ICONOGRAPHIE
RECHERCHE
Contact   |   À propos du site

Origines de la Villa Adrienne,
avenue de la Rostagne à Antibes


Rozenn BARDOU

Galerie de photos


Ma recherche concerne la Villa Adrienne, précédemment Villa Tanit, située chemin de la Rostagne, puis 13 avenue de la Rostagne à compter de 1964 lors de l’élargissement de la route et l’abattage de plusieurs grands eucalyptus. La propriété s’étendait du chemin des Sables à l’Avenue de la Rostagne, à droite du sentier de la vertu en montant.
Cette propriété a été vendue le 23 janvier 1984 et la Villa a été démolie avec la construction d’une résidence du nom de « HAPIMAG ».

En effet, mes parents Aline et Théo Quéré ont travaillé pour le CCCS (Centre de coopération culturelle et sociale) à la Villa Adrienne de 1957 à 1972 en participant à l’animation et à la gestion de colonies de vacances, du Centre International de jeunes l’été puis du Centre d’études françaises et d’éducation populaire qui a fonctionné jusqu’en 1980.

D’après les résultats des recherches faites à partir des informations en ma possession, j’ai pu retracer l’histoire de la Villa :

— À partir de 1893, Mme Caroline Commanville, nièce de Gustave Flaubert, s’installe à Antibes, où elle achète un vaste terrain le 3 novembre 1894 à Mme Virginie GUIDE, épouse MARTELLY, et à Mme Marie GUIDE, épouse ROCA. Elle y fit construire une demeure la Villa Tanit et un mas (le mas Tanit). À la mort de son oncle en 1880, elle hérite de sa bibliothèque, dont une partie sera expédiée à Antibes dans sa villa Tanit. Veuve, elle devient en 1900 Mme Franklin Grout.
Article de Pierre Borel, journaliste, paru dans L’Éclaireur de Nice et du Sud est en mars 1928 :
« Depuis de longues années, Mme Caroline Franklin Grout, nièce de Gustave Flaubert, est l’hôte de la Côte d’Azur à Antibes. Sur une hauteur dominant la mer, s’élève la villa Tanit dont le salon est célèbre. Ce salon a été et reste à certains jours le plus brillant de la région niçoise ; tous les écrivains illustres, tous les artistes en renom, de passage sur la Riviera y sont venus. »
Du vivant de sa propriétaire, la villa était une sorte de musée à la mémoire de Flaubert.
Pour raisons financières, Mme Franklin Grout se sépare de la bibliothèque personnelle de Flaubert, meubles et livres et la lègue à l’écrivain Louis Bertrand, son voisin d’Antibes (1866-1941), un de ses proches amis à qui elle avait offert une parcelle de son terrain où il fit bâtir la Villa « La Solle ».

— Elle meurt le 2 février 1931 dans sa villa Tanit. Elle est enterrée à Antibes.
Elle avait légué sa propriété à la Société des gens de lettres. Cette dernière ayant décliné le legs, la villa et le mas furent vendus au profit de cette société et des hospices d’Antibes. Les biens mobiliers sont vendus aux enchères en avril 1931 à Antibes et en novembre 1931 à Paris ; les revenus de la vente ont été partagés entre les héritiers Chevalley et Sabatier, et Louis Bertrand. En 1936, Louis Bertrand cède livres et meubles à l’Académie Française contre une rente viagère  il meurt en décembre 1941. Il est l’auteur de plusieurs publications, notamment La Riviera que j’ai connue dont le deuxième chapitre est consacré à Caroline Franklin Grout.
Pendant la guerre, on transporte la bibliothèque au château Grimaldi et ce n’est qu’en 1952, après de nombreuses démarches de la Société des Amis de Flaubert, que la Ville de Canteleu en Normandie hérite des livres et meubles de Flaubert.
(Sources : notes du livre Heures d’autrefois - Gustave Flaubert par sa nièce Caroline Franklin Grout, Publications de l’université de Rouen, et site de la Ville de Canteleu – Bibliothèque de Flaubert.)

Mme Gabrielle Adolphine Baron, épouse du Ministre Etienne CLEMENTEL (1864–1936) acquiert la Villa Tanit suite à l’adjudication des biens de la succession de Mme Caroline Franklin-Grout le 19 janvier 1933.
Elle en reste propriétaire jusqu’au 30 décembre 1955, date de la vente à l’association du CCCS (Centre de Coopération Culturelle et Sociale) qui rebaptise la Villa Tanit en Villa « Adrienne » en l’honneur d’Adrienne MONTEGUDET, institutrice.

On peut supposer que le lien qui unit les personnalités de Mme Chevalley-Sabatier et M. Joseph FISERA et leurs actions pour sauver de nombreux enfants juifs pendant la guerre de 1939-1944 est l’OSE (œuvre de secours aux enfants). Ce lien pourrait expliquer l’histoire de la Villa Adrienne :

— D’une part, la nièce de Caroline Franklin Grout, Lucie Chevalley Sabatier, née le 21 juillet 1882 au Petit-Quevilly et fille du Pasteur Sabatier, a été Présidente entre 1932 et 1964 du Service social d’Aide aux Émigrants, œuvre privée reconnue d’utilité publique, et de l’Entraide Temporaire constituée en 1941 qui agit à l’ombre de cette œuvre pour aider les familles des victimes de la guerre et qui se consacre à compter de 1942 au sauvetage des enfants juifs privés de leur parents, particulièrement le réseau Marcel dans la région de Nice et des Alpes Maritimes. (Source : http://www.lamaisondesevres.org)

— D’autre part, Joseph FISERA, Tchécoslovaque, (1912–2005), fils d’un instituteur protestant, après avoir passé plusieurs mois en Espagne pendant la guerre civile, se réfugie en France en 1938, puis dans la région de Marseille en 1941 et s’occupe de trouver des refuges pour les enfants réfugiés notamment ceux des mineurs tchèques travaillant en Belgique dont 60% sont juifs.
Avec l’aide de nombreux pasteurs protestants des Alpes Maritimes, il crée une organisation protestante, MACE (Maison d’Accueil Chrétienne pour Enfants) avec des financements venant de Genève, Londres et des États-Unis. Il organise et gère des écoles pour filles, garçons et une crèche, avec l’aide d’une communauté d’enseignants et de bénévoles dans des locaux appartenant au pédagogue Célestin Freinet à Vence et dans une ferme abandonnée au Château de Vaugrenier à Villeneuve Loubet.
Quand les Italiens quittent la zone en septembre 1943 et que les Allemands occupent la zone libre devenue la zone sud, les arrestations et la chasse à l’homme et à l’enfant commencent.
Une institutrice du MACE, Adrienne MONTEGUDET, originaire de la Creuse, organise le départ de 150 enfants pour le Château du Theil à Saint Agnant près Crocq.
(Sources : http://www.ushmm.org et Bulletin des « Amis de Freinet », n° 82 de mars 2005))

Parmi les personnes d’origine tchèque associées à l’action de Joseph FISERA, on peut citer Ida (née KOMINIK) et Samuel WETZLER, Joseph Pepik SUCHY qui seront après la guerre à l’origine de la création de l’association du CCCS, avec Max WELZER, qui en deviendra le directeur.

Le CCCS a œuvré au rapprochement des peuples et a organisé les premiers échanges franco-allemands après la guerre et particulièrement lors de la création de l’office franco-allemand pour la jeunesse (OFAJ) en 1963.
[Ancienne adresse du CCCS à Paris : 26 rue Notre-dame des Victoires Paris, 2e]

Mai 2011



[Mis en ligne sur le site Flaubert, juillet 2011.]


Mentions légales