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Les éditions de la correspondance de Flaubert

Yvan LECLERC

On sait que Flaubert était désireux de ne laisser à la postérité que ses œuvres, en cachant sa vie et en appliquant à sa biographie le principe d'impersonnalité qui régit l'écriture de la fiction. Il a donc lui-même organisé la destruction d'une partie des lettres qu'il avait reçues, en accord avec certains de ses correspondants, qui devaient de leur côté supprimer ses propres lettres. Le lecteur intéressé par le détail de ces "campagnes" d'autodafé voudra bien se reporter aux pages que je leur ai consacrées dans la préface à l'édition des Correspondances Gustave Flaubert-Alfred Le Poittevin et Gustave Flaubert-Maxime Du Camp, Flammarion, 2001, p. 8-11.

Quelques années après la mort de l'écrivain, sa nièce Caroline Commanville (Franklin Grout après 1900) entreprend la publication de sa correspondance. Une lettre inédite de l'héritière à Guy de Maupassant, datée du 10 novembre 1883, fait état de ses intentions:

"Tous ont été surpris de ma décision.
Il ne faut pas vous en étonner.
Mon premier projet n'était pas exécutable.
Il est difficile de distraire des passages d'un ensemble, tout le charme, tout l'intérêt disparaissent.
Puis, j'ai réfléchi et me suis convaincue que tôt ou tard les lettres de mon oncle étaient destinées à être publiées."[1]

Quel était son premier projet? Le contexte semble indiquer qu'elle se proposait de réunir quelques morceaux choisis[2]. Maupassant aurait répondu à cette lettre de Caroline Commanville, d'après Armand Lanoux qui ne cite pas ses sources: "Je crois qu'il ne faut jamais publier les choses qui n'ont pas été faites pour être publiées."[3]

La réticence était grande en effet parmi les correspondants de Flaubert.Sur ce point, on pourra se reporter au catalogue de la Succession de Mme Franklin Grout (vente à l'hôtel Drouot, 18-19 novembre 1931) qui présente, sous le numéro 42, un lot de douze lettres, dont onze signées de Taine, Renan, Zola, Leconte de Lisle, la Princesse Mathilde, Daudet et Goncourt, en réponse à la demande de Caroline Commanville de lui communiquer les lettres qu'ils avaient reçues de Flaubert.Le catalogue ne donne qu'un bref résumé de ces réponses. Elles témoignent que la plupart se dérobent poliment en minimisant le nombre de lettres qu'ils possèdent, et surtout en les déclarant sans intérêt pour le public, étant donné leur caractère intime. Parmi les plus coopératifs, Leconte de Lisle a prêté quelques billets, Edmond de Goncourt[4] promet "un rendez-vous pour juger des lettres publiables", selon l'extrait du catalogue. Les lettres de ce lot datent toutes de mai ou juin 1883, époque à laquelle la nièce prépare systématiquement son édition. La douzième réponse est signée du vicomte de Spœlberch de Lovenjoul, dont la réponse date du 7 janvier 1884: il informe la future éditrice qu'il possède une trentaine de billets écrits par Flaubert à différents hommes de lettres, mais un collectionneur n'a pas les mêmes réserves que les correspondants pour communiquer éventuellement les pièces qu'il a acquises.

Par commodité d'exposition et de lecture, je présente l'histoire des éditions de la correspondance sous la forme d'une bibliographie commentée, dans laquelle les titres se détachent en gras. Dans le domaine de l'édition de correspondances, le temps est un grand allié, en modifiant les convenances et les inconvenances, en levant les scrupules à mesure que disparaissent les personnes citées et leurs descendants, et en mettant sur le marché de nouveaux autographes.


  • Lettres de Gustave Flaubert à George Sand, précédées d'une étude par Guy de Maupassant, Paris, G. Charpentier, 1884.
    Cette édition comporte 122 lettres, soit plus de la moitié des lettres actuellement connues de Flaubert à Sand (222). Le volume parut le 4 février 1884. Il avait été précédé par la publication de 91 lettres dans la Nouvelle Revue, vol. 25 et 26, 15 décembre 1883, 1er et 15 janvier 1884. Ces lettres avaient été communiquées à Caroline par Maurice Sand, dans le cadre d'un échange réciproque. Dans son importante préface, Maupassant citait d'autres lettres inédites de et à Flaubert, qui s'ajoutaient aux extraits qu'il avait précédemment publiés dans sa chronique "Gustave Flaubert d'après ses lettres" (Le Gaulois, 6 septembre 1880[5]).
  • Correspondance, Paris, G. Charpentier (pour les 3 premières séries) et G. Charpentier et E. Fasquelle (pour la 4e série), 4 vol.
    1re série (1830-1850), précédée de: "Souvenirs intimes"par Caroline Commanville, 1887.
    2e série (1850-1854), 1889.
    3e série (1854-1869), 1891.
    4e série (1869-1880), 1893.

