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Sommaire Revue n° 13
Revue Flaubert, n° 13, 2013 | « Les dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet » : l’édition numérique du creuset flaubertien.
Actes du colloque de Lyon, 7-9 mars 2012

Numéro dirigé par Stéphanie Dord-Crouslé

Le pèlerinage à la Délivrande, une vision ironique du catholicisme

Atsuko Ogane
Professeur à l’Université Kanto Gakuin (Yokohama)
Voir [Résumé]

L’épaisseur du dossier « Religion » (217 folios[1]) témoigne de l’intérêt que Flaubert portait à cette question. Dans le IXe chapitre de Bouvard et Pécuchet, les deux personnages explorent la voie religieuse : commençant par la lecture de la Bible, ils expérimentent ensuite diverses pratiques, notamment la messe, le catéchisme et le pèlerinage, et finissent par discuter des dogmes. Au nombre des pratiques religieuses adoptées, le pèlerinage à la Délivrande, en Basse Normandie, suivi de la communion, est l’épisode le plus important : il joue un rôle de pivot à l’intérieur du chapitre.

Fig. 1 - Notre-Dame de la Délivrande, photo prise par A. Ogane en 2011.

Je voudrais montrer ici d’une part l’importance de cet épisode en le réinsérant dans le climat religieux contemporain et, d’autre part, l’intérêt de sa genèse qui se révèle liée à la question du socialisme. Le chapitre portant sur la Religion, dont le centre est occupé par le pèlerinage à la Délivrande, est à la fois une farce encyclopédique et une profession de foi flaubertienne qui s’inscrit dans le contexte antireligieux et anticlérical de l’époque.

Lire l’épisode du pèlerinage à la Délivrande à la lumière
du contexte contemporain

Soulignons en premier lieu l’importance de l’épisode du pèlerinage dans le IXe chapitre : après avoir lu la Bible, Bouvard et Pécuchet se rendent à la messe, demandent comment obtenir la foi à l’abbé Jeufroy qui leur conseille de « pratique[r] d’abord »[2]. Aussi se mettent-ils à pratiquer : pour acquérir les vertus, ils se procurent des articles de piété et en décorent leur maison. Pécuchet pratique pour sa part la mortification et prend « le genre ecclésiastique ». Alors que Bouvard se laisse conduire « au mois de Marie »[3] qui lui donne « le sentiment d’une jeunesse impérissable » (p. 317), Pécuchet prend l’habitude de boire de l’eau de la Salette et en vient à espérer entrer dans la confrérie de Saint François. Enfin, pour obtenir le don de persévérance, Pécuchet se résout à faire un pèlerinage à la Vierge : « Le choix des localités l’embarrassa. Serait-ce à Notre-Dame de Fourvière, de Chartres, d’Embrun, de Marseille ou d’Auray ? Celle de la Délivrande, plus proche, convenait aussi bien » (p. 317). Or, après avoir vu la statue miraculeuse et assisté à une messe, ils sont harcelés, à la sortie de l’église, par les marchands qui veulent absolument leur vendre des chapelets et des souvenirs religieux et finissent par les injurier. Ils rencontrent alors Goutman à l’auberge et retrouvent Barberou qui leur promet de leur apporter « un livre farce » (p. 323), qui leur fournira plus d’un argument pour le vif débat qu’ils auront avec l’abbé Jeufroy. Le dégoût qu’ils ressentent à ce moment reflète bien celui de Flaubert. En 1850, alors qu’il voyage en Orient, Flaubert dénonce à sa mère l’inutilité des pèlerinages :

Je lui ai dit [à Bouilhet] l’impression religieuse que m’avaient fait[e] les saints lieux, c’est-à-dire impression nulle. Le proverbe arabe a raison : “Méfie-toi du hadji (= pèlerin).” En effet on doit revenir d’un pèlerinage moins dévot qu’on n’était parti. Ce qu’on voit ici de turpitudes, de bassesses, de simonie, de choses ignobles en tout genre, dépasse la mesure ordinaire. Les lieux saints ne vous font rien. Le mensonge est partout et trop évident. Quant au côté artistique, les églises de Bretagne sont des musées raphaélesques à côté[4].

De son voyage, Flaubert rapporte par ailleurs une grande quantité de chapelets, comme Maxime Du Camp qui « en a particulièrement la rage. Il en achète partout, prétendant que ce sont des cadeaux qui font grand plaisir et qui ne coûtent pas cher »[5]. L’impression religieuse que lui ont procurée les lieux saints est celle d’une dévotion superficielle et d’un commerce touristique. Flaubert retrouve la même aversion lors de son voyage en Basse-Normandie. Pour comprendre qu’il ait cependant choisi de faire faire un pèlerinage à ses deux personnages, il faut  considérer l’élan de dévotion de l’époque contemporaine.

