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Extraits de la correspondance de Gustave Flaubert
concernant L'Éducation sentimentale  [1862 à 1869]

 

 

La réception


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Ces extraits de lettres sont le résultat de l’indexation thématique. Ne soyez donc pas surpris d’y trouver les abréviations, la ponctuation, l'orthographe et les repentirs présents dans le manuscrit des lettres. Les ratures n'y apparaissent pas.
En voici un exemple : « Ce livre, qui n’est qu’en style, a pr danger perpétu continuel le style même. »

 

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L'accueil de la critique ou des proches

 

1 - à Mathilde (princesse), Croisset, 31 août 1866  

Lettre n° 1494   

Je voudrais bien que mon futur roman pût vous amuser ! Il est entrepris pour apitoyer un peu sur ces pauvres hommes tant méconnus, & prouver aux dames combien ils sont timides.

2 - à Bosquet Amélie, Croisset, 17 février 1867  

Lettre n° 1568   

en fait d'opinions, je crois que mon présent livre les révoltera toutes ? Mais cela tient au sujet même. tant pis, après tout ! & à la grâce de Dieu !

3 - à Duplan Jules, Croisset, 14 juin 1868  

Lettre n° 1743   

nous fumerons qques pipes ensemble et [illis.] je t’offrirai une forte platée de mon roman.

4 - à Sand George, Croisset, 05 juillet 1868  

Lettre n° 1754   

Les patriotes ne me pardonneront pas ce livre – ni les réactionnaires non plus ! Tant pis, j'écris les choses comme je les sens, c’est-à-dire comme je crois qu'elles existent. est-ce bêtise de ma part ?

5 - à Sand George, Dieppe, 10 août 1868  

Lettre n° 1768   

Enfin – comme j'ai dans votre grand esprit une confiance absolue, quand ma 3e partie sera fin terminée, je vous la lirai – & s'il y a dans mon travail qq chose qui vous semble méchant, je l'enlèverai. Mais je suis d'avance convaincu que vous ne me ferez pas une objection

6 - à Commanville Caroline, Croisset, 21 août 1868  

Lettre n° 1772   

J'ai lu à l'Idiot d'Amsterdam 370 pages de mon roman (tout ce qu'il [y] a d'écrit). Cette petite lecture m'a demandé 12 heures ! aussi étais-je fatigué mardi ! mon auditeur a paru enchanté

7 - à Sand George, Croisset, 19 décembre 1868  

Lettre n° 1812   

Ouïssez ceci : Le Figaro, ne sachant avec quoi emplir ses colonnes, s'est imaginé de dire que mon roman racontait la vie du Chancelier Pasquier. Là-dessus, venette de la famille dudit, qui a écrit à une autre partie de la même famille qui demeurant à Rouen, laquelle a été trouver un avocat dont mon frère a reçu la visite, afin que... Bref, j'ai été stupide pr ne pas « tirer parti de l'occasion » est-ce beau, comme bêtise, hein ?

8 - à Sand George, Paris, 29 avril 1869  

Lettre n° 1860   

voulez-vous venir dîner chez votre vieux troubadour en tête à tête ? – Je vous dégoiserais qques pages

9 - à Commanville Caroline, Paris, 05 mai 1869  

Lettre n° 1863   

Quant à une lecture entre nous deux, la partie me semble manquée, irrévocablement. Il faut attendre le livre imprimé

10 - à Commanville Caroline, Paris, 23 mai 1869  

Lettre n° 1867   

Autre sujet de fatigue : la Princesse Mathilde m’a demandé par deux fois à ce que je lui lise des fragments de mon roman. À la 3e requête, j’ai cédé. – & hier j'ai lu les je me suis mis à lire les 3 premiers chapitres. Là-dessus, enthousiasme de l’aréopage difficile impossible à décrire, et il faut que tout y passe. Ce qui va me faire me demander (au milieu de mes autres occupations) quatre séances de quatre heures chacune. Elle a le temps de m’entendre, elle ! Elle ne repousse pas vieux, au dernier plan.

11 - à Commanville Caroline, Croisset, 09 juin 1869  

Lettre n° 1873   

Ma dernière lecture chez la Princesse a atteint les dernières suprêmes limites de l’enthousiasme (textuel). une bonne partie de ce succès doit revenir à la manière dont j’ai lu. Je ne sais pas ce que j’avais ce jour-là, mais j’ai débité le dernier chapitre d’une façon qui m’en a ébloui, moi-même.

