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Sommaire Revue n° 13
Revue Flaubert, n° 13, 2013 | « Les dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet » : l’édition numérique du creuset flaubertien.
Actes du colloque de Lyon, 7-9 mars 2012

Numéro dirigé par Stéphanie Dord-Crouslé

Bouvard et Pécuchet remontent le temps. Flaubert et le Digital Turn

Michel Pierssens
Professeur à l’Université de Montréal
Voir [Résumé]

L’une des citations de Flaubert les plus recopiées par les internautes (plus de 32 500 occurrences selon Google) résume sa vision du Temps, dévoilée à Louise Colet : « L’avenir nous tourmente et le passé nous retient. Voilà pourquoi le présent nous échappe »[1]. Ce qu’il précise trois ans plus tard : « le vrai n’est jamais dans le présent. Si l’on s’y attache, on y périt »[2].

Interroger cette vision du Temps peut-il nous conduire à relire Bouvard et Pécuchet sous l’angle de son rapport à la temporalité, plus précisément : de son rapport à la temporalité des savoirs ? Ceci ne peut manquer de nous poser la question de notre propre rapport à ce rapport, à la fois dans la lecture du texte et dans la lecture de notre propre présent. Nous ne devons pas, en effet, nous laisser aller à penser que nous disposerions d’une vision en surplomb qui nous permettrait de nous soustraire à la question de notre propre site épistémique.

Le temps des savoirs

Si la question des savoirs constitue bien le moteur de la problématique du roman, elle n’est pas moins essentielle dans l’interrogation sur ce que nous pouvons y lire, soutenus dans cette entreprise par l’ouverture du formidable chantier numérique que représente le projet qui nous est maintenant accessible[3]. Il ne s’agit pas juste, en effet, d’un outil de consultation plus commode mais bien plutôt d’un appareil cognitif entièrement nouveau qui demande en soi réflexion.

Ce que note Anthony Giddens à propos de la co-implication du sociologue et de son objet d’étude peut donc s’appliquer de plusieurs façons à notre situation vis-à-vis de Bouvard et Pécuchet (pris dans son ensemble : textes et avant-textes) :

D’un côté, les théories et les « découvertes » des scientifiques des sciences sociales ne peuvent être tenues hors de l’univers des significations et des actions de ceux et celles qui en sont l’objet. De l’autre, ces acteurs qui font partie des objets des sciences sociales sont eux aussi des théoriciens du social, et leurs théories contribuent à la constitution des activités et des institutions qui sont les objets d’études des scientifiques des sciences sociales[4].

De même pour ce que dit Bruno Latour à propos de la science et de ses ambiguïtés quand le regard anthropologique vient l’observer :

Ou bien il est possible de faire une anthropologie du vrai comme du faux, du scientifique comme du préscientifique, du central comme du périphérique, du présent comme du passé, ou bien il est absolument inutile de s’adonner à l’anthropologie qui ne sera toujours qu’un moyen pervers de mépriser les vaincus tout en donnant l’impression de les respecter […][5].

Pour une fois, nous pouvons aussi être d’accord avec Bourdieu lorsqu’il remarque :

Ne faut-il pas se demander si le travail sur la forme n’est pas ce qui rend possible l’anamnèse partielle de structures profondes, et refoulées, si, en un mot, l’écrivain le plus préoccupé de recherche formelle –  comme Flaubert et tant d’autres après lui –, n’est pas conduit à agir en médium des structures […]. […] c’est sans doute ce qui fait que l’œuvre littéraire peut parfois dire plus, même sur le monde social, que nombre d’écrits à prétention scientifique[6].

Voyons donc ce que nous dit Bouvard et Pécuchet du monde social où se construisent, circulent, se font ou se défont les savoirs qui intéressent Flaubert. – Mais demandons-nous en même temps ce que ces personnages interrogent dans notre propre relation aux savoirs que nous voudrions, comme eux, transformer en leviers opérationnels. C’est ainsi que nous pouvons peut-être échapper au syndrome de la copie – en évitant de refaire le geste du Second volume et en profitant de ce que réalise à une échelle sans précédent le projet qui nous réunit – immense travail de recopie de tout ce qu’avait copié Flaubert.

