RÉPONSE 60
Deux réponses nous sont parvenues.
Michel Pierssens nous écrit: «Une piste de réponse à la question: dans la mythologie hindoue, le dieu de l’amour (Kamadeva) se déplace porté par un perroquet:
http://www.webonautics.com/mythology/kamadeva.html
L’oiseau en question est omniprésent dans la mythologie et les contes indiens ainsi que dans les temples. Flaubert a pu en avoir connaissance par ses relations orientalisantes.»
De son côté, Christian Dufour, via Litor, suggère l’explication suivante: «Le perroquet est sujet à l’épilepsie, le mal sacré. Voir Buffon: “Le perroquet cendré est, comme plusieurs autres espèces de ce genre, sujet à l’épilepsie et à la goutte; néanmoins il est très vigoureux et vit longtemps”, Histoire naturelle, “Le Jaco ou Perroquet cendré”.
Gisèle Séginger apporte un complément. La source est peut-être Creuzer comme
souvent : « Maya avec l’enfant Cama, l’Amour, sur son sein, tous deux portés
par un perroquet, monture ordinaire de ce dernier » (Religions de l’Antiquité, t. IV, n. 104, 1re partie, explication des planches).
Michel Bernard nous apporte un complément de réponse à la question sur «le perroquet, animal fatidique» qui figure dans Salammbô (voir les premières réponses:
http://flaubert.univ-rouen.fr/questions_reponses/reponses.php#reponse60).
La critique contemporaine s'est déjà étonnée de ce perroquet divin.
On lit ainsi dans un article de G. Froehner de 1862 dans la Revue contemporaine (tome XXX, 31 décembre 1862, «Le roman archéologique en France», p.860): «Ç’a été aussi une nouveauté pour nous d'apprendre que le perroquet était un animal fatidique, que le cheval était consacré à Esculape, le singe à la lune. Ces détails ne se trouvent dans aucun auteur ancien ni dans aucun monument authentique; ils sentent le voyageur moderne, traducteur véridique peut-être des traditions recueillies sur la route, mais dont le témoignage ne saurait avoir la moindre valeur dès qu'il s'agit de restituer l'ancienne société carthaginoise.» Flaubert répond à cet article dans une lettre du 21 janvier 1863, où il ne relève d'ailleurs que les allusions aux singes et aux chevaux, et pas au perroquet.
On lit dans la Revue britannique, dans un article de 1838: «Le harem du pacha de Widdin» (tome 18, 4e série, p.307), traduit du Fraser's magazine: «Touti est le nom d'un perroquet pour lequel les Hindous ont une profonde estime, et qui occupe toujours un emploi fatidique dans leurs romans de moeurs.». Flaubert pratique régulièrement cette revue et elle figure, selon Jean Seznec («Saint Antoine et les monstres», Publications of the Modern Language Association of America, mars 1943, p.215), parmi les sources de La Tentation. Il s'agit donc d'une source probable, en raison de la proximité du mot «fatidique». On peut aussi supposer qu'un article sur le harem d'un pacha n'a pas dû échapper à Flaubert...
RÉPONSE 57
Premier élément de réponse, découvert par l'auteur de la question lui-même : au 18, rue de Laval, habitait dans les années 1840 un certain « Bizet, professeur de musique », qui est le père de Georges... Mais il n'y a pas de relation connue entre Flaubert et cette famille.
RÉPONSE 56
Guillaume Hardy signale que cette couleur désigne la teinte d’un tissu, toujours utilisée, il peut en attester, puisque lui-même porte un pantalon couleur puce.
Sylvain Caron a trouvé dans la préface d’Anne Richardot à la réédition du livre de Louis-Antoine, Marquis de Caraccioli, Le Livre à la mode suivi du Livre des quatre couleurs (Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2005, p.19), que la «fameuse couleur puce», née sous Louis XVI, se subdivisait en «vieille puce, dos, ventre, cuisse, tête de puce, puce effrayée ou puce endormie».
Sylvie Giraud signale deux occurrences de la couleur puce dans les Carnets de voyage de Flaubert:
Carnet n°7, f°35: «le chef des cérémonies gros bonhomme en robe puce ressemblant un peu à Soliman Pacha» (jeudi 14 novembre 1850, Constantinople).
Carnet n°10, f°3v°: «une femme de chambre sylphide avec un oeil à demi clos a été dans l'Inde, chapeau de soie puce, éreinté» (18 avril 1858, sur le bateau qui le mène en terre maghrébine).
On ne sait toujours pas si Flaubert a utilisé cette couleur pour désigner l’un ou l’autre de ses livres.
Article de Wikipédia, «
Puce (couleur)».
RÉPONSE 55
(< Anne Wicke, professeur en Langues et littératures anglaises et anglo-saxonnes, université de Rouen)
Il semble que Melville n'ait jamais lu une ligne de Flaubert. Par ailleurs, comme il ne comprenait quasiment pas le français,
il n'a rien pu traduire. Il avait lu un peu de Balzac, mais très tard dans sa vie.
RÉPONSE 51
(< Jeanne Bem, Joëlle Robert, Cécile Supiot, Sylvain Caron, Ryszard Engelking)
Synthèse des réponses à la question posée dans le Bulletin 102, concernant le sens de l’expression «
passer sous son pouce».
Dans son édition de
Madame Bovary parue chez Magnard (coll. «Textes et contextes», 1988), Gérard Gengembre définit ainsi l’expression: «on lève son pouce horizontalement et on fait mine de passer dessous» (p.100). Pierre-Marc de Biasi reproduit presque mot pour mot cette définition, en ajoutant qu’il s’agit là d’une plaisanterie et que le pouce est levé au-dessus de la tête, ce qui semble aller de soi puisqu’on passe dessous (Imprimerie nationale, 1994, p. 117). Thierry Laget renvoie à la définition de Pierre-Marc de Biasi (Gallimard, coll. Folio, 2001, p.78). Aucune de ces éditions n’indique de source.
Jeanne Bem (qui prépare la nouvelle édition de
Madame Bovary pour la Pléiade), nous signale que dans la traduction de Oxford University Press de 2004, on lit: «They lifted weights, played "Under my Thumb" [ ...]», sans note. L'expression existe donc en anglais, les majuscules et les guillemets montrant que c'est un jeu répertorié, peut-être familier au lecteur anglais.
Daniel Fauvel, familier des coutumes cauchoises, n’a jamais entendu parler de ce jeu, qui ne paraît pas normand, pas plus que Jean-Marie Privat, connaisseur de la culture populaire.
La question reste donc ouverte.
RÉPONSE 47
RÉPONSE à la question de Claude Courouve, auteur du
Dictionnaire français de
l'homosexualité masculine, concernant le «
système Cordier».
Antonio Álvarez de la Rosa, professeur à l'Université de La
Laguna, pense qu’il s’agit d’Alphonse Cordier (1820-1897),
conseiller municipal de Rouen, conseiller général et sénateur, mentionné
à plusieurs reprises dans la
Correspondance (voir surtout la
lettre à Louise Colet du 21 août 1853, Bibl. de la Pléiade, t.II,
p.405-406). Il est cité dans un scénario de
Sous Napoléon III:
«Cordier: le malin qui s’enfonce» (Carnet 17, f. 2). Dans son édition
des
Carnets de travail, Pierre-Marc de Biasi fait également
l’hypothèse que ce Cordier pourrait renvoyer au vaudevilliste Éléonore
de Vaulabelle, dit Jules Cordier (Balland, 1988, p.716), mais nous
n’avons aucune preuve que Flaubert l’ait connu.
RÉPONSE 45
À la suite de l’information concernant le
portrait inédit de Flaubert (voir le
Bulletin n°87), nous
avons reçu des réactions de plusieurs lecteurs. Les voici.
Rappel: le portrait inédit a été mis en ligne sur notre site, grâce à
l’aimable autorisation de Grégory Leroy, expert chez Artcurial:
http://flaubert.univ-rouen.fr/iconographie/inedit-1846.php
Joëlle Robert:
«Est-ce que l'on connaît le portrait que Louise Colet avait offert à Flaubert? Dans l'
Album Flaubert
de la Pléiade, aucun portrait de Louise Colet ne correspond à celui que
l'on devine sur le daguerréotype de 1846. Mais il y en a sans doute d'autres.»
Matthieu Desportes:
«Ma première réaction a été de me dire "Bah voyons!"... Et
puis quand même, le doute... Pourquoi pas? Ce qui est intéressant, c'est
la difficulté à "se représenter" Flaubert autrement que sous
les traits du Vieux de Croisset, sans jeunesse possible. Un peu comme si
on n’avait d'Hugo que le portrait du patriarche barbu... Amusant de
savoir comment on se figure sa figure, comment on a figé Flaubert en
nous. Qui plus est, ce serait aussi rafraîchissant d'avoir le portrait
d'un Flaubert souriant, ou esquissant un sourire, loin de la pose sérieuse
du "gendelettres".»
Geoffrey Wall:
«Ravi de cette nouvelle image de Flaubert qui vient d'apparaître. Elle
m'a révélé un Flaubert jeune, mince (et littérateur) que je n'avais
jamais réussi à imaginer.»
Julian Barnes:
«1) GF à 25 ans? Avec ce degré de calvitie? Et une figure si mince?
Bien sûr, il est très difficile de l'imaginer tel qu'il était, entre le
dessin par Desandré et la première photo (celle de Du Camp dans le
jardin de l'Hôtel du Caire, ou celle de Nadar). Mais est-ce que c'est
vraiment lui?
2) GF ne fait aucune allusion au fait d'avoir été photographié. Et on
sait qu'il détestait la photographie. Et qu'il n'acceptait pas que Du
Camp le photographie en Égypte sauf à une distance considérable.
N'aurait-il pas fait une référence quelconque s'il s'était soumis à
cette nouvelle invention si tôt?
3) Est-ce que l'écriture au dos de la photo est vraiment celle de GF?
4) La gravure représente-t-elle vraiment Louise Colet? (Si c'est le cas,
le nombre de suspects est bien réduit.)
5) Quelle est la provenance de la photo? "Découvert il y a 15 ans à
Paris". Oui, mais chez qui, et est-ce qu'on peut établir un lien - même
lointain, même théorique - entre Colet et celui à qui la photo
appartenait en 1990?»
Cécile Revéret, professeur de lettres:
«Je me permets de vous donner mon humble avis sur le "portrait
controversé" de Flaubert:
1° Il me semble avoir lu que Gustave Flaubert cachait à sa mère sa
liaison avec Louise Colet. Il serait donc étonnant qu'il eût accroché
au mur le portrait de sa maîtresse. On sait que Madame Flaubert, qui
vivait avec son fils à Croisset, avait une forte emprise sur lui. Dans la
lettre où il est fait allusion au portrait de Louise, Gustave F. précise
que le portrait "est posé sur un coussin". On peut penser qu'il
le sortait pour le regarder, certes, mais qu’il se gardait la possibilité
de le dissimuler.
2° La photo elle-même.
Elle me semble très suspecte: Gustave Flaubert avait les yeux à fleur de
tête. On dirait aujourd'hui, irrespectueusement, qu'il avait les yeux
globuleux. Ces yeux globuleux, on les voit aussi bien sur les
photographies de Mulnier et de Carjat que sur le superbe dessin qu'on a de
lui lorsqu'il avait une vingtaine d'années. Or, l'individu photographié
a les yeux enfoncés dans les orbites, avec des arcades sourcilières bien
proéminentes.
