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Émile Bruchon : Salammbô

François Lapèlerie (2015)

Émile Bruchon est un sculpteur français dont on sait peu de chose. Le site AskArt le fait vivre de 1806 à 1895 ; tandis que Pierre Kjellberg donne comme dates de production 1880-1910 (Pierre Kjellberg : Les Bronzes du XIXe siècle : Dictionnaire des sculpteurs, Paris, Éditions de l’amateur, 2005). Il fut l’élève du célèbre sculpteur Mathurin Moreau. Sa période d’activité aurait commencé vers 1880 (si l’on s’en tient aux dates d’AskArt, Bruchon aurait donc été assez peu précoce puisqu’il aurait commencé sa vie artistique à 74 ans…), année où il participa au salon de Paris. Il a produit de nombreuses oeuvres en bronze et en régule : des statues, comme la Reine des fleurs et des objets décoratifs et utilitaires, beaux exemples « d’art industriel » : lampes et pendules, par exemple ; ainsi que du funéraire comme la sépulture de Xavier Ruel (1823-1900), le fondateur du Bazar de l’Hôtel de Ville (Cimetière du Père Lachaise, 81e division).

Émile Bruchon a fait une Salammbô, dont plusieurs exemplaires ont été mis ou sont encore en vente.

Parmi les ventes passées, on peut citer :

– l’Hôtel Drouot en 2009

:Salammbô:SAlammbô  Emile Bruchon  actif 1880-1910 bronze patine brune Cachet fonderie  'Bronze garabti au titre L.V. déposé' H 42 Vente Drouot.jpg
La Salammbô de l’Hôtel Drouot

– l’Étude Loeckx (Gand, Belgique) le 24 septembre 2013, où elle était estimée entre 600 et 800 euros

:SAlammbô vente Loeckx, Gand Belgique, 24 sept 2013 (600-800 €):1379084381303035v.png.jpeg
Une autre statuette est actuellement (janvier 2015) proposée sur ebay par Carsten-Antik (Berlin) pour la somme de 1.600 euro. Cette Salammbô, datée de 1880 environ, mesure 42 cm et pèse 3,90 kg.


 :Salammbô:Z29A7776.jpg

Salammbô de face


:Salammbô:Z29A7777.jpg

Salammbô de 3/4


:Salammbô:Z29A7781.jpg

Salammbô de derrière


:Salammbô:Z29A7785.jpg

Salammbô en gros plan


:Salammbô:Z29A7795.jpg

Le profil de Salammbô

:Salammbô:Z29A7787.jpg

Le socle gravé « Salammbô »


:Salammbô:Z29A7788.jpg

Gros plan sur le cachet de la fonderie et le pied gauche de Salammbô: 
« Bronze garanti au titre. L.V. Déposé »


:Salammbô:Z29A7789.jpg

Gros plan sur la signature de l’artiste et les pieds de Salammbô .


On remarquera que Bruchon a gratifié Salammbô d’un pied grec, ce qui semble surprenant pour une carthaginoise. Il existe 3 types de pied. Dans le pied grec, l’extrémité du 2e orteil est la plus distale ; dans le pied égyptien, l’extrémité de l’hallux (ou gros orteil) est la plus distale ; et dans le pied romain (ou carré), les orteils (ou au moins les quatre premiers) sont au même niveau. Cette dénomination créée par les sculpteurs tire son origine de la statuaire antique. C’est curieusement un pied grec que Bruchon a choisi pour Salammbô, qui n’est pas d’origine grecque.



Les trois types de pied (Schéma provenant de la Société française de médecine et de chirurgie du pied).

Cette statuette est en fait un stéréotype d’Orientale qui peut recevoir plusieurs appellations. Ici Bruchon l’a baptisée Salammbô et, pour parachever son oeuvre, a gravé ce nom sur le socle. En effet, on peut trouver la même statuette, sans nom gravé, à qui l’artiste (ou le vendeur) pourra donner le nom de son choix. Ainsi, dans une vente en Allemagne, cette même statuette « anonyme », a été proposée comme « orientalische tänzerin » (danseuse orientale), comme la statuette de Fatori a pu l’être (voir la page Fatori) :