12 - à Duplan Jules, Croisset, 13 juin 1869  

Lettre n° 1874   

Tu as dû dîner aujourd’hui chez Me Husson ? & savoir si elle a fini mon Roman.

13 - à Mathilde (princesse), Croisset, 15 juin 1869  

Lettre n° 1876   

Quels bons moments, entre tous les autres, j’y ai passés il y a quinze jours ! Le souvenir des cinq après-midi où je vous ai lu mon long roman sur restera éternellement dans ma mémoire comme une des meilleures choses de ma vie. Il faut être auteur pr savoir jusqu’à quel point j’ai été flatté. Cela s’appelle un succès, non, un bonheur

14 - à Mathilde (princesse), Croisset, 17 juin 1869  

Lettre n° 1877   

1869 aura été une bonne année pr moi. J’ai fait un livre qui vous a plu.

15 - à Duplan Jules, Croisset, 30 juin 1869  

Lettre n° 1884   

J’attends toujours la cassette ! & ne vois rien venir. Pourquoi ? Blamont [Ernest Duplan] doit avoir lu mon roman ?

16 - à Duplan Jules, Croisset, 05 juillet 1869  

Lettre n° 1886   

Tu es beau ! Je viens de recevoir la boîte, en parfait état. Envoie-moi les notes de Maxime, j’en suis d’autant plus curieux que je vois en marge de ma copie des coups de crayon dont je ne comprends pas l’intention ?

17 - à Mathilde (princesse), Croisset, 08 juillet 1869  

Lettre n° 1889   

Le souvenir des lectures que j’ai faites chez vous, Princesse me restera comme une des meilleures choses de ma vie. Vous ne sauriez croire à quel point était chatouillée « l’orgueilleuse faiblesse de mon cœur » ainsi qu’eût dit le gd Racine

18 - à Mathilde (princesse), Croisset, 30 juillet 1869  

Lettre n° 1904   

mon roman afin d'en pour en effacer les fautes de français et ôter à la critique malveillante le plus de prétextes possibles. – Elle m’épargnera fort peu, néanmoins. Mais je m’en moque parfaitement.

19 - à Commanville Caroline, Paris, 18 août 1869  

Lettre n° 1920   

Sais-tu que tu me flattes en me disant tant de bien de mon roman.

20 - à Commanville Caroline, Paris, 08 septembre 1869  

Lettre n° 1937   

Le roman de ton Vieux est attendu très impatiemment. Les petites feuilles s’occupent beaucoup de moi, & disent pas mal de bêtises sur mon compte. Rien que quatre articles sur la Boîte qui contenait mon ms !

21 - à Claye Jules, Paris, 14 octobre 1869  

Lettre n° 1957   

On aurait alors le temps de la lire & d’en parler dans les journaux avant l’ouverture de la Chambre ; autrement, La Politique va prendre toute la place et on ne s’occupera plus de mon pauvre bouquin !

22 - à Commanville Caroline, Paris, 14 octobre 1869  

Lettre n° 1956   

J’avais fait L’Éducation sentimentale, en partie pr Ste-Beuve. il sera mort sans en connaître une ligne ! Bouilhet n’en a pas connu entendu les deux derniers chapitres. Voilà nos projets. L’année 1869 aura été dure pr moi !

23 - à Tourbey - Loynes Jeanne de, Paris, 16 octobre 1869  

Lettre n° 1961   

Ce roman que j’imprime, c’était spécialement pour lui que je l’avais fait. Car on écrit toujours en vue de quelqu’un. Pourquoi écrire maintenant ! pour qui faire de l’art ? avec qui causer des choses qui nous tiennent aux entrailles ?

24 - à Darcel Alfred, Paris, 13 novembre 1869  

Lettre n° 1978   

Je vous remercie des souhaits que vous faites « néanmoins » pr le succès de mon livre.

