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Sommaire Revue n° 13
Revue Flaubert, n° 13, 2013 | « Les dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet » : l’édition numérique du creuset flaubertien.
Actes du colloque de Lyon, 7-9 mars 2012

Numéro dirigé par Stéphanie Dord-Crouslé

Sur quelques aspects chronologiques du dossier « Mysticisme-Magnétisme »

Atsushi Yamazaki
Maître de conférences à l’Université Chukyo (Nagoya)
Voir [Résumé]

Les dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet posent une série de questions chronologiques. La première est évidemment en rapport avec la date de leur constitution : quand Flaubert a-t-il composé tel ou tel dossier ? S’il s’agit d’un dossier de notes de lecture, une autre question se pose immanquablement, celle de la date de publication des livres sur lesquels l’écrivain a pris ses notes. Ce sont les deux aspects chronologiques les plus importants qu’il faut d’abord éclaircir pour mieux comprendre la genèse des dossiers. J’aborde ici dans sa dimension chronologique l’un des deux dossiers qu’a composés Flaubert pour le chapitre VIII de Bouvard et Pécuchet, celui intitulé « Mysticisme-Magnétisme »[1], et cela précisément afin de bien cerner la question chronologique que pose, à son niveau, la fiction qui s’en nourrit.

Selon le calcul qu’effectue Flaubert lui-même sur la page où il a établi la bibliographie de ses lectures[2], le dossier « Mysticisme-Magnétisme » contient 75 folios de notes de lecture prises sur 27 ouvrages[3]. Dans les « métadonnées » de cette page[4], disponibles sur le site de l’édition électronique des dossiers de Bouvard et Pécuchet[5], j’ai renseigné les informations relatives à la chronologie des lectures de Flaubert (voir l’appendice 2). Elles sont issues de quatre sources différentes : la première est la liste des emprunts de Flaubert à la Bibliothèque municipale de Rouen (14 occurrences) ; la deuxième, la liste des emprunts de Flaubert à la Bibliothèque nationale[6] (3 occurrences) ; les deux autres sont les carnets 15 et 6[7]. Flaubert a dressé dans le carnet 15 une série de listes bibliographiques, dans lesquelles figurent des centaines d’ouvrages qu’il a lus et pris en notes dans la période dite des « grandes lectures », entre juillet 1872 et juin 1874, alors qu’il a rempli le carnet 6 entre 1878 et 1879, au fur et à mesure de la rédaction de son dernier roman.

Ainsi, ce qui caractérise le dossier « Mysticisme-Magnétisme », c’est la facilité avec laquelle on peut restituer la chronologie de sa constitution en deux temps, grâce aux deux registres de bibliothèque et aux deux carnets de travail, mis à part quelques titres pour lesquels on ne dispose pas d’éléments permettant de déterminer leur date de lecture. Flaubert l’a donc constitué à deux périodes distinctes : la première est celle des « grandes lectures », la seconde est celle qui précède immédiatement la rédaction du chapitre VIII, entre décembre 1878 et avril 1879, période durant laquelle il s’est documenté simultanément pour les trois derniers chapitres du roman. Si l’on regarde de plus près les notes de lecture qu’a prises Flaubert sur les livres empruntés à la Bibliothèque municipale de Rouen en 1879, on s’aperçoit qu’il a rassemblé, durant cette seconde période, la majeure partie de sa documentation pour l’épisode du magnétisme : il s’est documenté sur cette science occulte, qu’il connaissait vraisemblablement peu jusque-là, au plus près de l’élaboration romanesque.

Comme je l’ai indiqué plus haut, le second aspect chronologique du dossier concerne la date de publication de chacun des titres qui y figurent (naturellement, je mettrai de côté l’ouvrage d’Amoros consacré à la gymnastique, Nouveau Manuel d’éducation physique, qui n’a pas sa place dans la documentation relative au magnétisme). Les 26 ouvrages du dossier peuvent se répartir en six catégories selon leur date de publication : dans la première catégorie, on peut classer les ouvrages publiés dans les années 1860, soit 10 titres ; dans la deuxième, les ouvrages publiés dans les années 1850, soit 5 titres ; dans la troisième, les ouvrages publiés dans les années 1840, soit 4 titres ; dans la quatrième, les ouvrages publiés dans les années 1820, soit 4 titres (dont l’un est publié en 1818). On relève aussi deux ouvrages publiés au milieu du XVIIIe siècle et un seul titre appartenant à la période contemporaine de la préparation de Bouvard et Pécuchet : 1873.

