Correspondance de Flaubert
à Chevalier Ernest, Croisset, 21 août 1839
Correspondant
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À ERNEST CHEVALIER

 

[Croisset, 21 août 1839.]

Mercredi 21.

 

Est-ce que ce cher Ernest m'aurait gardé rancune pr la brièveté de ma dernière lettre ? je suis sûr que c'est un trop bon bougre et qu'il n'y pense pas plus qu'il ne pense à me répondre gredin que tu es (j'abandonne ici la troisième personne) tu ne peux prtant pas alléguer tes nombreuses occupations, car je crois que tu n'as rien à faire qu'à fumer et à te chauffer les couilles au soleil. prquoi c'est là ce que je fais maintenant et ce que nous ferons encore plus merveilleusement quand nous allons être ensemble ce qui sera sous peu. Me voilà sorti de la classe de rhétorique. Dans un an à nous deux oh alors
                   quels dînés
                   quels dînés

               ces messieurs se seront donnés ou plutôt se donneront se fouteront s'ingurgiteront s'introduiront – quelle soupers* et festins salons de 420 couverts quelle pantagruélisme ! quel punch pr dire adieu au Collège –

Je ne dois pas prtant me plaindre, car l'année de rhétorique passée sous ce divin père Magnus m'a paru assez courte et si l'autre ne me paraît qu'une fois plus longue je serai fort heureux.

Je fais de l'anglais à force – je lis le cours d'antiquités de Mr de Caumont quelques romans du Grand Voltaire (comme dit le garçon philosophe matérialiste atomistique molécules organiques cynique) et  la correspondance du même particulier ce qui vaut bien le recueil de lettres morales et les Contes à mes fils de Mr de Bouilly.

Mes succès en rhéthorique se sont bornés au 2e access[it] de discours français et au 2e p. de Hist[oire]. j'ai fait de pitoyables compositions.

Réponds-moi donc une longue lettre qui soit comme l'avant-goût de la poignée de main que nous allons nous donner sous peu de jours.

 

T à t [Tout à toi]

Gve Flaubert