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Flaubert en Norvège

Juliette Frølich

TRADUCTIONS

Note bibliographique

1. Madame Bovary :
Fru Bovary : Roman fra det Franske Provinsliv
/ Gustave Flaubert; traduit par Johanne Vogt Lie; avec une Introduction par Carl Nærup.
Kristiania: Cammermeyer, 1898.

Fru Bovary / Gustave Flaubert; nouvelle traduction (en Danois) par N. J. Berendsen. / Gustave Flaubert; nouvelle traduction (en Danois) par N. J. Berendsen.
København: John Martin, 1909.

Fru Bovary / Gustave Flaubert ; traduit par P. Rokseth.
Oslo : Gyldendal, 1930.

Fru Bovary / Gustave Flaubert; traduit par Peter Rokseth; avec une Introduction par Anne-Lisa Amadou.
Dans la série: Mesterverk fra verdenslitteraturen
Oslo: Gyldendal, 1973.

Madame Bovary: fra livet i provinsen / Gustave Flaubert; traduit par Birger Huse. " Flaubert forteller ", postface par Juliette Frølich.
Dans la série: De Store romaner.
Oslo, Aschehoug, 2001-06-25.

2. Salammbô
Salammbô
/ Gustave Flaubert; traduit (en Danois) par Sophus Michaëlis.
København: Gyldendal, 1902.

Salammbô / Gustave Flaubert; traduit (en Danois) par Sophus Michaëlis. - 2e édition
København: Haase, 1930.

Salammbo : roman/ Gustave Flaubert; [traduit du Français par H. Rœr]
Oslo: Halvorsen & Larsen, 1945.

3. L'Education sentimentale :
Une première traduction datant de 1900 n'a pas pu être localisée.

Hjertets skole (L'Ecole du Cœur)/ Gustave Flaubert; traduit par Eva Skodvin.
Oslo: Ekko forlag., 1946.

Frédéric Moreau: en ung manns historie / Gustave Flaubert; traduit par Axel Amlie.
Dans la série: De Store romaner.
Oslo: Aschehoug, 1997.

Frédéric Moreau: en ung manns historie / Gustave Flaubert; traduit par Axel Amlie.
Dans la série: En Maxi-klassiker fra Aschehoug.
Oslo: Aschehoug, 2001.

4. Trois contes
Tre Fortællinger
/ Gustave Flaubert. Préface et traduction (en Danois) par Karen Nyrop Christensen.
København: Carit Andersen,1947.

Tre fortællinger: Et enfoldigt hjerte; Legenden om Sankt Julian den Gæstmilde; Herodias / Gustave Flaubert. Préface et traduction (en Danois) par Karen Nyrop Christensen; illustrations: Palle Skipper.
København: Selskabet Bogvennerne, 1967.

5. Bouvard et Pécuchet
Bouvard og Pécuchet
/ Gustave Flaubert; traduit du Français (en Danois) par J.P.K. Bruun.
København, 1881.

Bouvard og Pécuchet / Gustave Flaubert; traduction et postface par Arne Kjell Haugen.
Dans la série: Klassikerserien moderne tider; 6.
Oslo: Bokvennen, 1994.

6. La Tentation de Saint Antoine
Den hellige Antonios' Fristelser
/ Gustave Flaubert ; traduit (en Danois) par Sophus Michaëlis.
København: Gyldendalske Boghandel Nordisk Forlag, 1904.

RÉCEPTION ET TRADUCTION

Exemple Madame Bovary

Jusqu'à la toute récente parution d'une " nouvelle " Madame Bovary, dans la traduction de Birger Huse (Aschehoug, 2001), la réception du roman -par les Norvégiens non francophiles, donc la majorité des lecteurs - a été marquée par la traduction de Peter Rokseth, parue pour la première fois en 1930 et reprise en 1973 dans la série " Les chefs d'œuvres de la littérature mondiale " (Gyldendal). Rokseth fut philologue et professeur de langues et de littératures romanes à l'Université d'Oslo. De sa chaire, il fut, donc, aussi celui par qui Madame Bovary fut " enseignée ".