25 - à Lévy Michel, Paris, 17 novembre 1869  

Lettre n° 1972   

1° Ci-joint une liste de gens de presse auxquels j'enverrai mon bouquin. Il est donc inutile que vous leur envoyez donniez des exemplaires. 2° Je vous prie de rappeler à Mr Claye qu'il m'a promis formellement de charger d'encre ses caractères, de m'imprimer avec plus de noirceur qu'il ne fait d'habitude. 3° N. B. Je tiens beaucoup à ce que mes exemplaires (ceux que vous m'enverrez) aient en tête une page blanche, afin de pouvoir écrire les dédicaces avec une plume d'oie & sans faire de pâtés. Ayez l'obligeance de donner des ordres en conséquence. Ne soyez pas méchant ! Imitez ma douceur. Faites des concessions.                                     ___ Je voudrais bien avoir (enfin !) toutes les feuilles qui sont tirées. – Désir qui me paraît légitime ?                                     ___ Je vous nous souhaite, bien entendu, un succès gigantesque. Tout à vous. Gve Flaubert   P.-S. Comme j'ai à offrir, dans le plus bref délai possible une douzaine d'exemplaires reliés vous seriez bien aimable de m'envoyer au plus vite 12 exemplaires, brochés ou non, peu importe. Mais je vous recommande, avant tout, ma page non collée.                                      ___               ___ Théophile Gautier Paul de St-Victor Dalloz Lavoix Vacquerie Zola Taine Renan Chesneau Cuvillier-Fleury Amédée Achard Nefftzer George Sand             __ X. Aubryet Jules Janin Voilà tout ce qui me vient en tête pr le moment.

26 - à Mathilde (princesse), Paris, 17 novembre 1869  

Lettre n° 1981   

Voici ce livre que vous avez daigné entendre lire d’un bout à l’autre.Je n’ai pu y faire une dédicace convenable. Trop de choses ont remué dans mon cœur en vous l’offrant – n’importe ! quand vos yeux rencontreront ces deux volumes, ils vous penserez un peu à un homme qui vous aime bien, Princesse, & qui est

27 - à Parfait Noël, Paris, 19 novembre 1869  

Lettre n° 4293   

J'envoie chez vous qq exemplaires, ne sachant pas l'adresse des personnages à qui ils sont adressés. – Soyez assez bon pr les faire remettre par un garçon de votre établissement. 2° J'attends mes 25 ex. sur papier de Hollande

28 - à Parfait Noël, Paris, 21 novembre 1869  

Lettre n° 4294   

A-t-on envoyé des exemplaires à 1° Jules Janin 2° Émile de Girardin 3° Guéroult (de L'Opinion nationale) Rappelez à Lévy qu'il m'a promis de parler à Raphaël, dans le commencement de cette semaine celle qui vient.

29 - à Sand Solange, Paris, 24 novembre 1869  

Lettre n° 4296   

Je vous demande pardon de ne pas vous avoir encore envoyé un exemplaire de mon livre. Vous le recevrez d’ici à très peu de temps. Ce retard est tout à fait involontaire.

30 - à Parfait Noël, Paris, 24 novembre 1869  

Lettre n° 4295   

Mettez de côté la page ci-jointe qu'un ami m'adresse. – & ne la perdez pas elle servira pr une édition prochaine. Cela nous humilie tous les deux ! Dites donc que l'on m'envoie mes 25 exempl. sur Hollande. Lévy devait me les envoyer samedi dernier.

31 - à Duplan Jules, Paris, 24 novembre 1869  

Lettre n° 1982   

Puisque ça te fait plaisir j’enverrai un exemplaire à Me C. [Cornu] – mais uniquement à cause de cela, je t’en fous ma parole d’honneur ! Je ne vois pas prquoi toujours donner & ne jamais recevoir. Tu comprends ce que je veux dire. Mais je n’ai pas l’adresse de Me C. [Cornu] – Envoie-la-moi. Jusqu’à présent l’enthousiasme des populations est modéré (Rochefort à part). Les roses ne m’étouffent pas. On évite même de me parler de mon livre comme si on avait peur de se compromettre.

32 - à Duplan Jules, Paris, 25 novembre 1869  

Lettre n° 1984   

Donne-moi donc l’adresse de Maisiat, son exemplaire que je rencontre à chaque minute depuis 10 jours & qui encombre mon appartement m’agace dans des proportions gigantesques. 24 heures de plus – & je le donne à un autre. J’ai re-dépensé aujourd’hui 100 fr. d’exemplaires. Ça devient abusif. Il n’y a que moi pr arriver à ce degré de ridicule.

