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Sommaire Revue n° 13
Revue Flaubert, n° 13, 2013 | « Les dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet » : l’édition numérique du creuset flaubertien.
Actes du colloque de Lyon, 7-9 mars 2012

Numéro dirigé par Stéphanie Dord-Crouslé

Paroles en l’air, l’espace des dialogues dans Bouvard et Pécuchet

Jacques Neefs
ITEM-CNRS (France) et Johns Hopkins University (États-Unis)
Voir [Résumé]

Bouvard et Pécuchet, est une sorte de bombe à retardement, car sa puissance d’interrogation va s’augmentant au fur et à mesure que l’infiniment complexe travail de sa conception et de sa rédaction devient plus accessible, comme c’est le cas désormais avec le site de Lyon pour les dossiers de préparation[1] et le site de Rouen pour les scénarios et les brouillons[2]. L’extraordinaire travail d’imbrication entre lectures, notes, composition, mises en prose, que Flaubert a réalisé, a été signalé très tôt, en particulier par Maupassant[3] avec une perspicacité faite d’admiration. Il l’a été également par les premiers « lecteurs » des dossiers de ce roman inachevé, René Descharmes[4] puis Louis Demorest[5]. Plus récemment, l’édition d’Alberto Cento du dossier des scénarios[6], la reconstitution conjecturale du « second volume » donnée par Alberto Cento et Lea Caminiti Pennarola (ou plutôt les reconstitutions, puisque la version italienne donnée par Lea Caminiti Pennarola apporte certaines précisions par rapport à la version française[7]), celle, en allemand, de Hans-Horst Henschen[8], ont bien montré l’importance et le caractère paradoxal du travail alors en cours. Enfin, le tracé intellectuel et esthétique qui va des notes érudites à la conception narrative et la mise en prose a été l’objet de déjà très nombreux et considérables travaux, en particulier par nombre de participants de ces journées, dès le début des recherches entreprises au sein de l’Équipe Flaubert de l’ITEM[9]. Je souhaite ainsi exprimer mon plaisir de voir aboutir, avec ce site conçu par Stéphanie Dord-Crouslé, qui réunit une importante équipe, ces très nombreuses explorations des dossiers de Bouvard et Pécuchet, pour de nouvelles possibilités d’interprétations et de commentaires.

 

Le travail verbal et scriptural de Flaubert entre notes, citations, reprises, est une sorte de patiente et acharnée piraterie dans les domaines des savoirs, dans les considérations sur la politique, l’amour, la vie, la pensée, et apparaît, à la lumière – si l’on peut parler de lumière dans l’inextricable forêt des notes de lecture, des transferts de citations au sein des brouillons, pour aboutir à la prose profonde et virulente du roman et être mis en pièces dans les découpages pour la copie – des dossiers et des brouillons, le résultat d’une extraordinaire intelligence critique, pensée critique d’une portée comique profonde. Avec l’ensemble des dossiers nous disposons assurément d’un fabuleux instrument critique, pour de nouveaux développements interprétatifs.

Le type « de pensée comique » qui règne dans le texte rédigé des dix premiers chapitres, constitue certainement l’un des attraits de l’œuvre. Cette prose acquiert un statut profondément indécidable, en tant qu’elle est comme habitée par la profondeur de la bêtise qu’elle absorbe et expose, tout en étant en même temps tendue par la ténacité d’une volonté de penser, de comprendre, d’étreindre le réel, et de se confronter à une sorte d’irréfutable incertitude. Le récit est conduit par l’inépuisable volonté de savoir et de comprendre des deux protagonistes, aventuriers de l’Encyclopédie moderne – contemporaine mais toujours déjà un peu désuète : Flaubert remonte le temps et décline les paradoxes qui en découlent.

Mais que comprenons-nous en fait dans ce qui est ainsi exposé ironiquement, profondément, par l’œuvre de Flaubert ? Il ne s’agit pas d’une leçon générale, mais de l’exercice, à chaque instant, d’une intellection d’un type particulier, à la fois familière, profonde, étonnante toujours.

Le roman est une sorte de vaste « indirect libre » par ce qu’il emporte de références et de citations, dont il fait sa matière et son rythme. Il est une œuvre de « parlure », sorte de longue conversation qui devait se convertir pour finir dans cet autre dépôt d’affirmations et de déclarations qui s’annuleraient, que devaient présenter les chapitres 11 et 12.

Les « dialogues » proprement dits sont nombreux, mais toujours très savamment tissés dans l’indirect libre et la narration, qui devient alors une sorte de commentaire implicite. Flaubert semble accomplir, avec Bouvard et Pécuchet, un art de la mise en dialogue longtemps mis à l’épreuve dans les œuvres précédentes[10].