Par ailleurs, mais ce détail est moins flagrant, la forme elle-même de
la tête est différente. Gustave Flaubert serait plutôt brachycéphale
alors que l'individu serait dolichocéphale.
Je ne vois quant à moi aucune ressemblance entre les portraits que l'on a
de Flaubert et cette photo.»
Emmanuel de Roux a publié au sujet de ce portrait un article dans
Le
Monde daté du 31 octobre 2006.
Après la publication de l’article du
Monde, et la communication
anticipée des réactions de nos lecteurs, John Wood a envoyé deux
messages à l’expert de la vente Artcurial, Grégory Leroy, qui nous en
a fait part en nous autorisant à les reproduire:
“In terms of answering
perspective buyers' concerns, especially those that might have been raised
by the article, you might look at my 1994 article. As
to the objection that Flaubert hated photography and would not have sat
for a portrait, I deal with that in the first paragraph. "Flaubert's
objections to being photographed by Du Camp, if we are to judge from his
letters to his mother, seem to have as much to do with the weight he'd put
on.." To Julian Barnes comment about the baldness and the leanness,
on p. 352 of the article: he wishes he had met Colet 10 years earlier,
describes how he had "looked like a young Greek," and how his
hair fell on his shoulders back then. And as for Barnes on his leanness;
he was not always the fat man we know from the late pictures. And then
there is the Baudouin painting I mention on p. 355 in which he assumes a
similar pose.”
”As
for what we think was Flaubert's lack of interest in the daguerreotype,
here is an interesting passage from Chapter 15 of
Madame
Bovary:
"At length, Charles, having shut the door behind him, asked him to
make inquiries in Rouen concerning the price one would have to pay for a
really first-rate daguerreotype. It was a surprise he had in store for his
wife. A little bit of sentimentalism, a portrait of himself in dress
clothes. But first of all he wanted to know how he stood as regards
expense."
[«Enfin Charles,
ayant fermé la porte, le pria de voir lui-même à Rouen quels pouvaient
être les prix d'un beau daguerréotype; c'était une surprise
sentimentale qu'il réservait à sa femme, une attention fine, son
portrait en habit noir. Mais il voulait auparavant savoir à quoi s'en
tenir» (II, chap. 6, éd. Claudine Gothot-Mersch, p.120).]
Is
this not the very thing we have here in the portrait: "A little bit
of sentimentalism, a portrait of himself in dress clothes… a surprise he
had in store for his [lover]."
RÉPONSE 44
Sur l’édition du
Voyage en Orient, à la demande de Stéphanie
Dord-Crouslé (Voir le
Bulletin 86).
Jean-Benoît Guinot signale que sur la carte à la page 745 de l'édition
Folio, il manque l'indication de l'excursion à Marathon dont il est
question aux pages 389-391.
RÉPONSE 43
Question de Sylvain Entressangle sur le sens du mot «
bauce»
employé par Flaubert dans
Madame Bovary (III, 3) (Voir la question posée dans le
Bulletin Flaubert
n°86.).
Jeanne Bem:
«C'est une autre orthographe pour "bosse", terme nautique,
cordage (voir le Robert). Un cordage pour amarrer la barque, sans doute.»
Joëlle Robert:
«Voici la note de Gérard Gengembre pour l'édition de
Madame Bovary,
dans la collection "Texte et contextes", chez Magnard: "bauce:
pour "bosse", cordage ou bout de cordage fixé à l'une des extrémités
et servant à saisir une amarre, à amarrer une embarcation» (p.592).
Jean-Benoît Guinot:
«Dans le
Dictionnaire des mots rares et précieux (10/18, n°2782,
1996, p.35):
"Bosse. n.f. Mar. Bout de forte corde servant à tendre une manoeuvre,
à soulager une bitte d'amarrage, à retenir un câble, une chaîne."
Note de Jacques Neefs dans son édition au Livre de Poche classique n°
713, 1999. Page 386, note 2: "Bauce" ou "bosse",
cordage pour amarrer le bateau.»).
Philippe Safar :
Pour godiller dans une barque, on se sert d'une seule rame disposée à l'arrière de la barque.
Le bout de cordage qui maintient cette rame, maniée d'une façon particulière, dite à la godille, est la bauce.
(Source: lexiques des termes marins et glossaire de la voile et de la mer.)
RÉPONSE 42
À propos de la signification des palmes dans
Salammbô (Voir la question posée dans le
Bulletin Flaubert n°85.)
Jeanne Bem:
«Ma source est la Bible Osty. En allemand, le dimanche des rameaux se dit
Palmensonntag. Jésus se rend à Jérusalem au moment de la Pâque juive et
les palmes font partie de la célébration. La foule les utilise spontanément
pour fêter Jésus. Mais des 4 Evangiles, c'est seulement dans Jean 12,13
qu'il est question de branches de palmier. A cet endroit Osty renvoie a
Apocalypse 7,9, qui a son tour renvoie aux deux livres des Maccabées, 1
Mac 13, 51 et 2 Mac 10, 7. Il ressort de cette dernière occurrence que
les branches de palmier accompagnent une fête qui est un rituel de
purification. Par glissement, Flaubert utiliserait le symbole des palmes
en optant pour un sens antithétique de l'acception reçue - la palme récompense
du guerrier vainqueur. Au passage, j'ai remarqué dans 2 Mac chap. 9 la
description d'un roi frappé d'une horrible maladie qui ressemble à celle
d'Hannon.»
Gisèle Séginger:
«Lorsque Jésus entre triomphalement à Jérusalem, il est accueilli par
les habitants qui coupent des «rameaux de palmiers». Ce qui sera commémoré
par la fête des rameaux, début de la semaine sainte, et dans certaines régions
méridionales, en Italie, je crois, on utilise les palmes et non les
rameaux d'olivier pour cette fête. Chez les orthodoxes, la fête des
rameaux s'appelle fête des Palmes. Il y a d'autres éléments christiques
dans l'oeuvre. Bref, il semblerait que ce soit, dans le monde méditerranéen,
un signe pacifique, en effet.»
Jean-Paul Goujon:
«En petit complément à la réponse de Gisèle Séginger, j'ajoute qu'en Espagne, et notamment en Andalousie, la fête des
Rameaux est traditionnellement fêtée par des palmes, que l'on peut
acheter devant les églises, afin de les suspendre au balcon de sa maison,
où elles restent une bonne partie de l'année. Ce serait donc, là aussi,
un signe pacifique.»
RÉPONSE 38
Le «
et» manuscrit abrégé: transcription par
l’alpha ou par l’esperluette?
(Voir la question posée dans le
Bulletin Flaubert n°63.)
Jeanne Bem:
«Si on fait une transcription diplomatique, il faut garder alpha, de même
qu'on ne corrige pas l'orthographe, qu'on ne remet pas les accents, etc.»
Eric Le Calvez:
«Il s'agit vraisemblablement de l'esperluette écrite à la va-vite.
L'esperluette (signe d'ailleurs fort laid) prendrait plus de temps à écrire
correctement qu'un "et", essayez et vous verrez. Donc cela est
devenu un "alpha", il n'y a pas de doute là-dessus. Que l'alpha
ait un sens de liaison ou non, ce n'est pas l'important; c'est plutôt à
relier à l'idiosyncrasie flaubertienne, comme tous les signes grecs (de
mises en rapport interlinéaires ou marginales) qui pullulent dans les
brouillons. Puisque aucun des signes de liaison de Flaubert ne ressemble
à un "&", je me refuse de le transcrire ainsi dans mes
transcriptions diplomatiques, et opte donc pour "alpha".»
Matthieu Desportes:
«Définitivement esperluette. La forme alpha peut apparaître
comme l'abréviation de l'esperluette (elle-même abréviation).»
Stéphanie Dord-Crouslé:
«1- Dans une perspective de diplomatique "radicale"
voire intégriste (être au plus près de ce qui est écrit sur la page du
manuscrit et de la manière dont c'est écrit), j'ai commencé par
utiliser le "alpha" qui est clairement le signe graphique le
plus proche de celui que trace Flaubert.
2- Réfléchissant à la formalisation et aux transformations que
subissent nécessairement les lettres et les signes lorsqu'ils passent de
l'état manuscrit à l'état "typographié" (compliquées par
exemple par l'épineux problème des majuscules), j'en suis venue à me
dire que si je rétablissais d'autres lettres mal formées, il n'y avait
pas de raison pour que je n'agisse pas de même avec ce qui est -
apparemment? - à l'origine un "&" simplifié.
3- Mais ce raisonnement ne me satisfait pas complètement car c'est
vraiment la lettre grecque que Flaubert écrit!
D'où deux problèmes à éclaircir pour m'enlever mes dernières réticences:
1- Historiquement, la lettre alpha a-t-elle jamais eu un rôle de liaison?
Il faudrait que des médiévistes et des spécialistes de la langue
classique nous donnent leur avis.
2- Dans la pratique graphique personnelle de Flaubert, existe-t-il une évolution
dans la formation - ou la déformation - du signe de liaison? C'est là
aux spécialistes des écrits de jeunesse de nous répondre...»
[
Bulletin Flaubert n° 64]
Guy Rosa:
«Je vais ajouter mon grain de sel à l'intéressant débat sur
l'esperluette et l'alpha en proposant de créer un signe spécial, nommé
au choix (encore qu'il vaudrait mieux ne pas ouvrir ce débat)
alpherluette ou esperlupha, qui collera au plus près à la grafie de
Phlaubert. Tout en donnant raison cependant à ceux qui penseraient que la
disposition du manuscrit à côté de sa transcription, sans rendre vaine
cette discussion, est du moins de nature à en amoindrir l'enjeu.
Cela dit et pour apporter une contribution sérieuse, la question se pose
tout de même de savoir si Flaubert confond ou non, si les manuels de
lecture de l'écriture manuscrite se prononçaient sur la manière de
former l'esperluette à la main et s'il existe des exemples de manuscrits
dessinant correctement ce &.» [Extrait du
Bulletin
n° 66.]
RÉPONSE 37
La phrase se trouve dans la lettre à Ernest Chevalier du 23 juillet 1835:
«J'ai attendu
jusques au dernier moment, espérant que les malades de papa le
laisseraient un peu en repos, mais c'est en vain.
Ànankè. Nous ne
pourrons t'aller embrasser qu'aux vacances qui approchent à grands pas.
Avec les pas du temps, avec ses pas gigantesques d'infernal géant.»
[
Corr., éd. Jean Bruneau, Pléiade, t.I, p.19.] [
Bulletin Flaubert n° 63.]
Merci à Sébastien Bailly, Olivier Leroy et Hugues Pradier (directeur de la Pléiade; un
volume Claude Simon est en préparation).
RÉPONSE 36
(< Claude Cambe, Aix-en-Provence)
Il s'agit bien d’un vers de Victor Hugo: il se trouve dans «Les deux côtés
de l'horizon», poème XXXIII de
Toute la Lyre (publié pour la
première fois en 1842 dans la
Revue des Deux Mondes).
>Par ailleurs, Claude Cambe a découvert une autre référence
hugolienne dans un texte de Flaubert. Voici ce qu'il nous écrit:
C'est un (tout petit) mystère sur Flaubert enfin éclairci (sans mérite
aucun). C'est aussi l'histoire de la puissance d'Internet et de l'intérêt
de Google.
Les
Œuvres de jeunesse, éditées par Guy Sagnes et Claudine
Gothot-Mersch dans la Bibliothèque de la Pléiade en 2001, comprennent le
récit de voyage
Pyrénées-Corse.