33 - à Chéron Paul, Paris, 25 novembre 1869  

Lettre n° 4297   

Votre lettre m’a fait un vrai plaisir. – Et je vous en remercie sincèrement. Voilà ce qui s’appelle lire ! à la bonne heure !

34 - à Clogenson Jean, Paris, 25 novembre 1869  

Lettre n° 1983   

Comment se fait-il que je ne vous aie pas adressé mes deux volumes ? Vous étiez le premier sur ma liste rouennaise, et vous y êtes encore ! J’aurai passé par-dessus votre nom. – Excusez-moi, je vous en prie. J’attends depuis huit jours qques exemplaires sur papier de Hollande. Je vous en enverrai un**, dès que je les aurai.

35 - à Saint-Victor Paul de, Paris, 27 novembre 1869  

Lettre n° 1985   

J’ai dit plusieurs fois chez Lévy qu’on vous envoie un exemplaire de mon roman. J’ignore votre adresse et j’ai peur que l’exemplaire sur papier de Hollande qui vous est destiné ne soit perdu.

36 - à Duplan Jules, Paris, 29 novembre 1869  

Lettre n° 1986   

Je n’ai pas lu un éreintement de B. d’Aurevilly paru aujourd’hui dans Le Constitutionnel. – C’est le second que publie ladite feuille.

37 - à Banville Théodore de, Paris, 30 novembre 1869  

Lettre n° 1987   

Je cherche comment vous remercier ? et je ne trouve pas de termes. Voilà le vrai... Je vous assure que les suffrages de l’Académie ne me feraient pas autant de plaisir que me fait le vôtre. Comme vous êtes bon ! aimable et généreux !

38 - à Sand George, Paris, 03 décembre 1869  

Lettre n° 1993   

Votre vieux troubadour est fortement dénigré par les Feuilles. Lisez Le Constitutionnel de lundi dernier & Le Gaulois de ce matin, c’est carré & net. On me traite de crétin & de canaille. L’article de Barbey d’Aurevilly (Constitutionnel) est, en ce genre, un modèle & celui du bon Sarcey, qque moins violent, ne lui cède en rien. Ces MM. réclament au nom de la morale et de l’idéal ! J’ai eu aussi des éreintements dans Le Figaro et dans Paris par Cesena et Duranty. Je m’en fiche profondément ! ce qui n’empêche pas que je suis étonné par cette tant de haine. – & de mauvaise foi ! La Tribune, Le Pays & L’Opinion nationale m’ont en revanche fort exalté.– Quant aux amis, aux personnes qui ont reçu un exemplaire orné de ma griffe, elles ont peur de se compromettre & on me parle de tout autre chose. Les braves sont rares. Le livre se vend néanmoins très bien, malgré la politique, – & Lévy m’a l’air content. Je sais que les bourgeois de Rouen sont furieux contre moi, à cause du père Roque & du caveau des Tuileries. Ils trouvent qu’« on devrait empêcher de publier des livres comme ça » (textuel), que je donne la main aux rouges, que je suis bien coupable d’attiser les passions révolutionnaires, etc.! etc. ! Bref, je recueille, jusqu’à présent, très peu de lauriers & aucune feuille de rose ne me blesse.

39 - à Sand George, Paris, 03 décembre 1869  

Lettre n° 1993   

Tous les journaux citent comme preuve de ma bassesse l’épisode de la Turque lequel [illis.], que l’on dénature, bien entendu, & Sarcey me compare au marquis de Sade – qu’il avoue n’avoir pas lu ! Tout ça ne me dévisse nullement. Mais je me demande : à quoi bon imprimer ?

40 - à Sand George, Paris, 07 décembre 1869  

Lettre n° 1996   

Votre vieux troubadour est trépigné d’une façon inouïe. Les gens qui ont reçu de moi une un exemplaire de mon roman craignent de m’en parler. – Par peur de se compromettre et ou par pitié pr moi. Les plus indulgents trouvent que je n’ai fait que des tableaux, et que la composition, le dessin manquent absolument ! St-Victor, qui prône les livres d’Arsène Houssaye, ne veut pas faire d’article sur le mien, – le trouvant trop mauvais. Voilà. Théo est absent, et personne (absolument personne) ne prend ma défense. Donc, (vous devinez le reste) si vous voulez vous charger de ce rôle-là, – vous m’obligerez. Voilà. Si ça vous embête, – n’en faites rien. Pas de complaisances entre nous.

