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Sommaire Revue n° 13
Revue Flaubert, n° 13, 2013 | « Les dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet » : l’édition numérique du creuset flaubertien.
Actes du colloque de Lyon, 7-9 mars 2012

Numéro dirigé par Stéphanie Dord-Crouslé

Le catholicisme intransigeant
de Joseph de Maistre :
notes de lecture et transferts dans le second volume de Bouvard et Pécuchet

Taro Nakajima
Université Waseda (Tokyo)
Voir [Résumé]

Joseph de Maistre est l’un des écrivains catholiques qui occupent la plus grande place dans le dossier « Religion » de Bouvard et Pécuchet [1]. Si les notes de lecture prises par Flaubert sur ses ouvrages, bien qu’abondantes (ce sont les plus nombreuses dans l’ensemble des notes de lecture religieuses), ne sont exploitées que sporadiquement dans le chapitre IX (religion) du roman, elles alimentent d’innombrables fragments dans plusieurs rubriques de la Copie, telles que « Idées scientifiques », « Grands hommes », « Spécimen de styles », comme le montrent les pages préparées pour le second volume, aujourd’hui mises en ligne sur le site de l’édition électronique des dossiers[2]. Voici la liste des dix ouvrages du philosophe sur lesquels Flaubert a pris 27 pages de notes[3], en grande partie en janvier 1873 : trois pages sur les Lettres et opuscules inédits [4], six pages sur l’Examen de la philosophie de Bacon [5], deux pages sur De l’Église gallicane dans son rapport avec le souverain pontife [6], quatre pages sur Du Pape [7], une page de notes consacrée à deux ouvrages, l’Essai sur le principe générateur des constitutions politiques [8] et l’Essai sur les délais de la justice divine dans la punition des coupables [9] – traduction adaptée de Plutarque –, deux pages de notes sur les Considérations sur la France [10], six pages sur Les Soirées de Saint-Pétersbourg, suivies de l’Éclaircissement sur les sacrifices [11], une page sur Mémoires politiques et correspondance diplomatique [12], enfin deux pages sur la Correspondance diplomatique, 1811-1817 [13].

La prise de notes, parfois inégale et partiale, ne rend pas toujours la pensée exacte de l’auteur du texte initial, mais la longueur de la liste des ouvrages lus montre bien que Flaubert se souciait d’être exhaustif et assez systématique dans son travail, allant jusqu’à « avaler tout l’odieux Joseph de Maistre »[14]. Il est donc allé chercher dans la quasi-totalité des ouvrages du philosophe des perles ridicules pour nourrir le Sottisier, répertoire de toute la bêtise humaine. La documentation apparaît d’ailleurs comme un acte de vengeance exécuté par un grand admirateur de Voltaire qui reproche à l’auteur des Soirées d’avoir comparé ce « saint » à une chenille ayant souillé toutes les fleurs « dans le jardin de l’intelligence »[15]. Flaubert s’est particulièrement intéressé au « Quatrième entretien » de cet ouvrage où la réfutation de Voltaire est la plus virulente, de sorte que la lecture de ce chapitre a entraîné la copie de nombreux extraits sur les pages de notes.

Les notes de lecture

La voix de Flaubert s’entend à chaque page, sous la forme de commentaires ironiques et d’annotations marginales. Il se moque de la pensée autoritaire de l’apologiste, s’indigne de sa haine des grands philosophes ou s’amuse à relever les prophéties qui ne se sont pas vérifiées et les idées qui se contredisent. Ainsi, une note prise sur De l’Église gallicane, « Depuis le concile (de trente) l’église a totalement changé de face » (fo 272 r°[16]), est immédiatement suivie d’une intervention ironique : « De Maistre a soutenu ailleurs que l’église n’avait jamais changé (du pape) ». Le commentaire renvoie en effet à ce fragment de Du Pape : « il n’y a rien de nouveau dans l’Église & jamais elle ne croira que ce qu’elle a toujours cru » (fo 273 r°[17]), souligné et accompagné d’une catégorie de classement (« belle idée hist. ») pour le second volume.

L’ironie se sent également dans la manière dont l’écrivain tente de désacraliser l’éloquence sacrée du « prophète du passé », en soulignant l’absurdité de ses prédictions parfois complètement manquées aux yeux de la postérité. Ainsi, en lisant les Considérations, Flaubert recopie une « prophétie sur l’Amérique » selon laquelle « de Maistre prédit la chute prochaine des États-Unis, se moque de la ville de Washington » (fo 276 r°[18]). On aimerait mesurer le sérieux de l’énoncé provocateur, car comme le dit Sainte-Beuve en citant ce passage, beaucoup de prédictions de De Maistre ne sont que des « gageures »[19]. Dans le même ouvrage, Flaubert relève une « autre prophétie » qui annonce solennellement le rétablissement de la monarchie (« le Roi viendra, verra et vaincra »), et commente : « De Maistre ne se doute nullement de Napoléon qui allait venir le lendemain ! » (fo 276 v°[20]). L’intervention marginale vise à dépouiller de sa dimension sacrée le style prophétique d’un écrivain qui « comme soulevé par un souffle surnaturel, se sent investi d’une mission de défense des intérêts du Ciel »[21]. Flaubert se réjouit de corriger des défauts de perspective historique chez le pamphlétaire ultramontain. À propos de l’impossibilité d’ouvrir un concile œcuménique qu’énonce l’auteur de Du Pape, le romancier, ayant recopié le passage, lui répond : « et celui de 1870 ! »[22], en se référant au premier concile œcuménique du Vatican qui a défini officiellement l’infaillibilité pontificale.

