BOUVARD ET PÉCUCHET
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Bouvard et Pécuchet - Brouillons, vol. 3, folio 221v.
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Les trous étant creusés, ils | procédèrent à l'habillage, c'est à dire qu'ils | coupèrent
l'extrémité de toutes les racines [bonnes ou mauvaises], & les enfouirent dans
un compost. six mois après, les plants étaient morts – nouvelles commandes
au pépiniériste, & plantations nouvelles dans des trous encore plus profonds. Mais
bientôt la pluie détrempant le sol, les greffes d'elles-mêmes s'enterrèrent, & les arbres
s'affranchirent.
– Le printemps venu, Pécuchet se mit à la taille des poiriers. Il n'abattit pas les
flèches, multiplia les pinçages, respecta les lambourdes – & s'obstinant à vouloir
coucher d'équerre les duchesses qui devaient former des cordons unilatéraux
il les cassait ou les arrachait, invariablement. Quant aux pêchers, il s'embrouilla
dans les sur-mères, les sous-mères & les deuxièmes sous-mères. Des vides et des
pleins se présentaient toujours où il n'en fallait pas. – & impossible d'obtenir sur
                                                           six
l'espalier un rectangle parfait avec branches à droite & six à gauche, non compris
                                                 simulant* 
les deux principales, le tout figurant une belle arête de poisson.
Bouvard tâcha de conduire les abricotiers ; ils se révoltèrent. Il abattit leurs troncs
à raz du sol ; aucun ne repoussa. Les cerisiers auxquels il avait fait des entailles
produisirent de la gomme.
{{Enfin au bout de la seconde année, presque tous les arbres étaient tordus comme
des serpents avec un bouquet de feuilles çà et là sur les écorces rugueuses.

une branche n'avait pas le droit de pousser un peu plus bas ou plus haut que la
parallèle. Pour qu'elles eussent la même longueur, il les mesurait avec un mètre.}}
                                                                                                 de la base
D'abord, ils taillèrent trop long, ce qui éteignait les yeux [illis.], puis trop
court ce qui amenait des gourmands. – & souvent ils hésitaient, ne sachant pas
reconnaître les boutons à bois des boutons des à fleurs. Durant pendant ce temps*
                                                     des
i/Ils s'étaient réjouis d'avoir beaucoup de fleurs, mais ayant reconnu leur faute, ils
en arrachaient les trois quarts, pr fortifier le reste.
Et ils parlaient continuellement de                                                             du
Et les conversations n'en finissaient pas sur la sève & le/du cambium, le palissage
du             de
le cassage, l'éborgnage continuellement.Ils avaient au milieu de leur salle
à manger, dans un cadre, la liste de tous leur élèves avec un numéro qui
se répétait dans le jardin, sur un petit morceau de bois, au pied de l'arbre.
Levés dès l'aube, ils travaillaient jusqu'à la nuit, le porte-joncs à la ceinture.
Par les froides matinées de printemps, Bouvard gardait sa veste de tricot sous
sa blouse, Pécuchet sa vieille redingotte sous sa serpillière. & les gens qui
passaient le long de la clairvoie les entendaient tousser dans le brouillard.
                Quelquefois
Souvent au milieu de son travail  Pécuchet tirait de sa poche son manuel
et il en étudiait un paragraphe, debout, avec sa bêche auprès de lui, dans
la pose du jardinier qui décorait le frontispice du livre. Cette ressemblance
le flatta même beaucoup & il en conçut plus d'estime pr l'auteur
[Transcription de Joëlle Robert]