Le XIXe siècle est celui de la dévotion à la sainte Vierge, la France connaît alors une multiplication de congrégations et une floraison d’apparitions de la Vierge[6]. Celle de la Salette en 1846 a déclenché une véritable ruée des pèlerins vers la Sainte Vierge ; en 1858, elle apparaît à Bernadette Soubirous dans la grotte de Lourdes ; en 1871 à Pont-Main ; en 1879 à Knock en Irlande. En 1873, alors que Flaubert est perdu dans les « grandes lectures »[7] entreprises pour son dernier roman, la France, après la défaite de la guerre franco-prussienne, connaît un développement inouï des pèlerinages et le nombre des lieux saints fréquentés, dont le centre était Chartres, atteint presque 3 000 ; 216 trains spéciaux emportent 140 000 pèlerins à Lourdes, et Notre-Dame de Lourdes, qu’Henri Lasserre a publié en 1869[8], connaît un grand succès d’édition puisqu’il atteint un million d’exemplaires. Le 4 septembre 1869, Pie IX avait adressé à l’historien un bref reconnaissant « la lumineuse évidence du fait des apparitions »[9]. Lasserre a également écrit le Mois de Marie de Notre-Dame de Lourdes, abrégé de son maître-livre, et nous trouvons un de ses ouvrages, L’esprit et la chair. Philosophie des macérations (1869) dans la bibliographie établie de la main de Flaubert[10] pour la préparation du chapitre sur la Religion.

Il n’est donc pas étonnant que Bouvard et Pécuchet soient pris dans le tourbillon de cette ferveur catholique après le coup d’État de 1851 qui intervient à la fin du chapitre VI. La mode des pèlerinages n’épargne pas non plus les connaissances de Flaubert : « À propos de voyage, Mme d’Harnois est partie faire un pèlerinage à la Salette. Son neveu, qui est venu chez moi dimanche, comme j’en partais, m’a dit qu’elle était devenue d’un fanatisme intolérable »[11], écrit Flaubert en 1872. L’année suivante, Flaubert ironise à propos de « la bêtise universelle » qui suscite cette vogue de pèlerinages :

Pourquoi es-tu exaspéré des pèlerinages ? La bêtise universelle n’est pas une chose surprenante. Puisque les gens d’ordre croient qu’il faut les amulettes pour préserver des incendies, et que la Droite considère le bonhomme Thiers comme un rouge – ainsi qu’elle a fait pour Lamartine et pour Cavaignac – courbe la tête. Soumets-toi et va à confesse ; tu seras un exemple. Ça moralisera les masses[12].

Révolté par cette mode des pèlerinages, Flaubert compare cette « bêtise religieuse » à celle de la politique et conseille à Ernest Feydeau d’« aller à confesse », expression ironique, d’autant plus qu’il lui recommande, face à la bêtise politico-religieuse qui caractérise cette collusion de la politique et du despotisme catholique, d’adopter un profil bas et de se conformer aux injonctions du catholicisme. Ce n’est donc pas par hasard si dans la même lettre il évoque ses lectures édifiantes, notamment l’œuvre de Mgr Dupanloup, et le commencement de la rédaction d’une comédie politique, Le Candidat :

Je suis tout entier à des lectures édifiantes, je me bourre à en vomir des œuvres de Mgr Dupanloup et de celles des jésuites modernes, sans compter le reste ; le tout en vue du livre que je commencerai enfin l’été prochain. Le soir, pour me délasser, je compose une grande comédie politique dont je viens de finir le premier acte. Mais aucun gouvernement ne la laissera jouer, parce que j’y roule tous les partis dans la merde ! étant un homme juste[13].

Anticlérical, Flaubert dénonce parallèlement l’hypocrisie politique et celle de la religion : l’abbé Dupanloup fit parti de la commission qui a préparé la loi Falloux. Cette loi a placé l’enseignement public sous la surveillance de l’autorité religieuse[14].

On trouve un autre exemple de ce type de critique lorsque, tout en parlant de la « solution hypocrite » que constitue le choix du maréchal de Mac Mahon comme président pour sept ans, Flaubert devine le but du livre de Hello sur saint Antoine : « 1° faire admettre dans les us des fidèles un pèlerinage à Vienne, en Dauphiné, où reposent les reliques du Saint, et 2° choisir Henri V pour nous régénérer ! Là, vraiment, n’est-ce pas beau ! »[15]. Flaubert rédige donc sa comédie politique au moment où il lit des livres édifiants.

Il se dit convaincu que la bêtise n’est pas seulement du côté des pèlerins ou des pèlerinages : « Que dites-vous des pèlerins de Lourdes, et de ceux qui les insultent ? Ô pauvre, pauvre Humanité ! »[16]. Évidemment, chez Flaubert, la critique n’épargne pas non plus ceux qui insultent les pèlerins, c’est-à-dire les libres penseurs anticléricaux.

