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Sommaire Revue n° 13
Revue Flaubert, n° 13, 2013 | « Les dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet » : l’édition numérique du creuset flaubertien.
Actes du colloque de Lyon, 7-9 mars 2012

Numéro dirigé par Stéphanie Dord-Crouslé

Le creuset flaubertien : l’édition des dossiers
documentaires de Bouvard et Pécuchet, prologue
à l’avènement de « seconds volumes possibles »

Voir [Résumé]

Avec ce treizième numéro de la Revue Flaubert, on souhaite mettre en lumière un parcours collaboratif de recherche initié en 2005 lorsque le LIRE[1] a accepté d’inscrire à son programme quadriennal un projet d’édition portant sur les dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet. Ce roman d’un auteur majeur de la littérature française, rouennais de surcroît, était a priori éloigné des objets scientifiques « naturels », ou de prédilection, d’un laboratoire lyonnais spécialisé dans l’histoire des idées et les textes n’appartenant pas au canon littéraire. Néanmoins, le projet trouva sa place dans les axes structurant le programme de recherche du LIRE en raison de la dimension encyclopédique des contenus visés et du statut mineur et quasi infra-littéraire communément attaché à de tels ensembles documentaires. Une première équipe de collaborateurs scientifiques fut réunie dès ce moment-là et, au vu des moyens financiers que nécessitait la réalisation de l’entreprise, des fonds furent activement recherchés, en particulier auprès de la toute nouvelle Agence nationale de la recherche[2]. Début 2007, le Service d’ingénierie documentaire[3] de l’Institut des sciences de l’Homme accepta de prendre en charge la partie technologique du projet. C’est donc mieux armé et doté d’une équipe scientifique renforcée[4] que le projet fut présenté cette même année en réponse à l’appel « Corpus et outils de la recherche en sciences humaines et sociales »[5] au terme duquel il fut retenu[6].

On voudrait ici exposer les réalisations issues de ce projet. On montrera comment le colloque qui l’a clos a permis d’en consolider certains acquis et de développer des connaissances que les actes publiés dans ce numéro de la Revue Flaubert vont maintenant pouvoir diffuser encore plus largement. Les chercheurs présents, qu’ils soient ou non membres de l’équipe scientifique à l’origine du projet, se sont saisis des outils proposés et ont pu à leur tour, et pour le bénéfice de tous, faire progresser la réflexion sur l’objet scientifique ô combien complexe et retors que constituent les dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet.

1- Le projet Bouvard : mise en œuvre et principaux résultats

Rappelons d’abord brièvement le contenu et le positionnement du projet tel qu’il a été présenté et accepté en 2007 par l’ANR :

Le projet Bouvard se donne pour objectif de favoriser – à son niveau – la visibilité et l’accessibilité nationale et internationale de la littérature et des productions scientifiques françaises, en éditant en ligne une partie de l’œuvre d’un auteur phare de la culture française. Visant des documents pour l’essentiel inédits et manuscrits qui ne peuvent relever du traitement automatique requis par une numérisation documentaire de masse, le projet vise l’enrichissement, la valorisation et la documentation d’un corpus doublement original, à la fois hétérogène – en raison de la nature diverse des documents qui le composent (pages manuscrites, imprimées et complexes) ; et polymorphe (ses éléments constitutifs doivent pouvoir être organisés selon des configurations diverses et mouvantes).
Le fonds concerné est un ensemble patrimonial cohérent, d’importance scientifique et culturelle reconnue, conservé à la bibliothèque municipale de Rouen et connu sous le nom de « dossiers de Bouvard et Pécuchet ». Cet ensemble considérable de documents divers a été rassemblé par Flaubert en vue de la rédaction de son dernier roman, Bouvard et Pécuchet. Son intérêt est double : il tient d’abord à la portée épistémologique singulière de l’ouvrage qui est une « encyclopédie critique en farce » ; il vient ensuite du fait que la mort de l’auteur a interrompu l’écriture de l’œuvre : un seul des deux volumes projetés a été rédigé (sans être d’ailleurs complètement achevé), et le second est resté à l’état de chantier documentaire.
D’utiles éditions de ce « second volume » existent déjà, qu’elles tendent à l'exhaustivité ou présentent avec clarté et méthode la sélection succincte qu'elles opèrent. Néanmoins, jamais une édition imprimée ne pourra donner une image fidèle du chantier documentaire que sont les dossiers de Bouvard et Pécuchet, sans réduire ipso facto leur complexité. Car les dossiers sont le lieu d’une extrême hétérogénéité typologique. Les notes prises en vue de la rédaction du premier volume y cœxistent avec celles destinées au second, puisqu’elles ont été ou devaient être partiellement réutilisées pour sa composition. De plus, comme les documents préparatoires du second volume (incomplets, dans la mesure où Flaubert devait encore y travailler) n'ont pas été résorbés dans le processus de rédaction, rien ne permet d'opérer une partition stricte entre ceux qui auraient été utilisés et ceux qui se seraient trouvés finalement rejetés. Enfin, même dans le cas des citations qui semblent les plus conformes à l'état que Flaubert pouvait chercher à atteindre, les catégories de classement se révèlent instables et obligent à conserver aux fragments textuels une mobilité qui est nécessairement défaite par la fixité d’une édition imprimée.
Le projet Bouvard a donc pour ambition d’expérimenter les possibilités d’extension du champ de l’édition critique à des contenus textuels fragmentaires. En ce sens, le projet s’inscrit dans un mouvement qui initie un véritable changement de paradigme, puisqu’il suppose le passage du régime du livre, dans lequel s’inscrivent les pratiques éditoriales héritées, au régime de la collection numérique. Il a pour ambition d’éditer une « collection », c’est-à-dire un rassemblement d’objets numériques mis en relation et destinés à produire du sens. Le projet Bouvard vise donc moins à éditer des pages en ligne (reproduisant sur écran ce qui existe sur papier) qu’à permettre le surgissement et l’analyse de configurations critiques complexes, à la fois singulières et interdépendantes, qui dépendent de la définition d’une ontologie.