Pour ne pas succomber à l’espèce de fièvre obsidionale qui peut surgir quand on se voit assiégé, prisonnier encerclé par les montagnes de documents accumulés, trois stratégies sont jouables : la première consiste à tout miser sur la lecture historicisante ; la seconde va tenter de mettre au jour la logique proprement épistémique qui soutient ou soutiendrait la narration ; la troisième adopterait délibérément un point de vue systémiquement anachronique pour retraduire Bouvard et Pécuchet dans les termes accessibles conceptuellement à l’intelligibilité contemporaine. La première plonge dans le Temps de Flaubert, la seconde dans le Temps des savoirs, la troisième décrit ce que peut penser notre Temps.

Dès lors : qu’est-ce que la prise en considération de ces diverses facettes de la temporalité épistémique nous apprend sur Flaubert, sur les savoirs, sur nous ?

Les non-savoirs de Flaubert

Je noterai pour commencer qu’il circule à propos de Bouvard et Pécuchet un certain nombre d’idées reçues, la plus massive voulant que nous ayons à faire à une encyclopédie des sciences du XIXe siècle.

Je ne suis pas le premier ni le seul à dire que Bouvard et Pécuchet a bien quelque chose d’une encyclopédie, mais non pas des sciences ni même des savoirs mais bien plutôt des pratiques et des applications d’un ensemble partiel de savoirs. L’horizon indépassable de cet encyclopédisme pratique, c’est la collection des Manuels Roret, parfaite incarnation de savoirs simples ou simplifiés et finalisés en vue de la manipulation d’une instrumentation élémentaire. Les Manuels Roret, ce n’est rien d’autre que les savoirs du XIXe siècle traduits pour les Nuls – ce que sont incontestablement les deux bonshommes, avides de mettre à l’épreuve des médiations susceptibles de traduire les savoirs en actions.

En situant son histoire vers le milieu du siècle, Flaubert ne pouvait livrer que des considérations inactuelles et un état approximatif de quelques savoirs dans les années 1840-1850, soit ceux de la génération précédente. C’est le monde des pratiques d’avant l’électricité – qui est bien la grande absente du roman. Est-ce le monde de son enfance que Flaubert, consciemment ou pas, cherchait à se raconter ? Autofiction, archéologie des mœurs, généalogie des représentations : le XIXe siècle moins l’électricité, c’est le temps des lampes à huile et de la marine à voile. Lénine avait dit du communisme que c’était le socialisme plus l’électricité. Nous avons bien ici l’esquisse (avortée, Flaubert étant Flaubert) d’une société socialiste, éclairée à la chandelle.

Chaque épisode est ainsi construit sur une cascade de dyschronies (des temporalités épistémiques disloquées et entremêlées : du présent hyper-moderne à l’archaïsme en passant par le hors-temps). Ces dyschronies marquent la documentation mais également la narration – et du coup, si nous n’y prenons pas garde, notre lecture de Bouvard et Pécuchet et de son rapport aux savoirs du XIXe siècle.

On peut en conséquence se demander ce que Flaubert lui-même savait vraiment. Au fond, pas grand-chose – puisque sa documentation n’était faite que de bribes et de fragments, pas même toujours collectés par lui et pas toujours de première main – ainsi quand il utilise en particulier le 4e tome de Figuier sur le Merveilleux [7] comme filtre pour traiter du magnétisme et des tables tournantes. Il a alors quelque chose d’un ramasseur de fossiles disparates recueillis dans des terrains épistémiques bouleversés.

Bouvard et Pécuchet n’est donc pas une encyclopédie contemporaine ni même une encyclopédie du tout (Flaubert n’utilise d’ailleurs ni Littré, ni le Grand Dictionnaire Universel de Larousse, ni Lachâtre, ni Vapereau, ni Conil, etc.)[8], car elle ne traverse en rien les sciences du XIXe siècle, ou du moins pas celles de sa seconde moitié (celles qui comptent pour nous).

L’indifférence relative de Flaubert à la réalité des enchaînements épistémiques se dénonce par exemple dans le fait qu’il ne note à peu près jamais les dates d’édition des ouvrages qu’il consulte. Clairement indifférent au temps propre des savoirs, il ne s’intéresse qu’à leur logique discursive, comme on l’a souvent noté. Tous sont traités comme des discours, non comme des réalités épistémiques. S’il ridiculise l’idée de progrès (car Bouvard et Pécuchet sont progressistes) c’est parce qu’il s’agit justement d’un discours, non d’une vraie idée, encore moins d’une réalité[9].

