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RÉPONSE 60

Deux réponses nous sont parvenues.
Michel Pierssens nous écrit: «Une piste de réponse à la question: dans la mythologie hindoue, le dieu de l’amour (Kamadeva) se déplace porté par un perroquet:
http://www.webonautics.com/mythology/kamadeva.html
L’oiseau en question est omniprésent dans la mythologie et les contes indiens ainsi que dans les temples. Flaubert a pu en avoir connaissance par ses relations orientalisantes.»

De son côté, Christian Dufour, via Litor, suggère l’explication suivante: «Le perroquet est sujet à l’épilepsie, le mal sacré. Voir Buffon: “Le perroquet cendré est, comme plusieurs autres espèces de ce genre, sujet à l’épilepsie et à la goutte; néanmoins il est très vigoureux et vit longtemps”, Histoire naturelle, “Le Jaco ou Perroquet cendré”.

Gisèle Séginger apporte un complément. La source est peut-être Creuzer comme souvent : « Maya avec l’enfant Cama, l’Amour, sur son sein, tous deux portés par un perroquet, monture ordinaire de ce dernier » (Religions de l’Antiquité, t. IV, n. 104, 1re partie, explication des planches).


Michel Bernard nous apporte un complément de réponse à la question sur «le perroquet, animal fatidique» qui figure dans Salammbô (voir les premières réponses:
http://flaubert.univ-rouen.fr/questions_reponses/reponses.php#reponse60).
La critique contemporaine s'est déjà étonnée de ce perroquet divin.
On lit ainsi dans un article de G. Froehner de 1862 dans la Revue contemporaine (tome XXX, 31 décembre 1862, «Le roman archéologique en France», p.860): «Ç’a été aussi une nouveauté pour nous d'apprendre que le perroquet était un animal fatidique, que le cheval était consacré à Esculape, le singe à la lune. Ces détails ne se trouvent dans aucun auteur ancien ni dans aucun monument authentique; ils sentent le voyageur moderne, traducteur véridique peut-être des traditions recueillies sur la route, mais dont le témoignage ne saurait avoir la moindre valeur dès qu'il s'agit de restituer l'ancienne société carthaginoise.» Flaubert répond à cet article dans une lettre du 21 janvier 1863, où il ne relève d'ailleurs que les allusions aux singes et aux chevaux, et pas au perroquet.
On lit dans la Revue britannique, dans un article de 1838: «Le harem du pacha de Widdin» (tome 18, 4e série, p.307), traduit du Fraser's magazine: «Touti est le nom d'un perroquet pour lequel les Hindous ont une profonde estime, et qui occupe toujours un emploi fatidique dans leurs romans de moeurs.». Flaubert pratique régulièrement cette revue et elle figure, selon Jean Seznec («Saint Antoine et les monstres», Publications of the Modern Language Association of America, mars 1943, p.215), parmi les sources de La Tentation. Il s'agit donc d'une source probable, en raison de la proximité du mot «fatidique». On peut aussi supposer qu'un article sur le harem d'un pacha n'a pas dû échapper à Flaubert...

RÉPONSE 57

Premier élément de réponse, découvert par l'auteur de la question lui-même : au 18, rue de Laval, habitait dans les années 1840 un certain « Bizet, professeur de musique », qui est le père de Georges... Mais il n'y a pas de relation connue entre Flaubert et cette famille.

RÉPONSE 56

Guillaume Hardy signale que cette couleur désigne la teinte d’un tissu, toujours utilisée, il peut en attester, puisque lui-même porte un pantalon couleur puce.
Sylvain Caron a trouvé dans la préface d’Anne Richardot à la réédition du livre de Louis-Antoine, Marquis de Caraccioli, Le Livre à la mode suivi du Livre des quatre couleurs (Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2005, p.19), que la «fameuse couleur puce», née sous Louis XVI, se subdivisait en «vieille puce, dos, ventre, cuisse, tête de puce, puce effrayée ou puce endormie».
Sylvie Giraud signale deux occurrences de la couleur puce dans les Carnets de voyage de Flaubert:
Carnet n°7, f°35: «le chef des cérémonies gros bonhomme en robe puce ressemblant un peu à Soliman Pacha» (jeudi 14 novembre 1850, Constantinople).
Carnet n°10, f°3v°: «une femme de chambre sylphide avec un oeil à demi clos a été dans l'Inde, chapeau de soie puce, éreinté» (18 avril 1858, sur le bateau qui le mène en terre maghrébine).
On ne sait toujours pas si Flaubert a utilisé cette couleur pour désigner l’un ou l’autre de ses livres.
Article de Wikipédia, «Puce (couleur)».

RÉPONSE 55

(< Anne Wicke, professeur en Langues et littératures anglaises et anglo-saxonnes, université de Rouen)
Il semble que Melville n'ait jamais lu une ligne de Flaubert. Par ailleurs, comme il ne comprenait quasiment pas le français, il n'a rien pu traduire. Il avait lu un peu de Balzac, mais très tard dans sa vie.

RÉPONSE 51

(< Jeanne Bem, Joëlle Robert, Cécile Supiot, Sylvain Caron, Ryszard Engelking)
Synthèse des réponses à la question posée dans le Bulletin 102, concernant le sens de l’expression «passer sous son pouce».
Dans son édition de Madame Bovary parue chez Magnard (coll. «Textes et contextes», 1988), Gérard Gengembre définit ainsi l’expression: «on lève son pouce horizontalement et on fait mine de passer dessous» (p.100). Pierre-Marc de Biasi reproduit presque mot pour mot cette définition, en ajoutant qu’il s’agit là d’une plaisanterie et que le pouce est levé au-dessus de la tête, ce qui semble aller de soi puisqu’on passe dessous (Imprimerie nationale, 1994, p. 117). Thierry Laget renvoie à la définition de Pierre-Marc de Biasi (Gallimard, coll. Folio, 2001, p.78). Aucune de ces éditions n’indique de source.
Jeanne Bem (qui prépare la nouvelle édition de Madame Bovary pour la Pléiade), nous signale que dans la traduction de Oxford University Press de 2004, on lit: «They lifted weights, played "Under my Thumb" [ ...]», sans note. L'expression existe donc en anglais, les majuscules et les guillemets montrant que c'est un jeu répertorié, peut-être familier au lecteur anglais.
Daniel Fauvel, familier des coutumes cauchoises, n’a jamais entendu parler de ce jeu, qui ne paraît pas normand, pas plus que Jean-Marie Privat, connaisseur de la culture populaire.
La question reste donc ouverte.

RÉPONSE 47

RÉPONSE à la question de Claude Courouve, auteur du Dictionnaire français de l'homosexualité masculine, concernant le «système Cordier».

Antonio Álvarez de la Rosa, professeur à l'Université de La Laguna, pense qu’il s’agit d’Alphonse Cordier (1820-1897), conseiller municipal de Rouen, conseiller général et sénateur, mentionné à plusieurs reprises dans la Correspondance (voir surtout la lettre à Louise Colet du 21 août 1853, Bibl. de la Pléiade, t.II, p.405-406). Il est cité dans un scénario de Sous Napoléon III: «Cordier: le malin qui s’enfonce» (Carnet 17, f. 2). Dans son édition des Carnets de travail, Pierre-Marc de Biasi fait également l’hypothèse que ce Cordier pourrait renvoyer au vaudevilliste Éléonore de Vaulabelle, dit Jules Cordier (Balland, 1988, p.716), mais nous n’avons aucune preuve que Flaubert l’ait connu.

RÉPONSE 45

À la suite de l’information concernant le portrait inédit de Flaubert (voir le Bulletin n°87), nous avons reçu des réactions de plusieurs lecteurs. Les voici.
Rappel: le portrait inédit a été mis en ligne sur notre site, grâce à l’aimable autorisation de Grégory Leroy, expert chez Artcurial:
http://flaubert.univ-rouen.fr/iconographie/inedit-1846.php

Joëlle Robert:
«Est-ce que l'on connaît le portrait que Louise Colet avait offert à Flaubert? Dans l'Album Flaubert de la Pléiade, aucun portrait de Louise Colet ne correspond à celui que l'on devine sur le daguerréotype de 1846. Mais il y en a sans doute d'autres.»

Matthieu Desportes:
«Ma première réaction a été de me dire "Bah voyons!"... Et puis quand même, le doute... Pourquoi pas? Ce qui est intéressant, c'est la difficulté à "se représenter" Flaubert autrement que sous les traits du Vieux de Croisset, sans jeunesse possible. Un peu comme si on n’avait d'Hugo que le portrait du patriarche barbu... Amusant de savoir comment on se figure sa figure, comment on a figé Flaubert en nous. Qui plus est, ce serait aussi rafraîchissant d'avoir le portrait d'un Flaubert souriant, ou esquissant un sourire, loin de la pose sérieuse du "gendelettres".»

Geoffrey Wall:
«Ravi de cette nouvelle image de Flaubert qui vient d'apparaître. Elle m'a révélé un Flaubert jeune, mince (et littérateur) que je n'avais jamais réussi à imaginer.»

Julian Barnes:
«1) GF à 25 ans? Avec ce degré de calvitie? Et une figure si mince? Bien sûr, il est très difficile de l'imaginer tel qu'il était, entre le dessin par Desandré et la première photo (celle de Du Camp dans le jardin de l'Hôtel du Caire, ou celle de Nadar). Mais est-ce que c'est vraiment lui?
2) GF ne fait aucune allusion au fait d'avoir été photographié. Et on sait qu'il détestait la photographie. Et qu'il n'acceptait pas que Du Camp le photographie en Égypte sauf à une distance considérable. N'aurait-il pas fait une référence quelconque s'il s'était soumis à cette nouvelle invention si tôt?
3) Est-ce que l'écriture au dos de la photo est vraiment celle de GF?
4) La gravure représente-t-elle vraiment Louise Colet? (Si c'est le cas, le nombre de suspects est bien réduit.)
5) Quelle est la provenance de la photo? "Découvert il y a 15 ans à Paris". Oui, mais chez qui, et est-ce qu'on peut établir un lien - même lointain, même théorique - entre Colet et celui à qui la photo appartenait en 1990?»

Cécile Revéret, professeur de lettres:
«Je me permets de vous donner mon humble avis sur le "portrait controversé" de Flaubert:
1° Il me semble avoir lu que Gustave Flaubert cachait à sa mère sa liaison avec Louise Colet. Il serait donc étonnant qu'il eût accroché au mur le portrait de sa maîtresse. On sait que Madame Flaubert, qui vivait avec son fils à Croisset, avait une forte emprise sur lui. Dans la lettre où il est fait allusion au portrait de Louise, Gustave F. précise que le portrait "est posé sur un coussin". On peut penser qu'il le sortait pour le regarder, certes, mais qu’il se gardait la possibilité de le dissimuler.
2° La photo elle-même.
Elle me semble très suspecte: Gustave Flaubert avait les yeux à fleur de tête. On dirait aujourd'hui, irrespectueusement, qu'il avait les yeux globuleux. Ces yeux globuleux, on les voit aussi bien sur les photographies de Mulnier et de Carjat que sur le superbe dessin qu'on a de lui lorsqu'il avait une vingtaine d'années. Or, l'individu photographié a les yeux enfoncés dans les orbites, avec des arcades sourcilières bien proéminentes.
Par ailleurs, mais ce détail est moins flagrant, la forme elle-même de la tête est différente. Gustave Flaubert serait plutôt brachycéphale alors que l'individu serait dolichocéphale.
Je ne vois quant à moi aucune ressemblance entre les portraits que l'on a de Flaubert et cette photo.»

