BOUVARD ET PÉCUCHET
PLANS ET SCÉNARIOS : Tableau génétique | Hors tableau || BROUILLONS : Tableau génétique
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Bouvard et Pécuchet - lignes numérotées pour le tableau génétique - folio 87
 
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      – Car Saturne, quand il régnait en Phénicie épousa une nymphe nommée
Anobret, dont il eut un enfant appelé Jeüd – et Anobret a les traits de
Sara, Jeüd fut sacrifié (ou près de l’être) comme Isaac ; – donc, Saturne est
Abraham, d’où il faut conclure que la religion des Gaulois avait les mêmes principes que celle
des Juifs.
       Leur société était fort bien organisée. La première classe de personnes comprenait le
peuple, la noblesse et le roi, la deuxième les jurisconsultes, – et dans la troisième, la plus haute,
se rangeaient, suivant Taillepied, « les diverses manières de philosophes » c’est-à-dire les druides
ou saronides, eux-mêmes divisés en eubages, bardes et vacies.
       Les uns prophétisaient, les autres chantaient, d’autres enseignaient la botanique, la médecine,
l’histoire et la littérature, bref « tous les arts de leur époque ». Pythagore et Platon
furent leurs élèves. Ils apprirent la métaphysique aux Grecs, la sorcellerie aux Persans,
l’aruspicine aux Étrusques – et aux Romains, l’étamage du cuivre et le commerce
des jambons.
       Mais de ce peuple, qui dominait l’ancien monde, il ne reste que des pierres, soit
toutes seules, ou par groupes de trois, ou disposées en galeries, ou formant des enceintes.
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       Bouvard et Pécuchet, pleins d’ardeur, étudièrent
successivement la Pierre-du-Post à Ussy, la Pierre-Couplée au Guest, la Pierre du
Jarier, près de Laigle – d’autres encore !
       Tous ces blocs, d’une égale insignifiance, les ennuyèrent promptement ; – et un jour qu’ils
venaient de voir le menhir du Passais, ils allaient s’en retourner, quand leur
guide les mena dans un bois de
hêtres, encombré par des masses de granit pareilles à des piédestaux, ou à de
monstrueuses tortues.
       La plus considérable est creusée comme un bassin. Un des bords se relève – et du fond partent
deux entailles qui descendent jusqu’à terre. C’était pour l’écoulement du sang ; impossible
d’en douter ! Le hasard ne fait pas de ces choses.
       Les racines des arbres s’entremêlaient à ces rocs abrupts. Un peu de pluie tombait ; au
loin, les flocons de brume montaient, comme de grands fantômes. Il était facile d’imaginer
sous les feuillages, les prêtres en tiare d’or et en robe blanche, avec leurs victimes humaines
les bras attachés dans le dos – et sur le bord de la cuve la druidesse, observant le
ruisseau rouge, pendant qu’autour d’elle, la foule hurlait, au tapage des cymbales
et des buccins faits d’une corne d'aurochs.
       Tout de suite, leur plan fut arrêté.
       Et une nuit, par un clair de lune, ils prirent le chemin du cimetière,
marchant comme des voleurs, dans l’ombre des maisons. Les persiennes étaient
closes, et les masures tranquilles ; pas un chien n’aboya. Gorgu les accompagnait,
ils se mirent à l’ouvrage. On n’entendait que le bruit des cailloux
heurtés par la bêche, qui creusait le gazon.