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Sommaire Revue n° 13
Revue Flaubert, n° 13, 2013 | « Les dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet » : l’édition numérique du creuset flaubertien.
Actes du colloque de Lyon, 7-9 mars 2012

Numéro dirigé par Stéphanie Dord-Crouslé

Le dossier « Grands écrivains »

Rosa Maria Palermo Di Stefano
Professeur de Littérature française, Université de Messine
Voir [Résumé]

La section que j’analyse, dans le troisième volume des dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet, est celle des « Grands écrivains »[1]. Insérée entre « Critiques » et « Spécimen de styles », elle fait partie d’un corpus qui comprend aussi les sections « Grands hommes » et « Esthétique », et qui apparaît partant surtout dédié à l’« écriture » dans son sens le plus élevé, c’est-à-dire à la Littérature. On connaît bien, d’ailleurs, la passion que l’« homme livre », l’« homme plume », lui dédia pendant toute sa vie ; une symbiose qui résista à tous les orages, mêlant haine et amour, estime et mépris, car « selon lui, “l’esthétique est le Vrai”. Ce postulat autorise la littérature à adopter une position en surplomb par rapport à tous les autres savoirs »[2]. Alter ego de cette passion, le goût des notes, des citations, et donc « ce lien indissoluble entre documentation et conception qui […] va progressivement se construire »[3] et qui parviendra à son sommet dans l’histoire des deux cloportes.

Je renvoie pour une présentation détaillée de ce dossier aux notes de ma transcription en ligne, me limitant ici à quelques remarques et à quelques considérations qui n’aboutiront pas, bien sûr, à des conclusions « définitives », étant donné le caractère aléatoire de ces documents, mais qui sont le résultat d’une analyse autant que possible exhaustive. Je crois en effet qu’un discours définitif, scientifique, fondé sur des « peut-être », est impossible, mais je conviens que la richesse et la complexité des dossiers sont un stimulus pour une aventure qui pourrait, qui sait ?, nous réserver des surprises.

À l’exception du folio 92[4] qui contient une page de journal avec le poème « Mon voyage » de Camille Doucet, des 30 feuillets composant mon dossier, dix sont des pages autographes de Flaubert[5], cinq sont de la main de Laporte[6], et quatorze sont mixtes, Flaubert étant intervenu soit en ajoutant des notes à celles de l’« Asiatique », soit en effectuant des collages[7].

D’après le schéma établi par Norioki Sugaya[8], le processus diachronique des différents manuscrits suit grosso modo un iter qui, partant des notes, arrive aux pages de notes de notes pour le premier volume, ou bien aux récapitulations copiées par Laporte pour le second volume. Même si ce processus diachronique n’est pas applicable à tous les manuscrits, on convient que l’on est, dans certains cas, face à des pages qui sont censées représenter le dernier stade (ou presque), si l’on s’en tient à la déclaration de l’écrivain selon laquelle le second volume aurait été prêt en « six mois »[9]. Pour en rester au parcours établi, on conviendra alors que les manuscrits de mon dossier peuvent appartenir aux stades suivants : 1- les notes de Flaubert ; 2- les pages copiées par Laporte[10]  ; 3- les folios « mixtes », qui représentent chronologiquement un moment successif, car Flaubert a réélaboré ses notes et celles de Laporte pour créer une autre page, selon un but particulier, unité thématique (le XVIIe siècle, fos 91[11] et 93[12]) ou de sujet (Thiers, fo 110[13]). Il me semble toutefois plus complexe d’établir la position diachronique de quelques pages qui peuvent se situer dans le deuxième stade (contemporaines de la copie de Laporte : ce serait le cas des notes de notes… pour le  premier volume), mais aussi dans un quatrième stade (après les opérations de collage, etc.). On peut, en effet, considérer ces folios comme appartenant à la même phase diachronique que les copies de Laporte ; mais ils pourraient aussi avoir été rédigés après le collage ou en même temps, ou après la copie de l’ami fidèle : c’est ce qui arrive (on le verra) pour une citation du Mithridate (de la main de Laporte), parvenue à une page toute consacrée à Racine, page qui me semble indiquer une étape ultérieure, presque finale.

Tous les folios de mon dossier semblent destinés au second volume mais, comme il arrive dans diverses occasions, des notes, des indications ont été employées d’abord pour le premier : c’est le cas de la référence au crime de Fualdès qui, à ma connaissance, apparaît d’abord, en deux fragments, dans une page de notes[14] entièrement de la main de Flaubert, dédiée à Joseph de Maistre : « La cupidité n’est pas la cause de ce crime “J’y ai toujours vu la franc-maçonnerie ils l’étaient tous, et lui plus que tout qu’un autre” »[15] et « Tous du reste étaient républicains, patriotes, fédérés & tout ce que vous voudrez & Fualdès plus que les autres. Mais ce n’est qu’entre complices qu’on se punit & cet assassinat avait l’air d’une sentence »[16]. De ces deux fragments, seul le premier, recopié par Laporte, arrive au folio 90, précisément celui qui contient une indication des coupables, une sorte de « j’accuse » : « (à propos du crime de Fualdès) J’y ai toujours vu la franc-maçonnerie ; ils l’étaient tous et lui plus qu’un autre »[17].