René Rémond signale le lien qui existe entre les événements de Lourdes de 1858 et la montée de l’anticléricalisme :

La pente suivie par le catholicisme du XIXe siècle, sa propension à multiplier les dévotions, la floraison des apparitions de la Vierge (La Salette en 1846, Lourdes en 1858), les miracles qui les accompagnent, inspirent aux rationalistes une commisération condescendante pour la crédulité populaire et les confirment dans la conviction qu’il ne peut plus rien y avoir de commun entre cette religion accueillante à toutes les fables et la science moderne. Les événements de Lourdes, en particulier, qui défrayent la chronique à partir de 1858, réveillent une forme d’anticléricalisme de type voltairien[17].

Effectivement, trois ans après la reconnaissance par l’Église de l’apparition de la Vierge Marie à la Salette, le souverain Pontife, Pie IX, proclame, le 8 décembre 1854, le dogme de l’Immaculée Conception : la Sainte Vierge, à sa naissance, fut préservée du péché originel et est demeurée exempte de toute souillure[18]. C’est ce dogme, ainsi que les autres principaux dogmes catholiques, en particulier les miracles, le péché originel, la Révélation, qui sont mis en cause par les anticléricaux. Quatre ans après, c’est à Lourdes que la Vierge apparaît à Bernadette Soubirous, comme pour confirmer le dogme de ce qu’on appelle l’immaculisme. Dans le roman, Pécuchet revient sur les contradictions de la Bible et doute de la permanence du dogme, en citant l’ouvrage de Louis Hervieu, livre forgé de toutes pièces par Flaubert : « la Présence réelle a été décrétée au VIIIe, le purgatoire, reconnu au XVe, l’Immaculée Conception est d’hier » (p. 334). L’épisode du pèlerinage à la Sainte Vierge est d’autant plus essentiel dans ce chapitre qu’il introduit les principaux sujets de discussion contemporains.

Les notes de lecture sur la religion (198 folios), y compris neuf pages[19] traitant spécifiquement de l’Immaculée Conception auxquelles s’ajoute une coupure de journal, témoignent du grand intérêt de Flaubert pour la dévotion à la sainte Vierge et la proclamation de ce dogme. L’écrivain prend des notes aussi bien sur le catholicisme que sur l’anticléricalisme. Pour le catholicisme, il mentionne par exemple « le scapulaire bleu de l’Immaculée Conception »[20] issu du Mois de Marie et « le dogme de l’infaillibilité » du décret de l’Immaculée Conception par Pie IX[21] trouvé dans Le Dogme de l’infaillibilité (1872) écrit par Louis-Gaston de Ségur. Ailleurs, il mentionne le but poursuivi par ce dogme[22] et la manière de bien fêter l’Assomption[23], lus dans L’Abrégé du catéchisme de persévérance de l’abbé Gaume. Parallèlement, en ce qui concerne le cléricalisme et les comportements antireligieux, il relève, au moment de la proclamation du dogme, « l’enthousiasme des catholiques & la fureur des impies ! »[24] dans l’Appel contre l’esprit du siècle du Père Marin de Boylesve, mais aussi : « sainte Vierge. le concile général d’Éphèse en 431 »[25] dans l’Examen critique des doctrines de la religion chrétienne (1860) de Patrice Larroque. Il prend aussi des notes intitulées « Contre l’immaculée conception » [26] dans les Essais sur la Réforme catholique (1856) par Bordas-Demoulin et Huet, et reproduit même leur opinion sur Dupanloup : il « résume tous les arguments en faveur de l’immaculisme »[27]. On trouve également des notes concernant des objets et articles de piété comme les « chapelets de l’Immaculée Conception »[28] et « l’eau de Lourdes »[29] dans L’Arsenal de la dévotion par Paul Parfait. Enfin, Flaubert a aussi mis de côté une réclame parue dans le journal L’Univers (1867-1919), journal ultramontain et ultra-clérical qui a défendu l’infaillibilité du pape, et une publicité pour « un vinaigre de toilette avec une médaille de la Vierge » [30].

Fig. 2 - G. Flaubert, Bouvard et Pécuchet - Documentation préparatoire, Publicité pour un vinaigre de toilette orné d’une médaille de la Vierge, Ms g226-1, fo 114bis (détail), Collections de la Bibliothèque municipale de Rouen (http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_1_f_114b_r____).

À la suite de ses notes de lecture, Flaubert rédige des « notes de notes », fiches de synthèse orientées vers les scénarios du premier volume, pour synthétiser ces dossiers préparatoires et commencer la rédaction du roman. En ce qui concerne le chapitre de la Religion, ces notes de notes, notes épistémologiques, occupent dix-huit feuillets dont trois portent sur les « Miracles »[31], un sur le « Péché originel »[32] et un sur « la Révélation »[33], c’est-à-dire qu’un tiers concerne la Vierge.