On sait l’importance que Flaubert a donnée, dès Madame Bovary, à l’entour du dialogue, à ce que l’on pourrait appeler l’effusion « atmosphérique » qui retient le dialogue, comme si celui-ci était une concrétion de mots, dans un milieu plus diffus, sensiblement perceptible :

Les murs des jardins, garnis à leur chaperon de morceaux de bouteilles, étaient chauds comme le vitrage d’une serre. Dans les briques, des ravenelles avaient poussé ; et, du bord de son ombrelle déployée, madame Bovary, tout en passant, faisait s’égrener en poussière jaune un peu de leurs fleurs flétries, ou bien quelque branche des chèvrefeuilles et des clématites qui pendaient en dehors traînait un moment sur la soie, en s’accrochant aux effilés.
Ils causaient d’une troupe de danseurs espagnols, que l’on attendait bientôt sur le théâtre de Rouen.
— Vous irez ? demanda-t-elle.
— Si je le peux, répondit-il.
N’avaient-ils rien autre chose à se dire ? Leurs yeux pourtant étaient pleins d’une causerie plus sérieuse ; et, tandis qu’ils s’efforçaient à trouver des phrases banales, ils sentaient une même langueur les envahir tous les deux ; c’était comme un murmure de l’âme, profond, continu, qui dominait celui des voix. Surpris d’étonnement à cette suavité nouvelle, ils ne songeaient pas à s’en raconter la sensation ou à en découvrir la cause. Les bonheurs futurs, comme les rivages des tropiques, projettent sur l’immensité qui les précède leurs mollesses natales, une brise parfumée, et l’on s’assoupit dans cet enivrement sans même s’inquiéter de l’horizon que l’on n’aperçoit pas[11].

Les paroles sont comme une accolade : « — Vous irez ? demanda-t-elle / — Si je le peux, répondit-il » (« demanda-t-elle » « répondit-il », la formule est reprise dans le roman, en plusieurs moments décisifs), pour faire flotter ces paroles passagères, pour faire que l’insignifiance et la banalité deviennent des événements, et un attachement (le rythme est particulièrement liant, créant l’association, et le parallèle) ; et « ils causaient », auparavant, est admirable comme introduction narrative de la banalité. Mais c’est parce que ce lien de paroles est enveloppé dans une continuité sensible extérieure qu’il acquiert la puissance de sa rareté et de sa banalité : trajet, chaleur, le récit est comme pris dans les sensations, tactiles, fines, en particulier par le détail de ce qui « accroche » en passant, dans une sorte d’échange : fleurs flétries que l’ombrelle défait en poussière, branches qui s’accrochent aux effilés. Et la structure rythmique et phonique de cette longue phrase qui dit le monde sensible (il faut l’entendre à voix haute) prépare fortement l’insertion de la rupture : « Ils causaient… ». De même, le commentaire narratif qui développe ensuite les sensations « intérieures » que ce « dialogue » porte avec lui, comme le déroulement d’une sous-conversation, souligne d’un trait la brève densité d’un échange banal : « C’était comme un murmure de l’âme, profond, continu, qui dominait celui des voix. » Donner à la prose la capacité de dérouler un monde sensible dans lequel les « paroles » sont prises, flottent, reverser le monde des actions et des mots prononcés dans une appréhension sensorielle profonde est certainement l’une des formules de la modernité de Madame Bovary, ce que Jacques Rancière a bien décrit sous le titre de La Parole muette [12].

Cet art de faire paraître les dialogues comme pris dans l’atmosphère du lieu, de la situation, de les faire flotter dans la couleur, dans du silence – ou dans un bruitage extérieur – dans des sensations intérieures, est conduit avec une étrange netteté, et crudité, dans Bouvard et Pécuchet. Il s’agit de faire saillir les enjeux que le « dialogue » n’est pas apte à porter seul, semble-t-il, mais aussi – et c’est le « propre » de la fiction – de donner une présence à ces paroles, ou essais de parole, comme si le fond du monde portait avec lui les questions les plus fondamentales, comme si les « paroles » se découpaient sur ce fond, ou en sortaient, en entrelacs.

Le grand dialogue entre Pécuchet et l’abbé Jeufroy sur les « martyrs », dans le chapitre IX du roman, en est assurément l’un des exemples les plus composés, les plus fastueux également[13]. La « lutte d’érudition » (c’est le titre que donnent à l’épisode les pages préparatoires) est en effet soigneusement tissée dans son décor avec le passage d’une pluie torrentielle. Le montage est très précis, Flaubert entrelaçant progressivement, de rédaction en rédaction, les listes de martyrs – protestants et catholiques – que les deux personnages se lancent à la tête, et l’ironique enveloppement d’un orage – déluge, qui rythme la lutte[14].

L’épisode est comme musical (on peut penser à ces scènes d’orage des opéras de Purcell ou Gluck à Verdi). Il est également comme une de ces métaphores féeriques que Flaubert affectionnait, conduite dans tout l’épisode : l’orage de la lutte est littéralement pris dans un orage « réel » qui rythme la scène entière. Le début du débat est accompagné d’une menace dans le ciel :

C’était le soir, vers la fin d’août. Le ciel écarlate se rembrunit, et un gros nuage s’y forma, régulier dans le bas, avec des volutes au sommet.
Pécuchet d’abord, parla de choses indifférentes, puis ayant glissé le mot martyr :
– « Combien pensez-vous qu’il y en ait eu ? »
– « Une vingtaine de millions, pour le moins. »
– « Leur nombre n’est pas si grand, dit Origène. »
– « Origène, vous savez, est suspect ! »

