Préfaces de Raymond Queneau à Bouvard et Pécuchet
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dans Thiers ; plus tard, il épluche aussi Alexandre Dumas et
Walter Scott). Puis ils établissent le Dictionnaire des Idées
reçues
, oeuvre de Flaubert « complètement fait(e) » dès le
4 septembre 1850. Le 17 Septembre 1852, il écrit à Louise
Colet : « La préface (de ce dictionnaire) m'excite fort, et
la manière dont je la conçois : ce serait tout un livre...
»
Ce livre n'est autre que Bouvard et Pécuchet dont le XI chapitre
aurait eu une longueur égale à celle des dix premiers. 

           Enfin Bouvard et Pécuchet seraient tombés sur les
papiers du clerc de Marescot, introduisant ainsi une série
de pastiches, notamment, semble-t-il, de la littérature
épistolaire, ceci pour amener la découverte de la lettre du
docteur Vaucorbeil au préfet, « rapport confidentiel » sur
l'activité de Bouvard et Pécuchet depuis leur arrivée à
Chavignolles, et cette lettre devait « être pour le lecteur
la critique du roman
». Mais nullement impressionnés,
exaltant la « statistique », les « faits » et les « phénomènes », les
deux « bonshommes » auraient continué à copier, dans
la joie la plus pure et la plus intégrale. 

           Ainsi arrivent-ils à bon port, pour demeurer dans
le domaine des images maritimes et ulysséennes que j'ai glissées
dans la narration de leur épopée. Car Bouvard et Pécuchet
est une Odyssée, Madame Bordin et Mélie sont les Calypso
de cette errance à travers la Méditerrannée du savoir et la
copie finale l'Ithaque où, après avoir massacré tous les 
prétendants, ils font avec un enthousiasme plein de sagesse
l'élevage des huîtres perlières de la bêtise humaine. Tout comme
Candide, ils cultivent leur jardin, et, pour Flaubert :
« La fin de Candide : cultivons notre jardin est la plus
grande leçon de morale qui existe 
» (lettre à Edmond de
Goncourt).