Il faut s’arrêter d’abord sur la présence importante des ouvrages appartenant aux années 1860 (10 titres). Or Flaubert situe le récit du chapitre VIII dans les premières années du second Empire. Si l’on s’en tient aux dates de publication de ces ouvrages, il y a donc une dizaine d’années de décalage entre les principales ressources documentaires et la fiction qui s’en nourrit. Faut-il en conclure que les éléments documentaires insérés dans la fiction sont anachroniques par rapport à la chronologie de la fiction ? Autrement dit, pourrait-on reprocher au romancier des anachronismes dans sa documentation relative à cette discipline ? Assurément non. En effet, de façon générale, Flaubert s’attache, en insérant les éléments documentaires dans le roman, à reproduire avec autant de minutie que possible l’état des savoirs correspondant au temps du récit : la vraisemblance historique ou le réalisme épistémologique le préoccupe toujours fortement, bien qu’il lui arrive parfois de les ignorer précisément pour produire un effet narratif particulier. Aussi peut-on s’attendre à ce que, pour le magnétisme aussi, il soit assez exigeant dans la mise en fiction des éléments documentaires.

Pour cerner la question, rappelons une évidence : les ouvrages scientifiques ne reflètent pas toujours ni ne parlent toujours de l’état actuel du domaine dont ils traitent. C’est surtout vrai lorsqu’il s’agit de disciplines comme le magnétisme animal, car ce dernier domaine, en fin de compte, ne connaît nullement ce qu’on appelle un « changement de paradigme ». Aucune rupture épistémologique, en effet, ne paraît distinguer vraiment les pratiques de Mesmer de celles de ses divers descendants en dépit de leurs tentatives successives. Sans doute pourrait-on parler ici de l’« éternel retour du même », en abusant de la formule freudienne (d’ailleurs la psychanalyse elle-même semble périodiquement menacée de l’ombre persistante du magnétisme) : le refoulé, en l’occurrence les nombreux phénomènes plus ou moins semblables mais désignés diversement par les termes de magnétisme animal, somnambulisme, hypnotisme, suggestion, etc., revient subrepticement sous d’autres visages mais demeure toujours le même dans son essence. C’est ce qui produit cette impression d’une répétition interminable, qui ne manquera pas de frapper le lecteur du corpus flaubertien du magnétisme : les mêmes anecdotes, les mêmes expériences, les mêmes formules circulent indéfiniment à travers tout le corpus. Les théories nouvelles se succèdent, mais sans qu’aucune ne se démarque véritablement de la précédente, et elles finissent par tomber dans une confusion indécise ; les hypothèses s’accumulent sans vraiment s’exclure ; les arguments et les contre-arguments en viennent à se ressembler. Donc, pas de rupture, ni de progrès dans les « sciences occultes ». Bref, tout change périodiquement pour que rien ne change.

Cela étant dit, d’une part, Flaubert, en lisant les ouvrages publiés dans les années 1860, n’a pas eu de peine à se procurer des informations susceptibles d’alimenter la fiction située dans les premières années du Second Empire. D’autre part, si l’on tient compte de ce caractère hautement répétitif des discours et des pratiques des magnétiseurs, il n’est guère invraisemblable que Bouvard et Pécuchet envisagent de fabriquer un baquet mesmérien ou fassent appel à un arbre puységurien sous le Second Empire, même s’il s’agit de procédés dont l’invention remonte à la fin du XVIIIe siècle et qui étaient à leur époque devenus archaïques.

Toutefois, même sans recourir à ce caractère foncièrement anachronique du magnétisme, l’effet de la cohérence épistémologique se produit très subtilement dès le début de l’épisode du magnétisme. Car le récit commence précisément par un passage (« Bouvard connut ainsi la mode nouvelle des tables tournantes »[8]), qui correspond parfaitement au fait historique : la vogue des tables tournantes touche la France vers 1853. La concordance chronologique entre le temps fictif et le temps historique est donc des plus exactes. On ne pourrait sans doute imaginer un meilleur canal pour réintroduire le magnétisme animal dans le contexte historique des premières années du Second Empire que cette pratique mystique, puisque les pratiquants des tables tournantes ont vite retrouvé leur origine dans toute la littérature du magnétisme ou, plus précisément, du somnambulisme magnétique.