Une variation apporte alors tout le paysage, qui entoure les paroles :

Un large coup de vent passa, inclinant l’herbe des fossés, et les deux rangs d’ormeaux jusqu’au bout de l’horizon.
Pécuchet reprit : – « On classe dans les martyrs, beaucoup d’évêques gaulois, tués en résistant aux Barbares, ce qui n’est plus la question. »
– « Allez-vous défendre les empereurs ! »

« Un large coup de vent », « jusqu’au bout de l’horizon », c’est l’espace entier que la prose rend sensible comme un emportement sans limite. Et les paroles persistent, comme insensibles :

Suivant Pécuchet, on les avait calomniés : – « L’histoire de la légion thébaine est une fable. Je conteste également Symphorose et ses sept fils, Félicité et ses sept filles, et les sept vierges d’Ancyre, condamnées au viol, bien que septuagénaires, et les onze mille vierges de sainte Ursule, dont une compagne s’appelait Undecemilla, un nom pris pour un chiffre, – encore plus les dix martyrs d’Alexandrie ! »
– « Cependant !... Cependant, ils se trouvent dans des auteurs dignes de créance. »

Cette inclusion de la lutte des deux personnages dans la tourmente d’un orage est progressivement intensifiée, jusqu’à réunir ceux-ci en une même double figure, grotesque :

Des gouttes d’eau tombèrent. Le curé déploya son parapluie ; – et Pécuchet, quand il fut dessous, osa prétendre que les catholiques avaient fait plus de martyrs chez les juifs, les musulmans, les protestants, et les libres penseurs que tous les Romains autrefois.
L’ecclésiastique se récria : – « Mais on compte dix persécutions depuis Néron jusqu’au César Galère ! »
[…]
La pluie augmentait, et ses rayons dardaient si fort, qu’ils rebondissaient du sol, comme de petites fusées blanches. Pécuchet et M. Jeufroy marchaient avec lenteur serrés l’un contre l’autre, et le curé disait :
– « Après des supplices abominables, on les jetait dans des chaudières ! »
– « L’inquisition employait de même la torture, et elle vous brûlait très bien. »
– « On exposait les dames illustres dans les lupanars ! »
– « Croyez-vous que les dragons de Louis XIV fussent décents ? »
– « Et notez que les chrétiens n’avaient rien fait contre l’État ! »
– « Les huguenots pas davantage ! »
Le vent chassait, balayait la pluie dans l’air. Elle claquait sur les feuilles, ruisselait au bord du chemin, et le ciel couleur de boue se confondait avec les champs dénudés, la moisson étant finie. Pas un toit. Au loin seulement, la cabane d’un berger.
Le maigre paletot de Pécuchet n’avait plus un fil de sec. L’eau coulait le long de son échine, entrait dans ses bottes, dans ses oreilles, dans ses yeux, malgré la visière de la casquette Amoros. Le curé, en portant d’un bras la queue de sa soutane, se découvrait les jambes, et les pointes de son tricorne crachaient l’eau sur ses épaules comme des gargouilles de cathédrale.
Il fallut s’arrêter, et tournant leur dos à la tempête, ils restèrent face à face, ventre contre ventre, en tenant à quatre mains le parapluie qui oscillait.
M. Jeufroy n’avait pas interrompu la défense des catholiques […].

Cette scénographie atmosphérique et spatiale (dans l’aspect sombre d’un décor qui s’estompe, devenu minimal : « et le ciel couleur de boue se confondait avec les champs dénudés » : pour qui cette vue d’un effacement qui est à la fois surface et profondeur ?) rythme très précisément l’épisode, jusqu’à son dénouement, sobre, muet :

– « Vous exagérez » dit Pécuchet. « La mort des martyrs était dans ce temps-là une amplification de rhétorique ! »
– « Comment de la rhétorique ? »
– « Mais oui ! tandis que moi, monsieur, je vous raconte de l’histoire. Les catholiques en Irlande éventrèrent des femmes enceintes pour prendre leurs enfants ! »
– « Jamais ! »
– « Et les donner aux pourceaux ! »
– « Allons donc ! »
– « En Belgique, ils les enterraient toutes vives. »
– « Quelle plaisanterie. »
– « On a leurs noms ! »
– « Et quand même ! » objecta le prêtre, en secouant de colère son parapluie. « On ne peut les appeler des martyrs. Il n’y en a pas en dehors de l’Église. »
– « Un mot ! Si la valeur du martyr dépend de la doctrine, comment servirait-il à en démontrer l’excellence ? »
La pluie se calmait ; jusqu’au village ils ne parlèrent plus.

Le dénouement est à la fois un épuisement et un apaisement. Cet entrelacs de l’orage et de la litanie des martyrs a une puissance comique profonde, mais aussi une puissance de présence mémorable, celle d’une dérisoire pluie d’arguments projetée dans l’espace qui l’enveloppe et la rythme. Le « dialogue » est porté par le contour d’un horizon tumultueux, dans lequel il se découpe, et flotte, vainement.