Dans les pages de notes se mêlent les paroles ironiques des deux écrivains antimodernes. Les hyperboles faussement admiratives dans la marge des notes (« belle », « beautés », « joli », etc.) font d’ailleurs songer à l’éloge qui « tue » tel que l’explique Emil Cioran à propos de l’apologie inquiétante de Du Pape [23] (bien que Flaubert n’ait sûrement pas pris de notes pour faire un plaidoyer de quiconque). La louange exagérée peut être un moyen de faire ressortir la bêtise de l’ennemi que l’on veut dénoncer, et lorsque le sénateur condamne les lois invariables de la nature (« le système a des apparences séduisantes ») qui amènent l’homme à ne plus prier, Flaubert ne manque pas d’en souligner l’inanité en lui répondant par un autre éloge hyperbolique et sarcastique : « séduisantes est exquis ! » (fo 278 v°[24]) Le romancier a dû prendre un grand plaisir à lire ce chapitre des Soirées qui réunit les plus violentes diatribes contre le champion des Lumières, parées de toutes les caractéristiques de la diction maistrienne : la vitupération[25], l’imprécation, la véhémence, l’ironie caustique et surtout l’hyperbole qui met en relief les crimes du patriarche de Ferney, comme dans ce passage que Flaubert a relevé dans ses notes : « d’autres cyniques étonnèrent la vertu, Voltaire étonne le vice. Il se plonge dans la fange, s’il s’y roule, il s’en abreuve. […] Paris le couronna, Sodome l’eût banni ! » (fo 278 r°[26]). Un commentaire approbatif ajouté à la suite (« Je crois bien ! ») pourrait laisser supposer que Flaubert a apprécié ce portrait grotesque, construit à force de comparaisons excessives mais convaincantes[27].

En effet, on s’aperçoit en lisant les notes de lecture qu’il y a des moments de pure admiration où l’ironie s’efface et où le romancier se laisse fasciner par l’éloquence passionnée d’un styliste. Ainsi, lorsqu’il note à propos du « Septième entretien » des Soirées : « La guerre est une loi naturelle – très belle page » (fo 279 r°[28]), il est indubitable que Flaubert a savouré la description de la nature où tous les êtres vivants, suivant la loi de la guerre, s’entre-dévorent :

Déjà, dans le règne végétal, on commence à sentir la loi : depuis l’immense catalpa jusqu’au plus humble graminée, combien de plantes meurent, et combien sont tuées ? mais, dès que vous entrez dans le règne animal, la loi prend tout à coup une épouvantable évidence. Une force, à la fois cachée et palpable, se montre continuellement occupée à mettre à découvert le principe de la vie par des moyens violents. Dans chaque grande division de l’espèce animale, elle a choisi un certain nombre d’animaux qu’elle a chargés de dévorer les autres : ainsi, il y a des insectes de proie, des reptiles de proie, des oiseaux de proie, des poissons de proie, et des quadrupèdes de proie. Il n’y a pas un instant de la durée où l’être vivant ne soit dévoré par un autre[29].

L’image terrifiante de la chaîne alimentaire évoquée pour justifier la loi de la guerre omniprésente dans la nature a intéressé l’auteur de la Tentation qui a, lui aussi, interrogé le principe de la vie mais sous une forme tout à fait différente, en remontant aux origines du christianisme jusqu’à découvrir la matière élémentaire. Mais ils partagent au moins une vision du monde organiciste et non-progressiste. Flaubert a admiré les pages de Du Pape sur la « dignité de la langue latine » (fo 273 v°[30]), selon lui « trois beaux paragraphes », ainsi qu’une « belle comparaison » (fo 273 r°[31]) de la chaleur et du froid qui justifie la supériorité de l’autorité du pape sur celle de l’assemblée ecclésiastique. De même, l’acte de l’ironiste semble dépourvu d’ironie lorsqu’il note « à copier » (fo 281 r°[32]) en lisant dans la Correspondance diplomatique le tableau infernal de la retraite de Napoléon qui évoque toutes les misères de la guerre (la mention « à copier » n’est pas écrite en marge mais au milieu de la page, de sorte que cet ouvrage n’a connu aucun transfert d’extrait sur les pages préparées pour le second volume). À l’exception du dernier mentionné, tous ces cas montrent que les signes de sélection écrits en marge – on y reviendra plus tard – n’ont pas la même valeur selon les pages de notes, où le romancier s’indigne, s’exclame, tonne contre les assertions provocantes du polémiste, mais aussi à certains moments se laisse captiver par l’éloquence sublime d’un brillant orateur, par la beauté inquiétante du style paradoxal d’un grand écrivain. À cet égard, les notes de lecture constituent aussi un recueil des plus belles phrases de Maistre, parmi lesquelles on trouve entre autres : « Partout où vous verrez un autel, là se trouve la civilisation » (fo 277 v°[33]) ; « L’échafaud est un autel » (fo 279 v°[34]) ; « La révolu franç. est un miracle tout aussi merveilleux dans son genre que la fructification instantanée d’un arbre au mois de janvier » (fo 276 r°[35]). De même, tout en s’amusant de relever une contradiction de Maistre (qui dénonce la nullité des œuvres de Voltaire mais parle aussi de ses « inimitables » talents), Flaubert ne manque pas de recopier, dans le « Quatrième entretien » des Soirées, cette belle phrase du comte, ironiquement élogieuse, qui clôt une diatribe contre son ennemi mortel : « Suspendu entre l’admiration & l’horreur qqfois je voudrais lui faire élever une statue... par la main du bourreau » (fo 278 r°[36]).