Par ailleurs, il semble que Flaubert n’ait nullement eu besoin de se documenter pour connaître cette date. En réaction contre la vogue ravageuse des tables tournantes, il avait justement écrit dans une lettre en 1853 :

– À propos de l’ami Théo, il me revient en tête cette phrase de Candide (c’est Martin qui parle, et de Paris) : « Je connus la canaille écrivante, la canaille cabalante, et la canaille convulsionnaire. On dit qu’il y a des gens fort polis dans cette ville-là, je le veux croire. »
Cela me fait songer aux tables tournantes (les convulsionnaires). Est-elle bête cette Edma ! Avoue que c’est fort, les tables tournantes. Ô lumières ! Ô Progrès ! Ô humanité ! Et on se moque du m[oyen] âge, de l’antiquité [...] ! Quelle éternelle horloge de bêtises que le cours des âges ! Les sauvages qui croient dissiper les éclipses de soleil en tapant sur des chaudrons valent bien les Parisiens qui pensent faire tourner des tables en appuyant leur petit doigt sur le petit doigt de leur voisin. — C’est une chose curieuse comme l’humanité, à mesure qu’elle se fait autolâtre, devient stupide. Les inepties qui excitent maintenant son enthousiasme compensent par leur quantité, le peu d’inepties, mais plus sérieuses, devant lesquelles elle se prosternait jadis. Ô socialistes, c’est là votre ulcère ; l’idéal vous manque. Et cette matière même, que vous poursuivez, vous échappe des mains comme une onde[9].

Si je cite longuement cette lettre, c’est pour mettre en relief le saut inattendu que fait Flaubert en passant de la question des tables tournantes à celle du socialisme. On pourrait se demander si cette association d’idées, apparemment insolite, liant le spiritisme au socialisme est aussi aléatoire qu’insignifiante. Certes, dans cette lettre, Flaubert invoque la dernière mode des tables tournantes à l’appui de sa thèse sur la nature immuable de la bêtise humaine, mais il perçoit également chez les adeptes du spiritisme la même idéologie du progrès tout aussi récente que celle qu’il décèle chez les socialistes utopiques. Ainsi, de façon fort perspicace, face à la vogue des tables tournantes en 1853, Flaubert se rend compte d’emblée que le spiritisme est une espèce de chimère idéologique, sur laquelle viennent se greffer toutes sortes d’aspirations religieuses, mystiques et politiques[10]. Les spiritistes, dont l’une des racines idéologiques est sans doute à chercher du côté des socialistes, sont aussi « autolâtres », aussi progressistes, aussi positivistes, et enfin tout aussi religieux que leurs prédécesseurs.

Vingt ans après, c’est-à-dire en 1873, Flaubert a lu et pris des notes (6 pages[11]) sur le fameux Livre des Esprits d’Allan Kardec en vue de son dernier roman. On a du mal à imaginer aujourd’hui les influences socio-culturelles qu’a exercées ce livre fondateur du spiritisme durant toute la seconde moitié du XIXe siècle : il a connu un succès immédiat et fracassant lors de sa parution en 1857 et une cinquantaine de rééditions en cinquante ans. À ce sujet, je me contenterai de signaler que les « sciences occultes » mises en scène dans Bouvard et Pécuchet, le magnétisme animal, les tables tournantes, le spiritisme, exerçaient une forte fascination sur tout l’entourage littéraire de Flaubert[12], à savoir Hugo, Balzac, George Sand, Maupassant, et Gautier, cet « ami Théo » que Flaubert évoque justement dans la lettre citée ci-dessus. Il n’est pas tout à fait impossible que Gautier et Edma Roger des Genettes aient assisté ensemble à une séance de tables tournantes dans le salon de Delphine de Girardin, qui allait initier quelques mois plus tard Hugo à cette pratique mystique. Sans doute Hugo incarne-t-il mieux que personne la convergence de ces deux aspirations, spiritiste et socialiste.

