Préfaces de Raymond Queneau à Bouvard et Pécuchet
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     En 1942, j'ai écrit pour une édition (belge) de 
BOUVARD ET PECUCHET, qui ne parut jamais, une introduction
qui fut publiée dans le numéro 31 de FONTAINE, alors à Alger, 
pages naïves, car je ne connaissais pas alors la « bibliographie »
du sujet, ou, comme on dit encore, la « littérature »
du sujet, et candidement, je croyais neuves et originales
les quelques idées (rapprochements ou points de vue)
qui parsemaient ce texte. Depuis, et en vue de cette préface- 
ci, j'ai lu les ouvrages fondamentaux sur la question et ne 
tardai pas à constater (il suffit pour cela d'être « assez 
lucide 
», qualité que Flaubert ne refuse pas à ces esprits 
« médiocres et simples », Bouvard et Pécuchet), que tout ce
que j'avais dit avait déjà été dit, et pas mal de fois déjà. 
Cela ne m'étonna pas autrement, parce que primo je ne dois
pas exagérer ma candeur, non plus que, secundo, mon originalité. 
Et d'ailleurs j'avais pris mes précautions. L'article 
en question ne commençait-il pas ainsi :  

            « Les oeuvres posthumes de Flaubert comprennent
« un Dictionnaire des Idées reçues, dont le but avoué était :
« qu'une fois qu'on l'aurait lu, on n'osât plus parler de
« peur de dire naturellement une phrase qui s'y trouve. 
« S'il n'est pas prouvé que ce que Bouvard et Pécuchet copient
« à la fin du livre inachevé qui porte leur nom est
« ce Dictionnaire, mais bien plutôt, semble-t-il, un Sottisier,
« l'Album, non moins redoutable, il n'en est pas moins
« vrai que ce que l'on connaît de ce livre-ci, tel qu'il nous
« est parvenu, produit déjà l'effet prévu pour le Dictionnaire :
« après l'avoir lu, et relu, on n'ose plus formuler sur