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Un portrait inconnu de Flaubert


Ferdinand Bac (1859-1952), l’une des figures emblématique de la Belle Epoque, n’avait jamais rencontré Gustave Flaubert. En revanche, à l’aube de sa vie presque centenaire, il fréquentait assidûment le milieu littéraire de ce temps où il croisait maints amis ou contemporaines de l’écrivain – Hugo, Renan, Violier de l’Isle-Adam, Anatole France, Daudet et Maupassant.

Ce descendant de la famille Bonaparte (son père fut l’enfant naturel de Jérôme Bonaparte, roi de Westphalie), homme de lettres fécond, ayant laissé à la postérité plus d’une quarantaine ouvrages, chroniqueur mondain, souvent implacable, de la Belle Epoque, fut surtout connu comme un peintre dessinateur et caricaturiste dont la renommée avait été aussi célèbre que celle de Sem ou de Forain.

Auteur d’une vingtaine d’albums de dessins où la caricature avait bénéficié un souffle nouveau, la libérant d’une emprise sociale ou politique, lui conférant l’aspect plutôt narratif et documentaire, Ferdinand Bac avait « portraituré » ainsi nombre d’écrivains français (Sainte-Beuve, Théodore de Banville, Littré, Georges Sand, Jules Janin, allant jusqu’à notre contemporain André Maurois, en 1950). Chroniqueur dans les belles lettres, il voulait l’être aussi dans les caricatures. A la fin de sa longue vie, il entama, avec le succès qu’on connaît, la carrière d’un architecte paysagiste, – prodigieuse nouveauté à l’époque ! – se trouvant par ce fait précurseur des tendances modernes d’aménagements urbains.

Ce portait inconnu de Flaubert ne porte pas la date de sa création. Mais confrontant la manière graphique avec laquelle ce portrait avait été exécuté à celle de la caricature débonnaire sur Alexandre Dumas, créée en 1951, on peut supposer que les deux portraits seraient sortis du crayon de l’artiste en même temps ou presque, à savoir dans les années 1950-51. Peut-être, le portrait imaginaire de Flaubert a-t-il une tendance d’être légèrement plus « réaliste ». Cependant, l’on y voit une remarque mordante, notée sur la marge, censée tempérer ce caractère prétendument réaliste (« Est-il nécessaire d’être sale et négligé à ce point pour avoir l’air d’un génie ? ») Ferdinand Bac s’inspira-t-il pour représenter son Flaubert à lui des portraits de Frankline Grout ou par la gravure de Toussaint, d’après le portrait de Caroline Commanville ou encore par la photo bien connue de Nadar ? Toujours est-il qu’il avait réussi, à mon avis, de donner à sa vision artistique une touche personnelle et crédible en mettant en valeur la fière tête du génie normand dont le visage semble irradié d’un sourire presque étouffé, à la fois sardonique et triste.


Eugène Ternovsky
Université Charles-de-Gaulle – Lille 3

L’auteur tient à remercier chaleureusement M. Yves Lesueur de Givry pour l’avoir autorisé à reproduire ce portrait de Flaubert. 



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