On se souviendra que ce procès est cité dans le premier volume (chapitre I), mais génériquement, comme un des sujets de conversation des deux personnages : « De temps à autre, l’histoire du Collier ou le procès de Fualdès revenait dans leurs discours »[18]. L’indication, donc, a déjà été exploitée, mais sans aucun approfondissement, sans aucune dénonciation. Au-delà de ce transfert, d’ailleurs, on remarquera que la Littérature est parvenue de plain-pied dans ce premier volume, se concrétisant surtout dans les nombreuses citations du chapitre V, mais aussi dans cette aura littéraire qui imprègne le texte à maint endroit, dans le personnage de Dumouchel, destinataire des honneurs dus à un « homme des lettres », dans la passion littéraire omnivore de Bouvard qui « aimait tous les écrivains en général »[19] ; prélude à cette masse de citations où les écrivains les plus accrédités côtoient les plus ratés. Or, on sait que l’analyse des manuscrits se base sur divers témoins : type de folio (couleur, épaisseur…) ; interventions diverses, externes (coupage, collage…) et internes (représentées par des signes, comme des croix, des parenthèses… ou par l’élaboration de l’écriture : suppression, déplacement de mots, élargissement de phrases, etc.) ; autant d’indices qui permettent d’établir l’évolution du texte au niveau diachronique et synchronique (composition, rédaction…).

Pour le dossier en question, une analyse « narratologique », en lien avec une diégèse traditionnelle, apparaît inutile, que ce soit pour la structure du texte en lui-même ou pour les déclarations réitérées, passionnées, de l’écrivain à propos d’un second volume constitué seulement de citations. L’analyse « traditionnelle » doit alors céder la place à une recherche qui tienne compte des indications de l’auteur et qui, par ailleurs, se heurte aux limites d’un texte qui se veut anti-roman par excellence, degré zéro de l’écriture. C’est dans les plis de ces pages, apparemment « ouvertes », « faciles », que le chercheur fouillera essayant de forcer le mur cryptique qui empêche la pénétration d’un ouvrage à l’apparence si innocente. Les interventions de l’écrivain, qui scandent les différents stades évolutifs, me semblent en effet autant de messages chiffrés mais, en même temps, de pancartes nous aidant à suivre un chemin difficile et fascinant ; car elles dénoncent une sorte de « création par notes », les pages constituant une espèce de carte pour suivre l’évolution de l’écriture citationnelle, mais aussi pour essayer de définir la possible structure par laquelle ce dossier parviendrait au second volume.

Les folios

Le dossier débute par le folio 87 (autographe de Flaubert) avec l’indication de la section « Esthétique - & critiques » ; dans le folio 88, de la main de Laporte, il y a le titre « Grands écrivains » ; le folio 89 contient l’indication de Flaubert : « gds écrivains Manquent des phrases de Molière Boileau Bossuet Mascaron Musset G. Sand Balzac Michelet A. Dumas fils Scribe. H. Martin V. Hugo. Lamartine ». Cette liste de treize écrivains, différant par le siècle d’appartenance, mais aussi par le prestige, située en tête du dossier, pourrait être considérée comme programmatique, et rentrer dans la logique des nombreuses listes de l’écrivain. Mais seuls quelques-uns de ces auteurs (Molière, Balzac, Bossuet) seront effectivement cités dans ce corpus, peut-être parce que Flaubert n’a pas eu le temps de prendre d’autres notes ou bien d’effectuer certains transferts[20].

Les citations du dossier sont ainsi réparties : 1 folio (95), Pascal ; 1 folio (96), Corneille ; 1 folio (97), Molière ; 3 folios (98 à 100), Racine ; 5 folios (101 à 105), Voltaire ; 1 folio (110), Thiers ; 2 folios (111 et 112), Béranger ; 2 folios (107 et 113), Alexandre Dumas père ; 1 folio (114), Balzac ; 1 folio (115), Xavier de Maistre ; 1 folio (116), Delavigne ; 5 folios mixtes : (90), Xavier de Maistre et Joseph de Maistre ; (91), F. Sarcey, Racine, Cousin et Delavigne ; (93), Malherbe, Bossuet et Lanfrey ; (94), Sainte-Beuve, Racine et Taine ; (108), Esménard, Delille, Fontanes et Thomas ; (109), Octave Feuillet et Ponsard.

Citations

En ce qui concerne la quantité de citations, le premier est Voltaire (35), suivi de Racine (26), Béranger (9), Xavier de Maistre (7), Corneille et Dumas (5), Molière et Delavigne (4), Sarcey, Lanfrey, Pascal, Thomas, Thiers et Balzac (2). Tous les autres ne sont cités qu’une fois. Même si l’on considère que le dossier peut ne pas être complet (dispersion, auteurs de la liste qui n’apparaissent pas…) et que d’autres citations des mêmes auteurs se trouvent dans d’autres sections, il n’est toutefois pas douteux qu’un corpus ainsi conçu dénonce des préférences déterminées et un but bien précis (mélange d’auteurs plus ou moins célèbres…) qui, bien entendu, rentre dans l’optique du deuxième volume.

