] La mère Bovary n´eut besoin d´avoir recours à aucune précaution concernant son fils, alors que pour Emma, le mal était déjà fait. Il fallait donc essayer de tout mettre en œuvre pour l´éradiquer :

Donc, il fut résolu que l´on empêcherait Emma de lire des romans. L´entreprise ne semblait point facile. La bonne dame s´en chargea : elle devait quand elle passerait à Rouen, aller en personne chez le loueur de livre et lui représenter qu´Emma cessait ses abonnements. N´aurait-on pas le droit d´avertir la police, si le libraire persistait quand même dans son métier d´empoisonneur ?[2]

À force de pensées déshonnêtes et de tentations impures trouvées dans les livres, Emma s´était déjà empoisonnée. Certes, après la mesure drastique prise par la mère de Charles, et tout espoir évanoui avec le départ de Léon, Emma va beaucoup moins lire. Rodolphe apparaît à peine quatre paragraphes plus loin, et le reste du roman ne sera finalement que la tentative de la mise en pratique de ses lectures licencieuses. 

Après le départ de Rodolphe et la conversion d´Emma vers les lectures pieuses, Homais prend à parti M. Bournissien, lors d´une de leurs vives et coutumières altercations sur leurs goûts littéraires. Le prêtre déclare « qu'il regardait la musique comme moins dangereuse pour les mœurs que la littérature. Mais le pharmacien prit la défense des lettres. Le théâtre, prétendait-il, servait à fronder les préjugés, et, sous le masque du plaisir, enseignait la vertu. »[3]

Lors des malaises successifs d´Emma, après le départ de Léon ou celui de Rodolphe, Charles et Homais élucubrent sur les origines possibles de ses maux : « - Ma femme, seulement, a été, cette après-midi, un peu émue. Vous savez, les femmes, un rien les trouble ! La mienne surtout ! Et l'on aurait tort de se révolter là contre, puisque leur organisation nerveuse est beaucoup plus malléable que la nôtre. »[4] Puis, débitant un exposé sur les causes et les effets de la maladie, Homais finit par poser lui aussi le même diagnostic, auquel il semble trouver la posologie correspondant au cas particulier d´Emma :

- Cela nous prouve, reprit l'autre en souriant avec un air de suffisance bénigne, les irrégularités sans nombre du système nerveux. Pour ce qui est de Madame, elle m'a toujours paru, je l'avoue, une vraie sensitive. Aussi ne vous conseillerai-je point, mon bon ami, aucun de ces prétendus remèdes qui, sous prétexte d'attaquer les symptômes, attaquent le tempérament. Non, pas de médicamentation oiseuse ! Du régime, voilà tout ! Des sédatifs, des émollients, des dulcifiants. Puis, ne pensez-vous pas qu'il faudrait peut-être frapper l'imagination ?

- En quoi ? Comment ? dit Bovary.

- Ah ! C'est là la question ! Telle est effectivement la question : That is the question ! Comme je lisais dernièrement dans le journal[5].

L´on peut se demander avec Charles d´où Homais sort une idée pareille. Mais en fait, ce propos n´est pas surprenant dans la bouche de l´apothicaire. Flaubert se sert d´Homais à plusieurs reprises, en mettant en opposition ses lectures avec les œuvres de fiction que lit Emma : littérature romantique contre littérature du XVIIIe siècle (leur seul point commun est Walter Scott). Il s´agit entre autres d´un corpus d´œuvres principalement de nature philosophique : l´esprit du siècle. Homais parle ainsi familièrement de Voltaire et de Rousseau, d´Holbach et de Franklin : « - Lisez Voltaire ! disait l'un ; lisez d'Holbach, lisez l'Encyclopédie ! - Lisez les Lettres de quelques juifs portugais ! disait l'autre [...]. »[6] Ce personnage du roman est une sorte de faire-valoir pour constituer une sorte de bassin encyclopédique des lieux communs que tout lettré de province qui se respecte se doit de pouvoir citer.

Mais l´idée de frapper ainsi l´imagination d´Emma pour l´aider à la sortir de sa torpeur et de remplacer de mauvais souvenirs par des lectures, correspond finalement à son métabolisme normal de lectrice : c´est-à-dire une réactualisation de l´« encartage » de sa mémoire par ses lectures.