À cette époque, les discussions religieuses et politiques se mêlent aux grands débats scientifiques, liés à l’émergence du positivisme. Alors que le miracle de Lourdes est admis par l’Église catholique en 1862, L’origine des espèces de Charles Darwin (1859) est condamnée par Pie IX comme « le doigt du démon ». Le débat entre la religion et la science devient très vif en France. Alors qu’Ernest Renan publie une Vie de Jésus en 1863, Pie IX condamne 80 propositions modernes (libéralisme, matérialisme, socialisme, rationalisme) dans le Syllabus (1864) et convoque le concile Vatican I, qui s’ouvre en 1869 en affirmant universellement l’infaillibilité du pape[34]. C’est donc dans ce contexte du conflit entre le catholicisme et les idéologies modernes sous le Second Empire qu’il faut lire le caractère ironique et farcesque du chapitre IX, le chapitre de la Religion.

Confronté à Pécuchet qui discute l’infaillibilité, l’abbé Jeufroy se retrouve à court de preuves, et « l’homme à la soutane [de] s’écri[er] : “C’est un mystère !” » (p. 335 ; nous soulignons) ; à propos de la Trinité, il prend une comparaison : « les trois côtés du triangle, ou plutôt notre âme, qui contient : être, connaître et vouloir. Ce qu’on appelle faculté chez l’homme est personne en Dieu. Voilà le mystère » (p. 329 ; nous soulignons) ; et le sacrifice du Christ se renouvelle dans l’eucharistie : « Là est le mystère, monsieur ! » (p. 347 ; nous soulignons). Enfin, après une discussion vaine et stérile avec le curé et M. de Mahurot, Bouvard et Pécuchet quittent leurs contradicteurs « à la Croix-Verte » (p. 348 ; nous soulignons). La Croix-Verte pourrait désigner ironiquement la religion catholique qui n’a pas su mûrir, le lieu où nos deux bonshommes comprennent la nécessité de s’éloigner de cette religion restée moyenâgeuse[35].

La genèse de l’épisode du pèlerinage à la Délivrande

L’épisode du pèlerinage à la Délivrande pourrait passer pour une farce quasiment sans lien avec le reste. Mais elle est au contraire intimement intégrée au chapitre de la Religion. Nous allons maintenant analyser la genèse de cet épisode dans les plans et scénarios, en soulignant à quel point est stratégique la décision qu’a prise l’écrivain de la placer au milieu du chapitre, entre la pratique et la discussion religieuses.

D’après le Carnet 11 et quatre lettres écrites pendant le voyage, Flaubert a fait une excursion de quinze jours en Basse-Normandie en 1877, entre le 19 septembre et le 3 octobre, pour préparer les chapitres III et IV[36] sur la géologie et l’archéologie. Dans la liste des ouvrages lus établie par Flaubert lui-même pour le chapitre de la Religion, sur les 78 livres cités, deux concernent l’épisode de la chapelle. Flaubert a indiqué simplement : « Deux notices historiques sur la chapelle de la Délivrande » [37].

Fig. 3 - G. Flaubert, Bouvard et Pécuchet - Documentation préparatoire, Liste bibliographique sur la religion, Ms g 226-6, fo 199 r° (détail), Collections de la Bibliothèque municipale de Rouen
(http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_6_f_199__r____).

Le mot « notice » laisse supposer qu’il s’agit d’opuscules ou de brochures peu épaisses répandues dans la région ou que Flaubert se serait lui-même procuré dans l’église. Mais il apparaît que ces deux notices sont en fait des ouvrages d’une taille bien plus conséquente.

Fig. 4 - G. Flaubert, Bouvard et Pécuchet - Documentation préparatoire, « Notice historique sur la chapelle. 1872 »,  Ms g 226-6, fo 231 r° (détail), Collections de la Bibliothèque municipale de Rouen
(http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_6_f_231__r____).

Le premier, rédigé par l’abbé Eugène Laurent, chanoine honoraire à Bayeux, est intitulé : Notre-Dame de la Délivrande. Notice historique sur la chapelle [38] (217 pages).

Fig. 5 - G. Flaubert, Bouvard et Pécuchet - Documentation préparatoire, « Notice sur la chapelle de la Délivrande », Ms g 226-6, fo 232 r° (détail), Collections de la Bibliothèque municipale de Rouen
(http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_6_f_232__r____).

En revanche, l’auteur du deuxième, Notice sur la chapelle de la Délivrande depuis sa fondation jusqu’à nos jours [39] (108 pages), est anonyme.

Jusqu’ici, seul Georges Dubosc s’est intéressé à cet épisode dans un article[40] de 1923 dans lequel il fournit quelques informations importantes sur ces livres. Il semble bien que ce soit ces deux notices qui ont apporté à Flaubert ses informations sur la chapelle. Pourtant, l’article n’est pas toujours fiable dans la mesure où Dubosc assimile systématiquement Laporte et Flaubert à Bouvard et Pécuchet. D’après lui, Flaubert accompagné de Laporte se serait rendu à Douvres-la-Délivrande et aurait séjourné à l’Hôtel Notre-Dame où il aurait trouvé une notice dans la cuisine, comme le fait Pécuchet, anecdote peu crédible. Mais Dubosc rapporte néanmoins certaines informations indiscutables, d’autant plus que Flaubert a laissé dans le Carnet 11 trois notes qu’il a prises dans la chapelle de la Délivrande : il y recueille non seulement la prière à Notre-Dame de la Délivrande, mais il observe aussi « un grand tas de béquilles » (fig. 6), « deux épées sur un bouclier de carton bleu » (fig. 7), et il note la « rapacité des marchandes de bondieuseries » (fig. 8).