Tout cela fait que Bouvard et Pécuchet a un problème avec le temps : l’avenir y demeure définitivement suspendu, de telle sorte que tout le passé incarné dans l’accumulation documentaire se résout dans un éternel présent, où tout est également disposé, sans autre hiérarchisation que des virtualités indéfiniment substituables. La mort de Flaubert a remplacé le projet qui aurait pu prendre la forme d’une boucle diaboliquement sans fin par un étalement sans origine et sans horizon. Dans la topologie résultante, tout voisine avec tout, et il faut pour la comprendre concevoir un espace virtuel feuilleté pour l’arpentage duquel seuls une machine à lire à la Roussel ou un dispositif à la Mallarmé pourraient fournir un mode d’emploi. C’est, en un sens, ce que réalise le projet qui sous-tend ce colloque et c’est aussi ce qui fait de l’œuvre dans son inachèvement, mais aussi dans sa scénographie, une anticipation de Roussel et de l’Art Brut plus que de l’Universalis. Il y a du Locus Solus dans le Museum et le Jardin et du Martial Canterel dans les deux bonshommes. La porte décorée de pipes en terre aurait été une pièce majeure pour le musée de Lausanne et l’immense travail de Flaubert fait du roman un bain digne de l’aquarium rempli de résurrectine. C’est bien en effet dans un monde d’un autre temps, entièrement engagé dans l’infinie répétition (c’est cela, en vérité, la bêtise) que se débattent les héros de Flaubert qui, eux, cherchent à façonner ce qu’ils croient être un avenir.

Dans leur quête, les livres (distillés par Flaubert) sont leurs seules interfaces avec les savoirs. Leur bibliothèque indéfiniment dépareillée paraît offrir la connaissance à qui veut les saisir, ils les montrent, ils les disent, mais ils en interdisent en fait traîtreusement l’accès. Bouvard et Pécuchet sont condamnés à se heurter au mur des mots, à se perdre dans le labyrinthe des discours, à y perdre littéralement leur temps en s’égarant dans des temporalités immaîtrisables.

C’est pourquoi ils ne peuvent échapper au déterminisme sournois que manipule Flaubert en leur imposant une forme de régression épistémologique, déjà notée par Yvan Leclerc et Stéphanie Dord-Crouslé[10]. En visant l’avenir, ils ne peuvent que remonter le temps, vers toujours plus d’archaïsme. Une de leurs faiblesses épistémologiques majeures (il y en a plus d’une) consiste à ne saisir les rapports que sous leur forme accidentelle. C’est la gymnastique qui les amène au magnétisme et ils passent de manière théoriquement aberrante d’Amoros à Cahagnet. La machine épistémique qu’ils montent est incapable de faire système : ils restent des bricoleurs et ne deviendront jamais des savants. Cette machine est toujours d’emblée trop complexe (l’agriculture théorique avant le chou concret), de telle sorte qu’ils ne peuvent faire autrement que la simplifier régressivement, jusqu’à ce que plus rien ne tienne plus à rien – tout se défait, figurativement et littéralement. Tout aboutit à la remontée vers des étapes antérieures du dispositif, forcément aberrantes, comme dans les conceptions imbéciles de l’Histoire collectionnées pour le Second volume.

Mais Bouvard et Pécuchet et son effrayant dossier ne sont pas seuls à avoir un problème avec le Temps : le XIXe siècle y prend peut-être l’essentiel de ce qui fait son identité et la citation de Flaubert, rappelée en commençant, aurait pu être signée aussi bien de Chateaubriand que – pourquoi pas ? – de Proust. De telle sorte que la question du Temps telle qu’elle s’inscrit dans la machine épistémique de Bouvard et Pécuchet n’a rien d’excentrique mais, tout au contraire, entre en profonde résonance avec le souci le plus aigu du siècle.

Parce que Flaubert refuse quant à lui le progrès, l’idée d’une avancée linéaire et cumulative – même s’il a pourtant l’idée d’un horizon, d’un avenir de la science, de la science comme avenir – la non-prise en compte des savoirs dans le temps (dans leur temporalité propre, celle qui leur donne sens et opérativité) fait que Bouvard et Pécuchet ne dit rien des savoirs ni des sciences du temps de Flaubert.