    Première édition de la correspondance générale. Elle regroupe 809 lettres. Caroline Commanville contrôle la publication. Les lettres sont expurgées, mal datées, et parfois recomposées de fragments appartenant à des pièces différentes. Le texte est lacunaire et inexact.Aucune lettre de Flaubert à sa nièce ne s'y trouve, Caroline Commanville préparant une publication séparée (voir ci-dessous).

  • Correspondance entre George Sand et Gustave Flaubert. Préface de Henri Amic, Paris, Calmann-Lévy, 1904 (2e éd. 1905; la dernière éd. de 1916 ajoute deux lettres inédites).

  • Lettres à sa nièce Caroline, Paris, E. Fasquelle, Bibliothèque Charpentier, 1906. Pré-publiées dans la Revue de Paris, 15 septembre-1er décembre 1905.
    Ce volume à une seule destinatrice regroupe 390 lettres, qui s'échelonnent du 28 avril 1836 au 2 mai 1880. Les coupures sont signalées par des lignes de points. Elles concernent les affaires domestiques, et principalement la faillite d'Ernest Commanville.
  • OEuvres complètes de Gustave Flaubert, Paris, Louis Conard, 1909-1912, 18 vol.
    Correspondance, 5 vol. (t.8 à 12).
    1re série (1830-1850), 1910.
    2e série (1850-1854), 1910.
    3e série (1854-1869), 1910.
    4e série (1869-1880), suivie de: "Lettre au Conseil municipal de Rouen" et de: "Préface aux Dernières chansons de Louis Bouilhet", 1910.
    5e série. Lettres à sa nièce Caroline, 1910.
    Les éditions Charpentier-Fasquelle, soient les 4 volumes de correspondance générale et les Lettres à sa nièce Caroline, totalisaient 1199 lettres. La première grande édition Conard ajoute 167 lettres inédites, et porte donc le total à 1366 lettres.
    Le cinquième volume reprend à part Les Lettres à sa nièce Caroline, publiées en 1906, avec ajouts et variantes.
  • Flaubert et ses éditeurs, Michel Lévy et Georges Charpentier. Lettres inédites à Georges Charpentier, publiées par René Descharmes, Paris, A. Colin, 1911.
       Extrait de la Revue d'Histoire littéraire de la France, avril-juin 1911 et juillet-septembre
    1911.
    René Descharmes donne 74 lettres inédites à Georges Charpentier, qui s'ajoutent aux 14 lettres déjà publiées dans la première édition de la correspondance générale, chez Charpentier- Fasquelle.
  • OEuvres complètes illustrées de Gustave Flaubert (Édition du Centenaire), Paris, F. Sant-Andréa et L. Marcerou, Librairie de France, 1921-1925, 14 vol.
    Correspondance. Texte révisé et classé par René Descharmes.
    T.I (1829-1852), 1923.
    T.II (1853-1863), 1923.
    T.III (1864-1876), 1924.
    T.IV (1877-1880), 1925.
    Première édition scientifique. Un astérisque distingue les lettres revues et corrigées sur les autographes. Les passages supprimés sont signalés par des crochets. René Descharmes redate de nombreuses lettres (en usant du point d'interrogation en cas de doute). Il recueille les lettres publiées antérieurement en journaux et en revues. Cette édition porte le nombre de lettres ou fragments à 1632.
    C'est aussi la première édition à paraître sans avoir été contrôlée par Caroline Franklin Grout.Elle n'était pas en bon terme avec René Descharmes, et encore moins avec son associé René Dumesnil, lequel eut à ses yeux "le tort d'avoir épousé, en premières noces, la fille d'Edmond Laporte"[6] , devenu l'ennemi de la famille après sa brouille avec le romancier, occasionnée par les affaires de Commanville. Les deux éditeurs n'ont donc pas eu accès aux autographes conservés à la "Villa Tanit" d'Antibes.
  • OEuvres complètes de Gustave Flaubert, nouvelle édition augmentée, Paris, Louis Conard, 1926-1933, 25 vol.
    Correspondance, 9 volumes, 1926-1933.
    1re série (1830-1846), 1926.
    2e série (1847-1852), 1926.
    3e série (1852-1854), 1927.
    4e série (1854-1861), 1927.
    5e série (1862-1868), 1929.
    6e série (1869-1872), 1930.
    7e série (1873-1876), 1930.
    8e série (1877-1880), 1930.
    9e série (1880). Index analytique, 1933.
    Cette nouvelle édition augmentée présente 1992 lettres (numérotées).
    "Ces neuf volumes donnent l'édition la plus complète de la Correspondance, trop complète même, puisqu'il s'y est glissé au tome VIII "une lettre [de Flaubert] à sa nièce" qui est un pastiche fait par Jacques de Lacretelle pour le catalogue d'une vente de manuscrits à l'hôtel Drouot, le 21 février 1927. Par contre, le texte des lettres à Louise Colet est fort incomplet; ces lettres sont fréquemment tronquées et, parfois, entièrement supprimées. Il convient de remarquer que les notes de l'édition Conard sont pour la plupart des notes de René Descharmes pour l'Édition du Centenaire, mais écourtées." (Notice de la Bibliographie des auteurs modernes de langue française, Talvart et Place, t.6, 1937.)
  • Lettres inédites à la princesse Mathilde. Préface de M. le comte Joseph Primoli. Étude de Mme la princesse Mathilde, Paris, Louis Conard, 1927.
    Lettres inédites à Maxime Du Camp, Me Frédéric Fovard, Mme Adèle Husson et "l'excellent Monsieur Baudry", publiées par Auriant, Sceaux, Palimugre Editeur, 1948.