Emmanuel de Roux a publié au sujet de ce portrait un article dans Le Monde daté du 31 octobre 2006.

Après la publication de l’article du Monde, et la communication anticipée des réactions de nos lecteurs, John Wood a envoyé deux messages à l’expert de la vente Artcurial, Grégory Leroy, qui nous en a fait part en nous autorisant à les reproduire:
“In terms of answering perspective buyers' concerns, especially those that might have been raised by the article, you might look at my 1994 article. As to the objection that Flaubert hated photography and would not have sat for a portrait, I deal with that in the first paragraph. "Flaubert's objections to being photographed by Du Camp, if we are to judge from his letters to his mother, seem to have as much to do with the weight he'd put on.." To Julian Barnes comment about the baldness and the leanness, on p. 352 of the article: he wishes he had met Colet 10 years earlier, describes how he had "looked like a young Greek," and how his hair fell on his shoulders back then. And as for Barnes on his leanness; he was not always the fat man we know from the late pictures. And then there is the Baudouin painting I mention on p. 355 in which he assumes a similar pose.”

”As for what we think was Flaubert's lack of interest in the daguerreotype, here is an interesting passage from Chapter 15 of Madame Bovary:
"At length, Charles, having shut the door behind him, asked him to make inquiries in Rouen concerning the price one would have to pay for a really first-rate daguerreotype. It was a surprise he had in store for his wife. A little bit of sentimentalism, a portrait of himself in dress clothes. But first of all he wanted to know how he stood as regards expense."
[«Enfin Charles, ayant fermé la porte, le pria de voir lui-même à Rouen quels pouvaient être les prix d'un beau daguerréotype; c'était une surprise sentimentale qu'il réservait à sa femme, une attention fine, son portrait en habit noir. Mais il voulait auparavant savoir à quoi s'en tenir» (II, chap. 6, éd. Claudine Gothot-Mersch, p.120).]
Is this not the very thing we have here in the portrait: "A little bit of sentimentalism, a portrait of himself in dress clothes… a surprise he had in store for his [lover]."

RÉPONSE 44

Sur l’édition du Voyage en Orient, à la demande de Stéphanie Dord-Crouslé (Voir le Bulletin 86).

Jean-Benoît Guinot signale que sur la carte à la page 745 de l'édition Folio, il manque l'indication de l'excursion à Marathon dont il est question aux pages 389-391.

RÉPONSE 43

Question de Sylvain Entressangle sur le sens du mot «bauce» employé par Flaubert dans Madame Bovary (III, 3) (Voir la question posée dans le Bulletin Flaubert n°86.).

Jeanne Bem:
«C'est une autre orthographe pour "bosse", terme nautique, cordage (voir le Robert). Un cordage pour amarrer la barque, sans doute.»

Joëlle Robert:
«Voici la note de Gérard Gengembre pour l'édition de Madame Bovary, dans la collection "Texte et contextes", chez Magnard: "bauce: pour "bosse", cordage ou bout de cordage fixé à l'une des extrémités et servant à saisir une amarre, à amarrer une embarcation» (p.592).

Jean-Benoît Guinot:
«Dans le Dictionnaire des mots rares et précieux (10/18, n°2782, 1996, p.35):
"Bosse. n.f. Mar. Bout de forte corde servant à tendre une manoeuvre, à soulager une bitte d'amarrage, à retenir un câble, une chaîne."
Note de Jacques Neefs dans son édition au Livre de Poche classique n° 713, 1999. Page 386, note 2: "Bauce" ou "bosse", cordage pour amarrer le bateau.»).

Philippe Safar :
Pour godiller dans une barque, on se sert d'une seule rame disposée à l'arrière de la barque. Le bout de cordage qui maintient cette rame, maniée d'une façon particulière, dite à la godille, est la bauce. (Source: lexiques des termes marins et glossaire de la voile et de la mer.)

RÉPONSE 42

À propos de la signification des palmes dans Salammbô (Voir la question posée dans le Bulletin Flaubert n°85.)

Jeanne Bem:
«Ma source est la Bible Osty. En allemand, le dimanche des rameaux se dit Palmensonntag. Jésus se rend à Jérusalem au moment de la Pâque juive et les palmes font partie de la célébration. La foule les utilise spontanément pour fêter Jésus. Mais des 4 Evangiles, c'est seulement dans Jean 12,13 qu'il est question de branches de palmier. A cet endroit Osty renvoie a Apocalypse 7,9, qui a son tour renvoie aux deux livres des Maccabées, 1 Mac 13, 51 et 2 Mac 10, 7. Il ressort de cette dernière occurrence que les branches de palmier accompagnent une fête qui est un rituel de purification. Par glissement, Flaubert utiliserait le symbole des palmes en optant pour un sens antithétique de l'acception reçue - la palme récompense du guerrier vainqueur. Au passage, j'ai remarqué dans 2 Mac chap. 9 la description d'un roi frappé d'une horrible maladie qui ressemble à celle d'Hannon.»

Gisèle Séginger:
«Lorsque Jésus entre triomphalement à Jérusalem, il est accueilli par les habitants qui coupent des «rameaux de palmiers». Ce qui sera commémoré par la fête des rameaux, début de la semaine sainte, et dans certaines régions méridionales, en Italie, je crois, on utilise les palmes et non les rameaux d'olivier pour cette fête. Chez les orthodoxes, la fête des rameaux s'appelle fête des Palmes. Il y a d'autres éléments christiques dans l'oeuvre. Bref, il semblerait que ce soit, dans le monde méditerranéen, un signe pacifique, en effet.»

Jean-Paul Goujon:
«En petit complément à la réponse de Gisèle Séginger, j'ajoute qu'en Espagne, et notamment en Andalousie, la fête des Rameaux est traditionnellement fêtée par des palmes, que l'on peut acheter devant les églises, afin de les suspendre au balcon de sa maison, où elles restent une bonne partie de l'année. Ce serait donc, là aussi, un signe pacifique.»

RÉPONSE 38

Le «et» manuscrit abrégé: transcription par l’alpha ou par l’esperluette? (Voir la question posée dans le Bulletin Flaubert n°63.)

Jeanne Bem:
«Si on fait une transcription diplomatique, il faut garder alpha, de même qu'on ne corrige pas l'orthographe, qu'on ne remet pas les accents, etc.»

Eric Le Calvez:
«Il s'agit vraisemblablement de l'esperluette écrite à la va-vite. L'esperluette (signe d'ailleurs fort laid) prendrait plus de temps à écrire correctement qu'un "et", essayez et vous verrez. Donc cela est devenu un "alpha", il n'y a pas de doute là-dessus. Que l'alpha ait un sens de liaison ou non, ce n'est pas l'important; c'est plutôt à relier à l'idiosyncrasie flaubertienne, comme tous les signes grecs (de mises en rapport interlinéaires ou marginales) qui pullulent dans les brouillons. Puisque aucun des signes de liaison de Flaubert ne ressemble à un "&", je me refuse de le transcrire ainsi dans mes transcriptions diplomatiques, et opte donc pour "alpha".»

Matthieu Desportes:
«Définitivement esperluette. La forme alpha peut apparaître comme l'abréviation de l'esperluette (elle-même abréviation).»

Stéphanie Dord-Crouslé:
«1- Dans une perspective de diplomatique "radicale" voire intégriste (être au plus près de ce qui est écrit sur la page du manuscrit et de la manière dont c'est écrit), j'ai commencé par utiliser le "alpha" qui est clairement le signe graphique le plus proche de celui que trace Flaubert.
2- Réfléchissant à la formalisation et aux transformations que subissent nécessairement les lettres et les signes lorsqu'ils passent de l'état manuscrit à l'état "typographié" (compliquées par exemple par l'épineux problème des majuscules), j'en suis venue à me dire que si je rétablissais d'autres lettres mal formées, il n'y avait pas de raison pour que je n'agisse pas de même avec ce qui est - apparemment? - à l'origine un "&" simplifié.
3- Mais ce raisonnement ne me satisfait pas complètement car c'est vraiment la lettre grecque que Flaubert écrit!
D'où deux problèmes à éclaircir pour m'enlever mes dernières réticences:
1- Historiquement, la lettre alpha a-t-elle jamais eu un rôle de liaison? Il faudrait que des médiévistes et des spécialistes de la langue classique nous donnent leur avis.
2- Dans la pratique graphique personnelle de Flaubert, existe-t-il une évolution dans la formation - ou la déformation - du signe de liaison? C'est là aux spécialistes des écrits de jeunesse de nous répondre...»
[Bulletin Flaubert n° 64]

Guy Rosa:
«Je vais ajouter mon grain de sel à l'intéressant débat sur l'esperluette et l'alpha en proposant de créer un signe spécial, nommé au choix (encore qu'il vaudrait mieux ne pas ouvrir ce débat) alpherluette ou esperlupha, qui collera au plus près à la grafie de Phlaubert. Tout en donnant raison cependant à ceux qui penseraient que la disposition du manuscrit à côté de sa transcription, sans rendre vaine cette discussion, est du moins de nature à en amoindrir l'enjeu.
Cela dit et pour apporter une contribution sérieuse, la question se pose tout de même de savoir si Flaubert confond ou non, si les manuels de lecture de l'écriture manuscrite se prononçaient sur la manière de former l'esperluette à la main et s'il existe des exemples de manuscrits dessinant correctement ce &.» [Extrait du Bulletin n° 66.]

RÉPONSE 37

La phrase se trouve dans la lettre à Ernest Chevalier du 23 juillet 1835: «J'ai attendu jusques au dernier moment, espérant que les malades de papa le laisseraient un peu en repos, mais c'est en vain. Ànankè. Nous ne pourrons t'aller embrasser qu'aux vacances qui approchent à grands pas. Avec les pas du temps, avec ses pas gigantesques d'infernal géant.» [Corr., éd. Jean Bruneau, Pléiade, t.I, p.19.] [Bulletin Flaubert n° 63.]
Merci à Sébastien Bailly, Olivier Leroy et Hugues Pradier (directeur de la Pléiade; un volume Claude Simon est en préparation).