Le système de transfert

Après ces quelques constats généraux sur les notes de lecture, on va maintenant s’intéresser plus particulièrement aux catégories de classement (ou « vedettes ») que Flaubert inscrit en marge de ses notes pour sélectionner les citations de Maistre et signifier qu’elles sont destinées au second volume de son dernier roman. Des chercheurs flaubertiens ont interrogé le système de transfert et la question de la destination dans les autres dossiers (médecine et philosophie, en particulier[37]) et l’on peut se demander si leurs remarques s’appliquent également au transfert d’extraits chez le penseur savoyard. Commençons par rappeler les particularités du transfert dans le dossier « Religion » qui se distingue nettement en cela des autres dossiers. Comme Stéphanie Dord-Crouslé l’a montré en examinant les pages préparées, le schéma de transfert « idéal », élaboré à partir du dossier médical, ne fonctionne pas toujours dans le dossier « Religion », dont un grand nombre d’extraits ont été recopiés par Flaubert lui-même et non pas de la main de Laporte (comme dans les autres dossiers), phénomène qui ne s’explique pas nécessairement par la brouille du romancier avec son ami et secrétaire. Il arrive même que la relecture de certains ouvrages religieux amène l’écrivain à choisir, à la dernière minute, des fragments qui n’existaient pas dans les notes de lecture[38]. Or, contrairement à la plupart des auteurs du dossier « Religion », de Maistre est l’un des rares à n’avoir pas subi les conséquences de la rupture avec l’ami collaborateur (Flaubert ayant lu de Maistre en 1873, Laporte a eu tout le temps de traiter les notes) : le système de transfert « classique » s’applique très bien à lui : les fragments d’abord sélectionnés sur les pages de notes de lecture, ont ensuite été recopiés de la main de Laporte sur les pages préparées pour le second volume[39].

On va analyser, en se servant de tableaux synthétiques réalisés grâce aux recherches menées sur le site de l’édition électronique, les commentaires marginaux et les catégories de classement que l’on trouve dans les notes de lecture, puis le nombre d’extraits qui sont transférés sur les pages préparées, et enfin comment certains éléments de ce métalangage critique subissent des modifications parfois inattendues lors de leur transfert. En effet, l’examen du dossier révèle que tous les extraits marqués d’une croix (X) ne sont pas transférés et que les catégories de classement situées dans la marge des notes ne correspondent pas nécessairement à celles qui apparaissent sur les pages préparées pour le second volume.

Les croix et les catégories

Joseph de Maistre « a l’honneur d’être l’écrivain le plus cité du Sottisier », remarquent Alberto Cento et Lea Caminiti qui ont publié pour la première fois la quasi-totalité des dossiers du second volume[40]. La marge des notes est ornée de nombreuses croix de sélection, accompagnées de catégories de classement parfois énergiquement soulignées, ce qui témoigne du grand intérêt que le romancier portait à l’apologiste du bourreau. On compte 119 croix au total (10 croix simples et 109 croix surmontées d’une parenthèse horizontale) dans les seules notes de lectures prises sur de Maistre, sans compter les indications « copie » et « à copier » (6 occurrences) qui peuvent surtout renvoyer au second volume. Le nombre de croix dépasse largement celui que l’on inventorie dans le dossier « philosophie » (69 croix), ce qui atteste la place privilégiée que « le hideux, l’exécrable “Mosieur de Maistre” »[41] devait occuper dans l’encyclopédie de la Bêtise.

Quelles sont les catégories de classement figurant dans les notes de lecture prises sur de Maistre ? Nous en avons établi une liste récapitulative dans le tableau 1 : « Grands hommes », « Idées scientifiques », « Prophéties » et « Idées historiques (ou Histoire) », sont les quatre catégories qui reviennent le plus souvent, suivies d’autres moins fréquentes, « Esthétique », « Beautés », « Critique », « Exaltations du Bas », « Idée », « Morale », « Style », « Idée politique ». Ce qui nous paraît étonnant, c’est le petit nombre d’occurrences de « Beautés », la catégorie la plus fréquente dans le dossier « philosophie ». En revanche, deux catégories « Idées scientifiques » et « Prophéties », peu abondantes dans ce même dossier, sont ici fort représentées et fourniront de nombreux fragments au second volume.

L’ironie de ces catégories semble viser également les disciples du philosophe tels que Barbey d’Aurevilly, dont on connaît l’hostilité envers Flaubert[42]. Barbey rend hommage à l’auteur des Considérations, l’un des plus grands « prophètes du passé » apparaissant au crépuscule d’une nation vieillie pour prêcher les « principes d’éternelle vérité » :

[malgré l’avènement de Bonaparte qui venait déranger le plan de l’histoire tel qu’il l’avait dessiné] La prédiction de Joseph de Maistre n’en était point affaiblie. Au contraire, elle n’en brilla que mieux, et les paroles qui l’exprimaient restèrent entières sans qu’aucun événement en effaçât seulement une lettre[43].

Flaubert retrouve d’ailleurs dans ce livre de Barbey d’Aurevilly l’éloge de l’Inquisition qu’il avait trouvé dans le traité sur les sacrifices de De Maistre (d’où un extrait dans la section « Morale »). Quant aux idées scientifiques, tirées principalement de trois ouvrages (Lettres et opuscules, Examen de la philosophie de Bacon, Soirées de Saint-Pétersbourg), elles mettent en relief le côté intransigeant de l’écrivain catholique, comme par exemple ce fragment tiré des Soirées (« Dixième entretien ») : « il y a dans la science, si elle n’est pas entièrement subordonnée aux dogmes nationaux, quelque chose de caché qui tend à ravaler l’homme et à le rendre surtout inutile ou mauvais citoyen » (fo 279 v°[44]). Cet extrait n’a pas été recopié sur une page préparée (il s’agit d’une des irrégularités de transfert puisqu’il est bien souligné par une croix), mais peut-être s’agit-il là d’une source pour l’opinion du comte de Faverges sur les « dangers de la science » dans le neuvième chapitre du roman.