Bouvard et Pécuchet dans notre temps

Je ne crois donc pas que Bouvard et Pécuchet puisse nous apprendre directement quoi que ce soit de fiable sur les savoirs vers le milieu du XIXe siècle – j’ai dit pourquoi. La démarche de Flaubert est évidemment trop orientée dans une perspective anti-épistémique et sa documentation est bien trop hétérogène, voire hétéroclite (il faut tout le travail complémentaire de Stéphanie Dord-Crouslé et de son équipe pour lui redonner une pertinence bibliographique). Surtout, elle est entièrement passée au filtre de l’objectif singulier de Flaubert lui-même.

Depuis notre site actuel, comment maintenant juger et décrire ce rapport qui nous fait comprendre notre différence vis-à-vis du paradigme flaubertien du XIXe siècle ? Autrement dit : à quoi peut nous servir Bouvard et Pécuchet dans notre rapport à ce siècle sous l’angle des savoirs ?

Rien ne nous interdit à nous de faire de l’histoire spéculative, de l’histoire contrefactuelle ou de l’uchronie (le terme, inventé par Renouvier en 1857, désigne « l’histoire telle qu’elle aurait pu être »). Peut-on ainsi relire Bouvard et Pécuchet en lui appliquant la méthode steampunk du William Gibson de 1990 inventant vers 1855 un ordinateur à vapeur dans The Difference Engine [11] (roman dans lequel Théophile Gautier apprend à manipuler des cartes perforées) ? Peut-on imaginer Flaubert cherchant ses prélèvements non pas dans les notes de Laporte mais dans le Web 2.0 ?

N’y a-t-il pas du Wikipédia pour les Nuls dans Bouvard et Pécuchet ? Sans doute, mais il faudrait alors ajouter que Wikipédia n’est qu’un Bouvard et Pécuchet raté car le comique en est absent – le « comique des idées », celui qu’avait réfléchi Judith Schlanger[12] à partir de Flaubert. Réciproquement, on peut dire aussi que Bouvard et Pécuchet est un Wikipédia raté puisque les deux bonhommes ignorent tout de la mise en réseau, des croisements, des hyperliens et ne conçoivent les savoirs que comme un empilement de fragments contradictoires, sans règles structurantes. Flaubert avait-il lui-même l’intuition de ce paradigme ? Non, car il avance lui aussi dans ses lectures par entassement avec une structure de tags rudimentaire, un proto-effet wiki produisant des grappes de tags désordonnés – au contraire de ce que l’édition en ligne permet de réaliser en surjouant précisément (bien au-delà de ce que fait Flaubert) la dimension organisationnelle des dossiers ; l’outil, comme tous les outils d’optique cognitive, fait voir ce qui restait invisible au regard antérieur, non appareillé. Avec le projet de Stéphanie Dord-Crouslé, le miracle s’accomplit et les dossiers de Flaubert se trouvent enfin appareillés convenablement. La copie peut enfin déployer tout son potentiel puisque chaque mot peut être retweeté dans l’univers topologiquement reconfiguré du projet numérique ; chaque mot peut recevoir la greffe du hashtag qui projette Bouvard et Pécuchet dans le nuage, puisqu’on peut avancer que le web, c’est Spinoza réalisé selon le désir de Bouvard et de Pécuchet[13].

Voilà qui, du coup, peut enfin amener la réhabilitation paradoxale des « escargots sympathiques »[14]. Leurs inventeurs étaient bien dans le bon paradigme, celui de la communication, des réseaux G3 puis G4, du numérique, mais ils avaient malheureusement fait erreur sur la bonne norme et n’avaient pas choisi le bon matériel de transmission – il fallait de l’électronique là où ils avaient choisi l’organique. En escamotant ce phénomène, Flaubert rate l’occasion de faire faire de vraies découvertes à ses bonshommes – et du coup de comprendre lui-même que l’important n’est pas la méthode (qu’il ne définit jamais) mais le réseau et que le message aurait dû être le médium.