RÉPONSE 36

(< Claude Cambe, Aix-en-Provence)
Il s'agit bien d’un vers de Victor Hugo: il se trouve dans «Les deux côtés de l'horizon», poème XXXIII de Toute la Lyre (publié pour la première fois en 1842 dans la Revue des Deux Mondes).
>Par ailleurs, Claude Cambe a découvert une autre référence hugolienne dans un texte de Flaubert. Voici ce qu'il nous écrit:

C'est un (tout petit) mystère sur Flaubert enfin éclairci (sans mérite aucun). C'est aussi l'histoire de la puissance d'Internet et de l'intérêt de Google.
Les Œuvres de jeunesse, éditées par Guy Sagnes et Claudine Gothot-Mersch dans la Bibliothèque de la Pléiade en 2001, comprennent le récit de voyage Pyrénées-Corse.
Le jeune bachelier, âgé de 18 ans, prend des notes sur tout ce qu'il voit et tout ce qu'il ressent pendant son voyage. A Bagnères-de-Luchon, le 15 septembre 1840, il profite d'un jour de pluie pour écrire. S'interrogeant sur l'utilité de coucher sur le papier ses descriptions et ses impressions, il remarque: «[…] Et puis, à quoi bon tout dire? n'est-il pas doux au contraire de conserver dans le recoin du coeur des choses inconnues, des souvenirs que nul autre ne peut s'imaginer et que vous évoquez les jours sombres comme aujourd'hui, dont la réapparition vous illumine de joie et vous charmera comme dans un rêve? Quand je décrirais aujourd'hui la vallée de Campan et Bagnères-de-Bigorre, quand j'aurais parlé de la culture, des exploitations, des chemins et des voitures, des grottes et des cascades, des ânes et des femmes, après? après? est-ce que j'aurai satisfait un désir, exprimé une idée, écrit un mot de vrai? je me serai ennuyé et ce sera tout. Je suis toujours sur le point de dire avec le poète:
A quoi bon toutes ces peines,
Secouez le gland des chênes,
Buvez de l'eau des fontaines,
Aimez et rendormez-vous.» (p.670)
Ces quatre vers ont intrigué les différents commentateurs. Le lecteur est renvoyé à la notice où il est précisé: «Pas plus que les éditeurs successifs de la Correspondance nous n'avons retrouvé l'auteur de ces vers, qui figurent aussi dans une lettre du 15 mars 1842.» (p.1450).
Grâce à Google, il m'a fallu en fait trois secondes pour retrouver le nom de ce poète: Victor Hugo himself dans le poème «Soirée en mer» des Voix intérieures.
Gustave citant visiblement de mémoire, voici le quintil original:
«A quoi bon toutes ces peines?
Pourquoi tant de soins jaloux?
Buvez l'onde des fontaines,
Secouez le gland des chênes,
Aimez, et rendormez- vous!»

Deux remarques:
C'est d'abord une confirmation que, pour le jeune Flaubert, mais tous les habitués de la Correspondance le savaient déjà, Hugo était véritablement une idole, au point de pouvoir citer de mémoire des vers extraits des Voix intérieures (publié en 1837). Dans une lettre à Ernest Chevalier du 24 juin 1837 (coïncidence: c'est exactement la date où Hugo signe la préface des Voix intérieures), il se déclare prêt à donner toute la science pour deux vers de Lamartine ou de Victor Hugo. Plus d'un an plus tard (13 septembre 1838), il compare le génie d'Hugo à celui de Racine ou de Calderon.
La deuxième remarque est plus prosaïque: qu'un modeste amateur comme moi puisse en quelques secondes dénicher une information que d'illustres commentateurs n'ont pas pu trouver m'apparaît comme une chose assez effrayante et en même temps assez réjouissante.
http://www.liberation.fr/page.php?Article=351013
[Bulletin Flaubert n° 77]

Suite Cher collègue,
J'ai été amusé et affligé en même temps, en lisant dans le Bulletin Flaubert n°77 l'information de Claude Cambe, qui croit avoir révélé les sources de deux citations hugoliennes chez Flaubert. Certes, les sources sont bonnes; seulement elles ont été déjà bien indiquées toutes les deux dans une édition russe:
Gustave Flaubert, O literature, iskusstve, pisatelskom trude [Sur la littérature, l'art, le travail d'écrivain], Moscou, Khudojestvennaya literatura, 1984.
Les textes et les notes correspondantes se trouvent respectivement tome 2, pages 228, 444 (première citation) et 344, 459 (seconde citation). La dernière note renvoie à une note précédente, celle de la lettre de Flaubert à Ernest Chevalier du 15 mars 1842 (tome 1, pages 45, 462 de la même édition), où la citation se rencontre pour la première fois.
Les excellentes notes de cette édition en deux volumes (que j'ai eu le plaisir de diriger, en travaillant a l'époque dans une maison d'édition de Moscou) appartiennent pour la plupart à Mme Vera Miltchina, et je ne peux que les recommander vivement à tous les flaubertiens. Etablies avant l'Internet et publiées en russe, elles semblent ne pas bénéficier de l'attention qu'elles méritent.
Serge Zenkine
Docteur ès lettres, directeur de recherches à l'Université russe des sciences humaines, 6, pl. Miusskaia, 125267 Moscou, Russie

RÉPONSE 35

(< Naoko Kasama)
La scène est racontée par Zola dans les Romanciers naturalistes, au début du chapitre sur le style de Flaubert: «Un jour, j'assistai à une scène typique. Tourgueneff, qui gardait de l'amitié et de l'admiration pour Mérimée, voulut ce dimanche-là que Flaubert lui expliquât pourquoi il trouvait que l'auteur de Colomba écrivait mal. Flaubert en lut donc une page; et il s'arrêtait à chaque ligne, blâmant les qui et les que, s'emportant contre les expressions toutes faites, comme "prendre les armes" ou "prodiguer des baisers". La cacophonie de certaines rencontres de syllabes, la sécheresse des fins de phrase, la ponctuation illogique, tout y passa. Cependant, Tourgueneff ouvrait des yeux énormes. Il ne comprenait évidemment pas, il déclarait qu'aucun écrivain, dans aucune langue, n'avait raffiné de la sorte. Chez lui, en Russie, rien de pareil n'existait. Depuis ce jour, quand il nous entendait maudire les qui et les que, je l'ai vu souvent sourire; et il disait que nous avions bien tort de ne pas nous servir plus franchement de notre langue, qui est une des plus nettes et des plus simples. Je suis de son avis, j'ai toujours été frappé de la justesse de son jugement; c'est peut-être parce que, à titre d'étranger, il nous voit avec le recul et le désintéressement nécessaires.» (Zola, Romanciers naturalistes, Charpentier, 1881, p. 214.) Le passage est cité par A. Thibaudet dans son Gustave Flaubert, Gallimard, 1935, p. 221-222.
[Bulletin Flaubert n° 62]

RÉPONSE 31

(<Ryszard Engelking)
La citation exacte est: "Si l'on avait compris l'Education sentimentale, rien de tout cela ne serait arrivé" (Maxime Du Camp, Souvenirs littéraires, Hachette, 1883, t. II, chapitre XXVIII, «Louis Bouilhet», p. 474).

Réponse 30

La RÉPONSE nous est donnée par la vente Auktion in Basel, 23-24 février 2006
(catalogue pdf sur http://www.moirandat.ch / alain@moirandat.ch). Le lot 361 concerne l'album de la cantatrice Adelina Patti (1843-1919), sur lequel se trouve cette pensée de Flaubert. [Voir Bulletin Flaubert n° 79.]

Sylvie Giraud nous fournit une information complémentaire.
L'aphorisme de Flaubert ("L’amour est comme l’opéra. On s’y ennuie mais on y retourne") se trouve dans le Carnet de voyage n°2, f° 48v°, avec cette indication: "au ballet d'Ozai, 30 av[ril] 1847, Blois" (Par les champs et par les grèves, éd. Adrianne J.Tooke, Droz, 1987, p. 734)

RÉPONSE 29

(< Alexandre Zviguilsky, président de l’Association des Amis d’Ivan Tourguéniev, www.tourgueniev.info)
«Sur le poids de Flaubert, je suis affirmatif, il pesait bien en 1873 224 livres (soit 112 kg) contre 220 livres (soit 110 kg) pour Tourguéniev. La chose est attestée dans une lettre de George Sand à sa fille Solange Clésinger du 19 avril 1873 (Correspondance, éd. Lubin, t.23, p.486-487): «Depuis quelques jours j’ai été absorbée par Flaubert et Tourgueneff partis ce matin. […] Tu ne persuaderas pas Plauchut qu’il n’est pas un sylphe depuis qu’il s’est trouvé en présence de Tourgueneff et Flaubert qui, à eux deux, pèsent 444 livres!»
Trois remarques:
1) Sand tient ces renseignements fraîchement acquis de la bouche des intéressés lors de leur séjour à Nohant (Flaubert, du 12 au 19 avril 1873, Tourguéniev, du 16 au 19 avril).
2) La date «janvier 1873» a été mal lue par M. et Mme Levasseur [le mot «avril», précédé d’une barre verticale, a sans doute été pris pour «janvier»].
3) Flaubert était bien plus gros que Tourguéniev car, à ma connaissance, il mesurait 1, 83m contre 1, 91m pour le Russe.
Ces statistiques comparées ont dû amuser George Sand et sa famille qui les ont épinglées sur le montant d’une porte.»

RÉPONSE 28

Hugo "grand crocodile"
(< Séance du groupe Hugo du 24 janvier 2004, extrait du compte rendu.)
Guy Rosa communique, de la part de Mme Danielle Girard, la RÉPONSE à la question de l'origine du surnom de "grand crocodile" souvent donné à Hugo par Flaubert dans sa correspondance. Elle se trouve dans Louise Colet ou La Muse (Presses de la Renaissance, 1986) de J.-P. Kleber, qui ne donne pas ses sources: "On appelle ainsi Hugo depuis qu'en 1845, alors qu'il était directeur de l'Académie française, il avait été obligé de recevoir Sainte-Beuve pour qui il éprouvait une sincère antipathie et contre lequel il avait voté. A l'écoute de son discours de réception, Chateaubriand n'avait pu s'empêcher de répéter assez haut les paroles de son Chactas: "Le cours le plus serein en apparence ressemble au puits de la savane; la surface en paraît calme et pure, mais regardez au fond du bassin, vous apercevez un large crocodile que le puits nourrit dans ses eaux." (p. 260).
Le passage complet d'Atala est le suivant: "O René! c'est là que je fis pour la première fois des réflexions sérieuses sur la vanité de nos jours et la plus grande vanité de nos projets! Eh, mon enfant! qui ne les a point faites, ces réflexions? Je ne suis plus qu'un vieux cerf blanchi par les hivers; mes ans le disputent à ceux de la corneille: eh bien, malgré tant de jours accumulés sur ma tête, malgré une si longue expérience de la vie, je n'ai point encore rencontré d'homme qui n'eût été trompé dans ses rêves de félicité, point de coeur qui n'entretînt une plaie cachée. Le cours le plus serein en apparence ressemble au puits naturel de la savane Alachua: la surface en paraît calme et pure, mais quand vous regardez au fond du bassin, vous apercevez un large crocodile, que le puits nourrit dans ses eaux."
[Bulletin Flaubert n°53]
A propos de Hugo "grand crocodile", voir les vers 19-20 de "Soleils couchants", I, dans Les Feuilles d'automne
"Puis voilà qu'on croit voir, dans le ciel balayé,
Pendre un grand crocodile au dos large et rayé […]"
[Hugues Laroche, Bulletin Flaubert, n°55.]