Le jeune bachelier, âgé de 18 ans, prend des notes sur tout ce qu'il
voit et tout ce qu'il ressent pendant son voyage. A Bagnères-de-Luchon,
le 15 septembre 1840, il profite d'un jour de pluie pour écrire.
S'interrogeant sur l'utilité de coucher sur le papier ses descriptions et
ses impressions, il remarque: «[…] Et puis, à quoi bon tout dire?
n'est-il pas doux au contraire de conserver dans le recoin du coeur des
choses inconnues, des souvenirs que nul autre ne peut s'imaginer et que
vous évoquez les jours sombres comme aujourd'hui, dont la réapparition
vous illumine de joie et vous charmera comme dans un rêve? Quand je décrirais
aujourd'hui la vallée de Campan et Bagnères-de-Bigorre, quand j'aurais
parlé de la culture, des exploitations, des chemins et des voitures, des
grottes et des cascades, des ânes et des femmes, après? après? est-ce
que j'aurai satisfait un désir, exprimé une idée, écrit un mot de
vrai? je me serai ennuyé et ce sera tout. Je suis toujours sur le point
de dire avec le poète:
A quoi bon toutes ces peines,
Secouez le gland des chênes,
Buvez de l'eau des fontaines,
Aimez et rendormez-vous.» (p.670)
Ces quatre vers ont intrigué les différents commentateurs. Le lecteur
est renvoyé à la notice où il est précisé: «Pas plus que les éditeurs
successifs de la
Correspondance nous n'avons retrouvé l'auteur de
ces vers, qui figurent aussi dans une lettre du 15 mars 1842.» (p.1450).
Grâce à Google, il m'a fallu en fait trois secondes pour retrouver le
nom de ce poète: Victor Hugo
himself dans le poème
«Soirée
en mer» des
Voix intérieures.
Gustave citant visiblement de mémoire, voici le quintil original:
«A quoi bon toutes ces peines?
Pourquoi tant de soins jaloux?
Buvez l'onde des fontaines,
Secouez le gland des chênes,
Aimez, et rendormez- vous!»
Deux remarques:
C'est d'abord une confirmation que, pour le jeune Flaubert, mais tous les
habitués de la
Correspondance le savaient déjà, Hugo était véritablement
une idole, au point de pouvoir citer de mémoire des vers extraits des
Voix
intérieures (publié en 1837). Dans une lettre à Ernest Chevalier du
24 juin 1837 (coïncidence: c'est exactement la date où Hugo signe la préface
des
Voix intérieures), il se déclare prêt à donner toute la
science pour deux vers de Lamartine ou de Victor Hugo. Plus d'un an plus
tard (13 septembre 1838), il compare le génie d'Hugo à celui de Racine
ou de Calderon.
La deuxième remarque est plus prosaïque: qu'un modeste amateur comme moi
puisse en quelques secondes dénicher une information que d'illustres
commentateurs n'ont pas pu trouver m'apparaît comme une chose assez
effrayante et en même temps assez réjouissante.
http://www.liberation.fr/page.php?Article=351013
[
Bulletin Flaubert n° 77]
Suite
Cher collègue,
J'ai été amusé et affligé en même temps, en lisant dans le
Bulletin
Flaubert n°77 l'information de Claude Cambe, qui croit avoir révélé
les sources de deux citations hugoliennes chez Flaubert. Certes, les
sources sont bonnes; seulement elles ont été déjà bien indiquées
toutes les deux dans une édition russe:
Gustave Flaubert,
O literature, iskusstve, pisatelskom trude [Sur
la littérature, l'art, le travail d'écrivain], Moscou, Khudojestvennaya
literatura, 1984.
Les textes et les notes correspondantes se trouvent respectivement tome 2,
pages 228, 444 (première citation) et 344, 459 (seconde citation). La
dernière note renvoie à une note précédente, celle de la lettre de
Flaubert à Ernest Chevalier du 15 mars 1842 (tome 1, pages 45, 462 de la
même édition), où la citation se rencontre pour la première fois.
Les excellentes notes de cette édition en deux volumes (que j'ai eu le
plaisir de diriger, en travaillant a l'époque dans une maison d'édition
de Moscou) appartiennent pour la plupart à Mme Vera Miltchina, et je ne
peux que les recommander vivement à tous les flaubertiens. Etablies avant
l'Internet et publiées en russe, elles semblent ne pas bénéficier de
l'attention qu'elles méritent.
Serge Zenkine
Docteur ès lettres, directeur de recherches à l'Université russe des
sciences humaines, 6, pl. Miusskaia, 125267 Moscou, Russie
RÉPONSE 35
(<
Naoko Kasama)
La scène est racontée par
Zola dans les
Romanciers
naturalistes, au début du chapitre sur le style de Flaubert: «Un
jour, j'assistai à une scène typique. Tourgueneff, qui gardait de
l'amitié et de l'admiration pour Mérimée, voulut ce dimanche-là que
Flaubert lui expliquât pourquoi il trouvait que l'auteur de
Colomba
écrivait mal. Flaubert en lut donc une page; et il s'arrêtait à chaque
ligne, blâmant les
qui et les
que, s'emportant contre les
expressions toutes faites, comme "prendre les armes" ou
"prodiguer des baisers". La cacophonie de certaines rencontres
de syllabes, la sécheresse des fins de phrase, la ponctuation illogique,
tout y passa. Cependant, Tourgueneff ouvrait des yeux énormes. Il ne
comprenait évidemment pas, il déclarait qu'aucun écrivain, dans aucune
langue, n'avait raffiné de la sorte. Chez lui, en Russie, rien de pareil
n'existait. Depuis ce jour, quand il nous entendait maudire les
qui
et les
que, je l'ai vu souvent sourire; et il disait que nous
avions bien tort de ne pas nous servir plus franchement de notre langue,
qui est une des plus nettes et des plus simples. Je suis de son avis, j'ai
toujours été frappé de la justesse de son jugement; c'est peut-être
parce que, à titre d'étranger, il nous voit avec le recul et le désintéressement
nécessaires.» (Zola,
Romanciers naturalistes, Charpentier, 1881,
p. 214.) Le passage est cité par A. Thibaudet dans son
Gustave
Flaubert, Gallimard, 1935, p. 221-222.
[
Bulletin Flaubert n° 62]
RÉPONSE 31
(<Ryszard Engelking)
La citation exacte est: "Si l'on avait compris
l'Education
sentimentale, rien de tout cela ne serait arrivé" (Maxime Du
Camp,
Souvenirs littéraires, Hachette, 1883, t. II, chapitre
XXVIII, «Louis Bouilhet», p. 474).
Réponse 30
La RÉPONSE nous est donnée par la vente Auktion in Basel, 23-24 février 2006
(catalogue pdf sur
http://www.moirandat.ch
/
alain@moirandat.ch). Le lot 361
concerne l'
album de la cantatrice Adelina Patti (1843-1919),
sur lequel se
trouve cette pensée de Flaubert. [Voir
Bulletin
Flaubert n° 79.]
Sylvie
Giraud nous fournit une information complémentaire.
L'aphorisme de Flaubert ("L’amour est comme l’opéra. On s’y
ennuie mais on y retourne") se trouve dans le
Carnet de voyage
n°2, f° 48v°, avec cette indication: "au ballet d'Ozai, 30 av[ril]
1847, Blois" (
Par les champs et par les grèves, éd. Adrianne
J.Tooke, Droz, 1987, p. 734)
RÉPONSE 29
(< Alexandre Zviguilsky, président de l’Association des Amis d’Ivan
Tourguéniev,
www.tourgueniev.info)
«Sur le poids de Flaubert, je suis affirmatif, il pesait bien en 1873 224
livres (soit 112 kg) contre 220 livres (soit 110 kg) pour Tourguéniev. La
chose est attestée dans une lettre de George Sand à sa fille Solange Clésinger
du 19 avril 1873 (
Correspondance, éd. Lubin, t.23, p.486-487): «Depuis
quelques jours j’ai été absorbée par Flaubert et Tourgueneff partis
ce matin. […] Tu ne persuaderas pas Plauchut qu’il n’est pas un
sylphe depuis qu’il s’est trouvé en présence de Tourgueneff et
Flaubert qui, à eux deux, pèsent 444 livres!»
Trois remarques:
1) Sand tient ces renseignements fraîchement acquis de la bouche des intéressés
lors de leur séjour à Nohant (Flaubert, du 12 au 19 avril 1873, Tourguéniev,
du 16 au 19 avril).
2) La date «janvier 1873» a été mal lue par M. et Mme Levasseur [le
mot «avril», précédé d’une barre verticale, a sans doute été pris
pour «janvier»].
3) Flaubert était bien plus gros que Tourguéniev car, à ma
connaissance, il mesurait 1, 83m contre 1, 91m pour le Russe.
Ces statistiques comparées ont dû amuser George Sand et sa famille qui
les ont épinglées sur le montant d’une porte.»
RÉPONSE 28
Hugo "grand crocodile"
(< Séance du groupe Hugo
du 24 janvier 2004, extrait du compte rendu.)
Guy Rosa communique, de la part de Mme Danielle Girard, la RÉPONSE à la question de
l'origine du surnom de "grand crocodile" souvent donné à Hugo par Flaubert
dans sa correspondance. Elle se trouve dans
Louise Colet ou La Muse (Presses de la
Renaissance, 1986) de J.-P. Kleber, qui ne donne pas ses sources: "On appelle ainsi
Hugo depuis qu'en 1845, alors qu'il était directeur de l'Académie française, il avait
été obligé de recevoir Sainte-Beuve pour qui il éprouvait une sincère antipathie et
contre lequel il avait voté. A l'écoute de son discours de réception, Chateaubriand
n'avait pu s'empêcher de répéter assez haut les paroles de son Chactas: "Le cours
le plus serein en apparence ressemble au puits de la savane; la surface en paraît calme
et pure, mais regardez au fond du bassin, vous apercevez un large crocodile que le puits
nourrit dans ses eaux." (p. 260).
Le passage complet d'
Atala est le suivant: "O René! c'est là que je fis pour
la première fois des réflexions sérieuses sur la vanité de nos jours et la plus grande
vanité de nos projets! Eh, mon enfant! qui ne les a point faites, ces réflexions? Je ne
suis plus qu'un vieux cerf blanchi par les hivers; mes ans le disputent à ceux de la
corneille: eh bien, malgré tant de jours accumulés sur ma tête, malgré une si longue
expérience de la vie, je n'ai point encore rencontré d'homme qui n'eût été trompé
dans ses rêves de félicité, point de coeur qui n'entretînt une plaie cachée. Le cours
le plus serein en apparence ressemble au puits naturel de la savane Alachua: la surface en
paraît calme et pure, mais quand vous regardez au fond du bassin, vous apercevez un large
crocodile, que le puits nourrit dans ses eaux."
[
Bulletin Flaubert n°53]
A propos de
Hugo "grand crocodile",
voir les vers 19-20 de "Soleils couchants", I, dans
Les Feuilles
d'automne:
"Puis voilà qu'on croit voir, dans le ciel balayé,
Pendre un grand crocodile au dos large et rayé [
]"
[Hugues Laroche,
Bulletin Flaubert, n°55.]
(Groupe Hugo, séance du 15 mai 2004)
"Encore une dent pour la fameuse question saurienne: Yvette Parent attire
lattention sur la polysémie du mot "crocodile" chez différents auteurs
du XIXe siècle. Dans
Carmen, en 1845, Mérimée attribue à son héroïne "un
éclat de rire de crocodile". En 1850, Proudhon signale que "les femmes en
Egypte se prostituaient autrefois aux crocodiles". Enfin, dans son
Dictionnaire
des idées reçues, Flaubert dit du "crocodile" quil "imite le
cri des enfants pour attirer lhomme".