Très tôt déjà l´empoisonnement commença avec une encre sombre, telle l´eau des flots de la tempête qui engloutit durant son naufrage la blanche Virginie, l´héroïne de Bernardin de Saint Pierre. Plus tard, l´empoisonnement continua avec l´encre banale des missels et des lectures clandestines au couvent. Puis, sans discontinuer, l´empoisonnement se poursuivit à l´encre noire des romans de Walter Scott, de Lamartine, de Balzac, de George Sand, d´Eugène Sue et un peu aussi avec celle de ses correspondances secrètes. Le coup de grâce fut donné finalement avec l´encre des registres de compte de monsieur Lheureux. Le rejet de la bile noire sur son lit de mort en donne la preuve. L´idée métaphorique selon laquelle le lecteur est celui qui boit de l´encre, le place dans une autre relation à la textualité. Ingurgiter et régurgiter n´est pas insignifiant dans l´histoire du fait littéraire.

À la recherche d´autres fluides et de sécrétions sous la peau d´Emma, nous ne pouvons que constater que l´extrême blancheur de son enveloppe. Sa peau est parfois à peine teintée par ses effluves de sang. Le sang d´Emma est tout juste bon à teinter la blancheur de ses joues : « Elle se redressa toute rouge et le regarda par-dessus l'épaule. »[7] « Emma rougit quand il entra, tout en s'efforçant de rire un peu, par contenance. »[8] « Elle se mordit les lèvres, et un flot de sang lui courut sous la peau, qui se colora tout en rose, depuis la racine des cheveux jusqu'au bord de sa collerette. »[9] « Un flot de pourpre monta vite au visage de madame Bovary »[10]. Le sang n´est présent pratiquement uniquement qu´au sens métaphorique : « Elle sentait son cœur, dont les battements recommençaient, et le sang circuler dans sa chair comme un fleuve de lait. »[11]

Lorsque le sang apparaîtra pour de vrai, ce sera donc de manière quasi fortuite : « Tout en cousant, elle se piquait les doigts, qu'elle portait ensuite à sa bouche pour les sucer »[12]  ; ou accidentelle : « Un jour même, elle eut un crachement de sang »[13]  ; ou précipitée : «  Elle ne tarda pas à vomir du sang »[14]  ; ou bien définitive : « Il fallut soulever un peu la tête, et alors un flot de liquides noirs sortit, comme un vomissement, de sa bouche. »[15] Le sang vire à l´encre, tant de livres mal digérés semble-t-il, et dont les mots imprimés ont fini par teinter jusqu´au sang d´Emma telle une bile noire. Emma après avoir dévoré les livres, les crache, les recrache et finit par les vomir sous la forme d´un liquide noir et licencieux.

Dans un dernier geste, acculée à la réalité, Emma perd la raison au point de perdre toute imagination, elle qui a pourtant tant lu. La lecture n´est finalement pas synonyme d´imagination pour Emma. Elle exprime les désillusions de son mariage par rapport à des rêves romanesques. Au bal chez le marquis, il s´agit de la retranscription littérale de ce qu´elle avait lu dans les livres. Et le rêve de fuite avec Rodolphe n´est ni plus ni moins qu´un autre roman. Elle ne fait qu´emprunter aux livres. Et elle se retrouve finalement le dos au livre. Au lieu de commettre l´irréparable, Emma aurait pu, comme à son habitude, refuser d´agir et nier le monde en ouvrant un livre à la place du bocal d´arsenic. Elle ne parvient pas à assurer sa fuite dans la lecturg, ni!à(gagner un salut par les détours de l´imaginaire en imaginant un désir autre qu´un désir de mort.

Alors, soudain, les lectures semblent lui monter à la gorge comme une vaste nausée. Certes, l´arsenic n´est pas un laxatif, mais il a au moins la propriété d´accélérer le temps, sa destruction, et par l´expulsion de toutes sortes de biles, il en finit avec n´importe quelles illusions. Il n´y aura donc pas de dernière lecture. Il n´y aura plus de désillusions, mais à la place de l´encre : un sang d´encre. L´imaginaire n´est plus que cette face cachée de la lune baignée finalement d´une terrible noirceur. Il ne restera à Emma que le désir de mourir, un désir que sa première lecture a peut-être aussi fait naître en elle. Virginie se noie dans une mer noire qu´Emma régurgite. Emma n´a pas d´imagination, elle ne fait que tenter d´emprunter ses rêves et ses désirs aux récits qu´elle a lus dans les romans. Elle ne va jamais chercher très loin la responsabilité de ses maux, et lorsqu´il s´agit de trouver des solutions pour résoudre ses problèmes, elle n´a d´autre solution que de prendre ce qui lui tombe sous la main.