Les transferts

Des indications importantes, concernant les déplacements et les modifications des notes, proviennent des transferts : dans mon dossier, ceux-ci intéressent sept folios, pour un total de quatorze citations. Je m’arrêterai ici brièvement seulement sur deux transferts[21] qui me posent quelques problèmes : le premier concerne un passage sur l’« alexandrin », publié par Francisque Sarcey dans L’Opinion nationale du 17 décembre 1860. Ce passage se trouve, sans aucune modification de contenu, dans trois folios du « dossier Duplan » (précisément les folios 88 r°, 102 v° et 122 r° du volume 5), et il est transféré par Laporte au folio 91 du volume 3[22]  :

L’alexandrin parle des vertus et des vices avec toute l’autorité convenable, c’est son vrai langage. Sous la main de Molière, il se brisait, il s’assouplissait pour suivre les détours de la conversation. On eût dit le gendarme qui rentré dans son ménage débarbouille ses enfants et leur trempe la soupe.
Opinion nationale, Francisque Sarcey, 17 décembre 1860

Des trois folios de Duplan, le folio 88 r°[23], très propre, contient quatre extraits d’articles de presse, chacun complété par les indications de la date et de la source. Le folio 102 v°[24] contient cinq fragments divers, tous complétés seulement par le nom des auteurs ; ces fragments sont raturés, à l’exception de celui qui nous intéresse, qui est aussi marqué en marge gauche par un signe qui ne me semble pas appartenir à Flaubert. Le folio 122 r°[25], très propre, contient la fin d’une citation de Félix Pyat, plus sept citations d’auteurs divers : quatre de ces fragments, y compris le nôtre, sont marqués par des signes dont je ne connais pas l’auteur. Sans vouloir me prononcer sur des manuscrits qui ne sont pas de ma compétence, je me limite à relever que ces documents me posent des problèmes en relation avec l’ordre actuel des folios et, surtout, avec l’idée d’un « dossier Duplan » créé pour le Sottisier[26].

Un autre phénomène intéressant concerne un extrait de l’Histoire du Consulat et de l’Empire de Thiers[27], dont Flaubert prend connaissance à partir de deux sources distinctes : la version qu’en donne le journal de Karr, Les Guêpes, située dans le folio 113 du volume 4, au milieu de diverses notes : « à propos de la redingotte grise de Napoléon “il n’avait pas encore cette enveloppe grise qu’il a rendue depuis si célèbre” Thiers »[28], et celle que semble[29] proposer Lanfrey, au folio 174 du volume 6, intitulé : « Études & Portraits Politiques. Lanfrey. 1865 ». Là, six fragments, y compris celui qui nous occupe, sont réunis sous la vedette en marge gauche : « Style de Thiers ». Il s’agit évidemment d’une page destinée à la copie, avec les marques habituelles (croix, « copier », etc.). Le fragment qui nous intéresse révèle une modification du sujet grammatical : « - il n’avait pas encore cette enveloppe grise qui l’a depuis [rendu] si célèbre »[30]. Ce n’est plus ici Napoléon qui assure au vêtement sa renommée, mais le costume qui fait entrer le personnage dans l’Histoire.

En théorie, ce folio aurait dû passer entre les mains de Laporte pour la copie, mais, dans les faits, le groupe de six citations, plus une autre de la même page concernant la condamnation du duc d’Enghien et le début d’une septième qui est raturée, toutes de la main de Flaubert, parviennent au folio 110 de mon dossier, un folio mixte, totalement consacré à Thiers, dans la seconde partie duquel se trouve collé un fragment de la main de Laporte. Dans ce transfert, le fragment en question subit une ultime modification, que je qualifierais de stylistique, moyennant une simple inversion de mots : « - Il n’avait pas encore cette enveloppe grise, qui depuis l’a rendu si célèbre. » On remarquera aussi, dans ce transfert, une autre faute remarquable, car la phrase du folio 174 r° (volume 6) : « la tendresse conjugale fut victorieuse chez lui de la politique »[31] (je souligne), comme l’écrit d’ailleurs Lanfrey lui-même, subit une inversion totale de sens dans notre folio 110, devenant : « La tendresse conjugale fut victime chez lui de la Politique »[32] (je souligne).

Bien entendu, on sait que ces méprises, même éclatantes, rentrent, pour ainsi dire, dans la norme chez Flaubert ; mais, qu’elles soient dues à la distraction ou volontaires, une question me paraît inévitable : puisque je ne crois pas que toutes ces fautes soient délibérées, je pense que, à un certain moment, Flaubert se serait aperçu de ses erreurs. Qu’aurait-il fait alors ? Il aurait corrigé la note erronée, bien sûr, mais aurait-il procédé à une nouvelle campagne de révision du dossier tout entier ? Combien de temps lui aurait-il fallu ? Et je pense à ces minces « six mois »…