Cela fait rêver, mais quel rapport avec le surnom donné à Hugo par Flaubert? Yvette
Parent pense quon pouvait appeler "crocodile" tout homme qui aurait les
dents plus longues que celles des personnes de son entourage. Dommage pour un Hugo imitant
"le cri des enfants pour attirer lhomme".
[Extrait du
Bulletin Flaubert, n°58.]
RÉPONSE 27
[Ryszard Engelking est en train de traduire
Madame Bovary en polonais. Il y
a quelque temps, il nous avait demandé des précisions sur la "latte de
baleine" que tient Lestiboudois (
Madame Bovary, éd. Claudine Gothot-Mersch,
Garnier, 1971, p. 343). Il vient de trouver lui-même la RÉPONSE.]
J'ai trouvé la solution de la petite énigme de la latte de baleine. Peut-être vous
intéressera-t-elle. Voici donc un fragment de l'ouvrage d'Emile de La Bedollière
, Les
Industriels, métiers et professions en France:
"Dans les paroisses parisiennes, le bedeau portait autrefois une règle en baleine,
et une robe dont la couleur variait suivant que l'église était sous l'invocation d'un
martyr, d'une vierge, ou d'un saint roi. Il est vêtu aujourd'hui d'un habit noir à la
française, d'un gilet veste, d'une cravate blanche, d'une culotte courte, et de bas de
soie noire. Il a au coté une épée à poignée d'acier et à la main un petit bâton
d'ébène garni d'argent" (Janet, 1842, p.6).
L'emploi de la latte n'est pas décrit explicitement, mais il devient clair d'après
"la fonction des Suisses" qui doivent, entre autres, "ouvrir le passage a
l'ecclésiastique qui fait la quête [et] amener Messieurs les membres de la fabrique à
l'offrande, et les reconduire à leur place" (p.2) Il sert donc a écarter la foule.
Il y a aussi une vignette (d'Henri Monnier) représentant le bedeau avec son petit bâton
(de 30-40 cm) à la main droite.
Il est significatif que dans une ébauche "Lestiboudois [erre] par l'église avec sa
latte d'ébène garnie d'argent" (
Madame Bovary. Ebauches et fragments par
Mlle Gabrielle Leleu, Conard, 1936, t.II, p.558). Flaubert a ensuite remplacé cette latte
d'ébène par une latte de baleine, plus ancienne. La petite physiologie du "Suisse
de la paroisse", dont j'ai cité ci-dessus un petit extrait, est bien intéressante
pour le lecteur de
Madame Bovary.
RÉPONSE 26
(< Matthieu Desportes)
- Albert Gyergyai : "Flaubert et Spinoza", in
Les Amis de Flaubert n°
39, Décembre 1971.
- Jacques Neefs : "Le récit et l'édifice des croyances", in
La Dimension du
texte (P. M. Wetherill éd.), Manchester University Press, 1982, p. 121 et sq.
- Jacques Neefs : "Flaubert et les idées religieuses", in
Flaubert e il
pensiero del suo secolo (Atti del convegno internazionale, Università di Messina),
Facoltà di lettere e filosofia / Istituto di lingue e letterature straniere moderne,
Messina (1985 ?), p. 341 et sq.
- Laudyce Rétat : "Flaubert, Renan et l'interrogation des religions", in
Gustave
Flaubert 3 - Mythes et Religions 2 (Bernard Masson éd.), Minard, "Lettres
Modernes", 1988, p. 5 et sq.
RÉPONSE 25
(< Yves-Michel Scotto)
"Je ne suis qu'un modeste étudiant (je prépare une maîtrise d'Histoire sur la
perception de l'espace [lire "paysage"] dans la correspondance de Flaubert) mais
je crois avoir un élément de RÉPONSE à votre interrogation. Gustave, dans une lettre
adressée à sa nièce le 17 novembre 1873, s'exprime dans les termes suivants: "Hier
j'ai été voter à Bapeaume. Cela m'a fait une petite promenade qui a rafraîchi ma tête
trop échauffée". Attention, si la lettre est rédigée à Croisset, il faut faire
la distinction entre Bapeaume et Bapaume (cette dernière orthographe étant celle
qu'emploie Flaubert). La note de Jean Bruneau laisse planer un doute: "Flaubert
écrit: "Bapaume", un village très proche de Croisset". Quoi qu'il en
soit, notre "BOURGEOISOPHOBUS" est bien allé aux urnes le 16 novembre 1873, et
il ne fait nulle part mention d'une quelconque "exceptionnalité" concernant la
pratique de ce vote."
RÉPONSE 24
(< Olivier Leroy)
La Bruyère,
Les caractères ou les moeurs de ce siècle
http://gallica.bnf.fr/scripts/ConsultationTout.exe?O=101452&T=2
Joudou, J.-B.,
Eugène de Montferrier ou les Moeurs du 19e siècle
http://pcbcu432.unil.ch/oron/detailaut.php?&Num=7305
Restif de La Bretonne,
Tableaux de la vie, ou, Les moeurs du dix-huitiéme siécle
http://www.haverford.edu/hist/resources/18thc_writers.html
( < Thierry Savatier)
En RÉPONSE (tardive) à une question du Bulletin n°44 concernant les romans
intitulés "moeurs de...", je n'ai trouvé que deux titres
reprenant l'exact sous-titre de Madame Bovary, mais les ouvrages sont postérieurs
à 1856:
- Gustave Guiches, Céleste Prudhomat, moeurs de province, Librairie Moderne, 1887.
- Eugène Delard, Les Dupourquet, moeurs de province, Calmann-Lévy, 1892.
En revanche, si l'on oppose "moeurs de province" à "moeurs
parisiennes", les textes sont plus nombreux:
- Jules Janin, Moeurs parisiennes, 1830 http://www.bmlisieux.com/litterature/janin/moeurs.htm
- Delphine de Girardin, Moeurs parisiennes, un enterrement politique, Musée des
familles, 2e vol., 3e année, 1835, p.121-124.
- M. P. Boizard, Moeurs parisiennes, Paris chez soi, Revue historique et
pittoresque de Paris ancien et moderne, Paul Boizard, 1855, p.254-256.
- Paul de Kock, Moeurs parisiennes, nouvelles, Barba, 1839.
Les auteurs reprenant "moeurs parisiennes" pour des romans postérieurs à la
publication de Madame Bovary seront nombreux: Zola, Alphonse Daudet, Paul Alexis,
Oscar Méténier, Gustave Toudouze... la liste n'est pas exhaustive.
RÉPONSE 23
(< Noëlle Benhamou, Laurence Perfézou, Joëlle Robert)
Il existe une domestique nommée Félicité dans le roman de Balzac:
L'Envers de
l'histoire contemporaine. Deuxième épisode: L'Initié (1846), Pléiade,
t. VIII, p. 332-334.
""Félicité!... Félicité! grosse
gaupe! arriveras-tu?..." cria la veuve de sa voix réelle et formidable, car elle
avait pris sa petite voix flûtée pour parler avec Godefroy./ La servante, grosse fille
rousse et louche, accourut."
RÉPONSE 21
(< Jean-Benoît Guinot)
Dans son édition de
Salammbô (Garnier-Flammarion, 2001, page 194, note 6),
Gisèle Séginger indique que des chevaux orynges sont "originaires d'Orengis, ville
d'Espagne".
L'édition du Club de l'Honnête Homme (1971) indique, elle (volume 2, page 139, note 2):
"On ne sait pas où Flaubert a pris ce nom. Les anciens appelaient oryx les
antilopes. Il s'agit peut-être de chevaux andalous de la région d'Oringis, en Bétique
(Andalousie)."
Cette annotation semble plus fiable, car, contrairement à Orengis, le nom d'Oringis a
laissé une trace: il s'agit de l'actuelle ville espagnole de Jaén.
Dans son histoire, il est même question de Carthaginois:
"Au IVe siècle av.J.C., il y a eu un transvasement de la localité, cette fois-ci
vers la colline de Santa Catalina, où a pris naissance la ville de Jaén. Les sources
historiques parlent dune ville splendidement défendue, qui fut élue par le
Carthaginois
Asdrúbal Barca comme centre de ses opérations. Les auteurs grecques et romains
lont nommé
Oringis ou Auringis."
source:
http://www.promojaen.es/pit/tcultural.asp?I=FR
Par contre, pas trace de chevaux particuliers, à moins que... "Jaens Museo
Provincial traces the provinces roots to its beginnings. The museum is home to the
worlds largest collection of Iberian artefacts, including the spectacular sculptures
of Cerrillo Blanco. It was a chance discovery in 1975 that lead to the richest Iberian
treasure trove ever found. Some thirty sculptures, depicting warriors as well as HORSES
and other animals and dated around 500 BC, were unearthed at Cerrillo Blanco, near the
town of Porcuna."
source:
http://www.spainview.com/andalucia/ja001.html
A noter pour finir, que la même édition du Club de l'Honnête Homme (page 505, dans
l'appendice "Salammbô, sources et méthodes") reproduit une partie du manuscrit
NAF 23662, où le folio 163 recto indique:
"Chevaux orynges: Oppien, Mem. de l'Académie, nouvelle série, t.V."
Il POURRAIT s'agir d'Oppien de Syrie, auteur, d'après la BNF de: "Les
Cynégétiques, poème en 4 chants sur la chasse des quadrupèdes".
[Bulletin Flaubert n° 45.]
Gilles Cléroux (BU de Rouen) nous a fait
parvenir la traduction du passage de cet ouvrage, où se trouve le mot recherché.
Oppien de Syrie (ou Oppien dApamée), auteur grec dun traité
didactique sur la chasse (IIIe siècle après J.-C.).
Cynegetica, I, 316 et suiv.
"Encore une autre race merveilleuse [de chevaux] quil est possible de voir,
cest la race pommelée quon appelle lOrynx, soit parce quils
prospèrent sur les collines herbeuses ("ouresin"), soit parce quils
montrent beaucoup dardeur à saccoupler ("oronein") avec leurs
femelles. Pour ce qui concerne les Orynxes, il existe deux espèces dont la beauté
diverge par les motifs de leur robe.
Une première espèce a sur le cou et le dos aux longs poils toute une série de longues
rayures semblables à celles des tigres prompts à lattaque, digne progéniture du
rapide Zéphyr. Lautre espèce est tout entière ornée dun ensemble serré de
taches rondes, comme celles du léopard; ces chevaux-ci, pendant quils sont encore
jeunes poulains, sont tatoués par des hommes pleins dhabileté, qui les marquent
avec le bronze incandescent. De plus, il arrive que souvent certains hommes inventent
dautres moyens subtils afin de marquer le poulain alors quil se trouve encore
dans lutérus maternel."
Flaubert a bien lu ce texte, comme l'atteste une précision biffée dans le manuscrit
autographe définitif de Salammbô: "[
] les chevaux orynges [ceux qui
prennent dans le ventre de leur mère les taches peintes des étalons biffé], plus
un seul!"
[Bulletin Flaubert n° 50.]
RÉPONSE 20
Citation de George Steiner
"Flaubert cried out against the paradox whereby he lay dying like a dog whereas that
"whore" Emma Bovary, his creature, sprung of lifeless letters scratched on a
piece of paper, continued alive."