Un autre exemple particulièrement séduisant et significatif est offert par l’épisode de contemplation du ciel par les deux bonshommes, qui suit leur désillusion quant à l’hygiène et leur décision de renoncer au régime alimentaire féroce auquel ils s’étaient astreints, dans le chapitre III[15]. Les deux bonshommes renouent avec le bonheur d’une habitude :

Puis, comme autrefois, ils allèrent prendre le gloria sur le vigneau.
La moisson venait de finir – et des meules au milieu des champs dressaient leurs masses noires sur la couleur de la nuit, bleuâtre et douce. Les fermes étaient tranquilles. On n’entendait même plus les grillons. Toute la campagne dormait. Ils digéraient en humant la brise qui rafraîchissait leurs pommettes.

Le paragraphe isole les deux personnages dans un calme qui est comme un bonheur ; l’entour s’étire, dans le long segment qui est un complément visuel et sensoriel à l’indication de la période de l’année : « La moisson venait de finir – et des meules au milieu des champs dressaient leurs masses noires sur la couleur de la nuit, bleuâtre et douce »[16]. En contraste, les brèves notations qui suivent, en trois phrases : « Les fermes étaient tranquilles », « On n’entendait même plus les grillons » « Toute la campagne dormait », posent une sorte de définition du silence : il est remarquable que les deux phrases brèves (de sept syllabes chacune, si l’on absorbe, comme cela est le cas dans une prononciation courante, le e final de « tranquilles » et celui de « campagne ») qui sont comme factuelles, embrassent la perception de l’absence de bruit : « On n’entendait même plus les grillons. » Ce moment d’une perception sensible particulièrement suspensive, dans une diffusion nocturne et muette, est ironiquement résolu dans la notation d’un bien-être physique, celui du corps repu, qui aspire l’air : « Ils digéraient en humant la brise qui rafraîchissait leurs pommettes »[17].

Le tournant à quatre-vingt-dix degrés qui fait passer immédiatement à la vue du ciel en est d’autant plus frappant :

Le ciel très haut, était couvert d’étoiles, les unes brillant par groupes, d’autres à la file, ou bien seules à des intervalles éloignés. Une zone de poussière lumineuse, allant du septentrion au midi, se bifurquait au-dessus de leurs têtes. Il y avait entre ces clartés, de grands espaces vides ; – et le firmament semblait une mer d’azur, avec des archipels et des îlots.
– « Quelle quantité ! » s’écria Bouvard.
– « Nous ne voyons pas tout ! » reprit Pécuchet. « Derrière la Voie lactée, ce sont les nébuleuses, au-delà des nébuleuses des étoiles encore ! La plus voisine est séparée de nous par trois cents billions de myriamètres ! » Il avait regardé souvent dans le télescope de la place Vendôme et se rappelait les chiffres. « Le Soleil est un million de fois plus gros que la Terre, Sirius a douze fois la grandeur du Soleil, des comètes mesurent trente-quatre millions de lieues ! »
– « C’est à rendre fou » dit Bouvard. Il déplora son ignorance, et même regrettant de n’avoir pas été, dans sa jeunesse, à l’École polytechnique.

Flaubert attribue aux personnages une capacité d’observation naïve, admirative, qui se développe en interrogations qui elles-mêmes relèvent d’une science populaire. Il y a une sorte de progression cependant, qui passe de l’admiration devant les indéchiffrables figures qui se dessinent dans le ciel, à l’étonnement devant le nombre, les distances, et la difficulté d’identification. Le dialogue ici est littéralement pris dans l’espace infini qu’il désigne et qui s’offre aux yeux :

Alors Pécuchet le tournant vers la Grande Ourse, lui montra l’étoile Polaire, puis Cassiopée dont la constellation forme un Y, Véga de la Lyre toute scintillante, et au bas de l’horizon, le rouge Aldébaran.
Bouvard, la tête renversée, suivait péniblement les triangles, quadrilatères et pentagones qu’il faut imaginer pour se reconnaître dans le ciel.

La suite de l’épisode produit ainsi une sorte de logique, passant de l’interrogation sur la mobilité universelle :

Pécuchet continua :
– « La vitesse de la lumière est de quatre-vingt mille lieues dans une seconde. Un rayon de la Voie lactée met dix siècles à nous parvenir – si bien qu’une étoile, quand on l’observe, peut avoir disparu. Plusieurs sont intermittentes, d’autres ne reviennent jamais ; – et elles changent de position ; tout s’agite, tout passe. »
– « Cependant, le Soleil est immobile ? »
– « On le croyait autrefois. Mais les savants aujourd’hui, annoncent qu’il se précipite vers la constellation d’Hercule ! »

à une réflexion sur la place de l’observateur :

Cela dérangeait les idées de Bouvard – et après une minute de réflexion :
– « La science est faite, suivant les données fournies par un coin de l’étendue. Peut-être ne convient-elle pas à tout le reste qu’on ignore, qui est beaucoup plus grand, et qu’on ne peut découvrir. »

Ce que résume magnifiquement cette vignette des deux bonshommes, posés sur terre, pris dans l’espace, sur fond de silence, dans laquelle toute ironie semble se dissiper :

Ils parlaient ainsi, debout sur le vigneau, à la lueur des astres – et leurs discours étaient coupés par de longs silences.