Or, l'impression générale qui se dégage de sa Fru Bovary de 1930, c'est que le traducteur semble vouloir " plier " le texte de Flaubert et l'adapter au cadre moral que professait dans son célèbre Réquisitoire l'avocat impérial Ernest Pinard : à plusieurs endroits l'effet des " tableaux lascifs " se trouve ainsi sensiblement atténué et la " poésie de l'adultère ", incriminée par Pinard, convertie par une traduction qui restitue à la représentation son cachet moral, voire sa " ligne droite ".

Un exemple frappant, à cet égard, est l'épisode, dans le chapitre de la mort d'Emma, de l'extrême-onction. Pinard reprochait à Flaubert à cet endroit d'avoir " accompagné " un saint rituel assurant une mort édifiante " d'une image voluptueuse de la vie passée ". Et il cite longuement le texte en accentuant sur tout ce qu'il y a de " voluptueux " là-dedans, comme le " grand baiser d'amour " qu'Emma colle " sur le corps de l'Homme-Dieu ", comme le passage des onctions dans lequel, selon lui, les paroles saintes nommant les péchés d'Emma, se trouvent très peu saintement valorisées. Or, Rokseth traduit tout ce passage en mettant le texte de Flaubert sur la " bonne voie " : " le corps de l'Homme-Dieu " devient ainsi le " corps du Crucifié " et, du coup, l'ardent baiser d'Emma se laisse " désexualiser "jusqu'à s'interpréter comme le geste de repentir d'une Madeleine. Et la séquence: " quand elle courait à l'assouvissance de ses désirs ", dans la dernière période de ce passage, se traduit en ajoutant au terme " assouvissance " l'épithète " mauvaise ". En plus le traducteur, changeant de syntaxe, transforme Emma de sujet actant en " objet " victime passive  de   " désirs mauvais " qui l'entraînent…

Dans cette même stratégie de " restauration ", de " rectification " moralisatrices entrent les nombreux péchés d'omissions que commet le traducteur dans son désir de " blanchir " l'auteur et son texte. Ainsi, dans la chanson que chante l'aveugle, par exemple, la jupe de Nanette, au lieu de s'envoler à la dernière ligne, est par Rokseth comme " retenue " par cette formule évasive : " Et la jupe, elle était courte et lègère ". Omise, dans ce même passage, est aussi une comparaison par trop crue et " naturaliste " : " Emma se releva comme un cadavre qui galvanise ".

Dans une autre phrase, les gestes, les poses de Léon par trop érotisés par des mots " dangereux ", en occurrence " langoureux " et concupiscence ", seront rendus par une formule " comprimée ". Ainsi, la phrase montrant Léon, à genoux devant Emma, lui entourant la taille de ses deux bras, " dans une pose langoureuse toute pleine de concupiscence et de supplication ", deviendra tout bonnement : " à genou devant elle, les bras autour d'elle, il la regarda avec un regard de supplication "… Le même procédé de " couper court " à un discours " sexuel " par trop cru et violent est sensible dans cette phrase qui montre un corps dans le délire de ses sens. Flaubert écrit : " Ou, d'autres fois, brûlée plus fort par cette flamme même que l'adultère avivait, haletante, émue, tout en sueur, elle ouvrait sa fenêtre, aspirait l'air froid, éparpillait au vent sa chevelure trop lourde, et, regardant les étoiles, souhaitait des amours de prince. " Et Rokseth traduit : " D'autres fois, elle ouvrait sa fenêtre, aspirait l'air froid, éparpillait au vent sa chevelure trop lourde, et, regardant les étoiles, souhaitait des amours de prince "…

Dans le célèbre portrait de Madame Bovary en " belle pêcheuse "

