ATELIER BOVARY
CLASSSEMENT GÉNÉTIQUE : Plans et scénarios | Brouillons
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I, chap. 7 : Premières désillusions d'Emma - Copiste, folio 65
[En vert, les suppressions demandées par Laurent-Pichat pour la Revue de Paris.]
 
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  de considération sur Bovary
            Charles finissait par s'estimer davantage
 de ce qu'il possédait une pareille femme. Il montrait
avec orgueil, dans la salle, deux petits croquis d'elle,
à la mine de plomb, qu'il avait fait encadrer
de cadres très larges et suspendus contre le papier
de la muraille à de longs cordons verts. Au sortir
de la messe, on le voyait sur sa porte avec de
belles pantoufles en tapisserie.
      Il rentrait tard, à dix heures, minuit
quelquefois. Alors il demandait à manger, et
comme la bonne était couchée, c'était Emma qui
le servait. Il retirait sa redingotte pour dîner plus
à son aise.
  {{                La sueur déteignant la doublure de ses
manches avait marqué de deux plaques vertes
sa chemise sous les aisselles et son nez était rayé
d'une barre rouge, à cause du sautillement de ses
lunettes, car il en portait, ayant la vue basse, la nuit
seulement, pour voyager.
   }}
         Il disait l'un après l'autre tous les gens qu'il
avait rencontrés, les villages où il avait été, les ordonnances 
qu'il avait écrites, et satisfait de lui-même,
il mangeait le reste du miroton, épluchait son fromage,
croquait une pomme, vidait sa caraffe, puis s'allait
                     se couchait sur le dos
mettre au lit, se couchait sur le dos et ronflait.
      Comme il avait eu longtemps l'habitude
du bonnet de coton, son foulard ne lui tenait pas aux
oreilles ; aussi ses cheveux, le matin, étaient rabattus
pêle-mêle sur sa figure et blanchis par le duvet de
son oreiller, dont les cordons se dénouaient pendant la nuit.
 
[Transcription de Jean Bescond]