La rêverie sur la pluralité des mondes :

Enfin, ils se demandèrent s’il y avait des hommes dans les étoiles. Pourquoi pas ? Et comme la création est harmonique, les habitants de Sirius devaient être démesurés, ceux de Mars d’une taille moyenne, ceux de Vénus très petits. À moins que ce ne soit partout la même chose ? Il existe là-haut des commerçants, des gendarmes. On y trafique, on s’y bat, on y détrône des rois !...

conduit, pour finir, à une rêverie sur la finalité du monde, et sur son origine :

Quelques étoiles filantes glissèrent tout à coup, décrivant sur le ciel comme la parabole d’une monstrueuse fusée.
– « Tiens ! » dit Bouvard. « Voilà des mondes qui disparaissent. »
Pécuchet reprit :
– « Si le nôtre, à son tour, faisait la cabriole, les citoyens des étoiles ne seraient pas plus émus que nous ne le sommes maintenant ! De pareilles idées vous renfoncent l’orgueil. »
– « Quel est le but de tout cela ? »
– « Peut-être qu’il n’y a pas de but ? »
– « Cependant ! » Et Pécuchet répéta deux ou trois fois « cependant » sans trouver rien de plus à dire. – « N’importe ! Je voudrais bien savoir comment l’univers s’est fait ! »
– « Cela doit être dans Buffon ! » répondit Bouvard, dont les yeux se fermaient. « Je n’en peux plus ! Je vais me coucher ! »

Le parcours d’interrogation, qui passe de la terre au ciel, du corps à l’espace, d’un savoir « scientifique » astronomique élémentaire à son amont « philosophique » est ainsi épuisé, à l’abord des questions les plus fondamentales (la lassitude de Bouvard : « Je n’en peux plus ! Je vais me coucher ! » en est la signature ironique, particulièrement efficace). La profonde ambiguïté qui fait la force comique de tels moments est dans la théâtralité diffuse qui prend les dialogues dans l’espace de leur circonstance. Flaubert donne une consistance fragile à la pluralité des questions, en les prêtant à ces corps de personnages, et en les faisant être dans l’espace, sur fond infini de monde. C’est ce qui fait que nous n’avons pas dans ces textes la simple caricature d’une vulgarisation naïve, ou simplement myope, ou « bête », mais bien, aussi, un travail de pensée, simple, immédiat, d’une certaine manière rendu émouvant par la volonté qui s’y tente, et s’y perd. Il y a un étrange mélange de férocité et de tendresse dans cette manière de saisir les personnages dans l’espace de leurs interrogations et de leurs dialogues.

Le paradoxe de ce livre est de construire et de donner à adopter dans la lecture une sorte de pensée naïve-savante très particulière. Il y a une certaine simplicité qui présiderait à l’élaboration des questions les plus complexes, celles qui ont donné lieu à tant d’élaborations concurrentes. Flaubert prend le parti de faire se rencontrer les contradictions ou les versions concurrentes pour en faire remonter les fonds problématiques immédiats, ou fondamentaux. Gisèle Séginger l’a montré à propos des sciences naturelles, en étudiant le glissement des questions dans la forme d’exposition que la fiction actualise, en particulier en ce qui concerne la relation complexe que le récit entretient avec la philosophie, avec la pensée de l’origine et de la finalité[18].

On le mesure bien en ces moments où la fiction et sa prose ouvrent un espace d’interrogation ambiguë, et composent des sortes de rêveries épistémiques qui sont à la fois dérisoires et pressantes.

L’idée que Flaubert a de l’œuvre comme délivrant une vérité, est conduite jusqu’au paradoxe que représente la pensée « ordinaire », « simple », qui serait en fait sans inquiétude et sans pensée véritable. Le « bavardage » de Bouvard et Pécuchet constitue au contraire une interrogation qui les conduit sans cesse dans d’irréfutables incertitudes et inquiétudes. Les deux bonshommes, dans leur recherche inlassable de certitude construisent l’incertitude constitutive de la pensée qui cherche, et qui les sépare de la pensée « ordinaire »[19].

Bouvard et Pécuchet ainsi se détachent. Michel Foucault avait commenté cela, à propos de La Tentation de saint Antoine et de Bouvard et Pécuchet : « Ils sont l’image de Job dans le monde moderne : atteints moins dans leur bien que dans leur savoir, abandonnés non de Dieu mais de la Science, ils maintiennent comme lui leur fidélité »[20]. Assurément loin de la pensée « ordinaire » est l’épisode « philosophique », qui précisément fait parcourir les interrogations spéculatives les plus fondamentales[21]. L’épisode joue lui aussi, souverainement, de l’espace des dialogues, de l’emprise de l’entour sur la fragilité des affirmations. En particulier, audacieusement, Spinoza est la matière d’un moment philosophique décisif[22]. L’importance, pour Flaubert, de la lecture de Spinoza a bien été montrée[23]. L’épisode est une suite de La Tentation de saint Antoine de 1874, comme le signale son épilogue, qui fait très précisément écho à celle-ci[24]  :

Il leur semblait être en ballon, la nuit, par un froid glacial, emportés d’une course sans fin, vers un abîme sans fond, – et sans rien autour d’eux que l’insaisissable, l’immobile, l’éternel. C’était trop fort. Ils y renoncèrent.