En effet, comme le remarque Norioki Sugaya, la croix « peut orienter aussi bien vers le premier volume que vers le second, et la destination dépend entièrement du contexte de chaque extrait »[45]. Combien de croix inscrites dans les pages de notes sont-elles destinées au premier volume ? À ce propos, l’hypothèse avancée par Atsushi Yamazaki sur la distinction de deux types de croix mérite d’être vérifié dans notre chantier : la croix surmontée d’une ligne horizontale renverrait plutôt au second volume, tandis que la croix simple se référerait au premier volume. Or, en ce qui concerne les notes de lecture sur de Maistre, aucune croix simple ne renvoie au premier volume[46]. La seule occurrence de ce signe se trouve dans les notes prises sur Les Soirées (« à propos des innocents tués au désastre de Lisbonne », fo 278 v°[47]), passage assez important où l’auteur essaie de réfuter point par point le célèbre poème de Voltaire sur le tremblement de terre de 1755, mais dont on ne trouve apparemment aucune trace dans le texte romanesque du premier volume. Il arrive même qu’un fragment marqué d’une croix simple se trouve transféré dans le second volume comme en témoigne l’exemple du folio 276 v°, déjà cité (« Autre prophétie » sur le retour du roi) qui a été recopié dans la section « Histoire ». Nombreux sont les exemples de ces phénomènes dans l’ensemble des notes de lecture, de sorte que la répartition des deux types de croix ne va pas de soi dans le cas de De Maistre.

En revanche, pour la croix surmontée d’une ligne courbe, il n’y a aucun doute : tous les fragments ainsi marqués renvoient au second volume sans exception[48], même si tous ne sont pas réellement enregistrés sur une page préparée. Il y a, en effet, une vingtaine de citations accompagnées d’une croix parenthétique qui n’ont pourtant pas été recopiées sur une page préparée. Chaque cas nécessiterait une réflexion particulière, aussi nous bornons-nous à rappeler ici que tous ces transferts manqués sont restitués dans l’édition papier du Sottisier.

Outre ces deux types de croix, il existe d’autres signes de sélection ayant la même valeur. Ainsi, il n’y a aucune croix dans une page de notes prises sur les Lettres et opuscules (fo 268[49]), mais Flaubert marque plusieurs citations d’une ligne verticale dans la marge gauche pour les orienter vers le second volume, ce qui a produit la copie de quatre fragments sur des pages préparées. D’autres variations sont présentées par les vedettes soulignées ou l’abréviation « idem » dépourvue d’une croix mais surmontée d’une parenthèse horizontale, usage fréquent dans les notes prises sur l’Examen de la philosophie de Bacon. Ces signes irréguliers sont dotés d’une valeur métalinguistique semblable à celle de la croix, étant donné que la plupart des extraits marqués de ces signes sont également recopiés par Laporte.

Transfert : style et idée

Au total, nous avons compté 99 citations de Maistre transférées, à partir du dossier « Religion », dans les pages préparées pour le second volume répertoriées par le site de l’édition électronique des dossiers documentaires[50]. Dans le tableau 2, nous avons groupé leurs occurrences selon les catégories de classement, en transcrivant les vedettes modifiées et les commentaires ajoutés, c’est-à-dire ceux qui n’existaient pas dans les notes de lecture. Quand une vedette est barrée, c’est pour être remplacée par un commentaire ou un résumé précisant mieux le classement thématique de l’extrait concerné. Les quatre premières catégories ont changé (elles sont devenues : « Histoire et Idées scientifiques », « Grands hommes », « Spécimen de styles » et « Morale »), mais il faut signaler que ces classements thématiques ne représentent pas toujours exactement les éléments qui les composent. Ainsi, la première catégorie pourrait être divisée en plusieurs sous-catégories, au moins au nombre de quatre : « Idées historiques », « Prophéties », « Idées scientifiques » et « Linguistique ». Il est aussi à remarquer que les éléments de l’ancienne catégorie « Prophéties » sont maintenant subdivisés en deux sections, l’une correspondant aux sous-catégories d’« Histoire et Idées scientifiques », et l’autre, à la catégorie « Prophéties » proprement dite.

Mais la différence la plus notable entre les deux tableaux récapitulatifs est l’émergence d’une nouvelle catégorie, « Styles (Spécimen de) », peu représentée dans les notes de lecture, mais qui, on le sait, est déjà mentionnée dans une lettre de 1860 : « Quel bon vieux style poncif que le style ecclésiastique ! Ce serait, du reste, une étude à faire que celle des Styles professionnels ! quelque chose qui serait dans la littérature analogue à l’étude des physionomies en histoire naturelle »[51]. L’encyclique du pape Pie IX, dont les poncifs rebattus semblent avoir fasciné Flaubert, est peut-être ce qui lui a inspiré le projet de rassembler tous les stéréotypes du langage ecclésiastique dans son futur roman encyclopédique. On est tenté de penser que les fragments de Maistre insérés dans la catégorie « styles » du second volume constituent des échantillons du « style ecclésiastique » comme le laisse supposer leur dénomination commune. La rubrique générale « Style (Spécimen de) - Périphrases » qui apparaît dans le troisième volume des dossiers[52] est composée de plusieurs sections différentes dont les deux premières sont « Scientifiques » et « Ecclésiastiques » ; or, contrairement à ce que l’on aurait pu attendre, les citations du philosophe n’apparaissent pas dans la seconde, mais exclusivement dans la première (nous reviendrons sur cette question plus bas).

Quels sont les extraits de Maistre qui alimentent cette section ? Il y a treize citations du philosophe et, comme le montrent les catégories recopiées par Laporte et les mentions ajoutées par Flaubert, la plupart de ces éléments dérivent de l’ancienne catégorie, présente dans les notes de lecture, « Idées scientifiques ». Ainsi, au folio 129[53] du troisième volume réunissant six citations de Maistre, Flaubert ajoute des vedettes marginales ayant pour fonction de reclasser les extraits tirés de différents ouvrages sous le thème commun : « inutilité de la science », qui est l’un des principaux aspects illustrant le « style » de l’écrivain catholique. Ce changement de destination, de la catégorie « idées » à celle de « styles », suppose que les éléments de cette dernière – au moins pour ce qui est de Maistre – ne sont pas sélectionnés selon un critère formel, rhétorique ou stylistique, mais plutôt idéologique et discursif[54]. Le spécimen de style fait apparaître un type de discours, un style de pensée typique du grand précurseur des antimodernes[55], qui se dessine derrière les jugements erronés sur la science et la haine des philosophes du XVIIIe siècle. On sait que de Maistre est l’une des figures emblématiques de ce que les historiens appellent le « catholicisme intransigeant » : fondé sur un refus total d’une société née de la Révolution, ce courant de catholiques militants cherche à défendre la vérité du christianisme contre la montée du rationalisme moderne qui sape les bases de la religion. Rappelons que la période de documentation de l’ultime roman de Flaubert correspond aux dernières années du pontificat de Pie IX dont le Syllabus s’inscrit bien dans cette tendance idéologique.