La machine proposée est l´estomac d´Emma Bovary. Il s´agit d´une machine simple qui dépend de son seul mécanisme ; c´est une sorte d´automate. Nous l´appellerons « La machine à bile ».

La machine est idéalisée, transparente. L'estomac d´Emma Bovary est la portion de son tube digestif en forme de poche. Il est situé entre son œsophage et son duodénum. L´ouverture du haut est formée par le cardia qui entoure l'orifice d'entrée et permet la jonction entre l'œsophage et l'estomac. Il comprend aussi un sphincter œsophagien inférieur qui empêche les reflux. La partie qui correspond au duodénum de la machine est obstruée à la hauteur du sphincter pylorique pour les nécessités de la démonstration de l´expérience et du fonctionnement de la machine, et pour éviter la sortie du chyme gastrique par le duodénum.

L´estomac d´Emma contient le livre Paul et Virginie. Il s´agit du livre principal qu´elle a lu, sans doute celui qui est à l´origine du bovarysme. Ce livre marine dans ses liquides gastriques depuis qu´Emma a douze ans, juste avant son arrivée au couvent à l´âge de treize ans. Comme Emma est supposée être née autour de 1814, il est possible qu´elle ait lu une édition antérieure à 1826.

Cette lecture de jeunesse fut une lecture orale, et le fait que ce livre soit sa première lecture explique en partie le fait qu´il n´a pas été mâché, ni mastiqué. L´oralité explique aussi pourquoi ce livre est plus particulièrement entré par la bouche et qu´il a été déglutit par l´œsophage.

L'estomac est la poche où le livre est resté bloqué au cours de son parcours. L'organe est en forme de « J » majuscule. Il fait 15 cm de haut et contient 0,5 litre à vide. Lorsqu´il est plein, ce qui est le cas avec l´ingestion du livre, il peut contenir jusqu'à 4 litres, d´où la taille de la machine proportionnelle à son contenu. Le pôle supérieur - ou fundus, encore appelé grosse tubérosité - forme un dôme qui reçoit les gaz qui peuvent se dégager de la réaction chimique avec les sucs gastriques. Le corps de l´estomac, aussi appelé antre, est sa portion moyenne. On y distingue deux courbures, la petite à droite, vascularisée par les artères et les veines gastriques, et la grande courbure à gauche, vascularisée par les artères et les veines gastro-épiploïques. Puis l'antre se rétrécit pour former le pylore.

L'estomac permet normalement d'assurer la digestion par la fonction mécanique du brassage qui favorise le mélange avec les sucs gastriques. Mais ici, dans le cas de cette machine, il s´agit plutôt d´un procédé par décantation. La fonction chimique des sucs gastriques composés d´eau, d´acides chlorhydrique et d´enzymes provoque la dissolution de l´encre, qui sous forme d´un précipité obscur, se décante sous forme de dépôt noir dans la région pylorique de l´estomac. Pour une digestion idéale, le pH de l'estomac est compris entre 1,5 et 5, et il varie entre les différents stades de la digestion, entre le jour et la nuit notamment.

Notons que d´après l´observation de la relative bonne conservation de l´ouvrage en milieu gastrique, il est possible d´avancer la remarque que cette lecture est en partie indigeste. Certes, nous ne sommes pas dans les conditions optimums de durées d´expérience permettant de recréer les circonstances de cette digestion, puisqu´il faudrait envisager un délai d´une vingtaine d´années, correspondant au temps entre la lecture de Paul et Virginie et la mort par empoisonnement d´Emma Bovary.

