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Le Château des cœurs

Gustave Flaubert, Louis Bouilhet et Charles d’Osmoy

Féerie rédigée en 1863, et publiée dans La Vie Moderne en 1880.

Après Salammbô, Flaubert hésita entre deux sujets de romans, L’Éducation sentimentale et Bouvard et Pécuchet. Dans l’impossibilité de prendre une décision immédiate, il se consacra à la rédaction d’une œuvre moins ambitieuse, Le Château des cœurs, une féerie composée pendant le second semestre 1863 en collaboration avec deux amis, Louis Bouilhet et Charles d’Osmoy.

L’argument en est simple : les gnomes ont volé les cœurs des hommes, qu’ils détiennent dans le château des cœurs. Pour les délivrer, les fées vont redonner aux humains la capacité d’aimer, par l’intermédiaire de deux jeunes gens au cœur pur.

Malgré de nombreuses démarches, Flaubert ne parvint jamais à faire jouer cette pièce, qu’il se résolut à publier en feuilleton dans la revue hebdomadaire La Vie Moderne, dirigée par Émile Bergerat, entre le 24 janvier et le 8 mai 1880, jour de la mort de Flaubert. Cette publication était accompagnée de dessins, qui suscitèrent la colère de l’auteur.

Premier tableau

Le chœur des Fées s’ébat en liberté, loin des hommes « méchants » (sc. 1). Arrive la Reine des Fées, dont la mission consiste à délivrer les cœurs des hommes, enfermés par les Gnomes dans leur château. Seuls deux amants purs peuvent les y aider (sc. 2). Chassé du château familial par la mort de son père et par la ruine, M. Paul quitte les paysans du lieu, le couple Thomas, dont le fils Dominique, son serviteur, revient avec lui d’un voyage en Orient (sc. 3). Il retrouve la fille des paysans, Jeanne, amoureuse de lui. Dominique accompagne son maître à Paris, en espérant faire fortune (sc. 4). Par cupidité, les parents Thomas y envoient également leur fille Jeanne (sc. 5). Les fées ont trouvé deux cœurs purs, Paul et Jeanne (sc. 6).

Deuxième tableau

En route vers Paris, Paul et son valet s’arrêtent dans une auberge. Le maître écrit à d’anciens amis pour solliciter leur aide (sc. 1). Un inconnu propose ses services (sc. 2) et prédit à Paul un avenir brillant s’il se comporte avec cynisme dans la carrière des arts, de l’administration ou du commerce, et misérable s’il choisit la vertu. Pendant son discours, il se transforme à vue en prenant l’apparence des personnages qu’il décrit. L’Inconnu se change finalement en Gnome et la servante en Fée (sc. 3).

Troisième tableau

Introduit par son ami Alfred, Paul se trouve au bal donné par le banquier Kloekher (sc. 1). Celui-ci reconnaît le fils de son ami mort ruiné (sc. 2), et il lui propose de l’engager comme homme de paille. Paul refuse (sc. 3). Letourneux, qui a également connu le père de Paul, menace le banquier de dénoncer ses malversations (sc. 4). Pour sauver la situation, Kloekher pousse son épouse vers Paul (sc. 5), sensible aux charmes de la séductrice (sc. 6). Alfred, l’amant en titre, en est jaloux (sc. 7). En le voyant si bien en cour, les anciens amis s’empressent autour de Paul (sc. 8) qui se désole de l’amoralité des invités (sc. 9). Ils partent jouer (sc. 10). Resté seul, Paul voit apparaître à nouveau le Roi des Gnomes et la Reine des Fées. Paul croit à la sincérité de Mme Kloekher (sc. 11). Après avoir surpris un dialogue entre elle et Alfred (sc. 12), il se déclare. Letourneux, victime du banquier, menace alors de révéler à Paul que son héritage lui a été volé par ce même banquier, mais Mme Kloekher dit être sûre de son pouvoir sur le jeune homme qu’elle traite d’enfant et d’esclave (sc. 14). Celui-ci a tout entendu (sc. 15). Letourneux dénonce en public la machination du banquier, mais Paul se retire fièrement de ce monde d’intrigues. Les Fées se réjouissent de sa vertu (sc. 16).

Quatrième tableau

Dominique se gèle dans une chambre misérable (sc. 1). De retour du bal, Paul congédie son valet (sc. 2). Désespéré par le monde, il veut se suicider, quand un château se matérialise dans la cheminée et qu’une lettre de la Reine des Fées l’enjoint de délivrer les cœurs qui s’y trouvent (sc. 3). Entre Jeannette [Jeanne], en service à Paris, qui prend soin de Paul en silence. Il la regarde avec d’autres yeux, mais la repousse en raison de son inculture (sc. 4). Accompagné de son valet, Paul part en quête du château des cœurs (sc. 5). Restée seule, Jeannette se désole de n’être pas une belle dame pour lui plaire. Le Roi des Gnomes se promet de l’exaucer (sc. 6).

