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Notes sur Plutarque et sur l'ouvrage Luxe des dames romaines

Transcriptions et présentation par Atsuko OGANE
(mars 2016)

Transcriptions

Table des folios

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Transcriptions des folios

Plutarque
f° 37r | f° 37v | f° 38r | f° 39r | f° 39v | f° 40r | f° 40v | f° 41r | f° 42r | f° 42v | f° 43r | f° 43v 
Luxe des dames romaines
f° 44r

Codes de transcripion

Notre transcription est globalement diplomatique, mais nous avons choisi de restituer les accents pour faciliter la lecture.

Les chiffres, dans le corps du texte, appellent des notes de bas de pages. Elles enregistrent les différences entre les notes prises par Flaubert et les textes de base : mots substitués, phrases résumées ou reformulées. Nous signalons également en notes les marques laissées par Flaubert, ainsi qu’un marque-page inséré dans un volume.


Mots ou passages illisibles = [illis.]. Le nombre de points correspond à la longueur des éléments illisibles : « .... [illis.]....... ».
Mots ou phrases supprimés : barré.
Les mots soulignés par Flaubert sont soulignés.
Les lectures conjecturales sont indiquées en notes.


Abréviations
À la place du « et », Flaubert utilise le plus souvent l’esperluette. Il l’abrège par un signe qui ressemble à un alpha grec. Nous utilisons l’esperluette : « & ».
« pr- » / « pr » / « pr » = pour ; « prquoi » = pourquoi.
« qque » = quelque ou quoique
La finale en « -ement » est souvent réduite en « -emt ».

Présentation

Des notes de lecture pour Salammbô, de la main de Flaubert, sont conservées à la Bibliothèque municipale de Rouen dans un volume relié, sous la cote Ms g 476. Elles comptent 44 folios sur vélin blanc, d’un format 350 x 224 mm, introduits par un sommaire autographe. Les deux ensembles de notes dont nous publions la transcription se trouvent dans les dernières pages du volume : les notes sur Plutarque occupent les folios 37r° à 43v°. Flaubert a lu cet auteur dans l’édition des Œuvres complètes de Plutarque, traduites du grec par Amyot, avec des Notes et des Observations, Paris, de l’imprimerie de Cussac, 1801-1805, XXV vol., conservés à la Bibliothèque de Flaubert à l’Hôtel de ville de Canteleu. Cet ouvrage se trouvait dans la bibliothèque du père de Flaubert, Achille Cléophas. Il présente de nombreuses traces écrites, ainsi que des marque-pages.

Le dernier feuillet de ce dossier manuscrit (f° 44r°) comporte des notes prises sur l’ouvrage Du Luxe des Dames romaines, Mémoires de littérature tirez des registres de l’Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres, t. IV, Paris, de l’Imprimerie royale, 1723. Après confrontation de plusieurs éditions conservées à Rouen et à Paris, il nous paraît vraisemblable que Flaubert s’est servi d’un exemplaire de la Bibliothèque nationale pendant son séjour à Paris en 1857. Alfred Baudry avait fourni une liste d’ouvrages relatifs à Carthage conservés à la Bibliothèque de Rouen, mais cette liste a été envoyée au domicile parisien de Flaubert (lettre d’Alfred Baudry du 25 mars 1857, Bibliothèque de l’Institut, collection Lovenjoul, H 1361, B I, ff° 97-98 ; extrait reproduit dans la Correspondance, éd. Jean Bruneau, Gallimard, Bibl. de la Pléiade, t. II, p. 1356, n. 3).

Plutarque est un des auteurs favoris de Flaubert quand il est au collège, au même titre que Sénèque en philosophe (lettre du 6 novembre 1839 à Ernest Chevalier). Il l’a lu toute sa vie : il a recommandé à Louise Colet de lire les Morales, alors qu’il rédigeait Madame Bovary (lettre du 17 février 1853), et à sa nièce Caroline, il prescrit « le plus de Plutarque » possible (lettre du 26 août 1872). Il est également question de Plutarque dans ses échanges avec Louis Bouilhet (Propos de table, lettre de Bouilhet du 22 septembre 1855 en réponse à Flaubert qui lui avait demandé les informations sur la maladie du mendiant), Marie-Sophie Leroyer de Chantepie (Vie des hommes illustres, lettre du 5 octobre 1859), George Sand (lettres du 21 mai et du 2 juillet 1870) et Tourgueneff (lettre du 5 juin 1872).

Flaubert a pris des notes sur « les traités de l’âme » de Plutarque pour préparer La Tentation de saint Antoine de 1874 : « – Les jeunes filles de Milet, sans aucun motif se tuaient par le lacet (Plutarque traité de l’âme » (NAF 23671, f° 75v°) ; « les jeunes filles de milet s’étranglaient (athlete timanthe ne pouvant plus bander son arc se brûla vivant Hegésias : le persuadeur de la mort (Plutarque – Denys p. 263 » (NAF 23671, f° 98).

