Correspondance de Flaubert
à Laurent-Pichat Léon, Croisset, 02 octobre 1856
Notice

 

À LÉON LAURENT-PICHAT

 

[Croisset, 2 octobre 1856.]

Croisset, jeudi soir.

 

Cher Ami,

Je viens de recevoir la Bovary. Et j’éprouve tout d’abord le besoin de vous en remercier (si je suis grossier, je ne suis pas ingrat). C’est un service que vous m’avez rendu en l’acceptant telle qu’elle est – & je ne l’oublierai pas.

Avouez que vous m’avez trouvé et que vous me trouvez encore, (plus que jamais ? peut-être ?) d’un ridicule véhément ? Il se peut que J’arriverai peut-être un jour à reconnaître que vous avez eu raison. – & Je vous promets jure bien qu’alors je vous ferai les plus basses excuses. – Mais comprenez cher ami que c’était avant tout un essai que je voulais faire tenter. – Fasse le ciel Pourvu que l’apprentissage ne soit pas trop rude !

Croyez-vous donc que cette ignoble réalité dont la reproduction vous dégoûte ne me fasse tout autant qu’à vous sauter le cœur ? Si vous me connaissiez davantage vous sauriez que j’ai la vie ordinaire en exécration. Je m’en suis toujours, personnellement, écarté autant que j’ai pu.et je n'ai pas fait que tremper le bout de mes bottes mais esthétiquement j’ai voulu cette fois & rien que cette fois, la [illis.] pratiquer à fond. Aussi ai-je pris la chose d’une manière héroïque, j’entends minutieuse, en acceptant tout, en peignant disant tout, en peignant tout (métaphore expression ambitieuse).

Je m’explique mal. – Mais je réfléchis c’en est assez pr que vous compreniez quel était le sens de ma résistance à vos critiques si judicieuses qu’elles soient. – Vous me refaisiez un autre livre – & vous heurtiez la Poétique interne d'après d’où il découlait, le type (comme dirait un [illis.] philosophe) sur lequel il était écrit fut conçu.

Nous recauserons de tout cela longuement.

Enfin j’aurais cru manquer à ce que je me dois – & qu' qu'on doit à un ami à ce que je vous devais, en vous obéissant sans être psersuadé en faisant un acte de déférence & non de conviction. L’art ne veut pas de réclame complaisance ni politesses. – que la Foi y soit règne toujours – qu'avant tout rien que la Foi l'éclaire  – –  la Foi toujours – & la liberté. Et là-dessus je vous serre cordialement les mains,

« Sous l’arbre improductif aux rameaux toujours verts.»

 

Tout à vous.

Gve.

 

Je vois depuis une éternité une P. annoncée qui ne paraît pas ? – Vous laissez donc toute la place aux autres. – On demande le mtre de la maison.

Amitiés à Max.