BOUVARD ET PÉCUCHET
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Bouvard et Pécuchet - lignes numérotées pour le tableau génétique - folio 86
 
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   Mais la politique, le conseil général, l’agriculture, un véritable tourbillon
l’en détournait !
       — « Après vous, toutefois, on n’aurait que des glanes ; car bientôt, vous aurez pris
toutes les curiosités du département. »
       — « Sans amour-propre, nous le pensons » dit Pécuchet.
       Et cependant, on pouvait en découvrir encore. À Chavignolles, par exemple, il y
avait contre le mur du cimetière dans la ruelle, un bénitier, enfoui sous
les herbes, depuis un temps immémorial.
       Ils furent heureux du renseignement, puis échangèrent un regard signifiant : « Est-ce
la peine ? » Mais déjà le comte ouvrait la porte.
       Mélie, qui se trouvait derrière, s’enfuit brusquement.
       Comme il passait dans la cour, il remarqua Gorgu, en train de fumer sa pipe, les
bras croisés.
       — « Vous employez ce garçon ! Hum ! un jour d’émeute je ne m’y fierais pas. » Et M. de Faverges remonta
dans son tilbury.
       Pourquoi leur bonne semblait-elle en avoir peur ?
       Ils la questionnèrent ; et elle conta qu’elle avait servi dans sa ferme. C’était cette
petite fille qui versait à boire aux moissonneuses quand ils étaient venus. Deux ans
plus tard, on l’avait prise comme aide, au château – et renvoyée « par suite de
faux rapports ».
       Pour Gorgu, que lui reprocher ? Il était fort habile,
et leur marquait infiniment de considération.
       Le lendemain, dès l’aube, ils se rendirent au cimetière.
       Bouvard, avec sa canne, tâta à la place indiquée. Un corps dur sonna. Ils arrachèrent
quelques orties, et découvrirent une cuvette en grès, un font baptismal où des
plantes poussaient.
       On n’a pas coutume, cependant, d’enfouir les fonts baptismaux hors des églises.
       Pécuchet en fit un dessin, Bouvard la description ; et ils envoyèrent le tout à
Larsonneur.
       Sa réponse fut immédiate.
       — « Victoire, mes chers confrères ! Incontestablement, c’est une cuve druidique ! »
       Toutefois qu’ils y prissent garde ! La hache était douteuse. – Et autant pour lui que
pour eux-mêmes, il leur indiquait une série d’ouvrages à consulter.
       Larsonneur confessait en post-scriptum, son envie de connaître cette cuve – ce qui
aurait lieu, à quelque jour, quand il ferait le voyage de la Bretagne.
       Alors Bouvard et Pécuchet se plongèrent dans l’archéologie celtique.
D’après cette science, les anciens Gaulois, nos aïeux, adoraient Kirk et Kron,
Taranis, Ésus, Nétalemnia, le Ciel et la Terre, le Vent, les Eaux, – et,
par-dessus tout, le grand Teutatès, qui est le Saturne des Païens.