Fig. 6 - G. Flaubert, Carnet 11, fo 10 v° (fragment). Bibliothèque historique de la Ville de Paris / R. Smah

Fig. 7 - G. Flaubert, Carnet 11, fo 11 r° (fragment). Bibliothèque historique de la Ville de Paris / R. Smah

Fig. 8 - G. Flaubert, Carnet 11, fo 11 v° (fragment). Bibliothèque historique de la Ville de Paris / R. Smah

Flaubert ajoute ainsi les enseignements de son expérience sur place aux informations qu’il a trouvées dans les notices. En tous cas, la construction de la chapelle moderne coïncide avec l’époque de la visite de Flaubert : la construction du clocher sud de l’actuelle basilique fut entreprise l’année même où Pie IX proclamait le dogme de l’Immaculée Conception (1854) ; le Père Picot, nouveau supérieur des chapelains (1862-1886) a procédé à l’érection d’une nouvelle chapelle entre 1862 et 1872, la Vierge ayant été couronnée le 22 août 1872, date qui coïncide avec l’époque des grandes lectures pour Bouvard et Pécuchet ; enfin le maître-autel, dont le bâtisseur obtint la médaille d’or à l’Exposition universelle de 1878, a été réalisé en 1876-1877, tandis que le gros œuvre était terminé en 1878[41]. Flaubert a pu apprendre ces différentes nouvelles par les journaux de Rouen.

Dans les plans et scénarios, le « pèlerinage » n’apparaît que dans le 6e scénario général (« Rouen VI »[42], ms gg10 fo 31 (fig. 9), dans la seconde étape consacrée à la religion, dans une phrase ajoutée au-dessus de la première occurrence du nom de Barberou, le commis-voyageur républicain qui éclairera les deux bonshommes en leur faisant lire l’Examen du christianisme de Louis Hervieu, manuel anticlérical inventé par Flaubert. La raison de l’insertion de ce personnage est claire : le « pèlerinage à Notre Dame de Délivrande » inspire l’auteur qui ajoute d’abord : « à leur retour, ils trouvèrent chez eux la carte de Barberou », et fait mention de son étonnement d’apprendre leur conversion. Cinq lignes plus loin arrive la déception : « la grâce ne vient pas. Ils se l’avouent —étudient les autres religions, & sympathisent avec elles », et Flaubert d’ajouter : « <4. recourent au livre de Barberou. Soumettent qques doutes au curé > Alors le curé veut leur prouver la Religion. Discussion avec le curé »[43]. Apparemment, cet épisode constitue un des pivots de ce chapitre tripartite de la religion, permettant le passage de la pratique à la discussion antireligieuse et anticléricale.

Fig. 9 - G. Flaubert, Ms gg10, Bouvard et Pécuchet - Plans et scénarios, fo 31 (fragment), Collections de la Bibliothèque municipale de Rouen
(http://flaubert.univ-rouen.fr/jet/public/trans.php?corpus=pecuchet&id=6797)

Dans la première étape du scénario « Rouen VI » (fo 30[44]), on voit que cet épisode du pèlerinage a été inspiré par un autre miracle de la Sainte Vierge, celui de la Salette, mentionné dans le même scénario général qui précède « le catéchisme », « la Ste table » et « leur première communion » (fig. 10). Une fois qu’il a ajouté le pèlerinage, Flaubert change l’ordre des pratiques des deux hommes et met « le catéchisme » avant le pèlerinage et « leur communion » après, afin de bien souligner  le progrès de leur dévotion dans le chapitre lecture-pratique-discussion, et approfondit les sujets de la discussion avec le curé.

Fig. 10 - G. Flaubert, Ms gg10, Bouvard et Pécuchet - Plans et scénarios, fo 30 (fragment), Collections de la Bibliothèque municipale de Rouen
(http://flaubert.univ-rouen.fr/jet/public/trans.php?corpus=pecuchet&id=6796)