(Groupe Hugo, séance du 15 mai 2004)
"Encore une dent pour la fameuse question saurienne: Yvette Parent attire l’attention sur la polysémie du mot "crocodile" chez différents auteurs du XIXe siècle. Dans Carmen, en 1845, Mérimée attribue à son héroïne "un éclat de rire de crocodile". En 1850, Proudhon signale que "les femmes en Egypte se prostituaient autrefois aux crocodiles". Enfin, dans son Dictionnaire des idées reçues, Flaubert dit du "crocodile" qu’il "imite le cri des enfants pour attirer l’homme".
Cela fait rêver, mais quel rapport avec le surnom donné à Hugo par Flaubert? Yvette Parent pense qu’on pouvait appeler "crocodile" tout homme qui aurait les dents plus longues que celles des personnes de son entourage. Dommage pour un Hugo imitant "le cri des enfants pour attirer l’homme".
[Extrait du Bulletin Flaubert, n°58.]

RÉPONSE 27

[Ryszard Engelking est en train de traduire Madame Bovary en polonais. Il y a quelque temps, il nous avait demandé des précisions sur la "latte de baleine" que tient Lestiboudois (Madame Bovary, éd. Claudine Gothot-Mersch, Garnier, 1971, p. 343). Il vient de trouver lui-même la RÉPONSE.]

J'ai trouvé la solution de la petite énigme de la latte de baleine. Peut-être vous intéressera-t-elle. Voici donc un fragment de l'ouvrage d'Emile de La Bedollière, Les Industriels, métiers et professions en France:
"Dans les paroisses parisiennes, le bedeau portait autrefois une règle en baleine, et une robe dont la couleur variait suivant que l'église était sous l'invocation d'un martyr, d'une vierge, ou d'un saint roi. Il est vêtu aujourd'hui d'un habit noir à la française, d'un gilet veste, d'une cravate blanche, d'une culotte courte, et de bas de soie noire. Il a au coté une épée à poignée d'acier et à la main un petit bâton d'ébène garni d'argent" (Janet, 1842, p.6).
L'emploi de la latte n'est pas décrit explicitement, mais il devient clair d'après "la fonction des Suisses" qui doivent, entre autres, "ouvrir le passage a l'ecclésiastique qui fait la quête [et] amener Messieurs les membres de la fabrique à l'offrande, et les reconduire à leur place" (p.2) Il sert donc a écarter la foule. Il y a aussi une vignette (d'Henri Monnier) représentant le bedeau avec son petit bâton (de 30-40 cm) à la main droite.
Il est significatif que dans une ébauche "Lestiboudois [erre] par l'église avec sa latte d'ébène garnie d'argent" (Madame Bovary. Ebauches et fragments par Mlle Gabrielle Leleu, Conard, 1936, t.II, p.558). Flaubert a ensuite remplacé cette latte d'ébène par une latte de baleine, plus ancienne. La petite physiologie du "Suisse de la paroisse", dont j'ai cité ci-dessus un petit extrait, est bien intéressante pour le lecteur de Madame Bovary.

RÉPONSE 26

(< Matthieu Desportes)
- Albert Gyergyai : "Flaubert et Spinoza", in Les Amis de Flaubert n° 39, Décembre 1971.
- Jacques Neefs : "Le récit et l'édifice des croyances", in La Dimension du texte (P. M. Wetherill éd.), Manchester University Press, 1982, p. 121 et sq.
- Jacques Neefs : "Flaubert et les idées religieuses", in Flaubert e il pensiero del suo secolo (Atti del convegno internazionale, Università di Messina), Facoltà di lettere e filosofia / Istituto di lingue e letterature straniere moderne, Messina (1985 ?), p. 341 et sq.
- Laudyce Rétat : "Flaubert, Renan et l'interrogation des religions", in Gustave Flaubert 3 - Mythes et Religions 2 (Bernard Masson éd.), Minard, "Lettres Modernes", 1988, p. 5 et sq.

RÉPONSE 25

(< Yves-Michel Scotto)
"Je ne suis qu'un modeste étudiant (je prépare une maîtrise d'Histoire sur la perception de l'espace [lire "paysage"] dans la correspondance de Flaubert) mais je crois avoir un élément de RÉPONSE à votre interrogation. Gustave, dans une lettre adressée à sa nièce le 17 novembre 1873, s'exprime dans les termes suivants: "Hier j'ai été voter à Bapeaume. Cela m'a fait une petite promenade qui a rafraîchi ma tête trop échauffée". Attention, si la lettre est rédigée à Croisset, il faut faire la distinction entre Bapeaume et Bapaume (cette dernière orthographe étant celle qu'emploie Flaubert). La note de Jean Bruneau laisse planer un doute: "Flaubert écrit: "Bapaume", un village très proche de Croisset". Quoi qu'il en soit, notre "BOURGEOISOPHOBUS" est bien allé aux urnes le 16 novembre 1873, et il ne fait nulle part mention d'une quelconque "exceptionnalité" concernant la pratique de ce vote."

RÉPONSE 24

(< Olivier Leroy)
La Bruyère, Les caractères ou les moeurs de ce siècle
http://gallica.bnf.fr/scripts/ConsultationTout.exe?O=101452&T=2 
Joudou, J.-B., Eugène de Montferrier ou les Moeurs du 19e siècle
http://pcbcu432.unil.ch/oron/detailaut.php?&Num=7305
Restif de La Bretonne, Tableaux de la vie, ou, Les moeurs du dix-huitiéme siécle
http://www.haverford.edu/hist/resources/18thc_writers.html

( < Thierry Savatier)
En RÉPONSE (tardive) à une question du Bulletin n°44 concernant les romans intitulés "moeurs de...", je n'ai trouvé que deux titres reprenant l'exact sous-titre de Madame Bovary, mais les ouvrages sont postérieurs à 1856:
- Gustave Guiches, Céleste Prudhomat, moeurs de province, Librairie Moderne, 1887.
- Eugène Delard, Les Dupourquet, moeurs de province, Calmann-Lévy, 1892.
En revanche, si l'on oppose "moeurs de province" à "moeurs parisiennes", les textes sont plus nombreux:
- Jules Janin, Moeurs parisiennes, 1830 http://www.bmlisieux.com/litterature/janin/moeurs.htm
- Delphine de Girardin, Moeurs parisiennes, un enterrement politique, Musée des familles, 2e vol., 3e année, 1835, p.121-124.
- M. P. Boizard, Moeurs parisiennes, Paris chez soi, Revue historique et pittoresque de Paris ancien et moderne, Paul Boizard, 1855, p.254-256.
- Paul de Kock, Moeurs parisiennes, nouvelles, Barba, 1839.
Les auteurs reprenant "moeurs parisiennes" pour des romans postérieurs à la publication de Madame Bovary seront nombreux: Zola, Alphonse Daudet, Paul Alexis, Oscar Méténier, Gustave Toudouze... la liste n'est pas exhaustive.

RÉPONSE 23

(< Noëlle Benhamou, Laurence Perfézou, Joëlle Robert)
Il existe une domestique nommée Félicité dans le roman de Balzac: L'Envers de l'histoire contemporaine. Deuxième épisode: L'Initié (1846), Pléiade, t. VIII, p. 332-334. ""Félicité!... Félicité! grosse gaupe! arriveras-tu?..." cria la veuve de sa voix réelle et formidable, car elle avait pris sa petite voix flûtée pour parler avec Godefroy./ La servante, grosse fille rousse et louche, accourut."

RÉPONSE 21

(< Jean-Benoît Guinot)
Dans son édition de Salammbô (Garnier-Flammarion, 2001, page 194, note 6), Gisèle Séginger indique que des chevaux orynges sont "originaires d'Orengis, ville d'Espagne".
L'édition du Club de l'Honnête Homme (1971) indique, elle (volume 2, page 139, note 2):
"On ne sait pas où Flaubert a pris ce nom. Les anciens appelaient oryx les antilopes. Il s'agit peut-être de chevaux andalous de la région d'Oringis, en Bétique (Andalousie)."
Cette annotation semble plus fiable, car, contrairement à Orengis, le nom d'Oringis a laissé une trace: il s'agit de l'actuelle ville espagnole de Jaén.
Dans son histoire, il est même question de Carthaginois:
"Au IVe siècle av.J.C., il y a eu un transvasement de la localité, cette fois-ci vers la colline de Santa Catalina, où a pris naissance la ville de Jaén. Les sources historiques parlent d’une ville splendidement défendue, qui fut élue par le Carthaginois Asdrúbal Barca comme centre de ses opérations. Les auteurs grecques et romains l’ont nommé Oringis ou Auringis."
source: http://www.promojaen.es/pit/tcultural.asp?I=FR
Par contre, pas trace de chevaux particuliers, à moins que... "Jaen’s Museo Provincial traces the province’s roots to its beginnings. The museum is home to the world’s largest collection of Iberian artefacts, including the spectacular sculptures of Cerrillo Blanco. It was a chance discovery in 1975 that lead to the richest Iberian treasure trove ever found. Some thirty sculptures, depicting warriors as well as HORSES and other animals and dated around 500 BC, were unearthed at Cerrillo Blanco, near the town of Porcuna."
source: http://www.spainview.com/andalucia/ja001.html
A noter pour finir, que la même édition du Club de l'Honnête Homme (page 505, dans l'appendice "Salammbô, sources et méthodes") reproduit une partie du manuscrit NAF 23662, où le folio 163 recto indique:
"Chevaux orynges: Oppien, Mem. de l'Académie, nouvelle série, t.V."
Il POURRAIT s'agir d'Oppien de Syrie, auteur, d'après la BNF de: "Les Cynégétiques, poème en 4 chants sur la chasse des quadrupèdes".
[Bulletin Flaubert n° 45.] 

Gilles Cléroux (BU de Rouen) nous a fait parvenir la traduction du passage de cet ouvrage, où se trouve le mot recherché.
Oppien de Syrie (ou Oppien d’Apamée), auteur grec d’un traité didactique sur la chasse (IIIe siècle après J.-C.).
Cynegetica, I, 316 et suiv.
"Encore une autre race merveilleuse [de chevaux] qu’il est possible de voir, c’est la race pommelée qu’on appelle l’Orynx, soit parce qu’ils prospèrent sur les collines herbeuses ("ouresin"), soit parce qu’ils montrent beaucoup d’ardeur à s’accoupler ("oronein") avec leurs femelles. Pour ce qui concerne les Orynxes, il existe deux espèces dont la beauté diverge par les motifs de leur robe.
Une première espèce a sur le cou et le dos aux longs poils toute une série de longues rayures semblables à celles des tigres prompts à l’attaque, digne progéniture du rapide Zéphyr. L’autre espèce est tout entière ornée d’un ensemble serré de taches rondes, comme celles du léopard; ces chevaux-ci, pendant qu’ils sont encore jeunes poulains, sont tatoués par des hommes pleins d’habileté, qui les marquent avec le bronze incandescent. De plus, il arrive que souvent certains hommes inventent d’autres moyens subtils afin de marquer le poulain alors qu’il se trouve encore dans l’utérus maternel."
Flaubert a bien lu ce texte, comme l'atteste une précision biffée dans le manuscrit autographe définitif de Salammbô: "[…] les chevaux orynges [ceux qui prennent dans le ventre de leur mère les taches peintes des étalons biffé], plus un seul!"
[Bulletin Flaubert n° 50.]