Sans doute, dans une prochaine machine, il faudrait porter une attention toute particulière à la rate d´Emma. Il s´agit d´un organe fragile, en rapport anatomique avec l´estomac (à sa gauche). Elle est, elle aussi, en position thoraco-abdominale, mais impossible à palper physiologiquement. Elle mesure en moyenne 12 cm x 8 cm x 4 cm pour un poids moyen de 200 g. La rate comprend classiquement trois faces et une base. La face antérieure se trouvant en regard de l'estomac est nommée face gastrique. C'est sur celle-ci qu'est creusé le hile de la rate, la région d'où entrent et sortent les vaisseaux sanguins. Par ailleurs, des canaux lymphatiques extérieurs relient la rate à l'estomac (ces canaux jouent peut-être un rôle dans l'équilibre sodium / potassium du corps). Contrairement à l´idée commune, la rate n´est pas responsable de la bile[16], mais comme le XIXe siècle est considéré aussi comme le siècle du spleen, nous en resterons à son origine selon la théorie des humeurs d´Hippocrate. Le disfonctionnement de la rate d´Emma aurait alors fort bien pu être diagnostiqué par le docteur Canivet et le docteur Larivière, tous deux appelés au chevet d´Emma. La rate aurait pu être l´une des causes de son empoisonnement ou pour le moins, l´un de ses points somatiques névralgiques. Lors de sa maladie, Emma eut un crachement, et à la suite de son empoisonnement, elle rejetta de nouveau un flot de liquides sombres.

Une saveur âcre qu'elle sentait dans sa bouche la réveilla. [...] Cet affreux goût d'encre continuait. [...] Et elle fut prise d'une nausée si soudaine, qu'elle eut à peine le temps de saisir son mouchoir sous l'oreiller. [...] Elle se tenait immobile, de peur que la moindre émotion ne la fît vomir. [...] Les vomissements reparurent. [...] Des gouttes suintaient sur sa figure bleuâtre, qui semblait comme figée dans l'exhalaison d'une vapeur métallique. [...] Madame Bovary détourna sa tête, comme au dégoût d'un autre poison plus fort qui lui remontait à la bouche. [...] Elle ne tarda pas à vomir du sang. [...] Elle maudissait le poison, l'invectivait, le suppliait de se hâter. [...] Il fallut soulever un peu la tête, et alors un flot de liquides noirs sortit, comme un vomissement, de sa bouche[17].

Bile et encre apparaissent ici comme semblables, et d´après les états de la bile selon la théorie des humeurs, le sang est aussi l´un des liquides qui se trouve altéré dans la pathologie de la rate. Ne dit-on pas par ailleurs « se faire de la bile » ou « se faire un sang d´encre » ? Tout cela aurait-il finalement un lien ?

L'école hippocratique, marquée par la théorie des quatre éléments d'Aristote, a formulé une doctrine médicale qui a joué un rôle prépondérant dans l'histoire de la médecine jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. Cette théorie humorale considèrait que la santé de l'âme comme celle du corps réside dans l'équilibre de ses humeurs. Elle professait que les maladies étaient la conséquence d'un déséquilibre interne de l'organisme entre les quatre humeurs et les quatre qualités physiques qui les accompagnent : le chaud, le froid, le sec et l´humide. Lorsque le sang, la lymphe, la bile et l'atrabile qui composent ces quatre variables ne sont pas en état d'équilibre, la personne devient malade et le reste jusqu'à ce que l'équilibre ait été quelque peu rétabli. Dans le cycle de la pathologie hippocratique, après que la proportion des humeurs s´est modifiée et qu´il se forme des humeurs viciées spécifiques, la troisième phase s'achève alors par le dépôt des humeurs viciées dans une partie adéquate du corps, suivi de leur évacuation. Il en résulte que cette phase amène finalement le rétablissement de l'équilibre ou la mort du patient. Dans le cas d´Emma, il s´agit d´humeurs viciées qui se déposent plus particulièrement dans le fond de son estomac et qu´elle finit par rejeter en vomissant. L´utilisation de la théorie humorale pour analyser les caractéristiques de la pathologie d´Emma ne serait pas tout à fait déplacée, car le bovarysme, tout comme la mélancolie, se prête parfaitement au diagnostic hippocratique, par l´observation de ses dérèglements. En fait, cette doctrine répondait à sa manière à une tentative d´explication de causalité purement physique.