Pour revenir aux notes de lecture qu’a prises Flaubert sur Le Livre des Esprits, il est une citation en face de laquelle il a mis la mention « cop[ie] » mais qui n’a pas été recopiée dans les pages préparées pour le second volume : « Les esprits inférieurs empruntent souvent des noms connus & révérés. c’est “un fait démontré par l’observation” ». Il souligne et met entre guillemets le syntagme « un fait démontré par l’observation » et indique dans la marge du feuillet une catégorie de classement pour le second volume : « Beautés scientifiques »[13]. Ainsi, on voit Flaubert remettre en cause la prétention scientifique du spiritisme, comme il le fait à maintes reprises à l’égard du socialisme.

Ce n’est donc pas un hasard si, dans le texte définitif, le personnage qui initie Bouvard et Pécuchet au spiritisme d’Allan Kardec est Petit, « homme de progrès », militant républicain et socialiste[14].

Petit, homme de progrès, avait trouvé l’explication du médecin terre à terre, bourgeoise. La science est un monopole aux mains des riches. Elle exclut le peuple. À la vieille analyse du Moyen Âge, il est temps que succède une synthèse large et primesautière ! La vérité doit s’obtenir par le cœur – et se déclarant spiritiste, il indiqua plusieurs ouvrages, défectueux sans doute, mais qui étaient le signe d’une aurore.
Ils se les firent envoyer.
Le spiritisme pose en dogme l’amélioration fatale de notre espèce. La terre un jour deviendra le ciel ; et c’est pourquoi cette doctrine charmait l’instituteur. Sans être catholique, elle se réclame de saint Augustin et de saint Louis. Allan Kardec publie même des fragments dictés par eux et qui sont au niveau des opinions contemporaines. Elle est pratique, bienfaisante, et nous révèle, comme le télescope, les mondes supérieurs[15].

Comme les paroles dictées par saint Augustin et saint Louis sont « au niveau des opinions contemporaines », on ne s’étonnera pas si elles résonnent, selon les médiums qui les dictent, tantôt comme un discours socialiste, tantôt comme un discours mystico-religieux[16]. C’est justement cette articulation insolite des discours socialiste et mystique qui marque la pensée spiritiste. C’est d’ailleurs déjà le cas, à propos de la « collection de Buchez et Roux »[17] que Bouvard et Pécuchet lisent au chapitre IV : « cet amalgame de socialisme et de catholicisme les écœura »[18].

Or, on retrouve cette articulation du mysticisme avec le socialisme sur une page de « Rouen I », un « scénario d’ensemble » du roman dont Cento situe la date de rédaction entre 1863 et 1872 :

                                Socialisme
X. - hypnotisme. magnétisme. tables tournantes. deviennent à moitié fous. mysticisme. Swenderborg
portent des amulettes. ont envie de se faire protestants, mormons, musulmans. passent dans le pays p. les esprits forts & sont conspués[19].

Ce « socialisme » barré m’a paru tellement déroutant que j’ai consulté après Cento le manuscrit. Sous la rature peut se lire effectivement « Socialisme ». Il reste tout de même une certaine marge d’incertitude, comme c’est souvent le cas avec les mots barrés. Il est exclu en tout cas que le mot soit « spiritisme ». S’il s’agit vraiment de « socialisme », l’esquisse de cette séquence reliant la série mystique (l’hypnotisme, le magnétisme, les tables tournantes, le mysticisme et le swedenborgisme) et le socialisme est extraordinaire, et cela d’autant plus que le mot « hypnotisme » se trouve relié, par un long trait, au mot « photographie » sur la même page de scénario. Cette idée d’articuler le socialisme et les tables tournantes ne sera pas reprise dans les « scénarios d’ensemble » qui suivent, ni dans celui cité plus haut, ni, sauf erreur, dans les scénarios détaillés du chapitre VIII qui se trouvent éparpillés dans les brouillons.

Rappelons que le socialisme est une des disciplines pour lesquelles Flaubert a essayé plusieurs articulations dans les scénarios. Ainsi, dans un autre plan non classé par Cento[20], on voit Flaubert placer le socialisme juste avant la « Copie ». Dans la seconde partie de la structure générale du roman esquissée dans ce plan, le chapitre V est consacré à la politique, le chapitre VI à l’amour, le chapitre VII à la philosophie, le chapitre VIII à la religion et le chapitre IX au socialisme. Au chapitre IX succède la mention « copier » comme conclusion. Cela dit, le socialisme peut être considéré comme une des disciplines qui ont difficilement trouvé leur place dans la structure encyclopédique du roman. Il n’est donc pas étonnant que Flaubert, au moins dans le folio cité plus haut, ait envisagé de le faire figurer entre le magnétisme et les tables tournantes, avant de le déplacer rapidement. Même si elle n’a été que momentanée, l’étrange contiguïté du socialisme et des tables tournantes a bien été esquissée par Flaubert. Alors, comment ne pas voir dans la figure de Petit, « homme de progrès » et adepte du spiritisme, le lointain écho de cette contiguïté fantastique ?