    Ce volume contient 24 lettres à Maxime Du Camp (nous en connaissons 30 aujourd'hui), 3 lettres à Adèle Husson, la maîtresse de Du Camp (une lettre supplémentaire est venue s'ajouter dans les éditions actuelles), 25 à Frédéric Fovard, le notaire de Flaubert, et 3 lettres à Frédéric Baudry.
    Les lettres à Du Camp étaient pour la première fois établies sur le manuscrit.Du Camp en avait publié 11 dans ses Souvenirs littéraires (Hachette, 2 vol., 1882-1883), mais réécrites par ses soins. Les premières correspondances générales publiées chez Charpentier et chez Conard reproduisaient ces 11 lettres d'après la version des Souvenirs littéraires. Une note de l'édition Charpentier précisait les conditions de publication: "Cette lettre [à Louis de Cormenin, l'ami de Du Camp] et celles qu'on trouvera dans ce volume adressées à Maxime Du Camp sont extraites de ses Souvenirs littéraires, elles ont été publiées sans l'autorisation préalable des héritiers de Gustave Flaubert.Le fils de Louis de Cormenin et Maxime Du Camp ont refusé de communiquer les autres lettres restées en leur possession" (1re série, p.70, n. 1).
  • Lettres inédites à Raoul-Duval, commentées par Georges Normandy, préface de Edgar Raoul-Duval, Éditions Albin Michel, 1950.
  • OEuvres complètes de Gustave Flaubert.
    Correspondance, supplément.
    Recueillie, classée et annotée par MM. René Dumesnil, Jean Pommier et Claude Digeon, Paris, Éditions Louis Conard, Jacques Lambert Libraire-Editeur, 1954, 4 vol.
    Supplément I (1830-1863).
    Supplément II (1864-1871).
    Supplément III (1872-juin 1877).
    Supplément IV (Juillet 1877-mai 1880).
    Ces quatre volumes apportent 1278 lettres supplémentaires numérotées en continu, auxquelles il faut encore ajouter 10 lettres numérotées bis (dont 9 à Taine, retrouvées tardivement, et 1 à Laporte), et 18 lettres à Frédéric et Alfred Baudry, publiées dans le "complément"du dernier tome. L'apport est donc de 1306 lettres.
    Les éditeurs ont pu consulter les autographes légués par Caroline Franklin Grout à l'Institut de France (fonds Lovenjoul).
    Au total, les éditions Conard comptent 3298 lettres.
  • OEuvres complètes, édition établie par Maurice Nadeau, Lausanne, Éditions Rencontre, 1964-1965, 18 vol.
    Cette édition reprend le texte de l'édition Conard et du Supplément. La seule nouveauté tient à la présentation: les lettres sont mêlées à la chronologie des œuvres, dans les volumes II, III, IV, VI, VII, IX, XII, XIV, XV, XVI, XVIII.
  • Lettres inédites de Gustave Flaubert à son éditeur Michel Lévy, correspondance présentée par Jacques Suffel, Paris, Calmann-Lévy, 1965.
    Cette correspondance à un seul destinataire apporte 94 lettres inédites (sauf 5 lettres déjà publiées dans le Supplément Conard) à Michel Lévy et à son collaborateur Noël Parfait.Sont également publiées dans ce volume 8 lettres de Michel Lévy à Flaubert, les seules retrouvées. Les lettres à Michel Lévy ne sont pas reprises dans les deux éditions générales suivantes, Club de l'Honnête Homme et Pléiade, les éditeurs n'ayant pas obtenu le droit de les reproduire. L'édition de la Pléiade les indique à leur place chronologique, et cite les premiers mots.
  • OEuvres complètes, Paris, Club de l'Honnête Homme, 1971-1975, 16 vol.
    Correspondance, 5 vol. (t.12 à 16).
    T.I (1830-1850), 1974.
    T.II (1850-1859), 1974.
    T.III (1859-1871), 1975.
    T.IV (1871-1877), 1975.
    T.V (1877-1880). Index, 1975.