Revenons aux dossiers ; on sait bien que la sélection, le collage, dénoncent déjà un phénomène de personnalisation, mieux, d’absorption boulimique des textes sources, car, comme le remarque Anne Herschberg Pierrot à propos des notes de lecture prises sur le Dictionnaire philosophique de Voltaire, l’intérêt majeur des notes est qu’elles nous rappellent « à quel point chez Flaubert la lecture est appropriation d’un espace d’écriture, et l’écriture de la note mime l’écriture de la fiction en un pastiche de travail [… puisque] une fois copiée, la citation devient objet d’anthologie, falsifiable comme les autres »[33]. La sélection, la disposition des notes représentent donc déjà une orientation, quoique non narrative, elles sous-entendent, parfois, un jugement ; et lorsqu’à la « sélection par citation » on ajoute des marques d’interventions personnelles, quelle que soit leur forme ou leur expansion, la note assume le chrême d’un noyau existentiel, d’une création littéraire à l’état embryonnaire, dont la réalisation sera plus ou moins proche, dont la structure sera plus ou moins « canonique », mais qui, de toute façon, sera.

Interventions de Flaubert

On a déjà rappelé les déclarations de Flaubert à propos du second volume comme livre de citations, et le dernier penchant de la critique est pour l’acceptation de l’idée d’un texte fait seulement de citations, sans fil rouge, sans support narratif, peut-être sans ces « attaches » restées au nombre des mystères flaubertiens. Mais tout innovateur que soit ce « précurseur »[34], je crois qu’il n’aurait pu se passer d’appliquer à un texte, fût-il construit à partir de citations, cette méthode d’écriture aux maintes élaborations qui caractérise sa production : même si, on le sait, dans ce cas-ci, il s’agit d’un corpus fragmentaire, dont l’unité n’est pas à chercher dans la diégèse, mais dans l’idée, cette idée de bêtise qui hantait l’écrivain dès sa jeunesse et dont il voulait faire son héritage spirituel pour le monde entier. Et la typologie des interventions indique une méthodologie qui préside à l’évolution diachronique des folios et qui est propédeutique, à mon avis, à un fil rouge qui tient les perles.

À ce propos, je remarquerai d’abord dans mon dossier[35], au folio 110, en marge gauche, à côté d’une des phrases de Thiers : « Placée entre le Hanovre & l’Honneur, la Prusse était horriblement agitée »[36], une des croix si habituelles pour Flaubert. D’après Norioki Sugaya, on considère ces croix « trop souvent comme une marque spécifique du Sottisier [tandis que] l’examen du dossier médical montre clairement que la croix peut orienter aussi bien vers le premier volume que vers le second »[37]. On a déjà vu, par ailleurs, que la phrase en question appartient au groupe d’extraits relatifs au « Style de Thiers », extraits situés dans un folio mixte car, à ce passage autographe, Flaubert a ajouté une demi-page de citations copiées par Laporte ; on est donc au moins à un deuxième stade et l’on peut partant penser que cette croix est due à une ultime « attention » de la part de l’écrivain, ou bien qu’elle a été ajoutée dans une période précédant le collage.

Quant aux autres folios du dossier, aucun ne présente ces signes (des croix, ou les mots « copie », « copiez »…) qui caractérisent ce que l’on peut appeler le premier stade, c’est-à-dire les notes destinées à être recopiées. On se situe en effet à une étape ultérieure indiquée par des interventions qui vont au-delà de la sélection des notes, interventions dans lesquelles le « je » narratif s’efface apparemment devant l’impersonnalité de signes, de notes de régie avec le verbe à l’infinitif, de mots ou de syntagmes suivis de points d’exclamation ; des interventions, enfin, qui se posent comme un métalangage, cryptique si l’on veut, mais qui pour cela n’en contient pas moins des analyses, des commentaires… enfin, autant d’indications diverses pour l’ouvrage en élaboration (in fieri). Et si le « je » ne paraîtra jamais dans ce texte, peu importe, les signes créatifs se chargeront de représenter le non-dit : tel un dictionnaire, où le lecteur est amené à la compréhension du lemme, à l’explication de l’article, grâce aux indicateurs sémantiques, c’est-à-dire à des symboles, à des structures, à des caractères typographiques particuliers. Bien entendu, je ne pense pas que Flaubert ait eu l’intention de reproduire dans la copie finale les signes et les symboles ; je veux dire que le choix et la disposition des citations (inventio et dispositio), fruits d’une bonne connaissance de la psychologie humaine, lui suffisaient pour guider le lecteur[38], pour lui faire percevoir le signifié, le sens caché, la quintessence de cette liste de citations ; car, c’est par ces interventions que l’écrivain entre dans le texte déjà sélectionné et procède à une nouvelle campagne de révision, qui se veut respectueuse du caractère fragmentaire, impersonnel, voulu pour le corpus, et qui toutefois dénonce une analyse non déclarée mais, de toute manière, valable. C’est le cas, par exemple, de la rubrique « Bon goût du XVII siècle » (fo 93) se référant à deux phrases de l’intendant des finances d’Aligre, rapportées par Lanfrey. On pourrait en effet supposer que Flaubert vise à établir une sorte de sous-rubrique, correspondant à une sélection ultérieure, dans le but de passer de la section générique « Grands écrivains » à des marques temporelles plus spécifiques ; mais je crois aussi que cette vedette a une valeur ironique, se pose comme une sorte de jugement de mérite, car les deux phrases citées contiennent ces défauts de style (répétitions de « qui », « que », boursouflures…) que l’écrivain condamnait.