Le détail de ce qui de Spinoza est retenu dans ce moment de Bouvard et Pécuchet tient d’abord à la provocation que représente le fait même de lire la traduction de Saisset :

Bouvard imagina que Spinoza peut-être, lui fournirait des arguments, et il écrivit à Dumouchel, pour avoir la traduction de Saisset.
Dumouchel lui envoya un exemplaire, appartenant à son ami le professeur Varlot, exilé au Deux décembre.

La mention de Varlot « exilé au Deux décembre » suffit à indiquer l’aspect sulfureux du livre, à l’époque de Bouvard et de Pécuchet, mais évidemment le livre de Flaubert en reprend à son compte la portée.

L’Éthique les effraya avec ses axiomes, ses corollaires. Ils lurent seulement les endroits marqués d’un coup de crayon, et comprirent ceci :
La substance est ce qui est de soi, par soi, sans cause, sans origine. Cette substance est Dieu.
Il est seul l’étendue – et l’étendue n’a pas de bornes. Avec quoi la borner ?
Mais bien qu’elle soit infinie, elle n’est pas l’infini absolu. Car elle ne contient qu’un genre de perfection ; et l’absolu les contient tous.

Le « résumé » tourne les propositions en affirmations qui font système : mais le texte, par sa disposition pose la question de ce qu’est comprendre de telles propositions (« [ils] comprirent ceci »), et cela est figuré en particulier par le suspens des personnages[25]  :

Souvent ils s’arrêtaient, pour mieux réfléchir. Pécuchet absorbait des prises de tabac et Bouvard était rouge d’attention.
– « Est-ce que cela t’amuse ? »
– « Oui ! sans doute ! Va toujours ! »

Le « résumé » (lecture, échange de paroles, ici la puissance d’extraction de la prose est extrême) mime la forme même des « théorèmes » :

Dieu se développe en une infinité d’attributs, qui expriment chacun à sa manière, l’infinité de son être. Nous n’en connaissons que deux : l’étendue et la pensée.
De la pensée et de l’étendue, découlent des modes innombrables, lesquels en contiennent d’autres.
Celui qui embrasserait, à la fois, toute l’étendue et toute la pensée n’y verrait aucune contingence, rien d’accidentel – mais une suite géométrique de termes, liés entre eux par des lois nécessaires.
– « Ah ! ce serait beau ! » dit Pécuchet.
Donc, il n’y a pas de liberté chez l’homme, ni chez Dieu.
– « Tu l’entends ! » s’écria Bouvard.

Ici, le dialogue est pour ainsi dire enveloppé par ce qu’il aborde, une bribe de débat, un sursaut de commentaire se fait corps (« Tu l’entends ! » est magnifique, comme une fusée d’étonnement, et de passion, devant une sorte de preuve) ; la voix narrative est absorbée dans le « résumé » philosophique lui-même, elle est l’indirect libre d’une lecture, d’une tentative de compréhension, et les paroles des personnages sont des pauses dans l’afflux des théorèmes. Il y a ainsi une sorte d’inversion entre les paroles et l’écoute : comme si la voix narrative – qui résume, qui énonce un « digest » de la philosophie de Spinoza, dont on doit penser que c’est ce que les personnages eux-mêmes retirent de leur lecture – devenait ce à quoi les personnages se soumettent, attentifs, envahis par la difficulté de ce qui se pense comme devant eux :

Si Dieu avait une volonté, un but, s’il agissait pour une cause, c’est qu’il aurait un besoin, c’est qu’il manquerait d’une perfection. Il ne serait pas Dieu.
Ainsi notre monde n’est qu’un point dans l’ensemble des choses – et l’univers impénétrable à notre connaissance, une portion d’une infinité d’univers émettant près du nôtre des modifications infinies. L’étendue enveloppe notre univers, mais est enveloppée par Dieu, qui contient dans sa pensée tous les univers possibles, et sa pensée elle-même est enveloppée dans sa substance.

Il y a une profonde étrangeté dans cette voix indirecte, qui n’est plus à proprement parler narrative, ni l’indirect libre de ce que les deux personnages pourraient « se dire », qui est comme une appropriation imaginaire de la pensée philosophique, une sorte d’hyper-pensée qui vient on ne sait d’où, voix massive à laquelle les deux personnages sont comme soumis, et dont ils ne peuvent que tenter de se libérer :

Il leur semblait être en ballon, la nuit, par un froid glacial, emportés d’une course sans fin, vers un abîme sans fond, – et sans rien autour d’eux que l’insaisissable, l’immobile, l’éternel. C’était trop fort. Ils y renoncèrent.
Et désirant quelque chose de moins rude, ils achetèrent le Cours de philosophie, à l’usage des classes, par M. Guesnier.