Le terme humeur vient en fait du latin umor, qui est lui-même un mot venant du grec ancien et qui signifie liquide. À l'origine, ce mot revêt un sens purement médical, mais avec l'évolution de la médecine, les chercheurs isolèrent et définirent les liquides du corps humain. Ce n´est que peu à peu que l´emploi de ce sens tomba en désuétude. Au XIXe siècle commence la régression de l'usage du mot humeur pour évoquer les fluides corporels. Madame Bovary se trouve à la charnière de ce glissement de sens. Le langage courant, petit à petit, conduit à utiliser ce terme pour évoquer des dispositions affectives ou des émotions passagères comme la tristesse ou la joie. La bile noire, cette sorte d´encre recrachée par Emma, n´est qu´un liquide hypothétique inventé pour la rate. Il est à l´origine du caractère mélancolique, et la cause du passage de la mélancolie au bovarysme, et du bovarysme au spleen (du grec splên, rate). Ce qui est au départ l´ennui d´une femme prisonnière des mœurs de province selon Flaubert, bascule avec Baudelaire vers l´ennui au sens de l´angoisse métaphysique. D´une part, Emma est la victime et la proie des « sophismes de son imagination »[18]  ; d´autre part le poète est inhibé par une aspiration à un idéal sublime où règnerait la plénitude de l´être. Au fond, ces sentiments naissent d´une extrême solitude dont Baudelaire dit d´ailleurs à propos de Madame Bovary :

Je voudrais surtout attirer l'attention du lecteur sur cette faculté souffrante, souterraine et révoltée, qui traverse toute l'œuvre, ce filon ténébreux qui illumine, - ce que les Anglais appellent le subcurrent, - et qui sert de guide à travers ce capharnaüm pandémoniaque de la solitude[19].

Le bovarysme comme le spleen sont comme des subcurrents physiologiques, des liquides gastriques qui affectent les émotions.

2009.

 

Zaven Paré est plasticien, scénographe (pour Denis Marleau, Marie Chouinard, Edouard Lock...), metteur en scène (Cervantès, Beckett, Novarina,...), et inventeur de la marionnette électronique.

Il a soutenu en 2009 un doctorat de Lettres à l'Université Paul-Verlaine de Metz, sous la direction de Jean-Marie Privat, intitulé « Madame Bovary est une machine », à la croisée de ses recherches sur les dramaturgies et la robotique.

Il a été lauréat de la Bourse en Théâtre du Conseil des Arts du Canada, deux fois lauréat du French American Fund for Performing Arts, de la Bolsa RioArte, Arte e Tecnologia de la Prefeitura de Rio de Janeiro et de la Villa Kujoyama à Kyoto. Il collabore en tant qu´intervenant et formateur dans de nombreux centres d´arts et des universités en France, en Belgique, en Grande Bretagne, au Japon, aux États Unis, au Canada, au Mexique, et au Brésil où il vit actuellement.

Contact : www.zavenpare.com

 

NOTES

[1] Flaubert, Madame Bovary, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 2001, première partie, chap. VII, p. 190.
[2] Id.
[3] Ibid., deuxième partie, chap. XIV, p. 296.
[4] Ibid., première partie, chap. VI, p. 184.
[5] Ibid., deuxième partie, chap. XIII, p. 286.
[6] Ibid., troisième partie, chap. IX, p. 424.
[7] Ibid., première partie, chap. II, p. 63.
[8] Ibid., première partie, chap. III, p. 73.
[9] Ibid., deuxième partie, chap. VI, p. 181.
[10] Ibid., troisième partie, chap. VII, p. 394.
[11] Ibid., deuxième partie, chap. IX, p. 231.
[12] Ibid., première partie, chap. II, p. 62.
[13] Ibid., deuxième partie, chap. VII, p. 189.
[14] Ibid., troisième partie, chap. VI, p. 412.
[15] Ibid., troisième partie, chap. IX, p. 426.
[16] La bile est un fluide jaune-verdâtre basique qui favorise la digestion. Elle est produite en continu par le foie à raison de 0,5 à 1 litre par jour.
[17] Ibid., troisième partie, chap. VIII, p. 407-426.
[18] Charles Baudelaire, L´Art Romantique, Paris, Lévy frères, 1869, p. 407.
[19] Id.


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