Flaubert lit surtout Plutarque pendant la rédaction de Salammbô : c’est à ce moment-là qu’il prend les notes que nous avons transcrites. On peut les dater de 1857-1858 d’après sa correspondance, et plus précisément quand il mettait au point les plans et les scénarios du roman en lisant une centaine de volumes sur Carthage : « Mon plan, avec tout cela, n’avance nullement […]. J’ai encore à feuilleter Athénée et Plutarque […]. Plus cinq ou six mémoires de l’Académie des Inscriptions, et puis ce ne sera pas tout ! » (lettre à Jules Duplan du 5 août 1857). Il indique qu’il lui est nécessaire de lire cinq ou six mémoires de l’Académie des Inscriptions (lettre à Ernest Feydeau du 6 août), et il annonce qu’il a analysé six traités de Plutarque (lettre à Feydeau du 19 décembre 1858). À l’époque où il entame « la séance de nuit des Cent dans le temple de Moloch » (chap. VII), il mentionne le chapitre « s’il est loisible de manger chair (chap. II) » dans les Morales de Plutarque (lettre à Georges Pouchet du 16 novembre 1859). À cela s’ajoutent d’autres termes qu’il a puisés dans ces notes : « l’assemblée du Conseil qui se tenait la nuit, et sur le Sénat » (f° 41r°), la signification du tissu de « lin » pour la robe de Shahabarim (chap. III, p. 612), la vision du monde « rond » par les Stoïciens pour exprimer celle de ce prêtre de Tanit (chap. X, p. 723 ; f° 42r°, f° 42v°), une herbe « adiante » avec laquelle Shahabarim fait arroser l’appartement de Salammbô pour la guérir (chap. X, p. 722 ; f° 39r°). De même, le terme « jusquiame » dans la scène du sacrifice à Moloch vient des notes prises sur Plutarque concernant le « jus de jusquiame » qui rend « furieux & outrageux » (f° 39r°, Propos de table) les Derviches farouches qui sautent : « Les plus dangereux étaient les buveurs de jusquiame ; dans leurs crises ils se croyaient des bêtes féroces et sautaient sur les passants, qu’ils déchiraient. » (chap. XIII, p. 772). Ce passage se retrouve dans plusieurs plans et scénarios de Salammbô : « Derviches ennivrés de jusquiame. sautant, pendant le siège de crenaux en crenaux. Avec une hache à 2 tranchants il fait le moulinet – furieux ? ecumant – au risque de se tuer » (f° 202v, Notes. Fragments scénariques ) ; « Derviches s’ennivrant de jusquiame » (f° 216v°, Notes. Fragments scénariques). Dans le scénario partiel pour le chapitre XIII, « Derviches ennivrés de jusquiame, furieux un qui saute de créneau en creneau avec une hache en faisant le moulinet, au risque de se tuer » (f° 204r°, f° 205r°). Le mot « Mutazalitae = errants (= derviches) » apparaît au f° 204r° ainsi qu’au 202r° (troisième scénario de la troisième partie). Flaubert a laissé une note entièrement consacrée aux « Jours malheureux & heureux » dans la « Vie de Camille » des Vies des hommes illustres de Plutarque dans les notes des scénarios du roman (f° 214r°). On peut donc dater la prise des notes sur Plutarque de la rédaction des plans et scénarios de Salammbô.

Flaubert copie les œuvres de Plutarque le plus souvent en modernisant la traduction en ancien français, mais ce n’est pas systématique. Il a modifié ou résumé des phrases, souvent sans mettre les accents, ni respecter les majuscules et minuscules. Ces particularités rendent difficile de respecter l’écriture spécifique de Flaubert. La confrontation entre les notes prises par Flaubert et les textes d’origine nous a contrainte à introduire des notes, pour indiquer les écarts.

La publication de ces notes a été rendue possible grâce à l’autorisation de consultation donnée par la Bibliothèque municipale de Rouen pour les manuscrits et par la bibliothèque de Flaubert à la ville de Canteleu, et grâce à la subvention accordée à notre projet « Recherches sur le mythe de la femme fatale dans Salammbô de Flaubert » (2011-2013, JSPS KAKENNHI Grant Number 23520406) par la Société Japonaise pour la Promotion des Sciences. Nous remercions Mme Claire Basquin, conservateur du Patrimoine à la Bibliothèque municipale de Rouen, et Mme Catherine Hubbard, bibliothécaire adjointe, ainsi que M. Joël Dupressoir, responsable de la bibliothèque de Flaubert à Canteleu. Notre profonde gratitude va à Monsieur Michel Zink, qui a facilité la consultation d’une lettre d’Alfred Baudry adressée à Flaubert, à la Bibliothèque de l’Institut. Nous remercions M. Olivier Leroy pour sa relecture assidue et pour ses conseils, et l’équipe du site Flaubert qui met en ligne le résultat de ce travail.





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