41 - à Sand George, Paris, 07 décembre 1869  

Lettre n° 1996   

Sarcey a re-publié un second article contre moi. Barbey d’Aurevilly prétend que je salis le ruisseau en m’y lavant (sic). Tout cela ne me démonte nullement. Mais, nom de Dieu, comme on est bête !

42 - à Duplan Jules, Paris, 09 décembre 1869  

Lettre n° 1997   

À propos de honte, ce n’est plus Me Sandeau qui me plaint, mais Maxime. Sur 150 personnes environ, auxquelles j’ai envoyé mon livre, il y en a tout au plus trente qui m’ont accusé réception des exemplaires. Brillent par leur mutisme : Foyard, Me Cornu, Renan, etc. La Province renchérit sur Paris, – car le journal La Gironde m’appelle « Prudhomme ». Mais le plus beau, c’est Mr Scherer ! Oh ! dans nos bouches !

43 - à Lévy Michel, Paris, 09 décembre 1869  

Lettre n° 4302   

Il se prépare plusieurs articles pr répondre aux attaques & injures.

44 - à Duplan Jules, Paris, 09 décembre 1869  

Lettre n° 1997   

L’ange nommé Me de Metternich m’a fait, dimanche, les compliments les plus chouettes sur L’Éducation sentimentale. – J’ai été aussi très content de Viollet-Leduc [Viollet-le-Duc].

45 - à Parfait Noël, Paris, 10 décembre 1869  

Lettre n° 4303   

Donnez, je vous prie, un exemplaire de L'Éducation sentimentale à mon ami Mr Berdalle.

46 - à Sand George, Paris, 10 décembre 1869  

Lettre n° 1999   

Je vous ai, tantôt, envoyé par le télégraphe ce mot : « À Girardin. » La Liberté insérera votre article, tout de suite. – Que dites-vous de mon ami St-Victor, qui a refusé d’en faire un, trouvant « le livre mauvais » ? Vous n’avez pas tant de conscience que cela, vous ! Je continue à être roulé dans la fange. La Gironde m’appelle Prudhomme. – Cela me paraît neuf. Comment vous remercier ? J’éprouve le besoin de vous dire des tendresses. J’en ai tant dans le cœur qu’il ne m’en vient pas une au bout des doigts. Quelle bonne femme vous faites, et quel brave homme ! Sans compter le reste !

47 - à Darcel Alfred, Paris, 14 décembre 1869  

Lettre n° 2000   

On me remet, à l’instant seulement votre analyse de L’Éducat. Sent. parue dans le Journal de Rouen, il y a douze jours. Après l'avoir Quand j’ai eu fini de la lire mon cri intérieur a été « Ah ! enfin ! en voilà un qui me fait des reproches justes ! » Vous êtes le seul, oui le seul (selon moi) qui ait trouvé le défaut capital du livre. Toute la l’avant-dernière colonne (« la répétition du même procédé sent un peu le système ... l’artifice de la composition », etc.) est pleine de vérité. – Donc, je vous remercie bien sincèrement.Quant aux idées socialistes de la Vatnaz je vous jure (& je peux vous le prouver textes en main) qu’il y ait n’y a aucune exagération. Tout [illis.] cela a été imprimé en 48. En fait de bas-bleu, j’ai connu la fleur du panier & qui ne ressemblait nullement à la Vatnaz. Il en est un de notre connaissance intime, que j’ai servi le plus possible, pr qui j’ai couru & que j’ai & même défendu contre vous (je vous en fais mes excuses) & qui a jugé à propos 1° de m’écrire deux lettres fort aigres où il n’est pas plus question d’art que de géométrie et 2° de me vitupérer violemment dans La Voix des femmes. Mais « le Sacerdoce » avant tout ! Que l’ombre d’Eugénie Niboyet la bénisse ! Mon livre est pris, généralement à rebours. Mais dans peu de temps il paraîtra tout simple. Votre article m’a remis en tête un vers de Boileau... à propos de l’ami dont le crayon sûr va chercher « L’endroit que l’on sent faible & qu’on se veut cacher. »

48 - à Delattre Eugène, Paris, 17 décembre 1869  

Lettre n° 2003   

Pense à mon (ou plutôt à ton) article. J’ai besoin d’être défendu. On me trépigne violemment.

