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Extraits de la correspondance de Gustave Flaubert
concernant L'Éducation sentimentale  [1862 à 1869]

 

 

Les difficultés rencontrées


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Ces extraits de lettres sont le résultat de l’indexation thématique. Ne soyez donc pas surpris d’y trouver les abréviations, la ponctuation, l'orthographe et les repentirs présents dans le manuscrit des lettres. Les ratures n'y apparaissent pas.
En voici un exemple : « Ce livre, qui n’est qu’en style, a pr danger perpétu continuel le style même. »

 

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État d'esprit pendant l'écriture – souffrances et joies

Aide morale et avis des proches

 

1 - à Duplan Jules, Croisset, 02 avril 1863  

Lettre n° 1211   

Je m'acharne à mon roman parisien – qui ne vient pas du tout. Ce sont des couillades usées. Rien d'âpre ni de neuf ! Aucune scène capitale ne surgit. Ça ne m'empoigne pas. Je ne bande pas et je masturbe en vain ma pauvre cervelle.

2 - à Duplan Jules, Croisset, 05 octobre 1864  

Lettre n° 1329   

Je bûche comme un nègre. Je me couche régulièrement à 3 heures du matin. Quant à la besogne je ne sais pas ce qu’elle vaut. L’enthousiasme ne vient pas encore. Il est vrai que mon 1er chapitre est hérissé de difficultés – & puis ton ami avait complètement perdu l’habitude d'écrire. Je suis puni de m'être arrêté pendant trop longtemps

3 - à Feydeau Ernest, Croisset, 05 octobre 1864  

Lettre n° 1330   

je m’aperçois maintenant que j'ai fait une sottise en restant si longtemps sans écrire. J'éprouve dans mon nouveau roman des difficultés inouïes. Il est vrai que mon chapitre Ier n'est pas commode. Quand aurai-je fini cette lourde besogne. – & que vaudra-t-elle ? Dieu seul le sait

4 - à Leroyer de Chantepie Marie-Sophie, Croisset, 06 octobre 1864  

Lettre n° 1331   

Enfin, j'ai beaucoup de mal et je suis plein d'inquiétudes. Je resterai ici à la campagne une partie de l’hiver, pour m'avancer un peu dans cette longue besogne.

5 - à Roger des Genettes Edma, Croisset, 20 octobre 1864  

Lettre n° 1332   

Le soir, enfin, après m'être bien battu les flancs, j'arrive à écrire quelques lignes qui me semblent détestables le lendemain. Il y a des gens plus gais décidément. – Je suis écrasé par les difficultés de mon livre. (L'Éducation sentimentale) Ai-je vieilli ? Suis-je usé ? Je le crois. Il y a de ça au fond. Et puis ce que je fais n'est pas commode. Je suis devenu timide, noué

6 - à Leroyer de Chantepie Marie-Sophie, Croisset, 11 mai 1865  

Lettre n° 1378   

J'ai devant moi une montagne à gravir, et je me sens les jarrets fatigués et la poitrine étroite. Je vieillis. Je perds l'enthousiasme et la confiance en moi-même, qualité sans laquelle on ne fait rien de bon

7 - à Bosquet Amélie, Croisset, 02 août 1865  

Lettre n° 1400   

Quant à moi, je travaille comme 30 nègres. Mais je me suis embarqué dans un sujet inextricable, par sa simplicité & son abondance. Plus je vais, moins j'ai de facilité. J'ai passé hier 10 heures consécutives pour faire trois lignes. & qui ne sont pas faites !

8 - à Duplan Jules, Croisset, 29 octobre 1865  

Lettre n° 1413   

Mais que sera-ce ? que sera-ce ? Il y a des jours où je suis las – à en crever – sans compter les inquiétudes & je continue, cependant !

9 - à Duplan Jules, Croisset, 26 novembre 1866  

Lettre n° 1535   

Je suis brisé mon pauvre vieux. J'ai aujourd'hui travaillé sans discontinuer depuis 4 h. de l'après-midi (il en est près de trois du matin) et cela pr deux lignes qui ne sont pas faites. C'est à en devenir fou, par moments ! il serait même plus simple de crever tout de suite – cela vous épargnerait tous les emmerdements intérieurs & extrinsèques

10 - à Sand George, Croisset, 27 novembre 1866  

Lettre n° 1536   

Mon roman va très mal pour le quart d'heure

11 - à Sand George, Croisset, 05 décembre 1866  

Lettre n° 1541   

voilà deux jours entiers que je tourne & retourne un paragraphe sans en venir à bout. – J'en ai envie de pleurer dans des moments ! Je dois vous faire pitié ? & à moi donc !