These are words of George Steiner in the book
The Uncommon Reader. We discuss in
Italy, because we cannot find the place where Flaubert has written this. Or we don't know
if someone has listened them. Maxime Du Camp? Turgenev?... Est-il possible de savoir où
Flaubert aurait dit à propos dEmma Bovary la phrase attribuée par Steiner? Why can
Steiner affirm that also in the last book? Steiner does'nt mention any place
(correspondance or so on, Goncourt
)?
My name is
Carlo Berselli, I'm an italian writer (
I libronauti,
Rotolibro
d'autore are my two books published in Italy)."
"Flaubert tempêta contre le paradoxe qui faisait que lui mourait comme un chien
alors que cette "prostituée" Emma Bovary, sa créature, surgie de lettres sans
vie griffonnées sur une feuille de papier, continuait de vivre."
Voilà ce quécrit George Steiner dans son livre
The Uncommon Reader. Nous en
discutons ici en Italie. Personne ne trouve lendroit où Flaubert aurait écrit
cela. Ou se peut-il que quelquun a entendu ces paroles et les a rapportées? Maxime
Du Camp? Tourguéniev?... Est-il possible de savoir où Flaubert aurait dit à propos
dEmma Bovary la phrase attribuée par Steiner? Comment se peut-il que Steiner
laffirme dans son dernier livre sans donner de source (correspondance et ainsi de
suite, Goncourt
)?
Je mappelle Carlo Berselli, je suis un écrivain italien (mes deux livres publiés
en Italie sintitulent
I libronauti et
Rotolibro d'autore).
[trad. Catriona Seth]
RÉPONSE 19
(< Olivier Leroy)
Le Prince Radziwill se prénommait Léon; voir
http://www.musimem.com/gautier.htm
"Carlotta Grisi (1819-1899), danseuse, chanteuse, reçut notamment des conseils de la
Malibran et les leçons du chorégraphe Jules Perrot qui lui donna une fille, Marie-Julie.
Elle parut d'ailleurs sous le nom de Madame Perrot, au théâtre de la Renaissance à
Paris dans le ballet-mélodrame des
Zingari en 1841 où elle dansait et chantait à
la fois. Plus tard, elle fréquenta le danseur Lucien Petipa, puis Léon Radziwill, un
prince polonais qui lui donna à son tour un enfant et l'accueillit sur les rives du lac
Léman."
Il s'agit peut-être de celui-ci; voir
http://a.decarne.free.fr/gencar/dat206.htm#13
mais les dates ne correspondent pas tout à fait:
Radziwill, Léon, prince Radziwill. - Sexe: Masculin
Naissance: 1808 - Décès: 1885. Sans postérité.
Parents: Père: Radziwill, Ludwik Mikolaj, prince Radziwill
Mère: Wodzinska, Maria
Famille: Conjoint: Urussoff, Sonia. - Sexe: Féminin
Des Radziwill, dont l'un se prénommait Léon, mais était vivant en 1910, furent
propriétaires du château d'Ermenonville de 1874 à 1927; voir
http://perso.club-internet.fr/cesarigd/parcsafabriques/erm/dErm21.htm
http://www.chateau-ermenonville.com/historique.htm
(< Marlo Johnston)
"A ma connaissance Maupassant n'avait pas un des Radziwill pour ami. Bien sûr, il a
pu en rencontrer plusieurs dans le monde (c'est une grande famille), mais si cest le
cas, ces rencontres nont pas laissé de trace."
[Extrait du
Bulletin Flaubert n° 38 / 20 mars 2003.]
RÉPONSE 18
(< Michel Brix, Emmanuèle Dolcini, Olivier Leroy)
Extrait du
Journal des Goncourt, à la date du 18 Janvier 1864
http://perso.wanadoo.fr/jb.guinot/pages/goncour3.html
"Là-dessus Flaubert, la face enflammée, la voix beuglante, remuant ses gros yeux,
part et dit que la beauté n'est pas érotique, que les belles femmes ne sont pas faites
pour être baisées, qu'elles sont bonnes pour dicter des statues, que l'amour est fait de
cet inconnu que produit l'excitation et que très rarement produit la beauté. Il
développe son idéal, qui se trouve être l'idéal de la
rouchie ignoble. On le
plaisante. Alors, il dit qu'il n'a jamais vraiment baisé une femme, qu'il est vierge, que
toutes les femmes qu'il a eues, il en a fait le matelas d'une autre femme rêvée."
E. et J. de Goncourt,
Journal. Mémoires de la vie littéraire. Texte intégral
établi et annoté par Robert Ricatte, Paris, Fasquelle - Flammarion, 1956 [T.II, p.12-13,
18 janvier (1864)].
[Extrait du
Bulletin Flaubert n° 38 / 20 mars 2003.]
RÉPONSE 17
(< Jean-Benoit Guinot; extrait du
Bulletin Flaubert, n°36)
Il est question de Madame Augusta Rampal, comtesse de Grigneuseville, dans le volume II de
la
Correspondance, pages IX et note 1; ainsi que page 1233 (note de la lettre de
Louise Colet à Flaubert du 6 janvier 1854)
Dans sa note de la page IX, Jean Bruneau, après avoir regretté de ne pas avoir pu
obtenir communication des lettres de Flaubert à Madame Rampal, indique que "Le comte
de Toulouse-Lautrec prépare un ouvrage sur cette figure de femme très curieuse et très
attachante." Je n'ai pas trouvé trace de cet ouvrage dans le catalogue de la BNF
Par contre, la base Joconde répertorie un portrait d'elle par Dubufe, en possession du
musée de Rouen.
La notice se trouve à:
http://www.culture.fr/documentation/joconde/QUIDAMS/quidams_35.htm
Question 17
1- Sur une route de Palestine, Flaubert est rejoint par un jeune homme en veste
verte, à nez cambré comme Mme de
Radepont.
Or, le seul Radepont dont j'ai pu trouver la trace est un lieu que Flaubert évoque dans
deux lettres à Ernest Chevalier (l'une de 1829-1830 et l'autre du 24 juin 1837). Dans ses
Souvenirs intimes, Caroline Franklin Grout parle elle aussi de la superbe
propriété de Radepont, vers Fleury-sur-Andelle (
Gustave Flaubert par sa nièce
Caroline Franklin Grout, Heures d'autrefois (Mémoires inédits), Souvenirs intimes et
autres textes, éd. de Matthieu Desportes, Rouen, coll. Flaubert, Publications de
l'université de Rouen, 1999, p.132).
Mais qui est donc
Mme de Radepont?
2- Cette femme fait ensuite retour à Constantinople, toujours pour l'aspect
caractéristique de son visage: dans un établissement de bain, Flaubert remarque un petit
masseur à figure de cheval (Maurepas, Mme de Radepont, Mme Rampal), yeux noirs vifs,
impudents, places de cheveux chauves, cicatrices de teigne.
Mais qui est donc
Mme Rampal?
3- Au couvent des derviches hurleurs de Constantinople, Flaubert note la présence d'un
jeune homme en pantalon, en petit turban qui ressemble à Bury [Bury ou Biery ou Bierg
peut-être?].
Mais qui est donc ce
Bury?
4- Alors qu'il se rend de Bari et Naples, Flaubert évoque des chênes dans des vallées
étroites, ressemblant à celles qui sont aux environs du mont de la République avant
d'arriver à
Rouanne.
N'ayant trouvé aucune ville nommée
Rouanne, je fais l'hypothèse que Flaubert
désigne
Roanne. Or il y a bien un mont de la République, ou plutôt un col qui
tire son nom d'un courant janséniste convulsionnaire dont les membres, en 1794,
attendaient à cet endroit l'avènement de la République de Jésus-Christ, laquelle
devait, telle la Jérusalem céleste, descendre du ciel (
Encyclopédies-Bonneton,
volume:
Loire en Rhône-Alpes). Mais ce lieu se trouve dans le parc régional du
Pilat, à une douzaine de kilomètres au sud-est de Saint-Étienne, c'est-à-dire à plus
de 70 kilomètres au sud de Roanne. La mémoire de Flaubert serait donc ici assez
infidèle?
Quelqu'un aurait-il une autre idée?
5- Enfin, alors qu'il vient de pénétrer dans Jérusalem en passant devant la boucherie
de la ville, Flaubert écrit: "Ainsi, disait un homme à rapprochements ingénieux et
à allusions fines, dans la ville sainte, la première chose que nous y vîmes c'est du
sang."
A quel homme Flaubert fait-il allusion?
RÉPONSE 16
>
Olivier Leroy :
Dans son édition du
Dictionnaire (Ed. Le Livre de Poche, 1997, introduction),
Anne
Herschberg-Pierrot écrit: "Vers cette époque [1845-1846], Flaubert a
travaillé le théâtre et les oeuvres de Voltaire et il a pris des notes sur le
Dictionnaire
philosophique, qui ont probablement joué un rôle dans la genèse du
Dictionnaire
des Idées Reçues."
Elle écrit plus loin: "En 1853, de
plus, Flaubert lit pour Madame Bovary un ouvrage de la bibliothèque paternelle: Des
erreurs et des préjugés répandus dans la société, de Jacques-Barthélemy Salgues
(Paris, Vve Lepetit, 1811-1813), qui semble avoir inspiré certains articles du Dictionnaire
des Idées Reçues."
NB : Le texte du Dictionnaire
philosophique de Voltaire est disponible à l'adresse suivante:
http://www.voltaire-integral.com/00Table/table.htm#D
Ndlr: Du même auteur, AHP, voir aussi Le Dictionnaire des Idées Reçues de Flaubert,
PU de Lille, coll. "Problématiques", 1988, chap. "Les sottisiers: un
discours d'époque", p.57 et suiv.
[RÉPONSE extraite du Bulletin Flaubert n° 34 / 16 janvier
2003.]
RÉPONSE 14
< Jean-Benoît Guinot
"Le ciel était rose, la mer tranquille et la brise endormie. Pas une ride ne
plissait la surface immobile de l'Océan, sur lequel le soleil, à son coucher, versait sa
couleur d'or; bleuâtre vers les côtés seulement, et comme s'y évaporant dans la brume,
partout ailleurs la mer était rouge, et plus enflammée encore au fond de l'horizon, où
s'étendait dans toute la longueur de la vue une grande ligne de pourpre. Le soleil
n'avait plus ses rayons: ils étaient tombés de sa face, et noyant leur lumière dans
l'eau, semblaient flotter sur elle. Il descendait en tirant à lui du ciel la teinte rose
qu'il y avait mise, et à mesure qu'ils dégradaient ensemble, le bleu pâle de l'ombre
s'avançait et se répondait sur toute la voûte. Bientôt il toucha les flots, rogna
dessus son disque rond, s'y enfonça jusqu'au milieu. On le vit un instant, coupé en deux
moitié par la ligne de l'horizon; l'une dessus sans bouger, l'autre en dessous qui
tremblotait et s'allongeait, puis il disparut complètement, et quand, à la place où il
avait sombré, son reflet n'ondula plus, il sembla qu'une tristesse tout à coup était
survenue sur la mer."
Par les champs et par les grèves, chapitre XI. Ed Adrianne Tooke, Droz, 1987,
p.591.
RÉPONSE 11
La citation "Madame Bovary, c'est moi" ne se trouve ni dans la
Correspondance
ni dans les oeuvres de Flaubert. Elle figure en note du livre de René Descharmes,
Flaubert.
