ATELIER BOVARY
CLASSSEMENT GÉNÉTIQUE : Plans et scénarios | Brouillons
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I, chap. 3 : Charles retrouve Emma - Copiste, vol.1, folio 37
[En vert, les suppressions demandées par Laurent-Pichat pour la Revue de Paris.]
 
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pour les aller mettre sur sa tombe. - mais le jardinier
qu'ils avaient, n'y entendait rien ! on était si mal
servi ! elle eût bien voulu, ne fût-ce au moins que pendant 
l'hiver, - habiter un peu la ville, quoique la longueur 
des beaux jours rendît peut-être la campagne
plus ennuyeuse encore pendant l'été ; - et selon ce qu'elle
disait, sa voix était claire, aiguë, ou se couvrant
de langueur tout-à-coup, traînait des modulations
qui finissaient presqu'en murmure quand elle se
parlait à elle-même ; - tantôt joyeuse, ouvrant des yeux
naïfs, trépignant des pieds comme une petite fille, et
puis les paupières à demi-closes, le regard noyé d'ennui,
la pensée vagabondant.
     Le soir en s'en retournant, Charles reprit une à une
les phrases qu'elle avait dites, tâchant de se les rappeler ;
d'en compléter le sens, afin de se faire la portion d'existence 
qu'elle avait vécue, dans le temps qu'il ne la
connaissait pas encore. Mais jamais il ne put la
voir en sa pensée, différemment qu'il ne l'avait vue
la première fois, ou telle qu'il venait de la quitter,
tout-à-l'heure. Puis il se demanda ce qu'elle deviendrait,
si elle se marierait, et à qui ? hélas ! le père Rouault
était bien riche et elle ! si belle ! mais la figure
d'Emma revenait toujours se placer devant ses yeux,
et quelque chose de monotone comme le ronflement
d'une toupie bourdonnait à ses oreilles « si tu te
mariais pourtant, si tu te mariais » La nuit, il ne
dormit pas ; sa gorge était serrée, il avait soif ; il se
                                   à son pot à l'eau
leva pour aller boire à son pot à l'eau* et il ouvrit la
fenêtre ; le ciel était couvert d'étoiles, un vent chaud
 
[Transcription de Pascale Prioleaud]