49 - à Sand George, Paris, 17 décembre 1869  

Lettre n° 2002   

Votre article n’a pas encore paru dans La Liberté. J’ai fait demander à Girardin « qu’est-ce que ça voulait dire ? » Pas de réponse ! La politique, je crois, est seule cause de ce retard. – À moins qu’il n’y ait contre mon malheureux livre une conjuration d’holbachique ? Je vous assure qu’on en veut à la personne de votre vieux troubadour. Cela est manifeste dans les articles. Heureusement que je ne suis pas un homme sensible !

50 - à Sand George, Paris, 17 décembre 1869  

Lettre n° 2002   

Je n’ai eu, cette semaine, que trois éreintements (c’est peu !). Lire celui de la Revue des Deux Mondes. Une amie, Mlle Bosquet (qui a reçu, de moi, de vrais services) m’a écrit deux lettres fort aigres & la seconde était accompagnée d’un article dans La Voix des femmes, où elle me déchire en plein. J’aime mieux la conduite de St-Victor, qui au moins, lui, s’abstient. Tout cela ne me fait aucune peine, mais m’étonne grandement.

51 - à Tourbey - Loynes Jeanne de, Paris, 19 décembre 1869  

Lettre n° 2006   

Je reçois ce matin une lettre de Me Sand où elle me dit qu’elle « bisque un peu contre Girardin ». L’absence prolongée de son article l’étonne – & moi aussi. D’où vient ce mystère ?

52 - à Leroyer de Chantepie Marie-Sophie, Paris, 22 décembre 1869  

Lettre n° 2009   

Merci de votre bon article, chère Demoiselle. J’ai bien besoin d’être un peu défendu, car je suis attaqué avec acharnement. Mais il en sera, je l’espère, de L’Éducation sentimentale comme de la Bovary. On finira par en comprendre la moralité et trouver « cela tout simple ». Quant au succès matériel, je n’ai pas à me plaindre, mon livre se vend extrêmement bien, malgré la politique.

53 - à Baudry Alfred, Paris, 22 décembre 1869  

Lettre n° 4304   

Comme je suis violemment trépigné par les Feuilles, – il ne serait pas désagréable à votre ami que l’article de Me Sand inséré dans La Liberté de mardi fût reproduit soit par le Journal de Rouen ou par Le Nouvelliste

54 - à Baudry Alfred, Paris, 22 décembre 1869  

Lettre n° 4304   

Quant au succès matériel dudit bouquin, il est excessif, ça se vend énormément

55 - à Parfait Noël, Paris, 14 février 1870  

Lettre n° 4308   

Tourgueneff m'écrit que la première revue de St-Pétersbourg qui se nomme Le Messager russe a publié sur L'Éducation sentimentale deux articles très longs et très élogieux. Il en est de même à Berlin d'une revue (dont j'ignore le nom), mais l'article est de Schmit ? 2° Le fils de Pelletan a publié dans Le Rappel (la semaine dernière) un article que je n'ai pas vu. Pouvez-vous me le procurer

56 - à Cornu Hortense, Paris, 20 mars 1870  

Lettre n° 2050   

La première phrase de notre ami Maury en parlant de L’Éducation sentimentale a été celle-ci : « Est-ce que vous avez connu X***, un Italien, professeur de mathématiques ? Votre Sénécal est son portrait physique & moral ! Tout y est, jusqu’à la coupe des cheveux ! » D’autres prétendent que j’ai voulu peindre, dans Arnoux, Bernard-Latte (l’ancien éditeur) que je n’ai jamais vu, etc. Tout cela est pr vous dire, chère Madame, que le public se trompe en nous attribuant des intentions que nous n’avons pas.

