Notes sur Jean-Jacques Rousseau - f° 14 verso
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  purge les passions qu'on n'a pas et fomente celles qu'on a.
          il y a donc un concours de circonstances qui empêchent de 
donner au théâtre la perfection qu'on en attend
le théâtre rend la vertu aimable, mais elle l'est sans lui - le crime
odieux - est-ce qu'il ne l'est pas dans la société. "Je doute que
tout homme à qui l'on exposera d'avance les crimes de Phèdre ou
de Médée ne les déteste plus encore au commencement qu'à la
fin de la pièce : et si ce doute est fondé, que faut-il penser de cet effet
si vanté du théâtre" (50) - la source de l'intérêt qui nous
attache au théâtre à ce qui est honnête, vient de l'auditeur & non 
de l'auteur. elle est en nous et non dans la pièce. - on va au
théâtre convaincu d'avance de ce qu'on y prouve et déjà 
prévenu pr ceux qu'on y fait aimer. - le méchant va voir
au théâtre des leçons de vertu pr le public dont il s'excepte
et des gens immolant tout à leur devoir tandis qu'on n'exige 
rien de lui (53)
       la tragédie mène à la pitié par la terreur - cette pitié est
stérile - exemple de Sylla, d'Alexandre de Phères, & de Messaline
attendrie par Valérius Asiaticus "Je ne vois pas au spectacle une
de ces pleureuses de loges, si fières de leurs larmes, que je ne songe
à celles de Messaline pr ce pauvre Valérius Asiaticus" (54
             Si l'on pleure plus facilement au théâtre que dans la vie
réelle c'est que ces larmes sont pures c'est-à-dire sans mélange
d'inquiétude sur nous-mêmes. nous avons satisfait à tous les droits
de l'humanité sans y mettre rien du nôtre ; au lieu que les
infortunés en personne exigeraient de nous des soins de soulagemens
qui pourraient nous associer à leurs peines... "on dirait que 
notre coeur se resserre, de peur de s'attendrir à nos dépens." (55
puis on est content de soi, on s'est  acquitté de ce qu'on doit
à la vertu par l'hommage qu'on vient de lui rendre.
le ton théâtral est tellement éloigné de nous et ses personnages
si distants qu'on ne pense à se rien approprier