À côté des vedettes recopiées par Laporte, Flaubert ajoute des mots qui résument l’aspect essentiel de chaque citation. Aussi ce commentaire des notes de lecture prises sur le « Deuxième entretien » des Soirées : « L’homme possédait avant le Déluge beaucoup de Science », se réduit-il à un énoncé nominal : « science d’avant le Déluge ». Anne Herschberg Pierrot explique ainsi le « changement de régime énonciatif » : dans les notes de lecture « la voix de l’écrivain se fait entendre directement », alors que dans la Copie « le commentaire s’abrège et […] l’énonciateur s’efface derrière l’énonciation polyphonique et le montage des citations, mais aussi derrière leur classement encyclopédique »[56]. L’exclamation qui marquait la présence d’une voix ironique disparaît et les commentaires deviennent plus impersonnels, sans pourtant effacer complètement les traces de la voix auctoriale, comme en témoignent les vedettes « belles idées » ou « beautés ».

Parfois, les citations s’accompagnent de mentions plus détaillées qui ne figuraient pas dans les notes de lecture. Ainsi, les mentions ajoutées au folio 125[57] (« L’église du côté de la Science », « L’église toujours du côté de la Science ») soulignent ironiquement l’union de la religion et de la science (un chapitre de l’Examen de la philosophie de Bacon est ainsi intitulé), tandis que celles ajoutées au folio 129[58] pointent plus directement la subordination de la science à la religion.

Dans le roman, l’abbé Jeufroy et le comte de Faverges incarnent ces styles ou idées scientifiques : le prêtre, face à l’exégèse spinoziste, insiste sur la vérité de la foi et la vanité du savoir, tandis que le comte, véritable figure maistrienne, met en garde contre les effets néfastes de la science : « Le pouvoir seul est juge des dangers de la science. Répandue trop largement, elle inspire au peuple des ambitions funestes »[59]. Flaubert ajoute la mention : « La Science funeste » en marge d’un extrait des Lettres et opuscules qui pourrait être une référence à l’opinion du personnage : « La Science rend l’homme paresseux, inhabile aux affaires et aux grandes entreprises, disputeur, entêté de ses propres opinions et méprisant celles d’autrui, observateur critique du gouvernement, contemplateur de l’autorité et des dogmes nationaux » (vol. 3, fo 125[60]). D’ailleurs, la complicité du comte et du prêtre, tous deux d’accord sur l’éducation religieuse et les dangers de la science, s’expliquerait par un extrait de l’Essai sur le principe générateur (recopié dans la section « styles ») qui porte une nouvelle mention dans la marge : « La Science doit être mise à la seconde place »[61].

Ces ajouts thématiques ont probablement pour objectif de mieux préserver l’indépendance de la catégorie « styles » par rapport à celle des « idées scientifiques » proprement dite qui porte, elle aussi, sur l’inanité et les méfaits de la science ; bien des éléments se superposent dans ces deux sections et il faut toujours être attentif aux critères de sélection qui régissent leur différenciation.

Par ailleurs, « Grands hommes » et « Morale » sont des sections plutôt cohérentes dont l’intitulé de classement est conforme au contenu. Aux yeux de Flaubert, la volonté générale de rabaisser les « vrais » grands hommes et celle d’en exalter de « faux » sont deux aspects complémentaires d’une société égalitaire, de vulgarisation, dominée par l’autorité des masses : « Ce qui m’indigne tous les jours, c’est de voir mettre sur le même rang un chef-d’œuvre et une turpitude. On exalte les petits et on rabaisse les grands. – Rien n’est plus bête ni plus immoral »[62]. Pour le romancier qui vénérait profondément l’auteur du Dictionnaire philosophique (« C’est pour moi un saint ! »[63]), le portrait ridicule que trace de lui le « Quatrième entretien » des Soirées, accompagné de la négation quasi complète de ses œuvres, est certainement apparu comme un véritable sacrilège. En prenant des notes sur ce chapitre où de Maistre tente de prouver les imperfections de son ennemi dans tous les genres qu’il a pratiqués (« il n’a pas su faire une épigramme », « il est insupportable dans l’histoire », etc.), Flaubert, grand lecteur de Candide [64], a raison de s’exclamer en marge : « Les contes ne sont même pas mentionnés ! » (fo 278 r°[65]).

Il y a une certaine parenté conceptuelle entre la liste des bévues du penseur savoisien confectionnée dans la section « Grands hommes » et ce chapitre des Soirées qui constitue lui-même une sorte de catalogue des sottises du patriarche de Ferney. Il en va de même pour Francis Bacon, père de l’empirisme moderne, que l’auteur de l’Examen veut « attacher au pilori » jusqu’à « sa dernière feuille » (phrase recopiée par Flaubert) et dont il « s’efforce de dresser le bêtisier, multipliant les citations qui font apparaître Bacon comme un personnage burlesque »[66]. Les deux recueils de bêtises, de Maistre et de Flaubert, luttent l’un contre l’autre, mais derrière ces deux sottisiers flotte toujours l’ombre d’un troisième, celui de Voltaire. Quant à la section « Morale », elle rassemble des citations révélatrices d’un traditionalisme rétrograde, faisant l’éloge de l’esclavage, de la superstition ou de la vertu expiatoire du sang, et porteuses d’une attitude révisionniste qui cherche à minimiser la persécution des jansénistes. On songe à la discussion sur les martyrs entre Jeufroy et Pécuchet où chacun dénonce les propos de son adversaire comme des exagérations rhétoriques, mais cette catégorie rappelle aussi la critique rationaliste de Bouvard qui met en cause les immoralités de l’Évangile et la théorie absurde de la réversibilité.