RÉPONSE 20

Citation de George Steiner
"Flaubert cried out against the paradox whereby he lay dying like a dog whereas that "whore" Emma Bovary, his creature, sprung of lifeless letters scratched on a piece of paper, continued alive."
These are words of George Steiner in the book The Uncommon Reader. We discuss in Italy, because we cannot find the place where Flaubert has written this. Or we don't know if someone has listened them. Maxime Du Camp? Turgenev?... Est-il possible de savoir où Flaubert aurait dit à propos d’Emma Bovary la phrase attribuée par Steiner? Why can Steiner affirm that also in the last book? Steiner does'nt mention any place (correspondance or so on, Goncourt…)?
My name is Carlo Berselli, I'm an italian writer (I libronauti, Rotolibro d'autore are my two books published in Italy)."

"Flaubert tempêta contre le paradoxe qui faisait que lui mourait comme un chien alors que cette "prostituée" Emma Bovary, sa créature, surgie de lettres sans vie griffonnées sur une feuille de papier, continuait de vivre."
Voilà ce qu’écrit George Steiner dans son livre The Uncommon Reader. Nous en discutons ici en Italie. Personne ne trouve l’endroit où Flaubert aurait écrit cela. Ou se peut-il que quelqu’un a entendu ces paroles et les a rapportées? Maxime Du Camp? Tourguéniev?... Est-il possible de savoir où Flaubert aurait dit à propos d’Emma Bovary la phrase attribuée par Steiner? Comment se peut-il que Steiner l’affirme dans son dernier livre sans donner de source (correspondance et ainsi de suite, Goncourt…)?
Je m’appelle Carlo Berselli, je suis un écrivain italien (mes deux livres publiés en Italie s’intitulent I libronauti et Rotolibro d'autore).
[trad. Catriona Seth]

RÉPONSE 19

(< Olivier Leroy)
Le Prince Radziwill se prénommait Léon; voir
http://www.musimem.com/gautier.htm
"Carlotta Grisi (1819-1899), danseuse, chanteuse, reçut notamment des conseils de la Malibran et les leçons du chorégraphe Jules Perrot qui lui donna une fille, Marie-Julie. Elle parut d'ailleurs sous le nom de Madame Perrot, au théâtre de la Renaissance à Paris dans le ballet-mélodrame des Zingari en 1841 où elle dansait et chantait à la fois. Plus tard, elle fréquenta le danseur Lucien Petipa, puis Léon Radziwill, un prince polonais qui lui donna à son tour un enfant et l'accueillit sur les rives du lac Léman."
Il s'agit peut-être de celui-ci; voir
http://a.decarne.free.fr/gencar/dat206.htm#13
mais les dates ne correspondent pas tout à fait:
Radziwill, Léon, prince Radziwill. - Sexe: Masculin
Naissance: 1808 - Décès: 1885. Sans postérité.
Parents: Père: Radziwill, Ludwik Mikolaj, prince Radziwill
Mère: Wodzinska, Maria
Famille: Conjoint: Urussoff, Sonia. - Sexe: Féminin
Des Radziwill, dont l'un se prénommait Léon, mais était vivant en 1910, furent propriétaires du château d'Ermenonville de 1874 à 1927; voir
http://perso.club-internet.fr/cesarigd/parcsafabriques/erm/dErm21.htm
http://www.chateau-ermenonville.com/historique.htm

(< Marlo Johnston)
"A ma connaissance Maupassant n'avait pas un des Radziwill pour ami. Bien sûr, il a pu en rencontrer plusieurs dans le monde (c'est une grande famille), mais si c’est le cas, ces rencontres n’ont pas laissé de trace."
[Extrait du Bulletin Flaubert n° 38 / 20 mars 2003.]

RÉPONSE 18

(< Michel Brix, Emmanuèle Dolcini, Olivier Leroy)
Extrait du Journal des Goncourt, à la date du 18 Janvier 1864 http://perso.wanadoo.fr/jb.guinot/pages/goncour3.html
"Là-dessus Flaubert, la face enflammée, la voix beuglante, remuant ses gros yeux, part et dit que la beauté n'est pas érotique, que les belles femmes ne sont pas faites pour être baisées, qu'elles sont bonnes pour dicter des statues, que l'amour est fait de cet inconnu que produit l'excitation et que très rarement produit la beauté. Il développe son idéal, qui se trouve être l'idéal de la rouchie ignoble. On le plaisante. Alors, il dit qu'il n'a jamais vraiment baisé une femme, qu'il est vierge, que toutes les femmes qu'il a eues, il en a fait le matelas d'une autre femme rêvée."
E. et J. de Goncourt, Journal. Mémoires de la vie littéraire. Texte intégral établi et annoté par Robert Ricatte, Paris, Fasquelle - Flammarion, 1956 [T.II, p.12-13, 18 janvier (1864)].
[Extrait du Bulletin Flaubert n° 38 / 20 mars 2003.]

RÉPONSE 17

(< Jean-Benoit Guinot; extrait du Bulletin Flaubert, n°36)
Il est question de Madame Augusta Rampal, comtesse de Grigneuseville, dans le volume II de la Correspondance, pages IX et note 1; ainsi que page 1233 (note de la lettre de Louise Colet à Flaubert du 6 janvier 1854)
Dans sa note de la page IX, Jean Bruneau, après avoir regretté de ne pas avoir pu obtenir communication des lettres de Flaubert à Madame Rampal, indique que "Le comte de Toulouse-Lautrec prépare un ouvrage sur cette figure de femme très curieuse et très attachante." Je n'ai pas trouvé trace de cet ouvrage dans le catalogue de la BNF
Par contre, la base Joconde répertorie un portrait d'elle par Dubufe, en possession du musée de Rouen.
La notice se trouve à:
http://www.culture.fr/documentation/joconde/QUIDAMS/quidams_35.htm

Question 17

1- Sur une route de Palestine, Flaubert est rejoint par un jeune homme en veste verte, à nez cambré comme Mme de Radepont.
Or, le seul Radepont dont j'ai pu trouver la trace est un lieu que Flaubert évoque dans deux lettres à Ernest Chevalier (l'une de 1829-1830 et l'autre du 24 juin 1837). Dans ses Souvenirs intimes, Caroline Franklin Grout parle elle aussi de la superbe propriété de Radepont, vers Fleury-sur-Andelle (Gustave Flaubert par sa nièce Caroline Franklin Grout, Heures d'autrefois (Mémoires inédits), Souvenirs intimes et autres textes, éd. de Matthieu Desportes, Rouen, coll. Flaubert, Publications de l'université de Rouen, 1999, p.132).
Mais qui est donc Mme de Radepont?

2- Cette femme fait ensuite retour à Constantinople, toujours pour l'aspect caractéristique de son visage: dans un établissement de bain, Flaubert remarque un petit masseur à figure de cheval (Maurepas, Mme de Radepont, Mme Rampal), yeux noirs vifs, impudents, places de cheveux chauves, cicatrices de teigne.
Mais qui est donc Mme Rampal?

3- Au couvent des derviches hurleurs de Constantinople, Flaubert note la présence d'un jeune homme en pantalon, en petit turban qui ressemble à Bury [Bury ou Biery ou Bierg peut-être?].
Mais qui est donc ce Bury?

4- Alors qu'il se rend de Bari et Naples, Flaubert évoque des chênes dans des vallées étroites, ressemblant à celles qui sont aux environs du mont de la République avant d'arriver à Rouanne.
N'ayant trouvé aucune ville nommée Rouanne, je fais l'hypothèse que Flaubert désigne Roanne. Or il y a bien un mont de la République, ou plutôt un col qui tire son nom d'un courant janséniste convulsionnaire dont les membres, en 1794, attendaient à cet endroit l'avènement de la République de Jésus-Christ, laquelle devait, telle la Jérusalem céleste, descendre du ciel (Encyclopédies-Bonneton, volume: Loire en Rhône-Alpes). Mais ce lieu se trouve dans le parc régional du Pilat, à une douzaine de kilomètres au sud-est de Saint-Étienne, c'est-à-dire à plus de 70 kilomètres au sud de Roanne. La mémoire de Flaubert serait donc ici assez infidèle?
Quelqu'un aurait-il une autre idée?

5- Enfin, alors qu'il vient de pénétrer dans Jérusalem en passant devant la boucherie de la ville, Flaubert écrit: "Ainsi, disait un homme à rapprochements ingénieux et à allusions fines, dans la ville sainte, la première chose que nous y vîmes c'est du sang."
A quel homme Flaubert fait-il allusion?

RÉPONSE 16

> Olivier Leroy :
Dans son édition du Dictionnaire (Ed. Le Livre de Poche, 1997, introduction), Anne Herschberg-Pierrot écrit: "Vers cette époque [1845-1846], Flaubert a travaillé le théâtre et les oeuvres de Voltaire et il a pris des notes sur le Dictionnaire philosophique, qui ont probablement joué un rôle dans la genèse du Dictionnaire des Idées Reçues."

Elle écrit plus loin: "En 1853, de plus, Flaubert lit pour Madame Bovary un ouvrage de la bibliothèque paternelle: Des erreurs et des préjugés répandus dans la société, de Jacques-Barthélemy Salgues (Paris, Vve Lepetit, 1811-1813), qui semble avoir inspiré certains articles du Dictionnaire des Idées Reçues."

NB : Le texte du Dictionnaire philosophique de Voltaire est disponible à l'adresse suivante:
http://www.voltaire-integral.com/00Table/table.htm#D

Ndlr: Du même auteur, AHP, voir aussi Le Dictionnaire des Idées Reçues de Flaubert, PU de Lille, coll. "Problématiques", 1988, chap. "Les sottisiers: un discours d'époque", p.57 et suiv.
[RÉPONSE extraite du Bulletin Flaubert n° 34 / 16 janvier 2003.]

RÉPONSE 14

< Jean-Benoît Guinot
"Le ciel était rose, la mer tranquille et la brise endormie. Pas une ride ne plissait la surface immobile de l'Océan, sur lequel le soleil, à son coucher, versait sa couleur d'or; bleuâtre vers les côtés seulement, et comme s'y évaporant dans la brume, partout ailleurs la mer était rouge, et plus enflammée encore au fond de l'horizon, où s'étendait dans toute la longueur de la vue une grande ligne de pourpre. Le soleil n'avait plus ses rayons: ils étaient tombés de sa face, et noyant leur lumière dans l'eau, semblaient flotter sur elle. Il descendait en tirant à lui du ciel la teinte rose qu'il y avait mise, et à mesure qu'ils dégradaient ensemble, le bleu pâle de l'ombre s'avançait et se répondait sur toute la voûte. Bientôt il toucha les flots, rogna
dessus son disque rond, s'y enfonça jusqu'au milieu. On le vit un instant, coupé en deux moitié par la ligne de l'horizon; l'une dessus sans bouger, l'autre en dessous qui tremblotait et s'allongeait, puis il disparut complètement, et quand, à la place où il avait sombré, son reflet n'ondula plus, il sembla qu'une tristesse tout à coup était survenue sur la mer."
Par les champs et par les grèves, chapitre XI. Ed Adrianne Tooke, Droz, 1987, p.591.

RÉPONSE 11

La citation "Madame Bovary, c'est moi" ne se trouve ni dans la Correspondance ni dans les oeuvres de Flaubert. Elle figure en note du livre de René Descharmes, Flaubert. Sa vie, son caractère et ses idées avant 1857, Ferroud, 1909, p.103:

Une personne qui a connu très intimement Mlle Amélie Bosquet, la correspondante de Flaubert, me racontait dernièrement que Mlle Bosquet ayant demandé au romancier d'où il avait tiré le personnage de Mme Bovary, il aurait répondu très nettement, et plusieurs fois répété:"Mme Bovary, c'est moi! - D'après moi".

