Correspondance de Flaubert
Destinataire inconnu, Concarneau, octobre 1875
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À M. ***

 

[Concarneau, octobre 1875.]

Concarneau hôtel Sergent

Samedi

 

Mon cher ami

Le timbre de cette lettre vous prouvera que je n’ai pas pu répondre plus vite à « la vôtre » du 20, partie d'Antony. (Vous oubliez de me donner votre adresse si bien que je vous envoie « la présente » aux Batignolles.)

Je ne possède pas d'album contenant des dessins de gens de lettres. Me Sand m'a donné deux ou trois dessins caricatures faites par Me Viardot, – un portrait de Chopin fait par elle (G. Sand) – & une charge excellente de Paul Foucher par Alfr. de Musset.

Tout cela, mon cher ami (est ou plutôt) serait à votre disposition. Car je ne retournerai pas à Croisset. J'irai d'ici à Paris directement. Ces dessins sont sous clef dans ma bibliothèque. Pour les avoir, il faudrait que j'y retournasse (pardon du subjonctif) moi-même. Mais consolez-vous. Georges Pouchet, qui est présentement mon compagnon & qui me charge de vous serrer la main vous conseille d'aller chez Paul de Musset, ledit Paul possédant plusieurs dessins de son frère, très curieux. Pouchet est très lié avec Mr & Me P. de Musset. & vous pouvez vous présenter de sa part.

Les plus graves ennuis, les affaires les plus tristes et les plus embêtantes m'ont assailli depuis quatre cinq mois. Bref, j'ai passé un été abominable & j'ai fui ma maison, pr me retremper dans un autre milieu. Je ne sais pas si ma pauvre cervelle se rétablira du choc qu'elle a reçu ? Vous pouvez vous apercevoir à mon écriture tremblée que mes nerfs sont malades.

Goncourt m'a écrit il y a un moins environ. Je lui répondrais si je savais où il gîte.

Nous nous reverrons au commencement de novembre.

Je suis bien fâché de ne pouvoir vous être agréable maintenant quant à ce dessin de Musset.

Tenez-vous en joye, & croyez que je suis

tout à vous

Gve Flaubert