Les interventions de l’écrivain dans mon dossier, comme dans les autres, sont de différents types. J’indiquerai, par exemple :

 

  • Rubriques : « Style des Académiciens » (fo 91) ; « Style du gd siècle » (fo 94) ; « Style. Classiques » (fo 98, 99, 100) ;
  • Signes de sélection : soulignements, petites croix sur les mots, chiffres dans la marge gauche, crochets droits, ratures…
  • Notes de régie qui, comme d’habitude, ont des fonctions diverses, concernant :
  • - la synthèse des contenus : « [p]hrase de M. Cousin dans son discours au roi » (fo 91) ;
  • - des spécifications diverses : noms des personnages, indications bibliographiques… ;
  • - l’inventio : « chercher tous les traits de galanterie & les inversions les plus fortes » (fo 99) ;
  • - la dispositio : « Mettre au-dessus le mot de P.L. Courier “la moindre femmelette du 17e siècle” » (fo 94) ; « Mettre puis les arts de Béranger » (fo 108).

 

Tout cela, évidemment, n’est pas original par rapport à d’autres dossiers ; mais, m’arrêtant au mien, je pense que, à ce stade d’élaboration textuelle que nous appellerons « scénarique-rédactionnel », les interventions de Flaubert sont plus que jamais les indicateurs d’un projet concernant le second volume, d’un aboutissement pré-ordonné, avec des caractéristiques déjà établies, qui vont au-delà de la copie pêle-mêle.

Je voudrais, pour mieux m’expliquer, considérer en particulier trois folios autographes consacrés à Racine, les folios 98[39], 99[40] et 100[41].

Le rapport de Flaubert avec les classiques remonte, on le sait bien, à sa jeunesse et il n’avait donc pas besoin d’effectuer des recherches comme c’est le cas pour les autres « savoirs ». En effet, 9 pages de citations sur 27 sont dédiées au XVIIe siècle ; pour Racine, au-delà des folios cités, on trouve aussi deux notes, dans le folio 91 et dans le folio 94. Je rappellerai brièvement que le folio 91, contenant un distique de Mithridate (copié par Laporte) est un folio mixte, dédié à un groupe d’auteurs différents (Sarcey, Racine, Cousin). La sélection moyennant rature préannonce le transfert au folio 99, totalement réservé au théâtre racinien, où les vers sont incorporés dans une citation plus longue de la pièce ; on serait donc, pour le folio en question, au moins à un troisième stade rédactionnel, si ce n’est au quatrième. L’autre passage, situé dans le folio 94, entièrement de la main de Flaubert, ne subira pas de transfert, car il semble avoir conclu son iter : il s’agit d’un passage de la Préface de Mithridate qui, avec un fragment tiré de Mme de Longueville, est inclus sous la rubrique « Style gd style du 17e siècle ». Dans la même page, par ailleurs, une citation du prince de Condé, d’après Taine, est marquée en marge gauche : « style du grand siècle ». On a donc affaire à une page « thématique » sur laquelle, au-delà de deux petites ratures n’interférant pas avec le texte, Flaubert apporte deux interventions fondamentales : l’une qui concerne la disposition, car, s’aidant des chiffres 1 et 2 en marge gauche, il prédispose l’inversion de l’ordre des deux passages ; l’autre qui appartient déjà à ceux que l’on pourrait considérer des indicateurs sémantiques, stylistiques, car elle consiste en des soulignements de termes répétés et d’allitérations.

Mais revenons aux trois folios en question. On voit qu’ils contiennent des extraits d’Alexandre, Andromaque, Esther, Athalie, Mithridate, Bérénice, Bajazet et Phèdre. Avec le folio 116, dédié à Delavigne, Flaubert les a classés sous la vedette « Styles Classiques », là où les pages 96 et 97, copiées par Laporte et consacrées respectivement à Corneille et à Molière, ne contiennent, encore, que la rubrique « Grands écrivains ». Les pages raciniennes dénoncent donc, à mon avis, un pas en avant, une sélection postérieure, plus spécifique, plus restrictive, car j’y vois une sorte de quête thématique qui va au-delà de l’inventio et de la première dispositio, et prélude à une sorte de « mise au net ». Questions : ces pages proviennent-elles d’une copie de Laporte (comme le confirmerait le transfert du folio 91) ? ; ou bien Flaubert, se fiant à sa connaissance des classiques, a-t-il tout simplement mis sur sa table de travail le Théâtre de Racine et en a-t-il tiré des vers contenant des aspects qu’il considérait comme caractéristiques (finalisés à son idée), aptes à faire ressortir les « anomalies » de l’écriture racinienne ? Cela aussi me paraît possible, de même qu’une solution mixte (Flaubert qui lit, quelques interventions de Laporte…). Je n’oserai, évidemment, rechercher la « vérité », mais ce qui me semble assez sûr c’est que, pour ces pages aussi, il faut penser à un stade rédactionnel avancé. La composition de ces folios me fait penser au moment où Bouvard et Pécuchet, déçus par les tragédies qu’ils déclamaient par cœur, « abordèrent la comédie, qui est l’école des nuances. Il faut disloquer la phrase, souligner les mots, peser les syllabes »[42]. Transposée de la parole à l’écriture, de la comédie à la tragédie (ironie par antithèse), la méthode de Bouvard et de Pécuchet me semble avoir trouvé ici une juste réalisation, remarquable surtout par la disposition des vers disloqués, des mots soulignés, des syllabes pesées par la métrique, dans ces trois pages dont la structure, certainement favorisée par le texte poétique, ne me semble toutefois pas habituelle dans les manuscrits. En effet, les folios sont divisés en trois espaces suivant une méthode précise : 1- la marge gauche, contenant seulement les rubriques et le titre des tragédies ; 2- le corps du texte, contenant les citations ; 3- la marge droite, à peu près de la même largeur que la gauche, contenant des notes de l’écrivain. Ces dernières sont de divers types : détails sur la pièce (noms de personnages ou de lieux…), définitions de style (« galanterie »), commentaires exprimés par des points d’exclamation : c’est le cas de « (l’eucharistie !!!) » qui condense et commente le vers d’Athalie se référant à Dieu : « il nous donne ses lois, il se donne lui-même » (fo 99).