Cinquième tableau. L’Île de la Toilette

Jeannette est transportée au pays de la toilette, où tous les éléments du décor ont un usage cosmétique (sc. 1). Le Roi Couturin et sa cour se réunissent pour fixer la mode (sc. 2). La cour s’empresse de vêtir Jeannette à la dernière mode (sc. 3), et Couturin veut faire d’elle une Parisienne (sc. 4). Il lui donne en modèle deux mannequins qui se font la cour, en débitant tout ce qu’il faut dire devant un paysage ou à propos des nouvelles du jour (sc. 5). Mais Jeannette veut revoir Paul : Couturien l’y autorise à condition qu’elle cachera son identité, sous peine de mort (sc. 6). En imitant les paroles élégantes, Jeannette tente de séduire Paul, qui s’enfuit (sc. 7). Pour le reconquérir, elle choisit la simplicité des manières bourgeoises. Couturien se propose de l’aider (sc. 8).

Sixième tableau. Le Royaume du Pot-au-Feu

Le grand pontife du Royaume des bourgeois, adorateurs du Pot-au-Feu, fait prêter serment d’utilité tour à tour aux épiciers, aux bureaucrates, aux savants, aux artistes, aux collégiens, aux ménagères, aux chats, au Soleil (sc. 1). Les bourgeois mangent et se réjouissent (sc. 2). Le grand pontife est en fait le Roi des Gnomes, qui promet à Jeanne une rencontre prochaine avec Paul (sc. 3). Entre Paul, toujours en quête : « Je dois rencontrer quelque part une jeune fille à l’âme pure, au désintéressement absolu, la reconnaître, en être aimé, et, fort de mon amour, m’emparer du château des Cœurs ». Jeanne l’accueille avec modestie (sc. 4) et tente de le convertir à la vulgarité du bonheur bourgeois (sc. 5). Mais Paul se révolte et maudit les bourgeois, qui l’enferment (sc. 6). Il est moralisé par le grand pontife (sc. 7). Jeanne veut désormais tenter de séduire Paul en l’éblouissant par le pouvoir (sc. 8). Pendant que le pot-au-feu monte au ciel pour devenir une constellation-légumes, Paul et son valet s’évadent (sc. 9).

Septième tableau. Les États de Pipempohé

Jeanne a pris la place de la reine dans un pays oriental ; le roi des Gnomes est son premier ministre (sc. 1). Elle est contrainte d’approuver des supplices (sc. 2) que le peuple réclame (sc. 3). Paul et Dominique sont amenés enchaînés (sc. 4). Jeanne les libère et offre à Paul le pouvoir, mais il ne se laisse ni éblouir par la puissance ni fléchir par les menaces (sc. 5). Jeanne se demande pourquoi Paul la hait (sc. 6). Sous les habits de premier ministre, le roi des Gnomes se dévoile et annonce que Paul est perdu (sc. 7). Jeanne veut le sauver (sc. 8) ; elle renonce à son pouvoir tyrannique (sc. 9). Devant les refus persistants de Paul, Jeanne se nomme. Pour prix de sa transgression, elle tombe morte, mais la Reine des Fées la rend à la vie (sc. 10).

Huitième tableau. La Forêt périlleuse

Dominique se trouve seul devant le château des Cœurs. Arrivé le premier, il veut usurper la place de son maître, mais il est changé en arbre (sc. 1). Il parle avec les autres arbres, hommes métamorphosés, comme lui (sc. 2). Entre Paul, à la recherche du château et de son valet (sc. 3). Il est transformé en statue (sc. 4).

Neuvième tableau. Le Grand Banquet

Les Gnomes célèbrent leur victoire sur les hommes, mais la statue de Paul s’anime, rejoint par Jeanne (sc. 1). Les amoureux se reconnaissent et se déclarent (sc. 2). Paul doit désormais rendre leur cœur aux hommes (sc. 3). Dominique retrouve une apparence humaine ; il part avec son maître pour distribuer les cœurs (sc. 4).

Dixième tableau. La Fête du pays

Les invités du couple Kloekher sont réconciliés, dans leur mépris pour Paul, et par le retour à leurs intrigues (sc. 1). La compagnie fait entrer un saltimbanque qui vend des cœurs (sc. 2). C’est Paul, déguisé. Ceux qui achètent un cœur se convertissent immédiatement à la vertu (sc. 3). Le banquier donne une grande fête populaire qui se termine en apothéose pour les deux amants, « heureux dans l’immortalité », pendant que Dominique est changé en valet de cœur (sc. 4).


[Résumé par Yvan Leclerc. Mise en ligne sur le site Flaubert en avril 2011.]


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