Sa vie, son caractère et ses idées avant 1857, Ferroud, 1909, p.103:
Une personne qui a connu très intimement
Mlle Amélie Bosquet, la correspondante de Flaubert, me racontait dernièrement que Mlle
Bosquet ayant demandé au romancier d'où il avait tiré le personnage de Mme Bovary, il
aurait répondu très nettement, et plusieurs fois répété:"Mme Bovary, c'est
moi! - D'après moi".
La "personne" dont il est
question serait M. E. de Launay, 31, rue Bellechasse, d'après une note manuscrite de
René Descharmes (BnF, N.A.F., 23.839, f°342).
RÉPONSE 10
(< Claudine Gothot-Mersch)
Ces phrases se trouvent dans
L'Education sentimentale de 1845, chap. XXI.
Oeuvres de jeunesse,
Oeuvres complètes, I, éd. Claudine
Gothot-Mersch et Guy Sagnes, Pléiade, 2001, p.951.
Question 10
Thomas Mann écrit:
der junge Flaubert weiss es, wenn er die "tiefe Liebe zum Nichts" anruft,
"welche die Dichter unserer Zeit in ihrem Innersten tragen", die Liebe zu den
"leeren Augenhöhlen der gelben Schädel und den grünlichen Wänden der
Grabstätten"
Traduction:
le jeune Flaubert le sait lorsqu'il évoque "l'amour profond du néant que les
poètes de notre temps portent en eux", l'amour des "orbites vides des crânes
jaunis et celui des murs verdâtres des sépultures".
Dans les archives, nous avons trouvé un texte qui se rapproche de ce passage et en dit
plus long. Voici le passage inspiré de Flaubert ou de Flaubert lui-même:
Thomas Mann écrit:
Flaubert: Die Frauen lieben den Tod nicht. Die tiefe Liebe zum Nichts, welche die Dichter
unserer Zeit in ihrem Innersten tragen, ist den Frauen furchtbar. Das Wesen, welches das
Leben gibt, ist ergrimmt darüber, dass das Leben nicht ewig währt. Sage ihnen nicht, das
du die leeren Augenhöhlen der gelben Schädel u. die grünlichen Wände der Grabstätten
liebst! Sage ihnen nicht, dass in dir eine ungesunde Sehnsucht wohnt, ins Unbekannte,
Unendliche zurückzukehren, gleich dem Wassertropfen, der verdunstet, um wieder in den
Ozean zurückzufallen! Sagt ihnen nicht, ihr Denker mit blasser Stirn, sie sollten euch
auf euerer Wanderung begleiten und endlich den Berg erklimmen.
Traduction:
Les femmes n'aiment pas la mort. L'amour profond pour le néant que les poètes de notre
temps portent en eux est terrible pour les femmes. L'être qui donne la vie est fâché de
savoir que la vie ne dure pas éternellement. Ne leur dis pas que tu aimes les orbites
vides des crânes jaunis et les murs verdâtres des sépultures. Ne leur dis pas qu'en toi
se trouve le désir malsain de retourner dans l'inconnu, dans l'infini, comme la goutte
d'eau s'évapore pour retourner dans l'océan. Ne leur dites pas, vous les penseurs au
front blême, de vous accompagner dans ce voyage.
RÉPONSE 9
I have seen on your website a question by Mr Paul Benarroche concerning the identity of
Alfred Poussier, pharmacist at Bellencombre and Flaubert's testamentary executor.
My correspondent Patrizia Catellani and I have a strong interest in the history of
pharmacy and jointly own a copy of the book Farmacopea Universale by Nicolas Lémery
published in Italian in 1720. Our copy contains a handwritten note with the reference and
address of a person called Alfred Poussier as the donor of the book on 18th May 1902. The
address is Rue Tours Vents 4, Rouen.
Mr Benarroche might be interested in this piece of information. We believe that the person
mentioned on the back of Flaubert's painting is the same person who owned Lémery's book,
because (1) a pharmacist would have been very likely to be interested in that type of
book, (2) the date of Flaubert's death was not many years before the donation of the book,
(3) Bellencombre is not far from Rouen, and (4) of course, Flaubert lived and died in the
area of Rouen.
I would be grateful if you could pass this message to Mr Benarroche; and we would also be
delighted if you could give us the titles of some works describing Flaubert's
relationships and contacts with the pharmaceutical profession, which may have given him
the inspiration for the character of Mr Homais in Madame Bovary. (And please forgive me if
I know very little about Flaubert.)
Yours sincerely, Renzo Console (writing from England).
[Trad. Catriona Seth]
J'ai relevé sur votre site une question de M. Paul Benarroche à propos de l'identité
d'Alfred Poussier, pharmacien à Bellencombre et exécuteur testamentaire de Flaubert.
Ma correspondante Patrizia Catellani et moi-même, nous intéressons grandement à
l'histoire de la pharmacie et possédons conjointement un exemplaire du livre
Farmacopea Universale de Nicolas Lémery publié en italien en 1720. Notre exemplaire
contient une note manuscrite avec la référence et l'adresse d'un certain Alfred Poussier
qui aurait été donateur du livre le 18 mai 1902. L'adresse donnée est Rue Tours Vents
4, Rouen.
Cette information peut intéresser M. Benarroche. Nous pensons que la personne mentionnée
à l'arrière du tableau de Flaubert est le même que celui qui fut propriétaire du livre
de Lémery parce que (1) c'est le genre de livre qui pouvait certainement intéresser un
pharmacien, (2) la date de la mort de Flaubert n'est antérieure que de peu d'années au
don du livre, (3) Bellencombre n'est pas loin de Rouen et (4) bien sûr, Flaubert a vécu
et est mort dans la région.
Je vous saurais gré de transmettre cette RÉPONSE à M. Benarroche et nous serions
également très heureux si vous pouviez nous donner les titres d'oeuvres décrivant les
relations et contacts de Flaubert avec la profession pharmaceutique qui pourraient l'avoir
inspiré pour le personnage d'Homais dans
Madame Bovary. (Et veuillez m'excuser si
je ne sais que peu de choses sur Flaubert).
Bien à vous, Renzo Console (écrivant d'Angleterre).
[Extrait du
Bulletin Flaubert, n° 31]
RÉPONSE 7
(< Gisèle Séginger)
Flaubert na pas inventé le nom "Salammbô" qui est lun des noms de
la déesse Astarté. Dans le dossier manuscrit "Sources principales et
méthode", constitué pour répondre aux critiques de larchéologue Froehner,
il a noté lune de ses sources: "Masden, Histoire dEspagne, cite
daprès les inscriptions locales, le nom de treize divinités antérieures à
lépoque romaine; on trouve dans cette liste Salambou" (N.a.f. 3662, f°167).
Cette déesse est aussi mentionnée dans dautres études consultées par Flaubert.
Félix Lajard indique que "Salambo" ou "Salambas" est un surnom donné
par les Babyloniens à leur Vénus et il renvoie au récit de Lampride, La Vie
dHéliogabale, où apparaît le nom de "Salambo", la Vénus syrienne qui
pleure la mort dAdonis. De même, Creuzer explique que "Salambo" est le
nom de la "Vénus éperdue" qui cherche en vain son Adonis-Tammouz, en Syrie et
à Babylone.
Dans une lettre conservée à la Pierpont Morgan Library, un voisin de Flaubert, en voyage
en Andalousie, lui signale aussi limportance de cette déesse phénicienne qui a
donné son nom à un village: Salobreña. Des fêtes étaient encore célébrées à
Séville au 3e siècle après J.-C. en lhonneur de cette forme dAstarté (voir
G.G. Lapeyre et A. Pellegrin, Carthage punique, Payot, 1942). Le nom "Salambo"
viendrait de "Shalambaal", "image de Baal", rendu en grec par Salambo.
Flaubert expliquera ainsi lorthographe quil donne à ce nom: "les deux m
sont mis exprès pour faire prononcer Salam et non Salan" (à Froehner, 21 janvier
1863). "Salam" est le salut arabe, une parole de paix. Mais le nom est ironique
puisque la fille dHamilcar entretient involontairement la discorde.
Pour plus de précisions, se reporter au dossier de mon édition de Salammbô,
"GF", Flammarion, 2001 ("Salammbô", le nom dAstarté).
Question 6
Le boîtier des
Oeuvres de jeunesse en Pléiade reproduit un portrait inhabituel.
La légende précise: "GF vers 1833. Portrait attribué à Berthon". Il a été
reproduit pour la première fois en frontispice des
uvres de jeunesse inédites,
éd. Conard, t.I, 1930 (légende: "GF enfant d'après une peinture du temps"),
et repris dans l'Album Pléiade, p.29. Jacqueline Goube, dans "Les deux statues de GF
à Rouen" (
Les Rouennais et la famille Flaubert, Edition des Amis de Flaubert,
1980, p. 12, n. 1) attribue ce portrait à Ch. Wittmann. On savait, d'après une ancienne
photographie de l'intérieur du Pavillon de Croisset, que le portrait y était exposé au
début du XXe siècle. Marie-Dominique Nobécourt-Mutarelli nous informe que ce portrait
est actuellement conservé à la Bibliothèque municipale de Rouen. Elle nous fait
parvenir la transcription du cartel du tableau, tel qu'il a été rédigé par le premier
conservateur du Pavillon, Georges Le Roy:
"Gustave Flaubert à 12 ans. Portrait exécuté à Rouen en 1833, par une dame
artiste peintre amateur amie de la famille Flaubert, dont le nom est actuellement inconnu.
Copie exécutée en 1920 par M.Berthon artiste-peintre, à Cannes, d'après l'original
appartenant à Madame F. Grout (offert au Musée Flaubert en 1920 par Louis James, membre
du C.A.F.)".
Quelqu'un peut-il nous donner des informations complémentaires sur ces portraits,
original et copie, et sur l'identité des deux peintres (le Bénézit signale plusieurs
Berthon, mais aucun ne semble correspondre à celui que nous cherchons). Ces informations
sont destinées à la section "Iconographie", en préparation pour le site.
RÉPONSE 5
POLYCARPE
(< Frédéric Gobert)
[
] Je vous envoie ce courriel poussé par la simple curiosité du néophyte qui
pense avoir trouvé quelque chose alors qu'il n'a jamais lu sérieusement la
méta-littérature flaubertienne.
Il s'agit de Polycarpe. J'ai lu
Le Portier des chartreux et le Père abbé du
monastère s'appelle Polycarpe. Etant donné que Flaubert se fait appeler notamment Minski
avec certains de ses intimes, qu'il était un grand lecteur de Sade et que Sade était
lui-même un lecteur respectueux du Portier, il est envisageable que Flaubert ait lu
Le
Portier, même s'il n'en parle jamais dans sa correspondance (je ne me souviens pas,
en tout cas, d'une telle mention). Polycarpe viendrait donc du
Portier; et ce
d'autant plus que, lorsqu'il parle de Polycarpe dans sa correspondance, il est question
(si mes souvenirs sont bons mais il conviendrait de vérifier...) de réclusion et/ou de
femmes (toujours?).
Mais peut-être me répondrez-vous que la question est close depuis longtemps et que si je
m'étais davantage cultivé, je ne vous aurais pas importuné avec du déjà-connu. Alors
j'irais me faire pendre ailleurs...
Dans l'espoir d'avoir fait une découverte extraordinaire,
Cordialement,
F.Gobert.
RÉPONSE 4
Eléments de RÉPONSE.
< Yvan Leclerc
«L'hermite [sic] lettré de Croisset» (M. Félix, «Discours
d'ouverture [sur Flaubert, mort trois mois auparavant]», 5 août 1880,
Précis analytique
de l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen, 1879-1800,
p. 5-32 ; citation p. 8.)
