ATELIER BOVARY
CLASSSEMENT GÉNÉTIQUE : Plans et scénarios | Brouillons
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II, chap. 14 : Crise religieuse d'Emma 1 - Copiste, folio 312
[En vert, les suppressions demandées par Laurent-Pichat pour la Revue de Paris.]
 
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  à des nègres, vous emballa pêle-mêle tout ce qui avait cours pour lors,
dans le négoce des livres pieux. C'étaient de petits manuels par demandes
et par réponses, des pamphlets d'un ton rogue dans la manière de Mr
De Maistre et des espèces de romans à cartonnages roses et à style douceâtre
fabriqués par des séminaristes troubadours ou des bas-bleus repenties.
Il y avait le Pensez-y bien ; L'Introduction à la vie dévote L'homme
du monde aux pieds de Marie, par M. de ***, décoré de plusieurs ordres
des Erreurs de Voltaire, à l'usage des jeunes gens. [illis.]
             Madame Bovary n'avait pas encore l'intelligence assez
nette pour s'appliquer sérieusement à n'importe quoi ; d'ailleurs
elle entreprit s/ces lectures avec trop de précipitation. Elle s'irrita contre
les prescriptions du culte ; l'arrogance des écrits polémiques lui déplut
par leur acharnement à poursuivre des gens qu'elle ne connaissait pas ;
et les contes profanes relevés de religion lui parurent écrits dans
une telle ignorance du monde qu'ils l'écartèrent insensiblement des
vérités dont elle attendait la preuve. Elle persista pourtant malgré
ce colossal ennui, et lorsque le volume lui tombait des mains, elle se
croyait prise par la plus fine mélancolie catholique qu'une âme éthérée
pût concevoir.
             Quand/t au souvenir de Rodolphe, elle l'avait descendu tout
au fond de son coeur et il restait là plus solennel et immobile qu'une
                                                           Mais
momie de roi, dans un souterrain. fermé. [Elle avait chanté dessus
la complainte funèbre de sa jeunesse perdue ; elle avait entendu retomber l'une
après l'autre les lourdes résolutions de son désespoir
et maintenant il s'étendait entre eux, pour les séparer à jamais, une
interminable succession de douleurs anciennes, remplies d'ombre, de poussière,

et d'or. Cependant]
une exhalaison s'échappait de ce grand amour
embaumé et qui passant à travers tout, parfumait de tendresse l'atmosphère
d'immaculation où elle voulait vivre. Quand elle se mettait à
genoux sur son prie-Dieu gothique, elle adressait au Seigneur les
mêmes paroles de suavité qu'elle murmurait jadis à son amant,
dans les épanchements de l'adultère. C'était pour aviver sa foi, pour
dans les épanchements de l'adultère
 
[Transcription de Stéphanie Dord-Crouslé]