 

Pourquoi dès lors nous intéresser à Bouvard et Pécuchet aujourd’hui ? En purs dix-neuviémistes historicisants ? En purs flaubertiens voulant tout comprendre du projet et des aléas de sa réalisation ? Sans doute – mais on peut le faire aussi en lecteurs de maintenant travaillant sur, travaillés par le remaniement critique de nos savoirs actuels en devenir, sollicités par la crise de nos appareillages cognitifs. Crise incarnée en l’occurrence par le passage à la numérisation, que certains voient comme un rouleau compresseur destructeur et d’autres, plus justement, comme le moteur d’un déploiement novateur de représentations en voie de réarticulation quant au langage, aux textes, aux idées, au récit, au discours, etc. Finalement, Flaubert était peut-être quand même sur la bonne voie. Il a aujourd’hui, heureusement pour nous, les continuateurs qu’il lui fallait et il peut enfin prendre le digital turn, le tournant numérique qui lui permet de parler au XXIe siècle. Mais un doute me vient malgré tout : peut-être y verrait-il plutôt une avancée désastreuse de la bêtise plutôt qu’un vrai progrès de l’intelligence mise en réseau. Si tel était le cas, ce serait à nous de le convaincre du contraire, en le branchant.

NOTES

[1] Lettre à Louis Bouilhet du 19 décembre 1850, dans Gustave Flaubert, Correspondance, éd. Jean Bruneau, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1973, t. I, p. 730.
[2] Lettre du [26 avril 1853], ibid., 1980, t. II, p. 316.
[3] Gustave Flaubert, Les dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet. Édition intégrale balisée en XML-TEI des documents conservés à la bibliothèque municipale de Rouen, accompagnée d’un outil de production de « seconds volumes » possibles, sous la dir. de Stéphanie Dord-Crouslé, http://www.dossiers-flaubert.fr, 2012.
[4] Anthony Giddens, La Constitution de la société, Paris, PUF, coll. « Sociologies », 1987, p. 43. Giddens poursuit : « Aucune ligne de démarcation claire ne sépare les acteurs “ordinaires” des spécialistes lorsqu’il s’agit de réflexion sociologique documentée. Des lignes de démarcation existent certes, mais elles sont inévitablement floues, de sorte que les scientifiques des sciences sociales n’ont, au regard de leur objet d’étude, ni le monopole des innovations théoriques, ni celui des innovations empiriques. […] Ainsi, toute réflexion (la théorisation et les observations afférentes) sur des procès sociaux pénètre dans l’univers de ces procès sociaux, s’en dégage et y repénètre sans arrêt, alors que rien de tel ne se produit dans le monde des objets inanimés, qui sont indifférents à tout ce que les êtres humains peuvent prétendre connaître d’eux. »
[5] Bruno Latour et Steve Woolgar, La Vie de laboratoire. La production des faits scientifiques, Paris, La Découverte, coll. « Poche - Sciences humaines et sociales », [1979 ; 1988 pour l’édition française remaniée], 1996, p. 20.
[6] Pierre Bourdieu, Les Règles de l’Art.  Genèse et structure du champ littéraire, Paris, Seuil, coll. « Libre Examen », 1992, p. 19-20 et p. 60.
[8] Littré n’est cité que pour ses ouvrages sur la médecine. Le Dictionnaire de la langue française est publié par Hachette entre 1863 et 1872 pour la première édition et entre 1873 et 1877 pour la seconde édition en cinq tomes dont un supplément suivi d’un Dictionnaire étymologique de tous les mots d’origine orientale (arabe, hébreu, persan, turc, malais), par Marcel Devic. Le Dictionnaire de biographie contemporaine de Vapereau connaît de 1858 à 1870 quatre éditions. L’Année littéraire est publiée de 1859 à 1870 en douze volumes. Le Grand Larousse du XIXe commence à paraître en 1866. Le 15e volume paraît en 1876 et les deux suppléments en 1877 et 1878.
[9] Voir A. W. Raitt, « L’éternel présent dans Flaubert », dans Nouvelles recherches sur Bouvard et Pécuchet de Flaubert, SEDES, 1981 ; Stéphanie Dord-Crouslé, Bouvard et Pécuchet de Flaubert. Une « encyclopédie critique en farce », Paris, Belin Sup Lettres, 2000.
[10] Ibid., p. 69.
[11] William Gibson and Bruce Sterling, The Difference Engine, London, Victor Gollancz, 1990.
[12] Judith Schlanger, Le Comique des idées, Paris, Gallimard, « Les essais », 1978.
[13] Stéphanie Dord-Crouslé, Bouvard et Pécuchet de Flaubert. Une « encyclopédie critique en farce », ouvr. cité, p. 97.
[14] Flaubert les avait mentionnés dans une lettre à Louise Colet, du 26 mai 1853, éd. citée, t. II, p. 335. Voir notre article (sous le nom de « Marcel Petipas ») : « Les Escargots non sympathiques », Histoires Littéraires, no 13, 2003.

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