L'expression «ermite de Croisset» se trouve dans une lettre de Marie Régnier à Flaubert,
datée Mantes, 3 septembre [18]77: «[...] je compte bien, aussitôt dégagée, aller en
compagnie du docteur [son mari] rappeler au révérend ermite de Croisset et à sa
charmante nièce la promesse qu'ils nous ont faite l'un et l'autre de venir passer une
journée rue d'Artois.» (Lovenjoul, H 1365, f°320; Lettres à Flaubert, éd. de
Rosa M. Palermo di Stefano, Naples, Edizioni Scientifiche Italiane, 1998, t.II, p.308.)
< Claudine Kierkegaard.
1840: le mot d'«ermite» est emboîté dans le site de la «Roche-à-l'Hermite» que
visite le jeune Flaubert à l'âge de dix ans en compagnie de son complice favori de cette
époque, Ernest Chevalier «Tu dois me trouver bête à faire pitié et, si tu ne me
comprends pas, je me comprends hélas fort bien pour mon malheur! Je me rappellerai toute
ma vie le délicieux voyage que je viens de faire, et notre promenade à la Roche-à-l'Hermite,
celle à Port-Mort, celle au Château-Gaillard, celle d'Écouis ! » (à Ernest Chevalier,
[Rouen,] mardi. [21 avril 1840], éd. Pléiade, J. Bruneau, 1973, t.I, p.64-mi)
1850: en Orient,
autour du thème de la Thébaïde et de la Tentation de saint Antoine qu'il a fallu
jeter au feu sur ordre des deux amis censeurs Bouilhet et Du Camp, Flaubert a recours à
l'expression des «ermites de la Thébaïde». «Nous arrivons à Siout à l'instant.
Demain matin à 6 heures j'irai voir pour la poste. Rien de nouveau; temps superbe; 25
degrés de chaleur; des bandes d'oiseaux sur le Nil à n'en plus finir, de place en place
dans les montagnes, des trous dans la roche qui sont des anciennes maisons des ermites
de la Thébaïde.» (à sa mère, entre Menieh et Siout, 23 février 1850, lettre 17,
éd. Pléiade, J. Bruneau, 1973, t.I, p.592-593).
1852: Louise Colet, dans son
Memento du 14 mars 1852, fait directement allusion au mythe de l'ermite Flaubert quand
elle pense tout haut: «Je voudrais bien fermer ma maison et me murer dans le travail
comme lui.» «Le lendemain Gustave me parlait de la veille avec bonheur, il me
remerciait, il embrassait; il m'aime, je crois qu'il ne pourra plus se passer de moi comme
je ne peux plus me passer de lui. Nous sommes à une hauteur où nous devons nous
rencontrer et assez seuls pour sentir que nous nous sommes nécessaires l'un à l'autre.
Il s'était profondément ennuyé mercredi chez le docteur Cloquet en compagnie de Toirac.
[...] Il n y a que Gustave et le travail. Je voudrais bien fermer ma maison et me murer
dans le travail comme lui. Avec ma fille c'est bien difficile. Puis la complication de
la gêne; qu'il n'ait pas songé de me dire un mot à ce sujet, à user du prétexte de
l'album pour m'obliger, cela me paraît toujours plus étrange. Il a toutes les
quintessences de l'esprit, il devrait avoir celles du coeur. Tel qu'il est, il vaut mieux
que tout ce que j'ai connu ; je l'aime, il me relève. Je vais me remettre ardemment au
travail. » (Memento du dimanche 14 mars 1852, éd. Pléiade, J. Bruneau, t.II, p.885-mi.)
1853: «Ce qui a changé sur la
terre, ce sont les dogmes, les histoires des Vischnou, Ormuzd, Jupiter,
Jésus-Christ. Mais ce qui n'a pas changé, ce sont les amulettes, les fontaines sacrées,
les ex-voto, etc., les brahmanes, les santons, les ermites, la croyance enfin à
quelque chose de supérieur à la vie et le besoin de se mettre sous la protection de
cette force. Dans l'Art aussi, c'est le fanatisme de l'Art qui est le sentiment
artistique. La poésie n'est qu'une manière de percevoir les objets extérieurs, un
organe spécial qui tamise la matière et qui, sans la changer, la transfigure.» (à
Louise Colet [Croisset,] jeudi, 4 h et demie [31 mars 1853], éd. Pléiade, J. Bruneau,
t.II, p.292-II-bas.)
1854: Flaubert utilise
l'expression d'«ermite» en se l'appliquant à lui-même lors de la lecture de Melænis
de Bouilhet en août 1854: « Je viens de passer une bonne semaine seul comme un ermite
et tranquille comme un dieu. Je me suis livré à une littérature frénétique; je me
levais à midi, je me couchais à quatre heures du matin. Je dînais avec Dakno. Je fumais
quinze pipes par jour, j'ai écrit huit pages.» (à Louis Bouilhet [Croisset,] jeudi soir
[17 août 1854.] éd. Pléiade, J. Bruneau, t.II, p. 567-bas).
1859: «Connais-tu une demoisselle
Strub (Florence), auteur d un roman intitulé L'Hermite de Vallombreuse?
C'est une Allemande. Réponds-moi à cette question et n'en souffle pas un mot parce qu il
y a une parole d'honneur d'engagée. Ce n'est qu'une hypothèse, mais il peut y avoir là
quelque machination contre toi, moi ou Bouilhet. Il est probable que ce n est rien du
tout. (à Ernest Feydeau [Croisset,] mardi soir, [18 janvier [1859], Pléiade, t.III,
p.7-bas).
1870: parlant de la troisième
version de Saint Antoine, Flaubert nomme saint Antoine «l'ermite»: «je n ai
guère que six semaines à consacrer au brave ermite.» (à Ivan Tourgueneff,
[Paris,] samedi soir, 30 [avril 1870], p.186-haut).
1871: Baudry écrit au Flaubert
lecteur du Lalitavistara: «Son héroïsme consiste seulement à avoir renoncé aux
douceurs royales pour vivre et mourir en ermite.» (Pléiade, t. IV, p.1216,
cf.note 6).
RÉPONSE 3
< Olivier Leroy,
Jeanne-Marie Labbé (directrice de la BU de Rouen), Jean-Pierre Goldenstein (Université
du Maine), Philippe Rahmy, Marc Van Campenhoudt (Centre de recherche TERMISTI, Institut
supérieur de traducteurs et interprètes), Rolland Barthelemy, Pierre-Marc de Biasi
(Equipe Flaubert, ITEM-CNRS), JM Barnaud, M. C. Borzeix, Eric Jégou, Pierre Campion,
Roger Berthet, Alain Nicolas (responsable des pages Culture de
L'Humanité),
Marguerite Fatus, Juliette Caron (documentaliste à l'Odéon), Pascale Richard
(Webmandarine de
Sinoiseries ou Qiang Xiaren).
< Olivier Leroy
J'ai trouvé le mot "cabillot" (avec un C et non un G, mais je crois qu'il
pourrait s'agir du même mot) dans un roman de John MASEFIELD, "Par les moyens du
bord", aux éditions Marabout-Junior (1954 ?). La fin du livre comprend un
"Petit dictionnaire des termes de marine" dont je vous donne quelques extraits.
"CABILLOT : cheville, en fer ou en bois dur, qui traverse les râteliers et
autour de laquelle on attache - on "tourne" - les manuvres courantes.
RÂTELIER : planche étroite, glissée horizontalement le long du pavois, à l'intérieur
garnie de cabillots, elle sert à tourner les manuvres courantes qui descendent le
long des haubans."
Le lexique se termine par cette note du traducteur :
"Pour un certain nombre des définitions ci-dessus, le traducteur s'est inspiré de
deux excellents ouvrages :R. DE PARFOURU : "Manuel du marin", Paris,
1921, Société d'éditions géographiques, maritimes et coloniales, 17, rue Jacob, Paris,
6e.
J. MARIE et Ch. DILLY : "La navigation maritime, manuel du manuvrier
moderne". Paris. 1935, même éditeur. 2 vol."
< Jeanne-Marie Labbé
conseille de consulter le Nouveau glossaire nautique d'Augustin Jal (1848,
réédition de 1988,jusqu'à la lettre L,dernière parue).
< JM Barnaud
Je ne connais pas "Gabillot", mais bien "Cabillot" [en anglais
"toggle" - ou encore "head stick" mais dans un autre emploi ] qui
correspond à l'emploi suggéré par le gabillot de Flaubert. La définition que me donne
le Dictionnaire Gruss de marine est : "Nom donné indifféremment à des chevilles en
bois ou en métal qui traversent les rateliers et auxquelles on amarre les manoeuvres
courantes au pied des mâts ou en abord. Se nomment aussi cavillot, chavillot ou
quinçonneau."
Il me semble que l'affaiblissement de cabillot en gabillot est un phénomène de phonétique
historique connu.
< M. C. Borzeix
Flaubert n'était probablement pas très marin... ou a-t-il déformé ou mal entendu le
mot ?
Pour moi, il ne peut s'agir que du mot "Cabillot" : se sont des bâtons
de bois dur (en olivier ou en buis) puis en métal (fin 19e - début 20e siècle),
ressemblant à des massues, avec une forme en poire en haut et un fut cylindrique en bas,
de 30 cm de long.
Ils sont plantés verticalement dans un râtelier, autour du mat et servent chacun à
recevoir une corde : une manuvre du gréement.
J'en ai compté 22 autour du mat de misaine, 25 autour du Grand mats et 16 autour du mat
d'artimon. Cela devait briller au soleil d'où l'expression de Flaubert...
Ils servaient de massue lors des rébellions sur les navires...
C'est l'ancêtre de nos "Taquet", disposés horizontalement.
< Eric Jégou,
www.marine-marchande.com
Je pense que l'illustre Flaubert a fait une faute d'orthographe !!!
"Un cabillot est un taquet vertical servant à tourner une manuvre courante, en
forme de tige ou de quille allongée en bois dur ou en fer qui s'insère au travers d'un
trou dans une lisse en bois (ou fer) appelée "râtelier" parce qu'ayant
plusieurs trous pour porter plusieurs cabillots."
Les râteliers se trouvent en abord des bastingages et autour des pieds des mâts.
Anglais : "belaying pin"; Allemand : "Nagel"
< Pierre Campion
Ayant vu passer dans votre lettre d'information la recherche que fait l'un de vos
collègues sur le terme des "gabillots" dans Flaubert, j'ai interrogé un ancien
marin de la pêche à Terre-Neuve. Voici ce qu'il me dit. Le gabillot, qu'il faut appeler
selon lui "cabillot" ou "cabilleau" est une pièce de fer amovible,
placée en effet autour des mâts ou ailleurs et qui sert à bloquer les écoutes et les
drisses, par plusieurs "passages en-dessus et en dessous".
Comme je lui disais que cela n'avait sans doute aucun rapport avec le poisson appelé
cabillaud, il m'a affirmé que, au contraire, c'est bien le même mot. Pour ces pêcheurs,
une petite morue, de valeur inférieure, n'était pas "plus grosse qu'un
cabilleau" "On n'a pêché que des cabilleaux." En somme, me soutient-il,
le poisson devrait son nom à la pièce de marine, comme forme et comme dimension. Toute
cette sémantique reposant sur cette métaphore m'étonne. Quant au mot cabillot, je le
vois parfaitement répertorié dans les dictionnaires, sensiblement dans le sens que
m'indique mon interlocuteur.