Qu’est-ce qu’être dans l’espace d’une pensée, impérative, surplombante ? Ces énoncés, supposés être la philosophie de Spinoza – telle que Flaubert la narrativise pour en faire ce que les deux personnages « lisent » et essaient de comprendre – sont comme absolument mats, portés par une diction qui vient de loin, d’un fond de pensée où se jouent des antagonismes supérieurs (nécessité, liberté, infini, substance) : le « dialogue » des deux bonshommes est comme suffoqué dans un tel espace conceptuel, qui leur revient de ce qu’ils tentent de comprendre. Peu de textes ont réussi à mettre ainsi en scène le mur, flou, désespérant, de la capacité de comprendre.

 

À Tourgueniev, qui lui conseillait de faire de Bouvard et Pécuchet, une fantaisie rapide, Flaubert répondit :

Malgré l’immense respect que j’ai pour votre sens critique […] je ne suis point de votre avis sur la manière dont il faut prendre ce sujet-là. S’il est traité brièvement, d’une façon concise et légère, ce sera une fantaisie plus ou [moins] spirituelle, mais sans portée et sans vraisemblance, tandis qu’en détaillant et en développant, j’aurai l’air de croire à mon histoire, et on peut faire une chose sérieuse et même effrayante. Le grand danger est la monotonie et l’ennui. Voilà bien ce qui m’effraie cependant…
Et puis, il sera toujours temps de serrer, d’abréger. D’ailleurs, il m’est impossible de faire une chose courte. Je ne puis exposer une idée sans aller jusqu’au bout[26].

« Aller jusqu’au bout » de l’idée, c’est dans le cas de Bouvard et Pécuchet, aller au bout de l’extraction problématique des pensées, des articulations des savoirs, et de la possibilité même de comprendre. Les dialogues, dans le roman, ont pour cela le rôle de flotter dans plus vaste qu’eux, espace sensible, atmosphère du jour et du lieu, espace des pensées que les personnages tentent de s’approprier. Les discours des personnages sont de faibles avatars, alternativement courageux et désespérés, aventureux et résignés, dans l’infini enveloppement du monde sensible, et de toutes les pensées possibles. Roman utopique, assurément, dont la seconde partie pouvait être de vengeance, en épinglant des bribes de pensées dans le grand-livre de la Copie[27].

