Correspondance de Flaubert
à Collier-Tennant Gertrude, Croisset, mars 1844
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À GERTRUDE COLLIER

 

[Croisset, mars 1844.]

 

Je suis réellement fâché que vous aviez ayez douté de moi et que l'amitié que vous avez pour moi ait été ébranlée non pas par ma négligence mais par l'apparence de ma négligence. Je me croyais mieux enraciné dans votre estime et je me plais à croire penser que l'esprit poétique de miss Gertrude a un peu exagéré son un ressentiment qu'elle n'avait peut-être pas. Au moment où l'on me maudissait j'étais dans un état fort piteux avec des maux des nerfs une congestion au cerveau et qui pis est avec beaucoup de remèdes que je continue encore. Je ne suis donc pas prêt chères demoiselles à recommencer mes visites à ces bons Champs-Élysées où je prolongeais indéfiniment les quarts d'heures. La déclamation  l'exaltation l'inspiration et mille autres belles choses me sont formellement interdites. Il faut que je vive calmement bourgeoisement comme un épicier ou un notaire. Je regrette fort de ne pouvoir d'ici à longtemps aller vous lire les vers de ces poètes qui vous ravissent et que vous comprenez si bien. Cette pauvre Henriette m'en semble parfois si heureuse et si rafraîchie que j'userais, à hurler, jusqu'au dernier morceau de ma poitrine. – Je pense beaucoup à votre voyage à Constantinople. Nous en causerons à quelque jour que j'irai à Paris. En attendant je vous souhaite tout ce que vous désirez.

Adieu votre ami dévoué

Gve Flaubert

Mille respects affectueux à Mr et à Me Collier —