La "personne" dont il est question serait M. E. de Launay, 31, rue Bellechasse, d'après une note manuscrite de René Descharmes (BnF, N.A.F., 23.839, f°342).

Pour plus de détails...

RÉPONSE 10

(< Claudine Gothot-Mersch)
Ces phrases se trouvent dans L'Education sentimentale de 1845, chap. XXI.
Oeuvres de jeunesse, Oeuvres complètes, I, éd. Claudine Gothot-Mersch et Guy Sagnes, Pléiade, 2001, p.951.

Question 10

Thomas Mann écrit:
der junge Flaubert weiss es, wenn er die "tiefe Liebe zum Nichts" anruft, "welche die Dichter unserer Zeit in ihrem Innersten tragen", die Liebe zu den "leeren Augenhöhlen der gelben Schädel und den grünlichen Wänden der Grabstätten"

Traduction:
le jeune Flaubert le sait lorsqu'il évoque "l'amour profond du néant que les poètes de notre temps portent en eux", l'amour des "orbites vides des crânes jaunis et celui des murs verdâtres des sépultures".

Dans les archives, nous avons trouvé un texte qui se rapproche de ce passage et en dit plus long. Voici le passage inspiré de Flaubert ou de Flaubert lui-même:
Thomas Mann écrit:
Flaubert: Die Frauen lieben den Tod nicht. Die tiefe Liebe zum Nichts, welche die Dichter unserer Zeit in ihrem Innersten tragen, ist den Frauen furchtbar. Das Wesen, welches das Leben gibt, ist ergrimmt darüber, dass das Leben nicht ewig währt. Sage ihnen nicht, das du die leeren Augenhöhlen der gelben Schädel u. die grünlichen Wände der Grabstätten liebst! Sage ihnen nicht, dass in dir eine ungesunde Sehnsucht wohnt, ins Unbekannte, Unendliche zurückzukehren, gleich dem Wassertropfen, der verdunstet, um wieder in den Ozean zurückzufallen! Sagt ihnen nicht, ihr Denker mit blasser Stirn, sie sollten euch auf euerer Wanderung begleiten und endlich den Berg erklimmen.

Traduction:
Les femmes n'aiment pas la mort. L'amour profond pour le néant que les poètes de notre temps portent en eux est terrible pour les femmes. L'être qui donne la vie est fâché de savoir que la vie ne dure pas éternellement. Ne leur dis pas que tu aimes les orbites vides des crânes jaunis et les murs verdâtres des sépultures. Ne leur dis pas qu'en toi se trouve le désir malsain de retourner dans l'inconnu, dans l'infini, comme la goutte d'eau s'évapore pour retourner dans l'océan. Ne leur dites pas, vous les penseurs au front blême, de vous accompagner dans ce voyage.

RÉPONSE 9

I have seen on your website a question by Mr Paul Benarroche concerning the identity of Alfred Poussier, pharmacist at Bellencombre and Flaubert's testamentary executor.
My correspondent Patrizia Catellani and I have a strong interest in the history of pharmacy and jointly own a copy of the book Farmacopea Universale by Nicolas Lémery published in Italian in 1720. Our copy contains a handwritten note with the reference and address of a person called Alfred Poussier as the donor of the book on 18th May 1902. The address is Rue Tours Vents 4, Rouen.
Mr Benarroche might be interested in this piece of information. We believe that the person mentioned on the back of Flaubert's painting is the same person who owned Lémery's book, because (1) a pharmacist would have been very likely to be interested in that type of book, (2) the date of Flaubert's death was not many years before the donation of the book, (3) Bellencombre is not far from Rouen, and (4) of course, Flaubert lived and died in the area of Rouen.
I would be grateful if you could pass this message to Mr Benarroche; and we would also be delighted if you could give us the titles of some works describing Flaubert's relationships and contacts with the pharmaceutical profession, which may have given him the inspiration for the character of Mr Homais in Madame Bovary. (And please forgive me if I know very little about Flaubert.)
Yours sincerely, Renzo Console (writing from England).

[Trad. Catriona Seth]
J'ai relevé sur votre site une question de M. Paul Benarroche à propos de l'identité d'Alfred Poussier, pharmacien à Bellencombre et exécuteur testamentaire de Flaubert.
Ma correspondante Patrizia Catellani et moi-même, nous intéressons grandement à l'histoire de la pharmacie et possédons conjointement un exemplaire du livre Farmacopea Universale de Nicolas Lémery publié en italien en 1720. Notre exemplaire contient une note manuscrite avec la référence et l'adresse d'un certain Alfred Poussier qui aurait été donateur du livre le 18 mai 1902. L'adresse donnée est Rue Tours Vents 4, Rouen.
Cette information peut intéresser M. Benarroche. Nous pensons que la personne mentionnée à l'arrière du tableau de Flaubert est le même que celui qui fut propriétaire du livre de Lémery parce que (1) c'est le genre de livre qui pouvait certainement intéresser un pharmacien, (2) la date de la mort de Flaubert n'est antérieure que de peu d'années au don du livre, (3) Bellencombre n'est pas loin de Rouen et (4) bien sûr, Flaubert a vécu et est mort dans la région.
Je vous saurais gré de transmettre cette RÉPONSE à M. Benarroche et nous serions également très heureux si vous pouviez nous donner les titres d'oeuvres décrivant les relations et contacts de Flaubert avec la profession pharmaceutique qui pourraient l'avoir inspiré pour le personnage d'Homais dans Madame Bovary. (Et veuillez m'excuser si je ne sais que peu de choses sur Flaubert).
Bien à vous, Renzo Console (écrivant d'Angleterre).
[Extrait du Bulletin Flaubert, n° 31]

RÉPONSE 7

(< Gisèle Séginger)
Flaubert n’a pas inventé le nom "Salammbô" qui est l’un des noms de la déesse Astarté. Dans le dossier manuscrit "Sources principales et méthode", constitué pour répondre aux critiques de l’archéologue Froehner, il a noté l’une de ses sources: "Masden, Histoire d’Espagne, cite d’après les inscriptions locales, le nom de treize divinités antérieures à l’époque romaine; on trouve dans cette liste Salambou" (N.a.f. 3662, f°167).
Cette déesse est aussi mentionnée dans d’autres études consultées par Flaubert. Félix Lajard indique que "Salambo" ou "Salambas" est un surnom donné par les Babyloniens à leur Vénus et il renvoie au récit de Lampride, La Vie d’Héliogabale, où apparaît le nom de "Salambo", la Vénus syrienne qui pleure la mort d’Adonis. De même, Creuzer explique que "Salambo" est le nom de la "Vénus éperdue" qui cherche en vain son Adonis-Tammouz, en Syrie et à Babylone.
Dans une lettre conservée à la Pierpont Morgan Library, un voisin de Flaubert, en voyage en Andalousie, lui signale aussi l’importance de cette déesse phénicienne qui a donné son nom à un village: Salobreña. Des fêtes étaient encore célébrées à Séville au 3e siècle après J.-C. en l’honneur de cette forme d’Astarté (voir G.G. Lapeyre et A. Pellegrin, Carthage punique, Payot, 1942). Le nom "Salambo" viendrait de "Shalambaal", "image de Baal", rendu en grec par Salambo.
Flaubert expliquera ainsi l’orthographe qu’il donne à ce nom: "les deux m sont mis exprès pour faire prononcer Salam et non Salan" (à Froehner, 21 janvier 1863). "Salam" est le salut arabe, une parole de paix. Mais le nom est ironique puisque la fille d’Hamilcar entretient involontairement la discorde.
Pour plus de précisions, se reporter au dossier de mon édition de Salammbô, "GF", Flammarion, 2001 ("Salammbô", le nom d’Astarté).

Question 6

Le boîtier des Oeuvres de jeunesse en Pléiade reproduit un portrait inhabituel. La légende précise: "GF vers 1833. Portrait attribué à Berthon". Il a été reproduit pour la première fois en frontispice des Œuvres de jeunesse inédites, éd. Conard, t.I, 1930 (légende: "GF enfant d'après une peinture du temps"), et repris dans l'Album Pléiade, p.29. Jacqueline Goube, dans "Les deux statues de GF à Rouen" (Les Rouennais et la famille Flaubert, Edition des Amis de Flaubert, 1980, p. 12, n. 1) attribue ce portrait à Ch. Wittmann. On savait, d'après une ancienne photographie de l'intérieur du Pavillon de Croisset, que le portrait y était exposé au début du XXe siècle. Marie-Dominique Nobécourt-Mutarelli nous informe que ce portrait est actuellement conservé à la Bibliothèque municipale de Rouen. Elle nous fait parvenir la transcription du cartel du tableau, tel qu'il a été rédigé par le premier conservateur du Pavillon, Georges Le Roy:
"Gustave Flaubert à 12 ans. Portrait exécuté à Rouen en 1833, par une dame artiste peintre amateur amie de la famille Flaubert, dont le nom est actuellement inconnu. Copie exécutée en 1920 par M.Berthon artiste-peintre, à Cannes, d'après l'original appartenant à Madame F. Grout (offert au Musée Flaubert en 1920 par Louis James, membre du C.A.F.)".
Quelqu'un peut-il nous donner des informations complémentaires sur ces portraits, original et copie, et sur l'identité des deux peintres (le Bénézit signale plusieurs Berthon, mais aucun ne semble correspondre à celui que nous cherchons). Ces informations sont destinées à la section "Iconographie", en préparation pour le site.

RÉPONSE 5

POLYCARPE
(< Frédéric Gobert)
[…] Je vous envoie ce courriel poussé par la simple curiosité du néophyte qui pense avoir trouvé quelque chose alors qu'il n'a jamais lu sérieusement la méta-littérature flaubertienne.
Il s'agit de Polycarpe. J'ai lu Le Portier des chartreux et le Père abbé du monastère s'appelle Polycarpe. Etant donné que Flaubert se fait appeler notamment Minski avec certains de ses intimes, qu'il était un grand lecteur de Sade et que Sade était lui-même un lecteur respectueux du Portier, il est envisageable que Flaubert ait lu Le Portier, même s'il n'en parle jamais dans sa correspondance (je ne me souviens pas, en tout cas, d'une telle mention). Polycarpe viendrait donc du Portier; et ce d'autant plus que, lorsqu'il parle de Polycarpe dans sa correspondance, il est question (si mes souvenirs sont bons mais il conviendrait de vérifier...) de réclusion et/ou de femmes (toujours?).
Mais peut-être me répondrez-vous que la question est close depuis longtemps et que si je m'étais davantage cultivé, je ne vous aurais pas importuné avec du déjà-connu. Alors j'irais me faire pendre ailleurs...
Dans l'espoir d'avoir fait une découverte extraordinaire,
Cordialement,
F.Gobert.

RÉPONSE 4

Eléments de RÉPONSE.

< Yvan Leclerc
«L'hermite [sic] lettré de Croisset» (M. Félix, «Discours  d'ouverture [sur Flaubert, mort trois mois auparavant]», 5 août 1880, Précis analytique de l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen, 1879-1800, p. 5-32 ; citation p. 8.)

