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Pour Maxime Adam-Tessier

Baptiste-Marrey
4 janvier 2011

« Les bruits, les senteurs, le crachin, la pluie sur les pavés, la lueur des réverbères au gaz avant la crudité de l’électricité, les allumeurs de réverbères avec leurs longues perches sur l’épaule, les ciels délavés sur le port : toute mon enfance revit avec intensité ».

Ainsi le sculpteur Maxime Adam (qui prendra à partir de 1948 le nom d’Adam-Tessier) décrit-il le Rouen de son enfance. Il y naquit le 2 juin 1920, d’une famille normande, ayant des attaches à Yvetot et à Alençon. Son père André Adam, tenait au centre de Rouen, un important magasin de bonneterie « A la Fiancée » (qui a dû exister jusque vers 1970). Maxime fera ses études au lycée Corneille et ne partira « vivre et travailler » à Paris qu’en 1940. Dans l’entourage de sa famille, il connut des descendants des correspondants de Flaubert et quand, adolescent, il suivait le fil de la Seine dans la yole de son oncle Robert, il ramait au large du Pavillon de Croisset.

Il retrouvera Flaubert 40 ans plus tard. Entre temps, il avait été l’assistant, plus que l’élève du grand sculpteur Henri Laurens ; il avait créé, lui-même, à partir du cubisme, dans un style personnel, une œuvre épurée, rigoureuse fortement chargée de poésie, le plus souvent en taille directe dans des marbres et pierres amoureusement choisis (importantes expositions à Londres en 1948 et en 1960) ; il avait travaillé, souvent en compagnonnage avec le peintre Léon Zack, soit pour le 1%, soit pour de nombreuses églises (Alsace, grand Ouest, région parisienne et notamment, Issy-les-Moulineaux) ; il avait enseigné de 1963 à 1981 au Royal College of Art à Londres, puis il avait travaillé à la réforme des écoles d’art en France (Inspecteur de l’enseignement artistique au ministère de la Culture de 1972 à 1986). Après cette vie active de créateur, mais toute tournée vers les autres (il s’occupe activement d’échanges internationaux pour les jeunes artistes), il est frappé durement par la maladie.

Cet homme de foi, profondément religieux, ce marin qui eut ses propres bateaux à l’Ile-aux-Moines, puis à Bandol, cet esprit curieux fut aussi toute sa vie un grand lecteur, notamment de poésie. En 1986, au cours d’un long séjour à l’hôpital, il lit Le Perroquet de Flaubert de Julian Barnes, ce qui le fait « se replonger » dans la Correspondance du « cher Gustave ».

Et c’est ainsi que, ne pouvant plus physiquement sculpter à cause de sa fragilité cardiaque, il entreprend entre 1987 et 1992, années scandées par plusieurs séjours à l’hôpital, cette prodigieuse série de 80 portraits, entreprise unique par l’ampleur, la variété, la qualité, l’économie de moyens, l’empathie avec son modèle, mais série assez différente par la facture du reste de son œuvre. « Cela s’est fait tout seul parce que j’étais hanté par Gustave Flaubert, que je l’aimais à travers tout ce qu’il nous avait livré de lui-même et tout ce qu’il gardait secret. Il fallait que cela sorte » dit-il, avec sa modestie habituelle (si inhabituelle à notre époque).

Maxime s’est éteint le 9 juin 2000 (il venait d’avoir 80 ans). Il est inhumé au cimetière Montparnasse, à quelques mètres de son bel atelier de la rue Schoelcher. Il n’aura pas vu ses Portraits exposés (musées de Sens, 2002) ni édités (Éditions du Linteau, 2002). Il n’aura pas vu non plus son œuvre montrée à Canteleu, non loin de la bibliothèque de Flaubert, puis, tout l’été, dans le bel Hôtel de Ville de sa ville natale.



[Mise en ligne sur le site Flaubert, janvier 2012.]