    L'édition de Maurice Bardèche est établie sur les autographes disponibles. Des crochets droits encadrent les fragments des autographes publiés pour la première fois. De nombreux extraits donnés par des catalogues de vente sont cités. La localisation des lettres est indiquée, mais les notes sont fort succinctes. 3762 lettres au total, soit 474 de plus que les éditions Conard cumulées.
  • Correspondance, édition établie, présentée et annotée par Jean Bruneau, Paris, Éditions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade.
    T.I (1830-juin 1851), 1973.
    T.II (Juillet 1851-fin 1858), 1980.
    T.III (1859-1868), 1991.
    T.IV (1869-1875), 1998.
    Désormais l'édition de référence. En plus d'un retour systématique aux autographes conservés dans les collections publiques, Jean Bruneau a pu accéder à de nombreux manuscrits appartenant à des collections privées ou lors de leur passage en vente. Chaque lettre s'accompagne d'une notice descriptive (avec la justification des nouvelles datations), de notes érudites abondantes et d'un choix des principales variantes (ratures, ajouts du manuscrit). Les quatre volumes comportent d'importants appendices: lettres adressées à Flaubert (par Du Camp, Le Poittevin, Bouilhet), lettres échangées entre tiers (entre Du Camp et Louise Colet, entre Louise Colet et Alfred de Musset), documents divers nécessaires à la contextualisation (Mémoranda et Poésies de Louise Colet), témoignages sur Flaubert (Journal des Goncourt). Par ailleurs, Jean Bruneau insère dans le corps du texte, à leur place chronologique, les lettres adressées à Flaubert par sa famille, essentiellement sa sœur, par Louise Colet (5 lettres conservées), Mlle Leroyer de Chantepie, Sand et Tourgueneff, avec pour effet de restituer la dimension dialogique de l'échange épistolaire. Les notes comportent en outre de nombreux passages de lettres reçues. Ces quatre premiers tomes apportent 209 lettres inédites de Flaubert.
    Communiquées par Hugues Pradier, directeur de la Pléiade, voici les dates d'édition et de réimpression des volumes de la Correspondance.
    tome I: 1973
    1980: réimpression avec supplément.
    1984: réimpression avec modification de quelques dates.
    1992: réimpression avec modification de quelques dates.
    1999: réimpression sans modification.
    tome II: 1980
    1988: réimpression avec supplément.
    1992: réimpression avec modification de quelques dates.
    1999: réimpression sans modification.
    tome III: 1991
    pas de réimpression
    tome IV: 1997
    (mise en vente: janvier 1998).
    Le tome V, en préparation, couvrira les années 1876-1880. Le signataire de cette notice aide Jean Bruneau à terminer sa monumentale entreprise, avec la collaboration de chercheurs du Centre Flaubert de l'Université de Rouen (Matthieu Desportes, Jean-Paul Levasseur, Christoph Oberle et Joëlle Robert). Les appendices de ce volume présenteront, pour la période concernée, les lettres de Maxime Du Camp à Flaubert, des extraits du Journal d'Edmond de Goncourt, des corrections et un supplément aux volumes précédents, des lettres et billets impossibles à dater. L'édition se terminera par un index général des noms propres, un index des correspondants, une table de concordance avec les éditions antérieures, annoncée par Jean Bruneau dans le t.III, p.X et, si les dimensions de l'ouvrage le permettent, un index thématique abrégé. Nous possédons actuellement une centaine de lettres inédites pour la période 1830-1875, qui s'ajoutent aux quatre volumes déjà publiés. Au total, l'édition de la Pléiade devrait dépasser les 4000 lettres. La publication du cinquième et dernier volume est prévue pour 2005.