Et si l’on va plus loin en laissant libre cours à notre imagination de lecteurs de scénarios, s’esquisse une scène non moins fantastique, celle dans laquelle Bouvard et Pécuchet s’attachent à daguerréotyper leurs patients hypnotisés. Ces photos, qui seraient sûrement extraordinaires, anticipent largement sur la fameuse « iconographie photographique de la Salpêtrière ». Anachronique ? Oui, cette scène est certes anachronique par rapport au temps de la fiction, mais pas du tout par rapport au temps de la rédaction, puisque Charcot prit des photos d’hystériques entre 1875 et 1879. Cette scène imaginaire apparaît d’autant plus étonnante que Maupassant, l’un des collaborateurs de Flaubert et le premier à explorer le chantier du roman, a assisté à des séances de « grande hystérie » organisées par Charcot. Ainsi, les manuscrits de Bouvard et Pécuchet ne nous font pas seulement rire, mais aussi rêver. La formule de Foucault, la « bibliothèque fantastique »[21], à ce titre, est décidément très pertinente pour décrire le dossier « Mysticisme-Magnétisme »[22].

NOTES

[1] J’ai analysé le dossier « Mysticisme-Magnétisme » ainsi que l’épisode du chapitre VIII du roman qui s’en nourrit, d’un point de vue plus épistémologique, dans deux articles publiés par la présente Revue Flaubert : « L’inscription d’un débat séculaire : le magnétisme dans Bouvard et Pécuchet », n° 4 « Flaubert et les sciences », 2004,
http://flaubert.univ-rouen.fr/revue/revue4/07yamazaki.php ;
et « Bouvard et Pécuchet ou la gymnastique de l’esprit », n° 7 « Flaubert et la philosophie », 2007,
http://flaubert.univ-rouen.fr/revue/revue7/yamazaki.php.
Dans la mesure où, comme dans tous les autres dossiers de notes de lecture, le mécanisme des transferts de citations est à l’œuvre dans le dossier « Mysticisme-Magnétisme », j’ai ajouté en appendice au présent article un tableau récapitulant tous les cas de transfert (entre notes de lecture et pages préparées pour le second volume) concernant ce dossier (voir l’appendice 1), en liaison avec l’étude que j’ai menée sur le dossier « Philosophie » (« La destination des notes de lecture du dossier “Philosophie” », dans Éditer le chantier documentaire de Bouvard et Pécuchet. Explorations critiques et premières réalisations numériques, textes réunis par Rosa Maria Palermo Di Stefano, Stéphanie Dord-Crouslé, Stella Mangiapane, Messine, Andrea Lippolis Editore, 2010, p. 237-251 ; consultable en ligne :
http://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00550689),
celle de Norioki Sugaya sur le dossier « Médecine » (« Régularités et distorsions : les transferts d’extraits dans le dossier médical de Bouvard et Pécuchet », ibid., p. 215-228 ; consultable en ligne :
http://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00550686)
et celle de Stéphanie Dord-Crouslé sur le dossier « Religion » (« Entre notes de lecture et fragments préparés pour le second volume : les transferts de citations à l’épreuve du dossier “Religion” », ibid., p. 81-96 ; consultable en ligne :
http://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00426296).
[3] Ms g226, vol. 5, fos 284 à 332. Voir
http://www.dossiers-flaubert.fr/folios.php?view=thumbnails&viewf=patrimonial&volume=5.38. Le dossier contient aussi des notes de lecture prises sur quelques livres qui ne figurent pas dans ces listes bibliographiques dressées par Flaubert.
[5] Les dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet. Transcription intégrale des documents conservés à la Bibliothèque municipale de Rouen, accompagnée d’un outil de production de « seconds volumes » possibles, sous la dir. de Stéphanie Dord-Crouslé, http://www.dossiers-flaubert.fr/, 2012.