À l’intérieur du corps du texte, les signes de sélection consistent en des soulignements et en de petites croix. Les premiers ne se bornent pas à la dénonciation des répétitions, mais ils mettent en évidence les éléments caractéristiques de ce langage racinien élaboré, rhétorique, que l’écrivain n’aimait pas : c’est le cas de syntagmes qui forment des synesthésies, comme « les puissant appas », « du sang […] l’étroite chaîne », « sa main heureusement cruelle »… ou bien de simples mots, comme « soupirs », « feu », « flamme »[43]. Deux notes de régie complètent les interventions sur ces folios : la première, au bas du folio 99, concerne l’inventio : « chercher toutes les traits de galanterie et les inversions les plus fortes » ; l’autre (fo 100), intéresse la dispositio : « Mettre toutes les flammes ensemble - & puis les feux les soupirs ». Je ne connais pas le sort des « traits de galanterie » et des « inversions », mais je crois que la note de régie du folio 100 est à l’origine d’une nouvelle modification apportée dans les notes, modification propédeutique au déplacement annoncé : j’entends les cinq petites croix situées sur les cinq mots « flamme/s », ultérieurement sélectionnés en vue de leur passage avant « feux » et « soupirs », ces termes qui eux aussi (coïncidence ?) ont cinq occurrences.

L’abondance, la typologie et la variété de signes et d’ajouts dans ces trois folios me font penser à une sorte de pro memoria en vue d’une campagne de révision à venir : la dernière ? Peut-être, mais ces signes, ces ajouts, auraient aussi pu être remplacés par d’autres interventions, possiblement des transitions narratives[44], suivant la ligne méthodologique de l’écrivain qui, le 7 [avril 1879], écrivait à Edma Roger des Genettes : « Restera le second volume, rien que de notes, elles sont presque toutes prises »[45]  ; et le [25] janvier 1880, à la même : le second volume « ne sera presque composé que de citations »[46]. Entre le rien et le presque se situe, je crois, le mystère du comment lié au second volume ; et je crois, de même, que les citations raciniennes, disloquées, soulignées… représentent la dernière limite avant ce quid qui aurait dû être le texte imprimé.

J’ai alors essayé en suivant les indications des notes de régie, de construire le folio composite (une avant-mise au net ?) résultant de la redistribution des fragments textuels des folios 98 et 100 ; et j’ai obtenu la page disponible en annexe (j’ai réduit les citations à l’essentiel pour mettre en relief le résultat).

 

Cette page composite montre que « l’explication » de l’idée flaubertienne à propos de Racine se passe de mots, de longs commentaires, laissant la place à la simple représentation. Comme l’affirme justement Jacques Neefs, Bouvard et Pécuchet est tendu entre « deux horizons. D’une part la matière des savoirs et des discours peut être projetée en figuration narrative complexe […]. Mais d’autre part, les énoncés pourront être dénudés et simplement “montrés”, selon un montage qui suffira à construire l’“aventure” et surtout les mésaventures des savoirs, des pensées et des discours »[47]. Grâce au juste emploi de l’inventio et de la dispositio, le message de l’elocutio pourra en effet être centré sur la mimésis et l’énoncé sera perceptible par des signes ou des structures particulières plutôt que par la parole : l’« effet de dénonciation »[48] dont parle encore Jacques Neefs, sera, de ce fait, clair et le lecteur ne pensera pas « qu’on se fout de lui »[49].