L'expression «ermite de Croisset» se trouve dans une lettre de Marie Régnier à Flaubert, datée Mantes, 3 septembre [18]77: «[...] je compte bien, aussitôt dégagée, aller en compagnie du docteur [son mari] rappeler au révérend ermite de Croisset et à sa charmante nièce la promesse qu'ils nous ont faite l'un et l'autre de venir passer une journée rue d'Artois.» (Lovenjoul, H 1365, f°320; Lettres à Flaubert, éd. de Rosa M. Palermo di Stefano, Naples, Edizioni Scientifiche Italiane, 1998, t.II, p.308.)

< Claudine Kierkegaard.
1840: le mot d'«ermite» est emboîté dans le site de la «Roche-à-l'Hermite» que visite le jeune Flaubert à l'âge de dix ans en compagnie de son complice favori de cette époque, Ernest Chevalier «Tu dois me trouver bête à faire pitié et, si tu ne me comprends pas, je me comprends hélas fort bien pour mon malheur! Je me rappellerai toute ma vie le délicieux voyage que je viens de faire, et notre promenade à la Roche-à-l'Hermite, celle à Port-Mort, celle au Château-Gaillard, celle d'Écouis ! » (à Ernest Chevalier, [Rouen,] mardi. [21 avril 1840], éd. Pléiade, J. Bruneau, 1973, t.I, p.64-mi)

1850: en Orient, autour du thème de la Thébaïde et de la Tentation de saint Antoine qu'il a fallu jeter au feu sur ordre des deux amis censeurs Bouilhet et Du Camp, Flaubert a recours à l'expression des «ermites de la Thébaïde». «Nous arrivons à Siout à l'instant. Demain matin à 6 heures j'irai voir pour la poste. Rien de nouveau; temps superbe; 25 degrés de chaleur; des bandes d'oiseaux sur le Nil à n'en plus finir, de place en place dans les montagnes, des trous dans la roche qui sont des anciennes maisons des ermites de la Thébaïde.» (à sa mère, entre Menieh et Siout, 23 février 1850, lettre 17, éd. Pléiade, J. Bruneau, 1973, t.I, p.592-593).

1852: Louise Colet, dans son Memento du 14 mars 1852, fait directement allusion au mythe de l'ermite Flaubert quand elle pense tout haut: «Je voudrais bien fermer ma maison et me murer dans le travail comme lui.» «Le lendemain Gustave me parlait de la veille avec bonheur, il me remerciait, il embrassait; il m'aime, je crois qu'il ne pourra plus se passer de moi comme je ne peux plus me passer de lui. Nous sommes à une hauteur où nous devons nous rencontrer et assez seuls pour sentir que nous nous sommes nécessaires l'un à l'autre. Il s'était profondément ennuyé mercredi chez le docteur Cloquet en compagnie de Toirac. [...] Il n y a que Gustave et le travail. Je voudrais bien fermer ma maison et me murer dans le travail comme lui. Avec ma fille c'est bien difficile. Puis la complication de la gêne; qu'il n'ait pas songé de me dire un mot à ce sujet, à user du prétexte de l'album pour m'obliger, cela me paraît toujours plus étrange. Il a toutes les quintessences de l'esprit, il devrait avoir celles du coeur. Tel qu'il est, il vaut mieux que tout ce que j'ai connu ; je l'aime, il me relève. Je vais me remettre ardemment au travail. » (Memento du dimanche 14 mars 1852, éd. Pléiade, J. Bruneau, t.II, p.885-mi.)

1853: «Ce qui a changé sur la terre, ce sont les dogmes, les histoires des Vischnou, Ormuzd, Jupiter, Jésus-Christ. Mais ce qui n'a pas changé, ce sont les amulettes, les fontaines sacrées, les ex-voto, etc., les brahmanes, les santons, les ermites, la croyance enfin à quelque chose de supérieur à la vie et le besoin de se mettre sous la protection de cette force. Dans l'Art aussi, c'est le fanatisme de l'Art qui est le sentiment artistique. La poésie n'est qu'une manière de percevoir les objets extérieurs, un organe spécial qui tamise la matière et qui, sans la changer, la transfigure.» (à Louise Colet [Croisset,] jeudi, 4 h et demie [31 mars 1853], éd. Pléiade, J. Bruneau, t.II, p.292-II-bas.)

1854: Flaubert utilise l'expression d'«ermite» en se l'appliquant à lui-même lors de la lecture de Melænis de Bouilhet en août 1854: « Je viens de passer une bonne semaine seul comme un ermite et tranquille comme un dieu. Je me suis livré à une littérature frénétique; je me levais à midi, je me couchais à quatre heures du matin. Je dînais avec Dakno. Je fumais quinze pipes par jour, j'ai écrit huit pages.» (à Louis Bouilhet [Croisset,] jeudi soir [17 août 1854.] éd. Pléiade, J. Bruneau, t.II, p. 567-bas).

1859: «Connais-tu une demoisselle Strub (Florence), auteur d un roman intitulé L'Hermite de Vallombreuse?  C'est une Allemande. Réponds-moi à cette question et n'en souffle pas un mot parce qu il y a une parole d'honneur d'engagée. Ce n'est qu'une hypothèse, mais il peut y avoir là quelque machination contre toi, moi ou Bouilhet. Il est probable que ce n est rien du tout. (à Ernest Feydeau [Croisset,] mardi soir, [18 janvier [1859], Pléiade, t.III, p.7-bas).

1870: parlant de la troisième version de Saint Antoine, Flaubert nomme saint Antoine «l'ermite»: «je n ai guère que six semaines à consacrer au brave ermite.» (à Ivan Tourgueneff, [Paris,] samedi soir, 30 [avril 1870], p.186-haut).

1871: Baudry écrit au Flaubert lecteur du Lalitavistara: «Son héroïsme consiste seulement à avoir renoncé aux douceurs royales pour vivre et mourir en ermite.» (Pléiade, t. IV, p.1216, cf.note 6).

RÉPONSE 3

< Olivier Leroy, Jeanne-Marie Labbé (directrice de la BU de Rouen), Jean-Pierre Goldenstein (Université du Maine), Philippe Rahmy, Marc Van Campenhoudt (Centre de recherche TERMISTI, Institut supérieur de traducteurs et interprètes), Rolland Barthelemy, Pierre-Marc de Biasi (Equipe Flaubert, ITEM-CNRS), JM Barnaud, M. C. Borzeix, Eric Jégou, Pierre Campion, Roger Berthet, Alain Nicolas (responsable des pages Culture de L'Humanité), Marguerite Fatus, Juliette Caron (documentaliste à l'Odéon), Pascale Richard (Webmandarine de Sinoiseries ou Qiang Xiaren).

< Olivier Leroy
J'ai trouvé le mot "cabillot" (avec un C et non un G, mais je crois qu'il pourrait s'agir du même mot) dans un roman de John MASEFIELD, "Par les moyens du bord", aux éditions Marabout-Junior (1954 ?). La fin du livre comprend un "Petit dictionnaire des termes de marine" dont je vous donne quelques extraits.
"CABILLOT : cheville, en fer ou en bois dur, qui traverse les râteliers et autour de laquelle on attache - on "tourne" - les manœuvres courantes.
RÂTELIER : planche étroite, glissée horizontalement le long du pavois, à l'intérieur garnie de cabillots, elle sert à tourner les manœuvres courantes qui descendent le long des haubans."
Le lexique se termine par cette note du traducteur :
"Pour un certain nombre des définitions ci-dessus, le traducteur s'est inspiré de deux excellents ouvrages :R. DE PARFOURU : "Manuel du marin", Paris, 1921, Société d'éditions géographiques, maritimes et coloniales, 17, rue Jacob, Paris, 6e.
J. MARIE et Ch. DILLY : "La navigation maritime, manuel du manœuvrier moderne". Paris. 1935, même éditeur. 2 vol."

< Jeanne-Marie Labbé conseille de consulter le Nouveau glossaire nautique d'Augustin Jal (1848, réédition de 1988,jusqu'à la lettre L,dernière parue).

< JM Barnaud
Je ne connais pas "Gabillot", mais bien "Cabillot" [en anglais "toggle" - ou encore "head stick" mais dans un autre emploi ] qui correspond à l'emploi suggéré par le gabillot de Flaubert. La définition que me donne le Dictionnaire Gruss de marine est : "Nom donné indifféremment à des chevilles en bois ou en métal qui traversent les rateliers et auxquelles on amarre les manoeuvres courantes au pied des mâts ou en abord. Se nomment aussi cavillot, chavillot ou quinçonneau." …Il me semble que l'affaiblissement de cabillot en gabillot est un phénomène de phonétique historique connu.

< M. C. Borzeix
Flaubert n'était probablement pas très marin... ou a-t-il déformé ou mal entendu le mot ?
Pour moi, il ne peut s'agir que du mot "Cabillot" : se sont des bâtons de bois dur (en olivier ou en buis) puis en métal (fin 19e - début 20e siècle), ressemblant à des massues, avec une forme en poire en haut et un fut cylindrique en bas, de 30 cm de long.
Ils sont plantés verticalement dans un râtelier, autour du mat et servent chacun à recevoir une corde : une manœuvre du gréement.
J'en ai compté 22 autour du mat de misaine, 25 autour du Grand mats et 16 autour du mat d'artimon. Cela devait briller au soleil d'où l'expression de Flaubert...
Ils servaient de massue lors des rébellions sur les navires...
C'est l'ancêtre de nos "Taquet", disposés horizontalement.

< Eric Jégou, www.marine-marchande.com
Je pense que l'illustre Flaubert a fait une faute d'orthographe !!!
"Un cabillot est un taquet vertical servant à tourner une manœuvre courante, en forme de tige ou de quille allongée en bois dur ou en fer qui s'insère au travers d'un trou dans une lisse en bois (ou fer) appelée "râtelier" parce qu'ayant plusieurs trous pour porter plusieurs cabillots."
Les râteliers se trouvent en abord des bastingages et autour des pieds des mâts.
Anglais : "belaying pin"; Allemand : "Nagel"

< Pierre Campion
Ayant vu passer dans votre lettre d'information la recherche que fait l'un de vos collègues sur le terme des "gabillots" dans Flaubert, j'ai interrogé un ancien marin de la pêche à Terre-Neuve. Voici ce qu'il me dit. Le gabillot, qu'il faut appeler selon lui "cabillot" ou "cabilleau" est une pièce de fer amovible, placée en effet autour des mâts ou ailleurs et qui sert à bloquer les écoutes et les drisses, par plusieurs "passages en-dessus et en dessous".
Comme je lui disais que cela n'avait sans doute aucun rapport avec le poisson appelé cabillaud, il m'a affirmé que, au contraire, c'est bien le même mot. Pour ces pêcheurs, une petite morue, de valeur inférieure, n'était pas "plus grosse qu'un cabilleau" "On n'a pêché que des cabilleaux." En somme, me soutient-il, le poisson devrait son nom à la pièce de marine, comme forme et comme dimension. Toute cette sémantique reposant sur cette métaphore m'étonne. Quant au mot cabillot, je le vois parfaitement répertorié dans les dictionnaires, sensiblement dans le sens que m'indique mon interlocuteur.
Peut-être la solution serait-elle que Flaubert aurait noté (et d'abord entendu) le mot cabillot comme "gabillot" ? En tout cas, rien d'étonnant qu'ils luisent au soleil, vu les frottements incessants que subissaient ces pièces.