L’expression « [ils] boivent l’eau de la Salette » apparaît à partir du scénario « Rouen IV », comme étant destinée au VIIIe chapitre, mais accompagnée d’une référence au Socialisme, située à côté, dans la marge (fo 16) : « (6) Rousseau / St. Simonisme / Fouriérisme. Bouv. est Sim. P. fourier. Communisme de Cabet. Louis Blanc. / Socialisme contemporain [...] / […] dogme du Progrès / [...] / Examen des utopies »[45] (fig. 11). Comme Stéphanie Dord-Crouslé l’a signalé, il s’agit de la première mention explicite du saint-simonisme[46]. Mais pourquoi cette référence à ce courant du socialisme apparaît-elle en face des séquences portant sur la Religion ? Que signifie : « Bouv. est Sim. P. fourier » (c’est-à-dire « Bouvard est [saint-]simonien, Pécuchet fouriériste »), placé juste à côté des pratiques religieuses ? Les notes de lecture prises par Flaubert sur le socialisme nous suggèrent une réponse. Sur un passage des Lettres d’un habitant de Genève à ses contemporains (1841), Flaubert marque avec une croix dans la marge (la croix signifiant que le passage est à copier pour le « second volume » ou bien pour le « 1er volume ».) : « St-Simon croit à la révélation pr lui-même » (vol. 7, fo 196 r°[47]) (fig. 12). En ce qui concerne Fourier, dans les notes de lecture prises sur Fourier & son système par Mme Gatti de Gamont (1838), Flaubert souligne dans la marge « Fourier catholique » pour expliquer que « les bouleversements » sociaux, notamment les révolutions, sont l’effet de “la vengeance divine” » (fo 205 r°)[48] (fig.13) et des indications similaires réapparaîtront dans la Copie [49]. Dans sa correspondance, Flaubert s’indigne contre les réformateurs modernes qui n’ont rien réformé : « Tous, Saint-Simon, Leroux, Fourier et Proudhon, sont engagés dans le Moyen Âge jusqu’au cou ; tous […] croient à la révélation biblique. […] Expliquer le mal par le péché originel, c’est ne rien expliquer du tout »[50]  ; et « Je crois qu’une partie de nos maux viennent du néo-catholicisme républicain. J’ai relevé dans les prétendus hommes du progrès, à commencer par Saint-Simon et à finir par Proudhon, les plus étranges citations. Tous partent de la révélation religieuse »[51]. Mais partant de la « révélation religieuse », nos bonshommes finissent par avoir les idées les plus éloignées. L’inscription du socialisme à côté des miracles de la sainte Vierge dévoile la stratégie ironique de l’auteur qui dénonce l’idéologie politico-religieuse de l’époque.

Fig. 11 - G. Flaubert, Ms gg10, Bouvard et Pécuchet - Plans et scénarios, fo 16 (fragment), Collections de la Bibliothèque municipale de Rouen
(http://flaubert.univ-rouen.fr/jet/public/trans.php?corpus=pecuchet&id=6784)

Fig. 12 - G. Flaubert, Bouvard et Pécuchet - Documentation préparatoire, Ms g 226-7, fo 196 r° (fragment), Collections de la Bibliothèque municipale de Rouen (http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_7_f_196__r____)

Fig. 13 - G. Flaubert, Bouvard et Pécuchet - Documentation préparatoire, Ms g 226-7, fo 205 r° (fragment), Collections de la Bibliothèque municipale de Rouen (http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_7_f_205__r____)

 

L’épisode du pèlerinage à la Délivrande, qui suppose que la Vierge libère et délivre, est emblématique de la floraison et de la frénésie de dévotion de cette époque qui a elle-même entraîné un regain d’anticléricalisme. Le caractère trop naïf de nos deux bonshommes représente-t-il la dévotion aveugle de ces foules qui se rendaient sur les lieux sacrés sans avoir conscience de la relation entre religion et État ? Espéraient-ils des bienfaits de la « Vierge qui délivre », « Virgo Liberatrix »[52](fig. 14), comme l’évoquait la piété populaire ? Mais de quoi sont-ils libérés ou délivrés ? Plus ils ont cherché à avoir la foi, plus ils l’ont perdue. Après leur pèlerinage à la Délivrande, c’est bien de la croyance religieuse qu’ils sont libérés. Telle est la révélation flaubertienne.

Fig. 14 - La Vierge noire à Notre-Dame de la Délivrande, photo prise par Atsuko Ogane en 2011.