Irrégularités dans le processus de transfert

Enfin, nous voudrions montrer brièvement quelques exemples d’irrégularités se produisant dans le processus de transfert, en utilisant le tableau 3 où nous avons relevé des extraits dont la destination a été modifiée lors du recopiage : nous avons transcrit successivement l’ancienne et la nouvelle catégorie de classement (ou vedettes). On y voit d’abord deux exemples de « Grands hommes » qui changent de catégories (« Idées historiques » et « Critique »), mais ce phénomène s’explique par le contexte de chaque extrait (ainsi, Alexandre VI n’est certainement pas un grand homme mais un pape qui a nui à l’image de l’Église et qui appartient aux « beautés » de l’histoire ecclésiastique).

Ce qui semble plus étonnant, ce sont les citations marquées « Prophéties » qui sont reversées dans la rubrique « Histoire et idées scientifiques » (g226, vol. 4, fo 1[67]) dont elles constituent une sous-catégorie, comme on l’a vu. Flaubert aurait-il distingué deux types de prophéties, « historiques » et « religieuses », afin de conserver sa cohérence à la catégorie « Prophétie » qui fait partie d’une section ternaire : « Religion, Mysticisme, Prophéties » (g226, vol. 6, fo 178 r°[68]) ? Quoi qu’il en soit, la continuité catégorielle qui apparaît entre les deux sections « Histoire » et « Prophéties » semble bien illustrer la conception finaliste de l’histoire chez de Maistre, cet « historicisme providentiel » qui lui fait considérer l’histoire comme l’œuvre d’une « main cachée » qui « emploie les individus sans que ceux-ci puissent savoir ce qu’ils font »[69]. Ainsi, une « prophétie » d’ordre historique relevée dans Mémoires et correspondance (« La Révolution française aboutira à l’exaltation du catholicisme et de la monarchie ») se trouve transférée à juste titre dans la section « Histoire » (g226, vol. 4, fo 12 r°[70]).

L’une des irrégularités de transfert les plus inattendues consiste, on l’a vu, en ce que la plupart des « Idées scientifiques » sont transférées dans la section « Styles (spécimen de) », comme en témoigne le tableau 2 confirmant la genèse d’une nouvelle rubrique du second volume dans laquelle sont déplacés des éléments d’abord destinés à d’autres catégories. Reposons donc la question : les citations de Maistre classées dans « Styles » font-elles partie de la section « Styles ecclésiastiques » ? En fait, il n’en est rien. Les six pages de folios classées sous cette rubrique ne contiennent effectivement aucune citation du philosophe. D’ailleurs, contre toute attente, le terme « style ecclésiastique » que l’on trouve à plusieurs reprises dans les notes de lecture du dossier « Religion » (neuf occurrences[71]) n’apparaît jamais dans les notes prises sur de Maistre. Cela signifie-t-il que Flaubert avait une raison de différencier le style de Maistre du style ecclésiastique proprement dit ? Ou bien n’a-t-il pas eu assez de temps pour recopier les citations après sa rupture avec Laporte ? Ce phénomène du second volume paraît d’autant plus étrange que l’abbé Jeufroy, qui incarne assurément le « style ecclésiastique » dans le premier volume, se montre bel et bien sous les traits d’un prêtre « maistrien » comme l’indique un scénario[72], même si les sources du personnage ne sont pas toujours prises dans les ouvrages du philosophe.

Ces problèmes demeurant insolubles pour l’instant, contentons-nous de remarquer que, en général, lorsque Flaubert emploie l’expression « style ecclésiastique », la cible de ses moqueries semble être des plaisanteries légères, des anecdotes et conversations familières illustrant le « comique » du discours religieux, tel que le représentait le bon curé de Madame Bovary. Flaubert aurait probablement distingué la gaieté et la platitude du style ecclésiastique (qu’il croit trouver par exemple chez l’abbé Bautain et chez Mgr de Ségur) de l’éloquence âpre et provocante d’un « pamphlétaire excessivement doué »[73], dont la sensibilité unique à l’égard de la langue n’existe sans doute pas chez les autres écrivains catholiques du dossier « Religion ». Mais, quoi qu’il en soit, la quasi-absence de la mention « Style » dans les notes de lecture prises sur de Maistre (deux occurrences seulement[74]) reste un mystère, et, pour s’interroger sur la composition et la genèse « tardive » de la section « Styles », il faudrait examiner la pratique du collage – fréquente dans cette rubrique – dont Simonetta Micale a justement souligné l’importance[75].

En examinant la présence de Joseph de Maistre dans le second volume, nous sommes donc parvenus à produire plusieurs synthèses prenant en compte, entre autres, les problèmes de transfert de citations. L’existence d’un schéma idéal n’empêche pas les irrégularités de se manifester au cours de la genèse et de perturber l’itinéraire attendu de certains extraits. À travers la pléthore des citations du philosophe qui nourrissent la « Copie » se dessine la haine personnelle de Flaubert à l’égard de Maistre, mais également sa fascination profonde pour l’éloquence sublime et la puissance du pessimisme d’un grand écrivain[76].