NOTES

[1] Ms g226, vol. 3, fos 87 à 116. Voir
http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_3_f_088__r____-trud et suiv. Je renvoie directement à l’édition en ligne : Les dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet. Transcription intégrale des documents conservés à la Bibliothèque municipale de Rouen, accompagnée d’un outil de production de « seconds volumes » possibles, sous la dir. de Stéphanie Dord-Crouslé,
http://www.dossiers-flaubert.fr/, 2012.
[2] Stéphanie Dord-Crouslé, Bouvard et Pécuchet de Flaubert, une « encyclopédie critique en farce », Paris, Belin, 2000, p. 16.
[3] Pierre-Marc de Biasi, « L’esthétique référentielle. Remarques sur les Carnets de travail de Gustave Flaubert », dans François Lecercle et Simone Messina, Flaubert, l’autre, pour Jean Bruneau, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 1989, p. 20. Sur le rôle de la documentation dans l’œuvre de Flaubert, voir ibid., p. 17-33.
[5] Il s’agit des folios 87, 89, 94, 95, 98, 99, 100, 106, 113 et 116.
[6] Il s’agit des folios 88, 96, 101, 102 et 114.
[7] Il s’agit des folios 90, 91, 93, 97, 103, 104, 105, 107, 108, 109, 110, 111, 112 et 115.
[8] Norioki Sugaya, « Régularités et distorsions : les transferts d’extraits dans le dossier médical de Bouvard et Pécuchet  », dans Rosa Maria Palermo Di Stefano, Stéphanie Dord-Crouslé, Stella Mangiapane, Éditer le chantier documentaire de Bouvard et Pécuchet. Explorations critiques et premières réalisations numériques, Messina, Andrea Lippolis Editore, 2010, p. 216. Consultable en ligne :
http://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00550686.
[9] Voir les lettres à Edma Roger des Genettes du 14-[VIII-1879] et du 8-[X-1879] ; à Maxime Du Camp du 13-XI-[1879] ; à Juliette Adam du 2-XII-1879 ; à Gertrude Tennant du [16-XII-1879] ; et à Edma Roger des Genettes du 24 [25]-I-[18]80 ; Gustave Flaubert, Correspondance, éd. Jean Bruneau et Yvan Leclerc, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1973-2007, 5 vol., dorénavant abrégés en Corr. I à V. Ici, Corr. V, respectivement p. 688, 721, 738, 756, 767 et 797.
[10] J’aurais quelques réserves à propos du rôle purement exécutif de Laporte, car je rappelle que parfois un renseignement « autonome » a même servi de base matérielle (premier stade, scénario) ; c’est le cas de la page de notes sur les constellations, envoyée par Laporte pour Hérodias, une page devenue une sorte de scénario sur lequel Flaubert a directement travaillé pour rédiger la prédiction de l’Essénien ; et même si la structure de ce conte rentre encore dans la norme de la narration, se détachant donc de la déstructuration narrative du second volume, cela me fait penser que quelque « liberté » pourrait être attribuée au fidèle ami. Voir Rosa M. Palermo Di Stefano, « La prédiction de l’Essénien », dans Atti Accademia Peloritana dei Pericolanti, Classe di Lettere Filosofia e Belle Arti, vol. LXVIII – Anno accademico CCLXIII (1992), Messina, Accademia Peloritana dei Pericolanti, 1994, p. 263-283.
[18] Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet, éd. Claudine Gothot-Mersch, Paris, Gallimard, 2011, « Folio Classique », p. 60.
[19] Ibid., p. 55.
[20] Il résulte d’une recherche sur le site d’édition des dossiers documentaires (http://www.dossiers-flaubert.fr/recherche-tei.php) que seul Mascaron n’est pas cité ailleurs dans les dossiers.
[21] Les autres transferts concernent : une citation des Guêpes portant sur Cousin (http://www.dossiers-flaubert.fr/c-2776) ; une citation d’un roman d’Octave Feuillet (http://www.dossiers-flaubert.fr/c-8358) ; et un mot de Ponsard rapporté par La Petite Revue
(http://www.dossiers-flaubert.fr/c-1687).
En donnant une acception plus large à la notion de transfert, on peut aussi convoquer un extrait de Malherbe (http://www.dossiers-flaubert.fr/c-998 et
http://www.dossiers-flaubert.fr/c-8489) et deux vers de la Mithridate de Racine (http://www.dossiers-flaubert.fr/c-13123 et
http://www.dossiers-flaubert.fr/c-466).
[26] Je pense que le folio 102 v° est le plus ancien, car les quatre cinquièmes des fragments raturés me semblent indiquer une première sélection ; ensuite devrait suivre le folio 122 r°, très propre et contenant une sélection postérieure. Le passage sélectionné serait enfin arrivé au folio 88 r° qui, seul, est complété par des indications relatives non seulement à l’auteur, mais aussi à la source (« Opinion nationale », 17 décembre 1860) ; et ces indications ont été reprises par Laporte. Ou bien, une sélection aurait pu être effectuée suivant l’ordre actuel de succession des folios, mais alors Laporte, au moment de la copie, serait revenu à la page contenant les renseignements relatifs au texte source. Cela me semble confirmer les perplexités souvent exprimées à propos du dossier Duplan voulu par Flaubert, une question, par ailleurs, qui est encore discutée. Au-delà du transfert signalé, on sait bien que Duplan a effectué plusieurs déplacements dans ses papiers, souvent sans qu’aucune