RESSOURCES
RECHERCHE
Contact   |   À propos du site

Madame Bovary, édition pirate

Éric Walbecq a découvert à la librairie Jousseaume, dans la galerie Vivienne, une édition de Madame Bovary qui porte en page de titre: « Paris, 1857, Naumbourg, à l’expédition de la bibliothèque Choisie (L. Garcke). » S’agirait-il d’une édition pirate, la même année que l’originale parue chez Lévy ?
Voir la photo de la page de titre.
[Extrait du Bulletin Flaubert, n° 122, 10 mai 2010.]

Commentaire de Michel Bernard (Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3), paru sur LITOR, le 10 mai 2010 (reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur).

Je me permets de signaler sur cette liste que l’édition de Madame Bovary découverte par Eric Walbecq n’était pas passée tout à fait inaperçue jusqu’à maintenant : un échange de questions-réponses a eu lieu dans L’Intermédiaire des chercheurs et des curieux en 1929 (vol. 92, n° 1700, col. 100-101, puis n° 1702, col. 215-216, n° 1710, col. 602-603, 1712, col. 696 : je reproduis les textes ci-dessous). Ces contributions citent à leur tour d’autres articles sur le sujet : dans La Connaissance en 1922 et dans L’Oeuvre.

Si je diffuse cet étalage de petite érudition sur LITOR, c’est que ce type de recherche est une nouvelle illustration des possibilités de la documentation en ligne mais aussi de ses limites, dans l’état actuel des services. L’information que je donne ci-dessus provient en effet d’une recherche sur les mots-clés « bovary naumbourg » dans Google livres. On est ainsi renvoyé à une numérisation de L’Intermédiaire qui signale que « 2 pages » correspondent à la recherche. On peut voir également un « snippet » représentant un morceau de l’article du n° 1712. Pas d’indication de pagination, ni de numéro. J’ai dû, pour retrouver le texte, avoir recours à Gallica, qui fournit - mais en mode image - 97 années du périodique. Il faut alors aller à l’index pour retrouver les articles. Quelle complication ! Indications bibliographiques insuffisantes sur Google livres, numérisation en mode texte manquante sur Gallica. Comment peut-on allier à ce point commodité de consultation (il faut souligner que cela ne m’a pris qu’une demi-heure environ, sans bouger de chez moi) et embûches multipliées.

Pour les illustrer, je citerai aussi les fausses pistes et autres frustrations rencontrées avec cette recherche :

  • Une recherche sur Google fait apparaître la dernière page d’un article d’un certain G. Colin sur le même sujet (sa conclusion : « Voilà qui détruit la légende d’une préfaçon de Madame Bovary. Que les propriétaires de l’édition Michel Lévy dorment sur leurs deux oreilles ! »), en pdf sur le site de la bibliothèque nationale de Belgique. Mais impossible de savoir (y compris avec le moteur de recherche de Belgica) d’où provient cet article et donc de le lire en entier ! Voyez ici :
    http://belgica.kbr.be/pdf/lp/LP_73_A.pdf
  • Google livres renvoie à un certain nombre d’ouvrages dont on ne peut même pas lire un extrait et pour lesquels la page où figure la référence n’est même pas mentionnée : Bibliographie des études sur G. Flaubert : 1837-1920 (David J. Colwell, 1988), George Sand et son temps (1994), Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire (1938), Bibliographie de Gustave Flaubert (Dumesnil et Demorest, 1937), etc. Qui va vouloir feuilleter ces volumes pour y trouver une mention dont on ne sait même pas si elle est pertinente et substantielle ?
  • Dans certains cas, Google livres fournit un petit aperçu mais sans donner la possibilité de lire : on apprend par exemple l’existence d’une mention dans le Report of Accessions de la Houghton Library en 1956 (p. 31).
  • Ni Francis ni la MLA ne fournissent de référence aux articles cités ci-dessus (les revues concernées ne sont pas indexées par ces deux bases de données).
  • Le catalogue de la BNF montre que la bibliothèque possède un exemplaire de l’édition de Naumbourg de Madame Bovary mais pas de l’édition de Salammbô signalée dans un des articles ci-dessous.

Nous sommes donc, comme chercheurs-utilisateurs, toujours entre deux mondes. On nous fait miroiter d’un côté des facilités documentaires inouïes pour nous compliquer ensuite le travail comme à plaisir. Sans vouloir d’ailleurs incriminer quiconque, on ne peut que constater que sur le champ de bataille actuel de l’offre documentaire en ligne, la piétaille des utilisateurs est encore considérée comme chair à canon. J’ai déjà eu l’occasion de le dire à plusieurs reprises : rien d’utile et de durable ne se fera sans consultation des utilisateurs professionnels que nous sommes. Comment justifier, de ce point de vue, que Google livres ne renvoie pas à la numérisation de Gallica et que Gallica ne renvoie pas à l’indexation de Google, puisque, sur l’exemple de L’Intermédiaire, ils disposent à l’évidence de données complémentaires ? Je sais la part de naïveté qu’il y a dans un tel souhait mais qu’avons-nous à faire, au fond, de ces concurrences factices et dangereuses ? Il me semble de notre responsabilité de continuer à dire notre rejet de ce qui n’est pas fait dans le seul intérêt de l’avancement des connaissances scientifiques.


Dans le n° 1700 :





Une première réponse dans le n° 1702 :





N° 1710 :





N° 1712 :





Mentions légales