NOTES

[1] Il s’agit des folios 198 à 328 du sixième volume de la cote g226 (Bibliothèque municipale de Rouen), consultables en ligne sur le site d’édition des dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet (dir. Stéphanie Dord-Crouslé), http://www.dossiers-flaubert.fr/. La transcription des folios de ce dossier est essentiellement due à Taro Nakajima et Atsuko Ogane.
[2] Bouvard et Pécuchet, avec des fragments du « second volume », dont le Dictionnaire des idées reçues, éd. Stéphanie Dord-Crouslé, Paris, Flammarion, coll. « GF », 2011, p. 313. Toutes les références à Bouvard et Pécuchet renvoient à cette édition  et sont dorénavant données entre parenthèses directement dans le texte.
[3] Voir Gérard Cholvy, Être chrétien en France au XIXe siècle, 1790-1914, Paris, Seuil, 1997, p. 117 : « Dès 1801, à Bordeaux, Guillaume-Joseph Chaminade publiait le Manuel du serviteur de Marie. Liées à des influences italiennes, la pratique du mois de Marie (en mai) et les associations d’Enfants de Marie se développèrent ».
[4] Correspondance, éd. Jean Bruneau et Yvan Leclerc, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1973-2007, 5 vol. (dorénavant abrégés en Corr. I à V). Ici, lettre du 25 août 1850, Corr. I, p. 672-673.
[5] Ibid., p. 673.
[6] New Catholic Encyclopedia, second edition, Washington, D.C.,Thomson, Gale in association with The Catholic University of America, 2003 ; Gérard Cholvy, ouvr. cité, p. 116 : « Le XIXe siècle français est un grand siècle marial après le temps d’arrêt qu’a constitué le XVIIIe siècle ».
[7] Voir Stéphanie Dord-Crouslé, « Flaubert et la religion moderne. À partir du dossier “Religion” de Bouvard et Pécuchet », Revue Flaubert, no 4, 2004,
http://flaubert.univ-rouen.fr/revue/revue4/08dord.php, note 12 : « Flaubert a effectué des lectures religieuses à trois périodes distinctes : d’abord entre l’été 1872 et le printemps 1874, lors des “grandes lectures” entreprises pour la préparation générale du roman ; puis à la toute fin de l’année 1878 et au début de l’année 1879 lorsqu’il s’est documenté conjointement pour les trois derniers chapitres du roman ; et enfin, en octobre et novembre de la même année, juste avant de rédiger le chapitre de la religion ».
[8] Henri Lasserre, Notre-Dame de Lourdes, ouvrage honoré du Bref de S.S. Pie IX reconnaissant la réalité des Apparitions, Paris, P. Lethielleux, 1947. Voir aussi Les apparitions de Notre-Dame de Lourdes, Le livre Chrétien, Paris, Librairie Arthème Fayard, 1952.
[9] Henri Lasserre, Notre-Dame de Lourdes, ouvr. cité, p. I-IV, « Bref de sa sainteté Pie IX à l’auteur de Notre-Dame de Lourdes ».
[11] Corr. IV, p. 579, lettre à sa nièce Caroline, 24 septembre [1872]. Mme Harnois est la sœur de Laure Le Poittevin, mère de Guy de Maupassant.
[12] Ibid., p. 718-719, lettre à Ernest Feydeau, [après le 21 septembre 1873].
[13] Ibid., p. 719.
[14] Sur Mgr Félix Dupanloup, voir le Dictionnaire de théologie catholique, sous la direction de A. Vacant et E. Mangenot, Paris, Letouzey et Ané, 1947. Dans le sommaire de ses notes
(http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_6_f_199__v____-trud), Flaubert mentionne son livre De la haute éducation intellectuelle, sur lequel il a pris trois pages de notes
(http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_6_f_295__r____-trud et suiv.), et il conserve, dans un autre dossier, une coupure de presse annotée : « Mandement de Dupanloup »
(http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_2_f_007__r_do__-trud).
[15] Corr. IV, p. 739, lettre à sa nièce Caroline du 22 novembre [1873].
[16] Ibid., p. 584, lettre à Edma Roger des Genettes, 5 octobre [1872].
[17] René Rémond, L’anticléricalisme en France de 1815 à nos jours, Paris, Fayard, 1976, p. 148-149.
[18] Mgr Gaume, Catéchisme de persévérance ou exposé historique, dogmatique, moral, liturgique, apologétique, philosophique et social de la religion, Paris, Gaume frère et J. Duprey, XXVIe leçon. « Le christianisme rendu sensible. Immaculée Conception de la sainte Vierge », 1860, p. 381 ; Abrégé du catéchisme de persévérance, « Le christianisme rendu sensible : XXVIe leçon. Fête de l’Immaculée Conception de la sainte Vierge », Bruxelles, M. Vanderborght, 1842, p. 378.
[19] Il s’agit des folios  223 v°, 301 r°, 314 r°, 224 v°, 282 r°, 229 r°, 314 v°, 300 v° et 309 r°.
[34] Sur les rapports de la politique et de la religion sous le Second Empire, voir Jean Baubérot, Histoire de la Laïcité en France, 3e éd., Paris, PUF, « Que sais-je ? », 2000, p. 38-40.
[35] Le Trésor de la Langue française informatisé, analyse et traitement informatique de la langue française, université de Lorraine
(http://atilf.atilf.fr/).
[36] Voir Corr. V, p. 299, lettre à sa nièce Caroline, [24 septembre 1877]. Voir la présentation et les notes de cette lettre, ibid., p. 1233-1234.
[37] Voir plus haut, note 10, et
http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_6_f_199__r____-trud. Voir aussi l’annexe à l’article déjà cité de Stéphanie Dord-Crouslé : « La composition du dossier “Religion” – Mss g226 (6) »,
