ATELIER BOVARY
CLASSSEMENT GÉNÉTIQUE : Plans et scénarios | Brouillons
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II, chap. 15 : Rêves d'Emma, entracte - Copiste, folio 330
[En vert, les suppressions demandées par Laurent-Pichat pour la Revue de Paris.]
 
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couler dans les reins, jeta des cris de paon, comme si on 
l'eût assassinée. Son mari, qui était un filateur, s'emporta 
contre le maladroit ; et, tandis qu'avec son mouchoir elle
épongeait les taches sur sa belle robe de taffetas cerise,
 il murmurait d'un ton bourru les mots d'indemnité, de frais
 de remboursement. Enfin, Charles arriva près de sa 
femme, en lui disant tout essoufflé :

      - "J'ai cru, ma foi, que j'y resterais ! Il y a un monde !...
 un monde !... "     Il ajouta :
     - "Devine un peu qui j'ai rencontré là-haut ? M. Léon !"
      - "Léon ?"
      -" Lui-même ! Il va venir te présenter ses civilités. "   Et
comme il achevait ces mots, l'ancien clerc d'Yonville 
entra dans la loge.
      Il tendit sa main avec un sans-façon de
 gentilhomme : et madame Bovary machinalement avança la
 sienne, sans doute obéissant à l'attraction d'une volonté 
plus forte. Elle ne l'avait pas sentie depuis ce soir de 
printemps où il pleuvait sur les feuilles vertes, quand 
ils se dirent adieu, debout au bord de la fenêtre. Mais
 vite, se rappelant à la convenance de la situation, elle
 secoua dans un effort cette torpeur de ses souvenirs et
 se mit à balbutier des phrases rapides.
      - "Ah ! bonjour, comment ! vous voilà ?
      - "Silence ! "cria une voix du parterre, car le troisième
 acte commençait.
      - "Vous êtes donc à Rouen ?"
      - "Oui."
      - "Et depuis quand ?"
      - "À la porte ! à la porte ! "    On se tournait 
vers eux ; ils se turent.
      Mais, à partir de ce moment, elle n'écouta plus ; et
 
[Transcription de Danielle Girardet Pascale Prioleaud]