[6] Les deux listes d’emprunts de Flaubert ont été d’abord éditées par René Descharmes en annexe à son livre, Autour de Bouvard et Pécuchet - Études documentaires et critiques (Paris, Librairie de France, 1921). Elles ont ensuite été complétées et mises en ligne par Yvan Leclerc sur le site Flaubert de l’université de Rouen
(http://flaubert.univ-rouen.fr/bibliotheque/).
[7] Carnets de travail, éd. de Pierre-Marc de Biasi, Paris, Balland, 1988.
[8] Bouvard et Pécuchet, éd. Stéphanie Dord-Crouslé, Paris, Flammarion, coll. « GF », 2008, p. 265.
[9] Lettre adressée à Louise Colet, [26 mai 1853], Gustave Flaubert, Correspondance, éd. Jean Bruneau, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », t. II, 1980, p. 334.
[10] Sur ce point, on se reportera à l’ouvrage de Nicole Edelman, Voyantes, guérisseuses, et visionnaires en France, 1785 - 1914, Paris, Albin Michel, 1995.
[11] Ms g226, vol. 5, fos 315 r° à 317 v°. Voir
http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_5_f_315__r____-trud et suiv.
[12] Sur les rapports qu’entretiennent les écrivains français au XIXe siècle avec le magnétisme animal, l’hypnotisme et le spiritisme, voir Bertrand Méheust, Somnambulisme et médiumnité : 1784-1930, Paris, Institut Synthélabo, coll. « Les Empêcheurs de penser en rond », 2 vol., 1999, et Daniel Sangsue, Fantômes, esprits et autres morts-vivants, Paris, José Corti, 2011.
[14] Michel Pierssens fait remarquer à juste titre deux processus qui s’opèrent chez les pratiquants du magnétisme animal au cours de la première moitié du XIXe siècle : la « démocratisation du pouvoir magnétique » et la « prolétarisation des magnétiseurs ». L’épisode du magnétisme de Bouvard et Pécuchet atteste l’existence de tels processus ou pour mieux dire en donne un récit parodique. En effet, Bouvard et Pécuchet, ni savants comme Mesmer, ni aristocrates comme Puységur, ni médecins comme tant de magnétiseurs, réclament le titre de magnétiseurs et se montrent autoritaires envers leurs « patients », avant de se heurter finalement à une autorité consacrée par la société bourgeoise qu’est Vaucorbeil. L’avis de Petit à l’égard de l’explication de Vaucorbeil doit s’interpréter dans ce contexte historique : la prolétarisation des « sciences » occultes. Voir Michel Pierssens, « Ectoplasmes et invisibles fluidiques », dans Hugues Marchal et Anne Simon, Projections : des organes hors du corps (actes du colloque international des 13 et 14 octobre 2006), publication en ligne, www.epistemocritique.org, septembre 2008, p. 22.
[15] Bouvard et Pécuchet, éd. citée, p. 277-278.
[16] Dans son article « Spiritisme et politique », Nicole Edelman fait remarquer justement que : « Beaucoup de ces femmes somnambules, avant même que le spiritisme ne se constitue en religion, disent entrer en contact avec différents esprits qui leur communiquent un savoir. Ces esprits ont bien souvent pour nom Saint-Simon ou Fourier ce qui implique, me semble-t-il, une familiarité préalable qui s’est sans doute traduite par des lectures ou des conversations », Revue d’histoire du XIXe siècle, 28 | 2004, en ligne :
http://rh19.revues.org/626.
[17] L’Histoire parlementaire de la Révolution française..., sous la direction de Philippe Buchez et de Pierre-Célestin Roux-Lavergne, Paris, Paulin, 1834-1838, 40 vol.
[18] Bouvard et Pécuchet, éd. citée, p. 174.
[19] Ms gg10, fo 4, transcription d’Alberto Cento, Bouvard et Pécuchet, édition critique précédée des scénarios inédits par Alberto Cento, Naples, Istituto universitario orientale, et Paris, Nizet, 1964. Nicole Caron, également, a transcrit ce mot barré « socialisme », dans l’édition génétique intégrale des brouillons et scénarios de Bouvard et Pécuchet, sous la direction d’Yvan Leclerc,
http://flaubert.univ-rouen.fr/jet/public/trans.php?corpus=pecuchet&id=6763.
[21] Michel Foucault, « La bibliothèque fantastique », dans Travail de Flaubert, Paris, Seuil, coll. « Points Essais », 1983, p. 103-122.


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