< Pascale Richard
Je ne pense pas que "gabillot" soit une coquille, ni de la part de Flaubert, ni de la part de l'éditeur, et je suis tres etonnee que ce mot ne figure pas au moins dans un dictionnaire de marine. Il ne figure en tout cas pas dans le Glossaire des termes courants de vocabulaire maritime, Edition 1977
http://www.netmarine.net/guides/dico/
Voici la definition de "Gabillot", en provenance du GDT (Grand Dictionnaire Terminologique), Quebec, 1984 "[marine] Nom donne indifferemment a des chevilles en bois ou en metal qui traversent les rateliers et auxquelles on amarre les manoeuvres courantes au pied des mats ou en abord.
Cheville verticale, amovible, sur laquelle on peut tourner un petit cordage ou une manoeuvre courante."
La definition de "cabillot", dans ce meme dictionnaire est strictement identique
"[marine] Nom donne indifferemment a des chevilles en bois ou en metal qui traversent les rateliers et auxquelles on amarre les manoeuvres courantes au pied des mats ou en abord.
Cheville verticale, amovible, sur laquelle on peut tourner un petit cordage ou une manoeuvre courante."
J'en conclus que "gabillot" et "cabillot" plus que des synonymes sont un seul et meme mot. Il s'agit probablement d'une prononciation regionale. Entre un "k" et un "g", la difference dans la realisation phonetique est minime. D'ailleurs, le mot provencal commence par un "g" Guincouneou (c cedille et e accent aigu) si j'en crois ce glossaire elabore par un restaurateur de greements en Mediterranee.
http://members.aol.com/frgorson/Page8.html#g
D'ailleurs, sur le site de remue.net, on trouve Quatre lecons de la langue des marins de Jean-Marie Barnaud (Langagieres de Reims, 1999) ou l'on peut lire :
"Quand je dis Gabier, cale, cabestan, cabillot, arcasse, barque, brume, je parle Provencal..."
Mais le rapprochement n'a pas ete fait avec les "gabillots" de Flaubert.
http://www.remue.net/barnaud2.html

Le GDT est consultable en ligne. Ce dictionnaire tres pratique presente l'avantage de repertorier des mots que nous n'utilisons plus en francais de France (si j'en juge par l'absence de ce mot dans Larousse, Hachette, Robert, y compris historique) mais que les Quebecois ont gardes (peut-etre meme les Suisses, les Belges...). En prime, on obtient l'equivalent en anglais. Pour "gabillot" et "cabillot" "toggle".
En revanche, il ne mentionne pas l'etymologie, ce qui est ennuyeux pour faire des recherches plus poussees. http://www.granddictionnaire.com

Le Petit Robert 1 donne la definition suivante
n. m. (1694; prov. cabilhot, de cabilha "cheville"). Mar. Cheville a laquelle on amarre les manoeuvres courantes. Cabillot d'amarrage. (ed. 1979).
Mais le Robert historique n'en fait aucune mention, meme pas dans les derives de cheville (ou il est precise que tous gardent le sens de "tige" et signifient "unir de facon indissoluble" chevillette (charpenterie), chevillard (boucherie), chevillon (tourneurs sur bois et ourdisseurs) et cheviller ou chevillier (musique)).
Je constate que l'edition Garnier de L'Education sentimentale, pourtant tres documentee, reste muette sur ce mot. Je suis egalement allee voir sur un site d'enseignants de francais. Mais ce passage de L'Education ne fait pas partie de ceux qui ont ete commentes.
Pour les sinophones, je sais que le roman est traduit en chinois, mais je n'ai trouve aucun site sur lequel on pouvait le telecharger et donc, je ne sais pas comment ce mot a ete traduit. En revanche, Madame Bovary semble avoir un certain succes, aussi bien a Taiwan qu'en RPC ! J'aurais aime savoir comment "gabillot" avait ete traduit en chinois.
 
Les dictionnaires anglais-chinois en ligne proposent
shengzhen, taosuoding, shuanlao, xijin.
Mais aucun n'est repertorie dans le Guoyu cidian (Taiwan).
De plus, ils proviennent de l'anglais 'toogle" qui ne semble pas aussi specialise que le terme francais. Un "toogle" peut tout aussi bien servir a attacher des chevaux.
 
Definition de "toggle" (Merriam-Webster's Collegiate Dictionary)
"Etymology origin unknown
Date circa 1775
1 a piece or device for holding or securing as a a pin inserted in a nautical knot to make it more secure or easier to slip b a crosspiece attached to the end of or to a loop in something (as a chain, rope, line, strap, or belt) usually to prevent slipping, to serve in twisting or tightening, or to hold something attached
2 a device consisting of two bars jointed together end to end but not in line so that when a force is applied to the joint tending to straighten it pressure will be exerted on the parts adjacent or fixed to the outer ends of the bars; also a device with a joint using a toggle."
www.britannica.com/cgi-bin/dict?va=toggle
Si un(e) sinophone peut nous eclairer, merci d'avance.
 
Une definition suisse de "cabillot" (lexique francais-anglais des termes marins (definitions en francais)
"(toggle, pin). Batonnet en bois ou en metal autour duquel on tourne des cordages de manoeuvre, notamment ceux de greement. Les cabillots sont fixes dans des rateliers, tels ceux qui sont positionnes autour de la base des mats. Moins repandus aujourd'hui.
http://ltswww.epfl.ch/~auric/sailing/primer/vocabulaire.html#cabillot
 

< Alain Nicolas (L'Humanité, responsable des pages culture)
Il existe dans le vocabulaire de marine le terme de "cabillot" ou "chavillot", à l'évidence parent du mot "cheville".
De nos jours, ce mot désigne un petit cylindre légèrement épointé aux deux bouts, percé en son milieu d'un trou où passe un lien qui le solidarise de manière souple au "guindant", le bord de la voile qu'on hisse le long du mât. Les cabillots, régulièrement espacés le long de la voile, passent dans une gorge ménagée dans l'arrière du mât afin de maintenir entre voile et mât une distance constante, et de répartir la tension sur toute sa hauteur. Pour fixer les idées, on se représentera les "machins" de corne, de bois, ou de cuir roulé qui remplacent les boutons des "duffle-coats". On les appelle parfois d'ailleurs les "olives".
Sur les anciens gréements, les cabillots servent aussi à attacher les drisses (cordages servant à hisser les voiles) le long des mâts. Cela ressemble aux fixations des cordons de stores ou de rideaux, mais en deux parties. Des plaques percées de trous sont fixées à l'équerre à la base du mat. On y passe verticalement les cabillots, qui sont amovibles et tiennent par leur propre poids (ils sont parfois en fonte), leur forme dissymétrique les empêchant de passer à travers la plaque. Ils forment un "ratelier de drisses", ensemble de petits taquets sur lesquels on enroule les cordages en faisant des "huits". Ce système existe encore de nos jours dans les théâtres pour la manipulation des cintres et des machines.
D'après le contexte, "gabillot" et "cabillot" semblent bien le même mot, à une variation phonétique près. Des encyclopédies de marine ancienne devraient donner une meilleure définition ET SURTOUT UN DESSIN!

< Juliette Caron, documentaliste de l'Odéon
Je sais bien qu'il n'y a rien à gagner ! simple déformation professionnelle, et curiosité, aussi. (Et le musée de la marine, c'est plutôt loin, mais "ils" ont le téléphone!).
C'est extraordinaire, des cabillots, il y en a plein les cintres de l'Odéon !!! Comme on le sait, les théâtres à l'italienne sont de grands bateaux. Mais ce mot-là, j'avoue, je ne connaissais pas. Ici, on appelle ça un palet (ou une palette), et on y accroche les fils d'une équipe, c'est-à-dire l'ensemble des fils qui servent à manoeuver une perche... Enfin bref !!! (quand on commence à mettre le doigt dans un vocabulaire technique, c'est la noyade immédiate -sic-).
Suite après discussion avec les cintriers, qui viennent d'arriver (hier, c'était relâche), eux aussi utilisent le mot gabillot (eh oui...) non pour désigner la cheville de bois ou de métal mais le noeud qui est autour. En fait c'est un noeud qu'on fait avec un bout de fil sur un fil de manoeuvre afin de créer sur celui-ci une butée, un point d'arrêt. Je vous aurais bien fait un dessin mais c'est compliqué ! Comme quoi on en apprend tous les jours
PS. Si un jour vous passez dans le coin, venez donc voir les cintres de l'Odéon. Ca vaut même le détour.

RÉPONSE 2

< Hugues Pradier, directeur de la Pléiade
(merci également à Jacques-Rémi Dahan)

Jean-Baptiste Gresset, Ver-Vert, poème héroïque, 1734 (autre graphie : Vairvert).

Le perroquet Ver-Vert, héros du livre (quatre chants en décasyllabes), appartient aux visitandines de Nevers et parle donc un langage chrétien. Réclamé par des religieuses nantaises, il leur est envoyé par voie fluviale et, naturellement, apprend sur le bateau le vocabulaire des matelots et des femmes légères. D'où un prompt retour aux envoyeuses.
Un extrait de ce poème est publié au tome II de la nouvelle Anthologie de la poésie française de la Pléiade. Voir la note de Catriona Seth, ibid., p. 1288-1289 ; cette note contient d'ailleurs une allusion au perroquet d'Un cœur simple.

L'ouvrage de Gresset se trouvait dans la bibliothèque de Flaubert. Voir l'inventaire après décès de Me Bidault (entrée Biographie): "Histoire de Vert-Vert [sic], quatre volumes".

Jean-Pierre Goldenstein, professeur de littérature française, Université du Maine, nous signale que le texte est disponible sur GALLICA, qui reproduit l'édition "au Perroquet" de 1736 (31 Ko).

RÉPONSE 1

< Claudine Kierkegaard, Dorothée de Bruchard, Arlette Attali (Ingénieur d'Etudes, CNRS-Laboratoire Communication et Politique)

"Tu crois que tu m'aimeras toujours, enfant. Toujours, quelle présomption dans une bouche humaine !" (à Louise Colet, [Croisset, 6 ou 7 août 1846], éd. J. Bruneau, Pléiade, t. I, p. 276).
La phrase se trouve sur http://ourworld.compuserve.com/homepages/bib_lisieux/loucol03.htm, avec 8 août pour date: "Tu crois que tu m'aimeras toujours, enfant : toujours ! quelle présomption dans une bouche humaine !"

... et sur FRANTEXT: FLAUBERT.G, CORRESPONDANCE / 1847, page 222 / 1846 T 1
"que mes lettres ne soient découvertes,qu'on apprenne tout. je suis malade de toi. tu crois que tu m' aimeras toujours, enfant.Toujours ! Quelle présomption dans une bouche humaine ! Tu as aimé déjà, n' est-ce pas ? Comme moi ; souviens-toi qu'autrefois aussi tu as dis : toujours. Mais je te rudoie, je te chagrine. Tu sais que j'ai les caresses féroces"