57 - à Sand George, Paris, 19 avril 1870  

Lettre n° 2056   

Quant à Lévy voici l’histoire. Il m’a p/donné 16 mille francs. D’après le compte des pages il ne m’en devait, strictement, que quatorze. Lors du dernier paiement j’ai marqué ma surprise de ce qu’il ne m’en donnait pas 20 mille. – Là-dessus il ma m’a répondu : « Soyez sans crainte ! Plus tard, nous verrons ! Vous serez content de moi. Mais attendez un peu. » Je n’ose pas lui rappeler sa promesse et Dieu sait que ces 4 mille francs me feraient plaisir ! – Car mon séjour prolongé de cette année à Paris a été désastreux. Pr ma petite bourse. & de plus j’ai des dettes ! Si Lévy n'était n’est pas avec moi très poli, s’il se fait prier, s’il n’aboule pas rondement les susdites balles, je serai grossier & violent. Cela est sûr. Je me connais. D’autant que votre troubadour est peu sociable & commode pr le quart d’heure. Monsieur a le système agacé. Je comprends mon comique – bien qu’il ne me fasse pas rire. – & Lévy a bien le droit de de regimber un peu, car enfin mon roman n’a pas réussi comme nous l’espérions. (Je me demande pourquoi, mais c’est ainsi). D’autre part, il a gagné assez d’argent avec moi pour se fendre un peu. & je mérite une petite consolation. Telle est la situation, chère maître. Vous pouvez donc écrire audit Michel que j’attends la réalisation immédiate de sa promesse. – Mais (que je ne la lui rappellerai pas.) S’il me refuse je ne dirai mot mais je lui garderai rancune. – S’il est prêt à ouvrir son escarcelle, je me précipite chez lui.

58 - à Sand George, Paris, 29 avril 1870  

Lettre n° 2059   

Michel Lévy est venu entré chez moi tout à l’heure, à six heures, & après m’avoir parlé de choses & d’autres — « Me Sand m’a écrit que vous étiez gêné. — C’est vrai ! Je le suis toujours ! — Eh bien ! » Là-dessus il s’est embarqué dans une série de phrases tendant à me prouver qu’il ne gagnait pas d’argent dans son métier, qu’il était même obligé d’en emprunter pr sa bâtisse près de l’Opéra, & qu’il n’avait pas encore fait ses frais avec L’Éducation sentimentale. Bref savez-vous ce qu’il me propose : me prêter, sans intérêt, de 3 à ou 4 mille francs, à condition que mon prochain roman lui appartiendra aux mêmes conditions, c’est-a-dire moyennant 11 8 mille fr. le volume. S’il ne m’a pas répété trente fois « C’est pr vous obliger, je v – ma parole d’honneur » je veux être pendu ! Ainsi toute sa générosité, toute sa tendresse pr moi se bornent à m’avancer de l’argent sur mon prochain livre, dont il fixe d’avance les ca* le prix. – Je vous assure que j’ai été beau. & qu’il doit, dans sa conscience, con me considérer comme un joli crétin ! Car je n’ai pas eu l’air étonné. Ma conclusion a été que je réfléchirais. Mais c’est tout réfléchi.

59 - à Tourgueneff Ivan, Paris, 30 avril 1870  

Lettre n° 2061   

le non-succès de mon roman

60 - à Parfait Noël, Croisset, 29 juin 1870  

Lettre n° 4318   

Un certain no/monsieur nommé Maxime Beauvilliers, m'envoie un article favorable élogieux sur L'Éducation sentimentale paru dans L'Abeille de Fontainebleau & qui doit être reproduit dans le Loiret, en me priant de vous demander un exemplaire de Salammbô. Voici son adresse : Mr Maxime Beauvilliers chez Mr Thouvenel 30 rue du Petit-Musc, Paris. Soyez assez bon pr « obtempérer » à son désir. Les admirateurs de mon dernier roman sont rares. Il faut leur complaire.

61 - à Mathilde (princesse), Croisset, 06 septembre 1871  

Lettre n° 2253   

J'ai été réjoui, ce matin, par l'histoire de Mlle Papavoine, une pétroleuse, qui a subi au milieu des barricades les assauts hommages de 18 citoyens, en un seul jour ! cela est roide ! – et dépasse de beaucoup la fin de la pauvre Éducation sentimentale, où les héros se bornent à offrir des fleurs – passage déclaré cynique !

62 - à Chojecki Charles-Edmond, Paris, 08 janvier 1872  

Lettre n° 2366   

Je sais bien que vous en êtes plus indigné que moi. Sarcey, bien qu'il ait saisi toutes les occasions de me traîner dans la fange, moi et Bouilhet, n'a pas encore trouvé le moyen de me mettre en colère. Mais je crois vous donner un bon conseil en vous engageant à prier Schérer (que je regarde comme un très galant homme, bien qu'il ait été assez dur pr moi, lors de L'Éducation sentimentale), à prier Schérer, dis-je, de surveiller ledit Monsieur.

