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CELIS

Centre de Recherches sur les Littératures et la Sociopoétique

Axe : Révolutions et Romantismes

(EA 1002)

UNIVERSITE BLAISE-PASCAL

CLERMONT-FERRAND II

 

APPEL A CONTRIBUTIONS

La littérature en débat :

pour une lecture de la correspondance George Sand - Gustave Flaubert

 

 

La correspondance Flaubert-Sand mérite bien un ouvrage collectif d’études. En effet, malgré la variété thématique de leurs conversations épistolaires, George Sand et Gustave Flaubert ont imposé avec obstination la littérature comme le sujet essentiel de leur rencontre dialoguée au point de figurer les correspondances d’écrivains comme le lieu exclusif d’une réflexion et d’un débat sur la littérature.

La lecture de leur correspondance réclame une analyse selon le grain le plus fin possible des différentes facettes de l’interrogation du littéraire (telle que les deux amis la posent et y répondent). De leurs différences dans l’approche théorique comme de leurs rencontres consensuelles, inattendues mais multiples, est né et s’est développé un discours à deux voix inscrit dans le temps, donc évolutif et modulable selon les conditions, historiques, entre autres, de l’échange. Le débat entretenu pendant une dizaine d’années a contribué à questionner de nombreuses conceptions de l’œuvre littéraire dans une volonté totalisatrice, celles de sa fonction également ou encore du métier d’écrivain et de sa place dans la société, et l’Histoire. Des échanges Sand-Flaubert, il apparaît aujourd’hui un ensemble large de pistes particulièrement motivantes pour notre réflexion contemporaine.

Trois axes majeurs d’étude peuvent être suggérés.

Axe 1 : La littérature, un absolu à comprendre : la place de l’art

En s’appuyant sur leurs propres pratiques littéraires, Sand et Flaubert manifestent des conceptions souvent opposées mais toujours discutées. Plusieurs points peuvent être observés : la question de l’impersonnalité, bien entendu, la conception du Beau dans sa confrontation au réalisme ou aux exigences du fait raconté, souvent trivial ; la recherche esthétique à réfléchir comme but (Flaubert) ou comme effet seulement (Sand) ; l’entreprise d’écriture comme épreuve de la plus redoutable difficulté ou au contraire activité simple sinon facile… La figure de l’artiste, problématique alors encore à définir pour permettre sa représentation romanesque, constitue une façon de synthétiser les multiple problèmes cités.

Ce premier axe pourra se développer, en outre, en étudiant le rapport au monde éditorial entretenu par les deux correspondants. Quelle place réserver à l’édition, au public, au succès marchand ? Où se joue la valeur d’une œuvre et de son auteur et qui en décide ? Comment réagir aux succès de son amie pour Flaubert ? Comment soutenir une œuvre en difficulté pour Sand quand l’auteur, Flaubert, réclame son aide ? Quel accueil réserver aux nouveaux venus dans le monde des lettres et quelles relations entretenir avec eux ? Autant de questions pour définir mieux la place de l’art telle qu’elle vient l’occuper dans leur correspondance…

Axe 2 : La littérature et l’écrivain : la place de l’artiste

La correspondance Flaubert-Sand ne s’offre pas au lecteur comme un bloc monolithique, elle est marquée au contraire par de nombreuses évolutions où joue l’effet des rencontres physiques entre eux, avec d‘autres confrères (Tourgueniev…). Comment définir la nature des rapports entre les deux amis qui vient définir l’artiste lui-même : tantôt rapport de mère à fils, de Maître à élève (mais qui est le Maître?) ou d’autorité littéraire à une autre autorité littéraire, tantôt rapport construit sur des intérêts et des expériences communes (le rapport au succès…) ou au contraire divergents (le rapport à l’éditeur…) ? Qu’est-ce qui caractérise l’écrivain ? La question de l’intimité intellectuelle doit être étudiée : que signifie-t-elle et comment se manifeste-t-elle ? Quels sont les facteurs qui la favorisent, ceux qui la brident ? Et puis la question de l’influence littéraire au sein d’une telle amitié : Flaubert concède avoir évolué vers les thèmes de Sand mais comment s’en assurer ? De son côté, a-t-il exercé une influence en retour ? Laquelle ?

Un autre aspect majeur, transversal, requiert notre attention. L’écrivain a besoin de rompre avec la solitude de l’écriture et l’échange épistolaire lui en offre l’opportunité dans la rencontre ou d’un double, ou d’un écrivain d’une autre trempe. Il faut interroger en ce sens la notion de conseil, car ils sont nombreux ceux que Sand donne à Flaubert : conseils pour réfléchir autrement le débat nature/culture et l’inviter à une intellectualisation moins absolue de la vie vécue et écrite, pour appréhender l’autre (au quotidien, dans l’œuvre, l’être humain en général comme le lecteur en particulier) selon une exigence d’empathie, fruit d’un enseignement de l’amitié, pour apprendre la volonté aussi d’être un écrivain dans la société et non en sa marge. Mais qu’est-ce qu’un conseil pour un écrivain ? Le risque de perdre son identité littéraire ou la chance d’une ouverture sur un changement ? Pour Sand, trois principes régissent ses lettres : conseiller, calmer et corriger. Pour Flaubert, trois autres principes bien différents : comprendre, condamner, continuer. Comment s’entendre ? Et à quel façonnage de l’artiste assiste-t-on ?

 

 

Axe 3 : La littérature, l’écrivain et l’autre : la place du lecteur

La correspondance Sand-Flaubert contribue à développer la sphère littéraire selon l’image d’une bulle protectrice qui retranche l’écrivain du monde. Or, les lettres posent la question de l’existence d’autrui : où le rencontrer, qui choisir de peindre et comment le peindre quand l’autre est la bêtise ?

En effet, il convient d’analyser le débat entre Flaubert et Sand autour de ce thème, sujet privilégié du premier auquel son amie est sensibilisée dans les années 1870. Comment supporter la bêtise ? Quelle sérénité lui opposer pour écrire quand même ou même pour l’écrire, quelle colère manifester ? En quoi la bêtise porterait-elle atteinte à la littérature ? En quoi celle-ci aurait-elle au contraire mission de l’éradiquer ? La bêtise est-elle une enfance selon le mot de Sand ? Quel débat politico-philosophique ouvrir là, relatif à la relation de l’écrivain au peuple, à la masse, à tout ce qui n’est pas l’élite ? Relatif aussi aux questions de l’égalité et de la démocratie, notamment.

Et puis il y a le débat qui se noue dans les derniers mois de la correspondance et qui met aux prises la littérature synonyme de sacerdoce ou d’esclavage et la vie synonyme de futilité et de distraction. La nécessité de s’ouvrir à autrui s’oppose alors au principe d’une vie érémitique chère à Flaubert… C’est le débat entre ‘utiliser l’art’, le rendre efficace et utile, et ‘servir l’art’, le rendre comme un Dieu à qui on se sacrifie et on sacrifie tout. Les deux écrivains interrogent la question de la place de l’autre - le lecteur essentiellement - dans leur existence artiste. Deux conceptions de l’écrivain et de la littérature viennent s’opposer là…

C’est Sand qui écrivait à Flaubert, le 10 octobre 1871 : « Mais il faudrait trouver le lien et l’accord entre tes vérités de raison et mes vérités de sentiment. » Comme si toutes leurs lettres montraient que la littérature ne va pas de soi, contrairement à ce que pensait Flaubert !

Les propositions seront adressées par voie électronique, accompagnées d’un résumé (une quinzaine de lignes) avant le 29 décembre 2008 à :

Thierry POYET : thierryccpoyet42@yahoo.fr



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