Peut-être la solution serait-elle que Flaubert aurait noté (et d'abord entendu) le mot
cabillot comme "gabillot" ? En tout cas, rien d'étonnant qu'ils luisent au
soleil, vu les frottements incessants que subissaient ces pièces.
< Pascale Richard
Je ne pense pas que "gabillot" soit une coquille, ni de la part de Flaubert, ni
de la part de l'éditeur, et je suis tres etonnee que ce mot ne figure pas au moins dans
un dictionnaire de marine. Il ne figure en tout cas pas dans le Glossaire des termes
courants de vocabulaire maritime, Edition 1977
http://www.netmarine.net/guides/dico/
Voici la definition de "Gabillot", en provenance du GDT (Grand
Dictionnaire Terminologique), Quebec, 1984 "[marine] Nom donne indifferemment a
des chevilles en bois ou en metal qui traversent les rateliers et auxquelles on amarre les
manoeuvres courantes au pied des mats ou en abord.
Cheville verticale, amovible, sur laquelle on peut tourner un petit cordage ou une
manoeuvre courante."
La definition de "cabillot", dans ce meme dictionnaire est strictement
identique
"[marine] Nom donne indifferemment a des chevilles en bois ou en metal qui traversent
les rateliers et auxquelles on amarre les manoeuvres courantes au pied des mats ou en
abord.
Cheville verticale, amovible, sur laquelle on peut tourner un petit cordage ou une
manoeuvre courante."
J'en conclus que "gabillot" et "cabillot" plus que des synonymes sont
un seul et meme mot. Il s'agit probablement d'une prononciation regionale. Entre un
"k" et un "g", la difference dans la realisation phonetique est
minime. D'ailleurs, le mot provencal commence par un "g" Guincouneou (c cedille
et e accent aigu) si j'en crois ce glossaire elabore par un restaurateur de greements en
Mediterranee.
http://members.aol.com/frgorson/Page8.html#g
D'ailleurs, sur le site de remue.net, on trouve Quatre lecons de la langue des marins
de Jean-Marie Barnaud (Langagieres de Reims, 1999) ou l'on peut lire :
"Quand je dis Gabier, cale, cabestan, cabillot, arcasse, barque, brume, je
parle Provencal..."
Mais le rapprochement n'a pas ete fait avec les "gabillots" de Flaubert.
http://www.remue.net/barnaud2.html
Le GDT est consultable en
ligne. Ce dictionnaire tres pratique presente l'avantage de repertorier des mots que nous
n'utilisons plus en francais de France (si j'en juge par l'absence de ce mot dans Larousse,
Hachette, Robert, y compris historique) mais que les Quebecois ont gardes
(peut-etre meme les Suisses, les Belges...). En prime, on obtient l'equivalent en anglais.
Pour "gabillot" et "cabillot" "toggle".
En revanche, il ne mentionne pas l'etymologie, ce qui est ennuyeux pour faire des
recherches plus poussees. http://www.granddictionnaire.com
- Le Petit Robert 1
donne la definition suivante
- n. m. (1694; prov. cabilhot,
de cabilha "cheville"). Mar. Cheville a laquelle on amarre les manoeuvres
courantes. Cabillot d'amarrage. (ed. 1979).
- Mais le Robert historique
n'en fait aucune mention, meme pas dans les derives de cheville (ou il est precise que
tous gardent le sens de "tige" et signifient "unir de facon
indissoluble" chevillette (charpenterie), chevillard (boucherie), chevillon
(tourneurs sur bois et ourdisseurs) et cheviller ou chevillier (musique)).
- Je constate que l'edition Garnier
de L'Education sentimentale, pourtant tres documentee, reste muette sur ce mot. Je
suis egalement allee voir sur un site d'enseignants de francais. Mais ce passage de L'Education
ne fait pas partie de ceux qui ont ete commentes.
- Pour les sinophones, je sais que le
roman est traduit en chinois, mais je n'ai trouve aucun site sur lequel on pouvait le
telecharger et donc, je ne sais pas comment ce mot a ete traduit. En revanche, Madame
Bovary semble avoir un certain succes, aussi bien a Taiwan qu'en RPC ! J'aurais aime
savoir comment "gabillot" avait ete traduit en chinois.
-
- Les dictionnaires
anglais-chinois en ligne proposent
shengzhen, taosuoding, shuanlao, xijin.
- Mais aucun n'est repertorie dans le
Guoyu cidian (Taiwan).
- De plus, ils proviennent de
l'anglais 'toogle" qui ne semble pas aussi specialise que le terme francais. Un
"toogle" peut tout aussi bien servir a attacher des chevaux.
-
- Definition de "toggle"
(Merriam-Webster's Collegiate Dictionary)
- "Etymology origin unknown
- Date circa 1775
- 1 a piece or device for holding or
securing as a a pin inserted in a nautical knot to make it more secure or easier to slip b
a crosspiece attached to the end of or to a loop in something (as a chain, rope, line,
strap, or belt) usually to prevent slipping, to serve in twisting or tightening, or to
hold something attached
- 2 a device consisting of two bars
jointed together end to end but not in line so that when a force is applied to the joint
tending to straighten it pressure will be exerted on the parts adjacent or fixed to the
outer ends of the bars; also a device with a joint using a toggle."
- www.britannica.com/cgi-bin/dict?va=toggle
- Si un(e) sinophone peut nous
eclairer, merci d'avance.
-
- Une definition suisse de
"cabillot" (lexique francais-anglais des termes marins (definitions en francais)
- "(toggle, pin). Batonnet en
bois ou en metal autour duquel on tourne des cordages de manoeuvre, notamment ceux de
greement. Les cabillots sont fixes dans des rateliers, tels ceux qui sont positionnes
autour de la base des mats. Moins repandus aujourd'hui.
- http://ltswww.epfl.ch/~auric/sailing/primer/vocabulaire.html#cabillot
-
< Alain Nicolas (L'Humanité,
responsable des pages culture)
Il existe dans le vocabulaire de marine le terme de "cabillot" ou
"chavillot", à l'évidence parent du mot "cheville".
De nos jours, ce mot désigne un petit cylindre légèrement épointé aux deux
bouts, percé en son milieu d'un trou où passe un lien qui le solidarise de manière
souple au "guindant", le bord de la voile qu'on hisse le long du mât. Les
cabillots, régulièrement espacés le long de la voile, passent dans une gorge ménagée
dans l'arrière du mât afin de maintenir entre voile et mât une distance constante, et
de répartir la tension sur toute sa hauteur. Pour fixer les idées, on se représentera
les "machins" de corne, de bois, ou de cuir roulé qui remplacent les boutons
des "duffle-coats". On les appelle parfois d'ailleurs les "olives".
Sur les anciens gréements, les cabillots servent aussi à attacher les drisses
(cordages servant à hisser les voiles) le long des mâts. Cela ressemble aux fixations
des cordons de stores ou de rideaux, mais en deux parties. Des plaques percées de trous
sont fixées à l'équerre à la base du mat. On y passe verticalement les cabillots, qui
sont amovibles et tiennent par leur propre poids (ils sont parfois en fonte), leur forme
dissymétrique les empêchant de passer à travers la plaque. Ils forment un
"ratelier de drisses", ensemble de petits taquets sur lesquels on enroule les
cordages en faisant des "huits". Ce système existe encore de nos jours dans les
théâtres pour la manipulation des cintres et des machines.
D'après le contexte, "gabillot" et "cabillot" semblent bien le
même mot, à une variation phonétique près. Des encyclopédies de marine ancienne
devraient donner une meilleure définition ET SURTOUT UN DESSIN!
< Juliette Caron, documentaliste de l'Odéon
Je sais bien qu'il n'y a rien à
gagner ! simple déformation professionnelle, et curiosité, aussi. (Et le musée de la
marine, c'est plutôt loin, mais "ils" ont le téléphone!).
C'est extraordinaire, des cabillots, il y en a plein les cintres de l'Odéon !!! Comme on
le sait, les théâtres à l'italienne sont de grands bateaux. Mais ce mot-là, j'avoue,
je ne connaissais pas. Ici, on appelle ça un palet (ou une palette), et on y accroche les
fils d'une équipe, c'est-à-dire l'ensemble des fils qui servent à manoeuver une
perche... Enfin bref !!! (quand on commence à mettre le doigt dans un vocabulaire
technique, c'est la noyade immédiate -sic-).
Suite après discussion avec les cintriers, qui viennent d'arriver (hier, c'était
relâche), eux aussi utilisent le mot gabillot (eh oui...) non pour désigner la cheville
de bois ou de métal mais le noeud qui est autour. En fait c'est un noeud qu'on
fait avec un bout de fil sur un fil de manoeuvre afin de créer sur celui-ci une
butée, un point d'arrêt. Je vous aurais bien fait un dessin mais c'est compliqué !
Comme quoi on en apprend tous les jours
PS. Si un jour vous passez dans le coin, venez donc voir les cintres de l'Odéon. Ca vaut
même le détour.
RÉPONSE 2
< Hugues Pradier,
directeur de la Pléiade
(merci également à Jacques-Rémi Dahan)
Jean-Baptiste Gresset, Ver-Vert,
poème héroïque, 1734 (autre graphie : Vairvert).
Le perroquet Ver-Vert, héros du
livre (quatre chants en décasyllabes), appartient aux visitandines de Nevers et parle
donc un langage chrétien. Réclamé par des religieuses nantaises, il leur est envoyé
par voie fluviale et, naturellement, apprend sur le bateau le vocabulaire des matelots et
des femmes légères. D'où un prompt retour aux envoyeuses.
Un extrait de ce poème est publié au tome II de la nouvelle Anthologie de la
poésie française de la Pléiade. Voir la note de Catriona Seth, ibid., p.
1288-1289 ; cette note contient d'ailleurs une allusion au perroquet d'Un
cur simple.
L'ouvrage de Gresset se trouvait dans la bibliothèque de Flaubert. Voir l'inventaire
après décès de Me Bidault (entrée Biographie): "Histoire
de Vert-Vert [sic], quatre volumes".
Jean-Pierre Goldenstein, professeur de littérature française, Université
du Maine, nous signale que le texte est disponible sur GALLICA, qui reproduit l'édition
"au Perroquet" de 1736 (31 Ko).
RÉPONSE 1
< Claudine Kierkegaard, Dorothée de Bruchard, Arlette Attali (Ingénieur
d'Etudes, CNRS-Laboratoire Communication et Politique)
"Tu crois que tu
m'aimeras toujours, enfant. Toujours, quelle présomption dans une bouche humaine !"
(à Louise Colet, [Croisset, 6 ou 7 août 1846], éd. J. Bruneau, Pléiade, t. I, p. 276).
La phrase se trouve sur http://ourworld.compuserve.com/homepages/bib_lisieux/loucol03.htm,
avec 8 août pour date: "Tu crois que tu m'aimeras toujours, enfant : toujours !
quelle présomption dans une bouche humaine !"
... et sur FRANTEXT: FLAUBERT.G, CORRESPONDANCE / 1847, page 222 / 1846 T 1
"que mes lettres ne soient découvertes,qu'on apprenne tout. je suis malade de toi.
tu crois que tu m' aimeras toujours, enfant.Toujours ! Quelle présomption dans une bouche
humaine ! Tu as aimé déjà, n' est-ce pas ? Comme moi ; souviens-toi qu'autrefois aussi
tu as dis : toujours. Mais je te rudoie, je te chagrine. Tu sais que j'ai les caresses
féroces"