    Il manque, définitivement le plus souvent, de nombreuses lettres de et à Flaubert.

    Lettres de Flaubert:
    - 400 lettres à Louis Bouilhet, détruites par Philippe Leparfait, le fils adoptif de Bouilhet.
    - 200 lettres environ à Maxime Du Camp, détruites par leur destinataire, en accord avec Flaubert.
    - toutes les lettres à Juliet Herbert, l'institutrice anglaise de sa nièce Caroline, et celles que Flaubert en a reçues, perdues dans les deux sens.
    - des lettres à Maupassant: nous en connaissons actuellement 91. Hermine Lecomte du Noüy indique un nombre très supérieur dans un carnet: "Madame de Maupassant a seulement 18 lettres de Flaubert, Guy en possède 286 qu'il garde pieusement" (citation aimablement communiquée par Jacques Bienvenu; voir L'Angélus, Bulletin de l'Association des Amis de Maupassant, n° 12, déc. 2001-janv. 2002, p.15).

    Lettres à Flaubert:
    - aucune lettre de Louise Colet, sauf cinq brouillons conservés par elle-même, et qui se trouvent dans le fonds Mariéton au Musée Calvet.
    - une seule lettre de Léonie Brainne, alors que nous avons 103 lettres de Flaubert à cette amie intime.
    - aucune lettre de la Princesse Mathilde.
    - une seule lettre d'Ernest Chevalier.
    On peut penser que les lettres de femmes ont été détruites par Flaubert lui-même, ou par sa nièce, encore qu'elle se soit toujours défendue d'avoir brûlé les lettres de Louise Colet.Pour être tout à fait complet dans ce panorama du corpus flaubertien, il faut signaler les nombreuses éditions de correspondances croisées de Flaubert avec Sand, Tourgueneff, Maupassant, les Goncourt, Le Poittevin, Du Camp, Taine. Parmi les publications de correspondance dite "passive", signalons les lettres de Bouilhet et les deux volumes des Lettres à Flaubert, testo, presentazione e note a cura di Rosa M. Palermo di Stefano, Edizioni Scientifiche Italiane, 1997 et 1998. Jean Bruneau estime à 3000 environ les lettres à Flaubert conservées, dont 1922 - soit près des deux tiers - se trouvent dans le fonds Lovenjoul. Toutes ces entreprises alimentent le projet d'une vaste correspondance (vraiment) générale, polyphonique, aux ramifications multiples, connectée de proche en proche avec les autres grands corpus épistolaires du XIXe siècle. Le papier n'y suffira plus. Seul le numérique pourra rendre compte d'une telle complexité en permettant les circulations, les échanges et les correspondances, aux sens postal et poétique.
Yvan Leclerc
Directeur du Centre Flaubert, C.É.R.É.D.I.
Université de Rouen
[Une première version de cet article a été publiée dans la Revue de l'Aire, Recherches sur l'épistolaire, n° 27, hiver 2001, Librairie Honoré Champion, p.157-166.]

NOTES

[1] Lettre aimablement communiquée par Thierry Bodin. Elle a fait partie de la vente Sickles, hôtel Drouot, 9-10 novembre 1990, n° 1120. Dans la Correspondance Flaubert-Maupassant, Flammarion, 1993, je ne citais qu'un extrait du catalogue, p.460.
[2] Hypothèse qui semble confirmée par une déclaration tardive de Caroline Franklin Grout: "D'autres ainsi que moi ont eu le désir de faire un choix dans les lettres de Gustave Flaubert; j'ai refusé jalousement de leur en accorder l'autorisation", Pensées de Gustave Flaubert, Conard, 1915, p.VI.
[3] Armand Lanoux, Maupassant le Bel-Ami, Fayard, 1967; rééd. Livre de Poche, 1979, p.199. A ma connaissance, cette lettre de Maupassant n'a pas été retrouvée.
[4] Dans la note introductive à la nouvelle édition augmentée de la Correspondance, publiée chez Conard en 1926, Caroline Franklin Grout se justifie de son entreprise en mentionnant "l'approbation d'amis illustres, d'Edmond de Goncourt, de José Maria de Heredia […]".
[5] On trouvera tous les textes de Maupassant sur Flaubert, établis d'après les originaux, en Annexe de la Correspondance Flaubert-Maupassant.
[6] Voir la préface de Matthieu Desportes à son édition: Gustave Flaubert par sa nièce Caroline Franklin Grout, Heures d'autrefois, mémoires inédits. Souvenirs intimes et autres textes, PU de Rouen, 1999, p.12.


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