NOTES

[3] Guy de Maupassant, dans le supplément du Gaulois, du 6 avril 1881
(voir http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k523792b), décrivait l’étrangeté à paraître de ce que devait être le « dossier de la bêtise » constitué par ce qui devait être le second volume. Et il en donne des aperçus dans sa préface à Bouvard et Pécuchet, t. VII de l’édition des Œuvres complètes publiées chez Quantin, en 1885.
[4] René Descharmes, Autour de Bouvard et Pécuchet, Paris, Librairie de France, 1921.
[5] Louis Desmorest, À travers les plans, manuscrits et dossiers de Bouvard et Pécuchet, Paris, Les Presses Modernes, 1931.
[6] Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet, édition critique précédée des scénarios inédits par Alberto Cento, Naples, Istituto universitario orientale, et Paris, Nizet, 1964.
[7] Gustave Flaubert, Le Second volume de « Bouvard et Pécuchet ». Le Projet du « Sottisier », reconstitution conjecturale de la « copie » des deux bonshommes d’après le dossier de Rouen, édition par Alberto Cento et Lea Caminiti Pennarola, Naples, Liguori Editore, 1981 ; Gustave Flaubert, Sciocchezaio Dizionario dei Luoghi comuni Catalogo delle idee chic, a cura di Lea Caminiti Pennarola, traduzione di Gioio Angiolillo Zannino, Milano, Rizzoli, 1992, qui constitue le second volume de l’édition de Bouvard e Pecuchet, a cura di Lea Caminiti Pennarola, prefazione di Roger Kempf, traduzione di Gioia Angiolillo Zannino, Milano, Rizzoli, 1992.
[8] Gustave Flaubert, Universalenzyklopädie der Menschlichen Dummheit, Ein Sottisier, Herausgegeben, übersetzt und annotiert von Hans-Horst Henschen, Berlin, Eichborn, 2004.
[9] Voir Flaubert à l’œuvre, sous la direction de Raymonde Debray-Genette, Paris, Flammarion, 1980.
[10] Voir Claudine Gothot-Mersch, « La parole des personnages », Travail de Flaubert, sous la direction de Gérard Genette et Tzvetan Todorov, Paris, Seuil, 1983, p. 199-221.
[11] Madame Bovary, II, 3, éd. Jacques Neefs, Paris, LGF, coll. « Le Livre de poche classique », 1999, p. 180.
[12] Jacques Rancière, La Parole muette, Paris, Hachette, coll. « Littérature », 1998 ; repris chez Fayard, coll. « Pluriel », 2011.
[13] Flaubert, Bouvard et Pécuchet, éd. Stéphanie Dord-Crouslé, Paris, Flammarion, coll. « GF », 2008, p. 335-340.
[14] Voir Jacques Neefs, « Bouvard et Pécuchet, la prose des savoirs », Théorie, Littérature, Enseignement, no 10, « Épistémocritique et cognition 1 », 1992, p. 131-142.
[15] Flaubert, Bouvard et Pécuchet, éd. citée, p. 128-130.
[16] « Masses noires sur la couleur de la nuit, bleuâtre et douce », la notation est manifestement hautement picturale, mais elle est donnée à imaginer par une sorte de métaphorisation qui qualifie « la couleur de la nuit » : « bleuâtre et douce », les deux adjectifs se complètent comme par une « correspondance » sensible.
[17] Il y a un certain paradoxe à cette cœnesthésie commune à deux corps ensemble, mais cette fusion, par moments, des deux personnages vaut principalement par la possibilité de leurs distinctions radicales en d’autres circonstances. Yvan Leclerc a décrit avec précision ces jeux du double et du commun dans La Spirale et le monument. Essai sur Bouvard et Pécuchet, Paris, SEDES, coll. « Présences critiques », 1988. « La brise qui rafraichissait leurs pommettes » serait-elle un lointain écho de cet autre moment de cœnesthésie, dans Madame Bovary : « Emma, de temps à autre, se rafraîchissait les joues en y appliquant la paume de ses mains, qu’elle refroidissait après cela sur la pomme de fer des grands chenets » (I, 3, éd. citée, p. 81) ?
[18] Gisèle Séginger, « Forme romanesque et savoir. Bouvard et Pécuchet et les sciences naturelles », Revue Flaubert no 4, 2004 (en ligne :
http://flaubert.univ-rouen.fr/revue/revue4/02seginger.php).
[19] Séparation que la fiction actualise de plus en plus, jusqu’au retrait final, radical, celui de la Copie.
[20] Michel Foucault, « La Bibliothèque fantastique » dans Travail de Flaubert, éd. Gérard Genette et Tzvetan Todorov, Paris, Seuil, coll. « Points Littérature », 1983, p. 119 (première version de ce texte dans Dits et écrits I, Paris, Gallimard, coll. « Quarto », 1994-2001, p. 321-353). Voir Pierre Campion, « Bouvard et Pécuchet, le roman impossible des savoirs », dans Arts et Savoirs, revue en ligne de Centre de recherches LISAA, université Paris-Est/Marne-la-Vallée, no 1, « Bouvard et Pécuchet : la fiction des savoirs », février 2012, numéro coordonné par Gisèle Séginger (en ligne : http://lisaa.u-pem.fr/arts-et-savoirs/arts-et-savoirs-n-1/).
[21] Voir le remarquable travail d’Atsushi Yamasaki sur la philosophie dans Bouvard et Pécuchet, en particulier « Le dossier “Philosophie” de Bouvard et Pécuchet : Hegel et Spinoza » suivi de « Document inédit : notes de Flaubert sur la philosophie de Spinoza et de Hegel (transcriptions) », La Revue des Lettres modernes Gustave Flaubert no 6, textes réunis et présentés par Gisèle Séginger, Lettres Modernes, Minard, 2008, p. 225-254. Voir également son étude « Quel est le but de tout cela ? – Les “causes finales” dans Bouvard et Pécuchet », Flaubert, Revue critique et génétique 7/2012 (en ligne : http://flaubert.revues.org/1815).
[22] Flaubert, Bouvard et Pécuchet, éd. citée, p. 289-290.
[23] Voir Gisèle Séginger, « Flaubert et le philosophique. Éthique et esthétique », dans Épistémocritique, Littérature et savoirs, vol. 4, Hiver 2009 (en ligne : http://www.epistemocritique.org/spip.php?article83),
et « Bouvard et Pécuchet : le monde comme représentation ? », dans Épistémocritique, Littérature et savoirs, « Fictions du savoir, savoirs de la fiction », vol. 10, Printemps 2012
(en ligne : http://www.epistemocritique.org/spip.php?article253),
et Juliette Azoulai, « L’Éthique de Spinoza dans Bouvard et Pécuchet. Un vertige philosophique et littéraire », Revue Flaubert, no 11, 2011 (en ligne : http://flaubert.univ-rouen.fr/revue/article.php?id=90). Celle-ci montre en détail le rôle du moment spinoziste comme une sorte de réconciliation des deux versants philosophiques que se partagent Bouvard et Pécuchet, ethos matérialiste et ethos spiritualiste, dans un vertige de l’immanence.
[24] Voir le chapitre VI de La Tentation de saint Antoine, l’ascension d’Antoine dans le ciel, sur les ailes d’Hilarion-le Diable : « Partout il y a des corps qui se meuvent sur le fond immuable de l’étendue ; – et comme si elle était bornée par quelque chose, ce ne serait plus l’étendue, mais un corps, elle n’a pas de limites ! » et « Un froid horrible me glace jusqu’au fond de l’âme » (éd. Claudine Gothot-Mersch, Paris, Gallimard, coll. « Folio Classique », 1983, p. 211 et 214.
[25] Plus loin, à propos des « explications » de Hegel par Pécuchet, on trouve : « Bouvard feignait de comprendre » (éd. citée, p. 301).
[26] Flaubert à Ivan Tourgueneff, le 29 juillet 1874, dans Correspondance, éd. Jean Bruneau, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », t. IV, 1998, p. 843
[27] La captation de la communication prononcée par Jacques Neefs est disponible en ligne :
http://html5.ens-lyon.fr/Unis/colloque-bouvard-pecuchet/video-JNeefs.html.

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