( "Jamais Mme Bovary ne fut aussi belle qu'à cette époque… "), un portrait, qui, par ailleurs, fut sévèrement décliné par l'avocat impérial, une notation " lascive " (que déjà la Revue de Paris avait tenté de censurer, mais que Flaubert avait eu soin de rétablir) est tout bonnement censurée par P. Rokseth : " ils (ses cheveux) s'enroulaient en une masse lourde, négligemment, et selon les hasards de l'adultère, qui les dénouait tous les jours ". En effet, pour ceux qui considèrent que Flaubert faisait de la " poésie de l'adultère ", cette phrase devait donner trop de poids à une chevelure déjà fortement sexualisée dans la phrase qui la précède : " On eût dit qu'un artiste habile en corruptions avait disposé sur sa nuque la torsade de ses cheveux " !

On le constate, toutes les omissions, de détails, de mots, de phrases sont dues à un souci du traducteur de " blanchir ", et ainsi rendre inoffensif, un roman et son romancier. Et ce souci est si important que le traducteur ne craint même pas de carrément supprimer tout un paragraphe et, même, tout un épisode ! De nouveau, tout se passe comme si le traducteur se faisait l'interprète des remontrances du réquisitoire. Car sinon comment comprendre que la traduction de 1930 fasse omission, dans le tableau des amants dans la chambre à l'Hôtel de Bourgogne, du paragraphe que Flaubert consacre à Emma au lit ( " Le lit était un grand lit d'acajou en forme de nacelle […], elle fermait ses deux bras nus, en se cachant la figure dans les mains. ") ? Ou bien, lorsqu'il ne donne de toute la scène du fiacre qu'un peu habile, mais très inoffensif " comprimé " ?

Une demie page en traduction pour plus de deux pages dans le texte de Flaubert ! Le trajet du fiacre est ainsi sensiblement raccourci. Et aucune voix, de l'intérieur qui, donnant des ordres de toujours continuer, scande le passage et lui donne ce rythme si particulière de " fureur de locomotion " ! Plus encore, aucun bourgeois n'est là pour ouvrir " de grands yeux ébahis devant cette chose si extraordinaire en province, une voiture à stores tendus, et qui apparaissait ainsi continuellement, plus close qu'un tombeau et ballottée comme un navire". Enfin " la main " qui jette des déchirures de papier, si celle-ci ainsi que tout ce paragraphe sont soigneusement notés, est en elle-même traduite sans aucune mention de son épithète " nue "…

Bref, P. Rokseth, dans la traduction en Norvégien de 1930, adopte les mêmes règles de censure que la Revue de Paris, dans sa publication en 1856 de Madame Bovary. Que disait encore l'avocat impérial au cours de son réquisitoire ?

" Nous savons maintenant, Messieurs, que la chute n'a pas lieu dans le fiacre. Par un scrupule qui l'honore, le rédacteur de la Revue a supprimé le passage de la chute dans le fiacre. "

Comme il ressort de la note bibliographique, la traduction de P. Rokseth sera à la base, en 1973, d'une nouvelle publication de Fru Bovary dans une série des Chef-d'œuvres de la littérature mondiale. À cette occasion, le texte de Rokseth fut revu et, tacitement, on répara les plus graves lacunes : la scène du fiacre, ainsi que le paragraphe du " lit en forme de nacelle " furent ainsi entièrement restitués. D'autres omissions " mineures ", signalées plus haut, restèrent pourtant inaperçues et il fallait une scrupuleuse fidélité au texte de la part d'un nouveau traducteur, pour qu'enfin, dans cette année 2001, Madame Bovary soit restituée dans son intégralité, y compris le sous-titre du roman, et jusque dans les moindres détails, comme, par exemple, cette " main nue ", dans la scène du fiacre :

Madame Bovary: fra livet i provinsen /Gustave Flaubert; traduit par Birger Huse.
Dans la série: De Store romaner.
Oslo, Aschehoug, 2001-06-25.



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