63 - à Commanville Caroline, Croisset, 24 mai 1873  

Lettre n° 2635   

et je suis fier, Madame, que ma description de la forêt de Fontainebleau vous ait semblé bien troussée. – J'avoue que je ne la trouve pas mal.

64 - à Tourgueneff Ivan, Kaltbad Righi, 02 juillet 1874  

Lettre n° 2802   

Ce qui me reste sur le cœur c'est l'échec de L'Éducation sentimentale. Qu'on n'ait pas compris ce livre-là voilà ce qui m'étonne.

65 - à Charpentier Georges, Paris, 20 mai 1877  

Lettre n° 3282   

L'Éducation Sentimentale Deux articles de St V Sarcey dans le Gaulois. Le seul favorable a été de Jules Levallois dans . . .

66 - à Du Camp Maxime, Paris, 21 mai 1877  

Lettre n° 3284   

La guerre de 1870 a tué L’Éducation sentimentale

67 - à Roger des Genettes Edma, Croisset, 08 octobre 1879  

Lettre n° 3901   

Prquoi ce livre-là n'a-t-il pas eu le succès que j'en attendais ? Robin en a peut-être découvert la raison ? C'est trop vrai. & esthétiquement parlant il y manque : la Fausseté de la pres perspective. à force d'avoir bien combiné le plan, le plan disparaît. Toute œuvre d'art doit avoir un pivot, un sommet, ça doit faire la boule ou pyramide ou bien la lumière doit frapper sur un point de la boule. Or rien de tout cela dans la Vie. Mais l'Art n'est pas la nature. N'importe ! Je crois que personne n'a poussé la probité plus loin. Quant à la conclusion, je vous avoue que j'ai gardé sur le cœur toutes les bêtises qu'elle a fait dire.

68 - à Charpentier Georges, Croisset, 15 octobre 1879  

Lettre n° 3904   

On a été bien injuste pr ce livre. Y a-t-il moyen d'avoir là-dessus une réparation ? – Mr Jules Lemaître, professeur de rhétorique au lycée du Havre, me vient de m'adresser un très bel article, publié le 12 courant dans la Revue Politique & Littéraire.

69 - à Charpentier Georges, Croisset, 15 octobre 1879  

Lettre n° 3904   

Envoyez-moi quand L'Éd sera parue trois ou quatre exemples à l'adresse de Mr Pilon, quai du Havre, 7, pr Mr G. Flaubert, Rouen. – adressez-en un à Me Adam, en mettant dessus : de la part de l'auteur. vous m'obligerez.

70 - à Tourgueneff Ivan, Croisset, 19 novembre 1879  

Lettre n° 3930   

Je suis bien aise de l'impression que vous cause L'Éducation sentimentale. sans être un monstre d'orgueil, j'estime que ce livre a été mal jugé, sa fin surtout ! de cela, je garde rancune au public.

71 - à Commanville Caroline, Croisset, 19 novembre 1879  

Lettre n° 3926   

ce matin, on m'a envoyé un Phare de la Loire où je suis exalté aux dépens de Zola. j'ignore l'auteur de l'article.

72 - à Charpentier Georges, Croisset, 02 décembre 1879  

Lettre n° 3940   

3° il me semble que ce serait l'heure de faire parler de la susdite Éducation.

73 - à Brainne Léonie, Croisset, 10 décembre 1879  

Lettre n° 3955   

Lapierre m'a envoyé ce matin un article de Zola, qui est vraiment « aux petits zoignes ! » Mon opinion secrète est que ledit Zola est dans le Vrai. Le public a été injuste envers L'Éduc. & les jugements portés sur la conclusion me révoltent encore, – bien que je ne me crois pas un monstre d'orgueil ?

74 - à Maupassant Guy de, Croisset, 28 décembre 1879  

Lettre n° 3968   

Avez-vous lu dans le Voltaire l'apologie de L'Éducation sentimentale, par Zola ? Que dites-vous de Charpentier qui ne m'a pas envoyé cet article ! Cette négligence me paraît coupable.

75 - à Charpentier Marguerite, Croisset, 13 janvier 1880  

Lettre n° 3980   

De plus, le même Charpentier me doit des excuses pr ne m'avoir point transmis le splendide article de Zola sur L'Éducation ! Sans un ami (de Rouen) qui me l'a envoyé, j'eusse été privé de cet encens.