des marques connues ne nous indique l’intervention de l’écrivain. On se demande alors si ces déplacements ont été effectués « sur commande » de Flaubert ou bien si son ami a, en toute autonomie, choisi et déplacé ses notes… ou les deux ? Or, les éléments que l’on possède concernant le rôle du dossier Duplan dans le roman flaubertien sont bien moins clairs et bien moins nombreux que ce que l’on sait, grâce à la Correspondance, de la part importante prise par Laporte. Je crois alors pouvoir faire valoir les doutes déjà exprimés par Claudine Gothot-Mersch à ce propos dans la préface de son édition (Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet, éd. citée, p. 10-12). Je me demande, en effet, si Duplan n’avait pas l’habitude, ainsi qu’il arrivait à beaucoup de monde, de tenir une sorte de « Zibaldone », des miscellanées de notes diverses, dont Flaubert se serait en quelque sorte servi du vivant de son ami et qui lui seraient arrivées après sa mort. Je remarquerai aussi que dans ce dossier il y a quelques marques caractéristiques de Flaubert (des croix), mais il y en a d’autres qui ne me semblent pas lui appartenir : Flaubert disait et Duplan ou Laporte sélectionnait-il ? Était-ce Duplan qui marquait pour son propre compte ? Mais tant que l’on reste dans le domaine des hypothèses, inutile de continuer…
[27] À propos de cet ouvrage, Flaubert écrivait aux frères Goncourt : « Je lis maintenant l’Histoire du Consulat […] et je pousse des rugissements. Il n’est pas possible d’être plus foncièrement médiocre et bourgeois que ce monsieur-là ! Quel style ! et quelle philosophie ! » (lettre du [6 mai 1863], Corr. III, p. 323).
[29] Celle que semble proposer Lanfrey, car lorsqu’on se reporte à l’ouvrage, on s’aperçoit que le publiciste ne cite pas la phrase reproduite par Flaubert dans ses notes. Lanfrey écrit : « […] le moment est arrivé de faire une incursion sur le domaine du style élevé. Alors le ton de M. Thiers s’élève en effet. On ne le reconnaît plus. Il dit : “l’enveloppe grise” au lieu de la redingote grise. Il dit : “un pied audacieux” au lieu de dire tout simplement un pied » (Études et portraits politiques, 2e éd., Paris, Charpentier, 1865, p. 68). Il semble donc que la mémoire de Flaubert ait ici été sollicitée par l’expression pointée par Lanfrey et qu’elle ait ravivé le souvenir de la phrase citée dans Les Guêpes par Karr en février 1847, la « redingote grise » napoléonienne étant par ailleurs devenue pour lui une « scie » (voir
http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_1_f_277__r____-trud).
[33] Anne Herschberg Pierrot, « Sur les notes de lecture de Flaubert », dans Flaubert l’autre, ouvr. cité, p. 37-38.
[34] Voir Nathalie Sarraute, Paul Valéry et l’enfant d’éléphant. Flaubert le précurseur, Paris, Gallimard, 1986, « NRF », p. 61-88.
[35] Il y a, par ailleurs, des pages sans aucune intervention : les folios 96, 101, 102, copiés par Laporte et le folio 113r, autographe de Flaubert, collé sur une page blanche ; c’est le seul dans le dossier qui présente la vedette « Littérature », et a pour titre « Style. Coupé. Modèle de dialogue ». Il contient un extrait des Trois mousquetaires, sur lequel on remarque seulement deux phrases raturées. Voir
http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_3_f_113__r____-trud.
[37] Norioki Sugaya, « Régularités et distorsions : les transferts d’extraits dans le dossier médical de Bouvard et Pécuchet », art. cité, p. 217.
[38] « D’où ils conclurent que les faits extérieurs ne sont pas tout. Il faut les compléter par la psychologie. Sans l’imagination, l’histoire est défectueuse » (Bouvard et Pécuchet, éd. citée, p. 200). Flaubert a pris les faits extérieurs, les a aménagés selon la psychologie, et a fait prendre son essor à notre imagination.
[42] Bouvard et Pécuchet, éd. citée, p. 207. C’est moi qui souligne.
[43] Voir la lettre à Taine du [12 décembre 1865] : « “couronner la flamme” est fréquent au XVIIe siècle parce que flamme pour eux voulait dire “amour” » et couronner : “récompenser par un heureux mariage” » (Corr. III, p. 471).
[44] « Quant au second volume, aux trois quarts fabriqué, je n’ai plus que des attaches à y mettre » (lettre à Georges Charpentier, [16 mai 1879], Corr. V, p. 638).
[45] Ibid., p. 599 (je souligne).
[46] Ibid., p. 797 (je souligne).
[47] Jacques Neefs, « Noter, classer, briser, montrer, les dossiers de Bouvard et Pécuchet », dans Béatrice Didier et Jacques Neefs, Penser, classer, écrire de Pascal à Perec, Saint-Denis, Presses Universitaires de Vincennes, « Manuscrits modernes », 1990, p. 83.
[48] « La mise en série de telles citations, leur montage en une rubrique particulière […] accroît fortement l’effet de dénonciation, par simple mise en évidence, d’une sorte de système secret », ibid., p. 77.
[49] Un exemple de page composite est proposé en annexe à cet article (http://flaubert.univ-rouen.fr/revue/revue13/documents/RM_Palermo_page_composite.pdf).

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