:emile-bruchon-orientalische-tänzerin Bronze with green-brown patina 42 cm.jpg

Une « orientalische tänzerin » ou danseuse orientale


Au delà de cette danseuse aux formes amples, possédant tous les attributs prêtés à l’orientale imaginaire, la Salammbô de Bruchon est une représentation fidèle – et réduite – d’un modèle affublé de tous les accessoires de pacotille qu’on trouvait dans un atelier d’artiste : ample robe ou toge à fanfreluches, bracelets aux poignets, aux avant-bras et aux chevilles, nombreuses bagues aux doigts, coiffe de type égyptisant avec un uraeus, sandales supposées « égyptiennes » à bout recourbé que portaient aussi les actrices de théâtre, sans oublier la lyre bizarre à seulement trois cordes.
Dans l’Égypte antique, l’uraeus représente un cobra – Ouadjet – qui, ornant le devant de la couronne de pharaon, le protégeait et représentait la Basse Égypte. Pouvait s’y ajoutait aussi un vautour – Nekhbet – qui symbolisait la Haute Égypte.


:Uraeus à 2 têtes.png

Uraeus-cobra (à droite) et vautour (à gauche) de Toutankhamon – 18e dynastie


:Uraeus de Salammbô 1.png:Uraeus de Salammbô 2.png


La coiffe égyptienne de Salammbô.

La Salammbô de Bruchon n’a que le vautour Nekhbet.


Les sandales : les costumes de théâtre étaient, au XIXe siècle, presque toujours stéréotypés, plus inventés que conforme à la réalité : leurs créateurs n’avaient pas les scrupules de Flaubert écrivant Salammbô. Mais on ne peut non plus jouer à Froehner en examinant l’œuvre d’un sculpteur qui ne se souciait que peu de la vérité historique – si ce mot a un sens (Sutor, ne supra crepidam…) !
On a quelques exemples de sandales de théâtre « égyptiennes » de théâtre :


:SAndale égyptienne Vente Thierry de Megret vendredi 18 avril 2008 Lot 6 début 19ème -2.png   


« modèle de sandale, Égypte antique, pour le théâtre, début XXe siècle, semelle à bout pointu et recourbé … ». (Vente Drouot-Richelieu, Thierry de Maigret, vendredi 18 avril 2008, lot 6).


:SAndale égyptienne Vente Thierry de Megret vendredi 18 avril 2008 Lot 6 début 19ème Lot 9 'inspiration égyptienneà bout éffilé et recourbé'.png


« modèle de sandale antique pour femme, pour le théâtre, … d’inspiration égyptienne à bout effilé et recourbé ». (Vente Drouot-Richelieu, Thierry de Maigret, vendredi 18 avril 2008, lot 9).
L’étrange lyre à trois cordes, qui n’a jamais existé même dans l’antiquité.


:Salammbo statue Bruchon lyre .png


Carthaginoise, égyptienne, grecque ? Bruchon n’est pas trop fixé. Et rien de toute cette brocante de rapin ne peut évoquer la Salammbô de Flaubert.

Moins qu’une création, cette Salammbô de Bruchon est un recyclage d’une pose classique, qu’il exploite sous diverses formes, comme par exemple dans sa Reine des fleurs, qui date aussi de 1880 :

:Bruchon Reine des fleurs 1880 1.jpg


La Reine des fleurs


:Bruchon reine des fleurs 1880 3.jpg


La Reine des fleurs, détail

Bruchon finit même dans le catalogue de la Manufacture d’armes et de cycles de Saint Étienne, où l’on pouvait trouver quelques exemples de son art, en 1905 :


::Bruchon Photos manufrance:Diane reduit 1 copie PUBLIÉ.png


« Diane », en bronze d’art imitation, par Bruchon, hauteur 57 centimètres, poids 3 kgs 300, 25 francs. »

Ce superbe objet est vendu avec son « pendant », sans doute comme garniture de cheminée :


::Bruchon Photos manufrance:Méléagre réduit PUBLIÉ.png


« Méléagre », en bronze d’art imitation, par Bruchon, haut. 60 cm, poids 3 kgs 500. Prix 25 francs. Ce sujet fait pendant au n° 4250. »

Et la très patriotique statue « Patria » :


::Bruchon Photos manufrance:Patria réduit PUBLIÉ.png


« Patria », en bronze d’art imitation, par Bruchon, hauteur 50 c/m, poids 5 kgs. Prix 26 francs. La même, gr. Mod., haut. 75 c/m, poids 7 kgs 150. 50 francs.



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