12 - à Sand George, Croisset, 15 décembre 1866  

Lettre n° 1543   

M'avez-vous trouvé un titre . Ce n'est pas facile. J'en suis sûr

13 - à Sand George, Croisset, 23 janvier 1867  

Lettre n° 1561   

Quel pensum ! & quelle diable d'idée d'avoir été chercher un sujet pareil ! Vous devriez bien me donner une recette pr aller plus vite

14 - à Duplan Jules, Paris, 17 mars 1867  

Lettre n° 1577   

J'ai passé, je crois, l’endroit le plus vide comme plan. Que sera-ce, que sera-ce ? Je l’ignore. Tu me demandes si je suis content de ce qui est fait ? Eh b franchement je n'en sais rien. Je ne puis avoir sur le livre d'opinion définitive avant un an !

15 - à Sand George, Croisset, 12 juin 1867  

Lettre n° 1619   

Quant au roman, il va piano. À mesure que j’avance les difficultés surgissent. Quelle lourde charrette de moellons à traîner ! – & vous vous plaignez, vous, d’un travail qui dure six mois ! – J’en ai encore pour deux ans, au moins, (du mien) – Comment diable faites-vous pr trouver la liaison de vos idées ? C’est cela qui me retarde

16 - à Leroyer de Chantepie Marie-Sophie, Croisset, 24 janvier 1868  

Lettre n° 1699   

Mon roman est arrivé à la fin de sa seconde patrie. Mais pour l’avoir entièrement terminé, il me faut bien encore dix mois. J'aborde la Révolution de 1848 et, en étudiant cette époque-là, je découvre beaucoup de choses du passé qui expliquent des choses actuelles. Je crois que l'influence catholique y a été énorme et déplorable.

17 - à Duplan Jules, Paris, 14 mars 1868  

Lettre n° 1711   

C'est là le défaut du genre historique. Les personnages de l'histoire sont plus intéressants que ceux de la fiction, surtout quand ceux-là, surtout ont des passions modérées. On s'intéressera [illis.] moins à Frédéric qu'à Lamartine ? – & puis, quoi choisir parmi les Faits réels ? Je suis perplexe. C'est dur !

18 - à Commanville Caroline, Croisset, 21 août 1868  

Lettre n° 1772   

quel travail ! & songer que j'en ai encore pr une grande année ! c'est quand je me remets à la besogne que je me sens fatigué !

19 - à Duplan Jules, Croisset, 02 septembre 1868  

Lettre n° 1776   

Mon bougre de roman m'épuise jusqu'à la moelle j'en suis fourbu ! j'en deviens sombre

20 - à Sand George, Croisset, 09 septembre 1868  

Lettre n° 1780   

J'en ai encore pr un an. après quoi, je lâche les bourgeois, définitivement. C'est trop difficile & en somme trop laid. Il serait temps de faire qq chose de Beau & qui me plaise.

21 - à Duplan Jules, Croisset, 10 janvier 1869  

Lettre n° 1821   

C’est un dialogue difficile ! Comment ça vient-il ? Bref, c’est une scène de plan qui se trouve dans mon livre & dont je n’ai pas la 1re idée ! Tu vois d’ici mon embarras ! envoie-moi le plus de détails que tu pourras. Je n’aurai pas besoin de la chose avant 8 ou 10 jours

22 - à Sand George, Croisset, 02 février 1869  

Lettre n° 1831   

Je viens de relire mon plan. Tout ce que j’ai encore à écrire m’épouvante, ou plutôt m’écœure à vomir ! Il en est toujours ainsi, quand je me remets au travail. C’est alors que je m’ennuie !

23 - à Goncourt Edmond et Jules de, Croisset, 05 mars 1869  

Lettre n° 1841   

Je continue néanmoins mon odieux bouquin, avec acharnement – Mais il m’emmerde d’une telle façon que j’en ai, parfois, envie de pleurer.

24 - à Duplan Jules, Croisset, 07 mars 1869  

Lettre n° 1843   

Comme j’ai de mal mon pauvre bonhomme ! J’en ai parfois des envies de pleurer ! La fin est dure.