ATELIER BOVARY
CLASSSEMENT GÉNÉTIQUE : Plans et scénarios | Brouillons
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I, chap. 9 : Le joueur d'orgue - Copiste - folio 101
[En vert, les suppressions demandées par Laurent-Pichat pour la Revue de Paris.]
 
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  lamentait de sa vocation arrêtée, de son avenir perdu. 
et rêvant quelque boutique dans une grande ville,
comme à Rouen, par exemple, sur le port, près du
théâtre, il restait toute la journée à se promener en
long, depuis la mairie jusqu'à l'église, sombre en
attendant la clientèle. Lorsque Mme Bovary levait les
yeux, elle le voyait toujours là, comme une sentinelle
en faction, avec son bonnet grec sur l'oreille et sa veste
de lasting.
         Dans l'après-midi quelquefois, une tête d'homme
apparaissait derrière la vitre de la salle, tête hâlée
à favoris noirs et qui souriait lentement, d'un large
sourire doux, à dents blanches. une valse aussitôt
commençait, et sur l'orgue, - dans un petit salon, des
danseurs hauts comme le doigt, femmes en turban
rose, tyroliens en jaquette, singes en habit noir, messieurs 
en culotte courte, tournaient - tournaient entre
les fauteuils, les canapés, les consoles, se répétant
dans les morceaux de miroir que raccordait à leurs
angles, un filet étroit de papier doré. l/L'homme
faisait aller sa manivelle, regardant à droite, à
De temps à autres
tout en lançant contre la
borne un long jet de
salive brune
il soulevait du genou
son instrument dont
la bretelle dure lui
fatiguait l'épaule;
gauche et vers les fenêtres. De temps à autre, avec
son genou, il écartait de son épaule la bretelle de son
instrument, tout en lançant contre la borne un
long jet de salive brune
 - et tantôt dolente et traînarde, 
ou joyeuse et précipitée - la musique de la
boîte s'échappait en bourdonnant, à travers un
rideau de taffetas rose, sous une grille de cuivre
en arabesque. C'étaient des airs que l'on jouait
ailleurs sur les théâtres, que l'on chantait dans les
 
[Transcription de Nicole Caron]