NOTES

[1] Pour la composition du dossier « Religion », voir l’article de Stéphanie Dord-Crouslé, « Flaubert et la “religion moderne”. À partir du dossier “Religion” de Bouvard et Pécuchet », Revue Flaubert, no 4, 2004, en ligne :
http://flaubert.univ-rouen.fr/revue/revue4/08dord.php,
et la liste bibliographique annexée au même article :
http://flaubert.univ-rouen.fr/revue/revue4/08dordannex.php.
[2] Voir Les dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet. Édition intégrale des documents conservés à la Bibliothèque municipale de Rouen, accompagnée d’un outil de production de « seconds volumes » possibles, sous la dir. de Stéphanie Dord-Crouslé, http://www.dossiers-flaubert.fr/, 2012.
[3] Il s’agit des folios 267 à 280 (ms g226, vol. 6), tous transcrits par Taro Nakajima. Voir
http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_6_f_267__r____-trud et suiv.
[14] Gustave Flaubert, Correspondance, éd. Jean Bruneau et Yvan Leclerc, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1973-2007, 5 vol. (dorénavant abrégés en Corr. I à V). Ici, lettre à George Sand, 3 février [1873], Corr. IV, p. 642.
[15] Lettre à Edma Roger des Genettes, [début de janvier 1860], Corr. III, p. 72.
[19] Sainte-Beuve, « Joseph de Maistre », Portraits littéraires, Œuvres, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1956, t. II, p. 423.
[21] Pierre Glaudes, Introduction aux Considérations sur la France, dans Joseph de Maistre, Œuvres suivies d’un Dictionnaire Joseph de Maistre, éd. Pierre Glaudes, Paris, Robert Laffont, « Bouquins », 2007, p. 193.
[23] « Qu’est-ce qu’un plaidoyer qui ne tourmente ni ne dérange, qu’est-ce qu’un éloge qui ne tue pas ? Toute apologie devrait être un assassinat par enthousiasme » (Emil Cioran, Exercices d’admiration : essais et portraits, Paris, Gallimard, coll. « Arcades », 1986, p. 14).
[25] Antoine Compagnon consacre un chapitre à l’analyse de cette figure de style dans Les antimodernes, de Joseph de Maistre à Roland Barthes, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des idées », 2005, p. 137-151.
[27] Il s’agirait d’une sorte de pastiche sarcastique du poème de Voltaire sur le désastre de Lisbonne, cité dans le même chapitre : « Lisbonne, qui n’est plus, eut-elle plus de vices / Que Londres, que Paris plongés dans les délices ? / Lisbonne est abîmée, et l’on danse à Paris » (Les Soirées de Saint-Pétersbourg, ou Entretiens sur le gouvernement temporel de la Providence, suivis d’un Traité sur les sacrifices, 6e éd., Lyon et Paris, J.-B. Pélagaud et Cie, t. I, p. 265 (édition utilisée par Flaubert). En ligne :
http://books.google.fr/books?id=KI87AAAAcAAJ&pg=PA265.
[29] Les Soirées de Saint-Pétersbourg, ou Entretiens sur le gouvernement temporel de la Providence, suivis d’un Traité sur les sacrifices, ouvr. cité, t. II, p. 28. En ligne :
http://books.google.fr/books?id=yzU7AAAAYAAJ&pg=PA28.
[37] Voir Norioki Sugaya, « Régularités et distorsions : les transferts d’extraits dans le dossier médical de Bouvard et Pécuchet », et Atsushi Yamazaki, « La destination des notes de lecture du dossier “Philosophie” » dans Rosa Maria Palermo Di Stefano, Stéphanie Dord-Crouslé, Stella Mangiapane, Éditer le chantier documentaire de Bouvard et Pécuchet. Explorations critique et premières réalisations numériques, Messina, Andrea Lippolis editore, 2010, respectivement p. 215-228 et p. 237-251).
Consultables en ligne :
http://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00550686 et
http://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00550689.
[38] Stéphanie Dord-Crouslé, « Entre notes de lecture et fragments préparés pour le second volume : les transferts de citations à l’épreuve du dossier “Religion” », dans Éditer le chantier documentaire..., ouvr. cité, p. 81-95. Consultable en ligne : http://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00426296.
[39] Il n’y a qu’une exception : un extrait de l’Examen de la philosophie de Bacon se trouve recopié deux fois dans le troisième volume, par Flaubert (vol. 3, fo 23 ; voir
http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_3_f_023__r____-trud et
http://www.dossiers-flaubert.fr/b-2943-3)
et par un scripteur inconnu (vol. 3, fo 45 ; voir
http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_3_f_045__r____-trud et
http://www.dossiers-flaubert.fr/b-3158-3).
[40] Le Second volume de Bouvard et Pécuchet, le projet du « Sottisier », éd. Alberto Cento et Lea Caminiti Pennarola, Naples, Liguori, 1981, p. XXXI.
[41] Lettre à Edma Roger des Genettes, [7 septembre 1873], Corr. IV, p. 712. Sur les rapports entre Flaubert et de Maistre, voir Stéphanie Dord-Crouslé, « La face cachée de l’“impartialité” flaubertienne : le cas embarrassant de Joseph de Maistre », La Bibliothèque de Flaubert. Inventaires et critiques, Rouen, Publications de l’Université de Rouen, 2001, p. 323-336. Consultable en ligne : http://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00149834.
[42] Voir René Dumesnil, « Gustave Flaubert et Barbey d’Aurevilly », Les Cahiers aurevilliens, no 3, juin 1936, p. 47-56. Sur les deux écrivains, voir aussi Flaubert, textes réunis et présentés par Didier Philippot, Paris, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 2006, p. 770-775.
[43] Jules Barbey d’Aurevilly, Prophètes du passé, Paris, Librairie nouvelle, 1860, p. 61.
[45] Norioki Sugaya, « Régularités et distorsions : les transferts d’extraits dans le dossier médical de Bouvard et Pécuchet », art. cité, p. 217.
[46] Mais un extrait marqué d’une croix parenthétique peut avoir une double destination. Ainsi, lorsque Faverges veut interdire la liberté de discussion, il déclare : « On criera sans doute, à la persécution ! comme si les bourreaux persécutaient les criminels » (Bouvard et Pécuchet, avec des fragments du « second volume » dont le Dictionnaire des idées reçues, éd. Stéphanie Dord-Crouslé, Paris, Flammarion, « GF », 2008, p. 344).