http://flaubert.univ-rouen.fr/revue/revue4/08dordannex.php.
[38] Eugène Laurent, Notre-Dame de la Délivrande. Notice historique sur la chapelle, esprit et pratique du pèlerinage, Caen, Imprimerie religieuse de G. Pagny, 1872. Voir la fiche de l’ouvrage dans la bibliothèque du site de l’édition des dossiers documentaires,
http://www.dossiers-flaubert.fr/b-12847-1,
et les notes de lecture prises par Flaubert,
http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_6_f_231__r____-trud.
[39] Notice sur la chapelle de la Délivrande depuis sa fondation jusqu’à nos jours, 1862, Caen, Librairie religieuse de Chénel, 1862. L’auteur anonyme dédie son ouvrage, qui a reçu l’approbation de Charles, évêque de Bayeux et Lisieux en date du 2 février 1862, à « Notre Dame de la Délivrande » ; il signe : « Un de vos Enfants les plus dévoués ». Voir la fiche de l’ouvrage dans la bibliothèque du site de l’édition des dossiers documentaires,
http://www.dossiers-flaubert.fr/b-12846-1,
et les notes de lecture prises par Flaubert,
http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_6_f_232__r____-trud.
[40] Georges Dubosc, « Gustave Flaubert à Notre-Dame de la Délivrande », 1923, texte établi sur l’exemplaire de la médiathèque des Chroniques du Journal de Rouen du dimanche 2 septembre 1923
(http://www.bmlisieux.com/normandie/dubosc16.htm).
[41] Ces éléments historiques sont issus des notices sur la chapelle de la Délivrande que nous nous sommes procurées en cette église lors de notre visite en août 2011 : Basilique Notre Dame de La Délivrande, Art de Basse-Normandie, no 119, 1999 ; et E. Foucher, Histoire d’un pèlerinage, Notre Dame de La Délivrande, Imprimerie caennaise (sans date).
[42] Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet, édition critique par Alberto Cento, précédée des scénarios inédits, Paris, Librairie A.-G. Nizet, 1964, p. 108. Voir
http://flaubert.univ-rouen.fr/jet/public/trans.php?corpus=pecuchet&id=6797.
[43] Ibid., p. 109.
[45] Voir
http://flaubert.univ-rouen.fr/jet/public/trans.php?corpus=pecuchet&id=6784. Cette référence se déplace dans l’étape suivante (fo 17 ;
http://flaubert.univ-rouen.fr/jet/public/trans.php?corpus=pecuchet&id=6785) du scénario « Rouen IV » pour « les Socialistes modernes » du Xe chapitre.
[46] Stéphanie Dord-Crouslé, « Saint-Simon, Bouvard et Pécuchet : représentation d’une idéologie », dans Philippe Régnier, Études saint-simoniennes, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2002, p. 177-195 (disponible en ligne :
http://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00149844).
[47] Voir
http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_7_f_196__r____-trud et
http://www.dossiers-flaubert.fr/b-13211-3. La révélation divine se trouve également convoquée au fo 258 v° : « C’est Dieu qui m’a parlé » (Lettre d’un habitant de Genève) »
(http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_7_f_258__v____-trud).
Kosei Ogura montre bien ce paradigme de la croyance des socialistes en la révélation à partir de ces notes de lecture dans son article : « Le discours socialiste dans l’avant-texte de L’Éducation sentimentale », Gustave Flaubert 4, intersections, Paris, Minard, « Lettres Modernes », 1994, p. 71-73.
[48] Voir
http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_7_f_205__r____-view-trud et
http://www.dossiers-flaubert.fr/b-17149-3. Dans les notes de lecture, on peut trouver à trois reprises cette conception fouriériste de la « vengeance divine ». Les autres occurrences se trouvent aux folios 257 r°
(http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_7_f_257__r____-view-trud)
et 257 v°
(http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_7_f_257__v____-view-trud). Voir aussi Kosei Ogura, art. cité, p. 71.
[49] Gustave Flaubert, La Copie de Bouvard et Pécuchet d’après le dossier de Rouen, Paris, Club de l’Honnête Homme, t. 6, 1972. Dans la rubrique « Socialisme. Théocrates », on trouve : « Fourier. Les bouleversements modernes sont l’effet de la vengeance divine » (p. 398) ; et « Saint-Simon avoue que son système lui a été révélé par Dieu : ‘‘C’est Dieu qui m’a parlé.” (Saint-Simon, Lettre d’un habitant de Genève) » (p. 400). C’est Kosei Ogura qui a signalé le premier que ces notes figureront de nouveau dans la « Copie » dans  son analyse de L’Éducation sentimentale (art. cité, p. 73). Sur le Saint-Simonisme, nous devons beaucoup au Siècle des saint-simoniens, du Nouveau christianisme au canal de Suez, sous la direction de Nathalie Coilly et de Philippe Régnier, Paris, Bibliothèque nationale de France, 2006.
[50] Corr. III, p. 401, lettre à Edma Roger des Genettes, [été 1864].
[51] Corr. IV, p. 13, lettre à Jules Michelet du 2 février 1869.
[52] Rome a accordé le titre de « Vierge qui libère » à la Vierge Noire de La Délivrande en 1897.

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