Or on trouve une phrase très semblable dans les notes prises sur De l’Église gallicane : « bientôt s’il plaît à Dieu, on nous dira que les tribunaux persécutent les assassins ! » (fo 272 v° ; voir
http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_6_f_272__v____-trud et
http://www.dossiers-flaubert.fr/b-15326-3.). Cet extrait, marqué d’une croix parenthétique et transféré dans le second volume, réapparaît dans un résumé de notes intitulé « Cléricalisme » (fo 316 ; voir
http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_6_f_316__r____-trud).
[48] Mais il faut encore rappeler que certains extraits ainsi marqués ont une double destination, comme en témoignent les fragments réunis dans un résumé de notes intitulé « De Maistre » (g226 (6), fo 328).
[50] Ce chiffre ne tient pas compte de deux extraits de Du Pape (catégorie « Religion, Mysticisme, Prophéties », fo 184 ; voir
http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_6_f_184__r____-trud, ainsi que
http://www.dossiers-flaubert.fr/b-7549-3 et
http://www.dossiers-flaubert.fr/b-7550-3), d’ailleurs incorrects,
et transférés à partir des notes de lecture prises sur un ouvrage d’Adolphe Garnier, Traité des facultés de l’âme (dossier « Philosophie », g226, vol. 6, fo 7 v° ; voir
http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_6_f_007__v____-trud, ainsi que
http://www.dossiers-flaubert.fr/b-16834-3 et
http://www.dossiers-flaubert.fr/b-16835-3).
[51] Lettre à Louis Bouilhet, [5 octobre 1860], Corr. III, p. 118.
[52] Voir la page de titre de la rubrique :
http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_3_f_117__r____-trud.
Pour la description de ce corpus, voir Simonetta Micale, « Le dossier “Style (Spécimen de) - Périphrases” de loin et de près », dans Éditer le chantier documentaire..., ouvr. cité, p. 157-170. Consultable en ligne :
http://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00550680.
[54] Avec Flaubert, le style se détache des normes de la rhétorique pour être quelque chose que l’écrivain s’efforce d’inventer par lui-même, indépendamment de toute prise de position. Sur la question du style chez Flaubert, voir Anne Herschberg Pierrot, Style en mouvement : littérature et art, Paris, Belin, 2005, p. 11-18. Pour les rapports entre l’idéal flaubertien du style et le comique du « style médical » dont la prise de notes tend à révéler les positions idéologiques, voir Norioki Sugaya, Flaubert épistémologue : autour du dossier médical de Bouvard et Pécuchet, Amsterdam, Rodopi, 2010, en particulier le chapitre VIII : « Style et idéologie ».
[55] « Entre de Maistre et Bonald, la différence tient au style, à la sensibilité, à la langue. Quand Baudelaire note que de Maistre lui a “appris à raisonner”, il fait allusion à un style de pensée guidé par le paradoxe et la provocation. […] La diction maistrienne a sa place dans une généalogie française de la véhémence, menant de Bossuet à Léon Bloy et à Céline » (Antoine Compagnon, Les antimodernes, ouvr. cité, p. 140). Voir aussi Jean-Marie Mayeur, « Catholicisme intransigeant, catholicisme social, démocratie chrétienne », Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 27e année, no 2, 1972, p. 483-499 (disponible en ligne :
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1972_num_27_2_422514).
[56] « Ironie et érudition : le second volume de Bouvard et Pécuchet », dans Les lieux du réalisme. Pour Philippe Hamon, Paris, Presses Sorbonne nouvelle/Éd. l’Improviste, 2005, p. 281-282.
[59] Bouvard et Pécuchet, éd. citée, p. 345.
[61] Voici l’extrait de Maistre : « Si l’on n’en vient pas aux anciennes maximes, si l’éducation n’est pas rendue aux prêtres, et si la Science n’est pas mise partout à la seconde place, les maux qui nous attendent sont incalculables, nous serons abrutis par la Science, et c’est le dernier degré de l’abrutissement » (vol. 3, fo 129 ; voir
http://www.dossiers-flaubert.fr/b-3362-3).
[62] Lettre à George Sand, 2 février [1869], Corr. IV, p. 16.
[63] Lettre à Edma Roger des Genettes, [début de janvier 1860], Corr. III, p. 72.
[64] « J’avoue que j’adore la prose de Voltaire et que ses contes sont pour moi d’un ragoût exquis. J’ai lu Candide vingt fois, je l’ai traduit en anglais et je l’ai encore relu de temps à autre » (lettre à Louis de Cormenin, 7 juin [1844], Corr. I, p. 210). Sur la possibilité d’un parallèle structurel entre Candide et Bouvard et Pécuchet, voir Helen G. Zagona, Flaubert’s « roman philosophique » and the Voltairian Heritage, University Press of America, 1985.
[66] Jean-Yves Pranchère, article « Bacon », Dictionnaire Joseph de Maistre, ouvr. cité, p. 1128.
[69] Jean-Yves Pranchère, article « Histoire », Dictionnaire Joseph de Maistre, ouvr. cité, p. 1192.
[71] En voici la liste : g226, vol. 6, fos 201 r°, 224 v°, 226 v°, 248 r°, 288 r° (deux occurrences), 290 r°, 309 v° et 313 r°.
[72] Sur ce point, voir Taro Nakajima, « Notes de lecture et généalogie des idées. Le discours apologétique de Jeufroy et la pensée maistrienne », Arts et savoirs, no 1 « Bouvard et Pécuchet : la fiction des savoirs », 2012.
En ligne : http://lisaa.u-pem.fr/arts-et-savoirs/arts-et-savoirs-n-1/.
[73] Antoine Compagnon, Les antimodernes, ouvr. cité, p. 140.
[74] L’un de ces deux cas, qui se trouve dans Lettres et opuscules inédits (fo 267 ; voir http://www.dossiers-flaubert.fr/b-15004-3), n’est d’ailleurs pas issu d’une lettre de Maistre mais de Louis de Bonald.
[75] Simonetta Micale, « Le dossier “Style (Spécimen de) - Périphrases” de loin et de près », art. cité. Pour ce qui est de Maistre, deux tiers (21 sur 33) des pages préparées ont fait l’objet de collages ou de découpages.


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