Voici maintenant les diverses réalisations auxquelles le projet a conduit.

1- L’édition intégrale du corpus complexe des dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet

Sur le site « Les dossiers de Bouvard et Pécuchet »[7], les deux objectifs conjoints du projet ont été réalisés. Le premier visait à éditer, c’est-à-dire à donner librement accès, sous forme images et texte, au corpus des dossiers documentaires constitué par Flaubert en vue de la rédaction de son dernier roman. Pour cela, deux interfaces de lecture ont été créées. La première offre une entrée dans le corpus par l’unité « page » et selon différents modes de classement des documents (classement patrimonial[8], classement typologique[9], classement chronologique[10] et classement par scripteurs[11]). Chaque page peut être visualisée de quatre manières différentes : outre l’affichage ultra-diplomatique[12] procuré par le fichier PDF, trois autres affichages HTML sont générés grâce à l’encodage des fichiers en XML-TEI : diplomatique[13] (visant la reproduction du document originel au plus près), normalisé[14] (proposant une version lisible par tous : fautes d’orthographe rectifiées, abréviations développées, etc.) et enrichi[15] (permettant de visualiser les différences existant entre les affichages diplomatique et normalisé). Au niveau de la page sont articulés plusieurs enrichissements scientifiques, comme les annotations critiques et les métadonnées[16]. Au nombre de ces dernières figurent les références bibliographiques qui permettent d’accéder aux deux unités fondamentales du corpus : le fragment textuel et la citation (qui est un regroupement de fragments textuels partageant la même référence bibliographique exacte). Un second point d’entrée dans le corpus est fourni par l’unité « texte ». Un texte est un ensemble de pages résultant d’une construction critique. On accède aux textes par l’intermédiaire d’un sommaire[17] qui les liste selon leur type et permet leur lecture en continu sous forme diplomatique ou normalisée.

Outre ces deux interfaces de lecture ont été développées deux interfaces d’interrogation qui leur sont complémentaires et permettent d’autres types d’entrées dans le corpus. La première consiste en un moteur de recherche[18] plein-texte dans les fichiers encodés en XML-TEI et dont les résultats peuvent être affinés grâce à un tri par facettes. Parallèlement, on peut accéder aux résultats de requêtes complexes[19] prédéfinies formulées au moyen du langage XQuery. L’interrogation du corpus peut aussi se faire par le biais de bibliothèques[20] qui sont au nombre de trois. Indépendamment de la « bibliographie critique »[21] qui rassemble les travaux scientifiques en rapport avec le champ du projet, la « bibliothèque de Flaubert »[22] propose les références bibliographiques exactes de l’ensemble des ouvrages qui sont, à un moment ou à un autre, passés sur la table de travail de Flaubert et/ou qui sont mentionnés d’une manière ou d’une autre dans le corpus des dossiers documentaires. La « bibliothèque de Bouvard et Pécuchet »[23], quant à elle, regroupe tous les fragments textuels qui se trouvent dans les dossiers documentaires et les met en relation avec une référence bibliographique exacte appartenant à la « bibliothèque de Flaubert ».

2- Un outil spécifique de production d’agencements de citations dont des « seconds volumes » possibles

Rendu accessible, le corpus peut aussi maintenant être manipulé grâce à l’encodage XML-TEI qui le découpe en dizaines de milliers de fragments, ce qui était l’objectif ultime visé. A été développé un module de production à la demande d’agencements (regroupements et ordonnancements) de citations qui se décompose en trois interfaces : la première (« Plans ») sert à construire le squelette de l'agencement à partir des termes d’indexation (ou catégories) présents dans le corpus – ou permet de modifier tout ou partie d’un plan déjà existant (édition « papier » antérieure, classement matériel des documents, etc.) ; la deuxième interface (« Matrice ») permet de sélectionner les citations qui vont composer l’agencement à partir du croisement de différents critères (statut typologique des fragments, périmètre génétique, etc.) ; et la troisième est une interface de lecture et d’édition (« Agencements ») : elle permet de visualiser et d’affiner l’agencement des citations qui est ensuite exportable aux formats PDF et XML. Les reconstitutions conjecturales du second volume de Bouvard et Pécuchet forment un cas d’agencement de citations, particulièrement intéressant, mais auquel ne se réduisent pas les nombreuses utilisations possibles du module développé : il peut produire tout type de corpus constitués à partir des filtres proposés par la matrice et/ou directement alimentés par l’intermédiaire d’un « panier » de résultats de recherche.

Pour lever toute ambiguïté, précisons que les agencements de citations produits par le module de reconstitution, même lorsqu’ils se présentent comme des « seconds volumes » possibles, ne sont que des constructions critiques parmi d’autres, échafaudées sur la base d’hypothèses. Elles valent surtout pour les mises à l’épreuve qu’elles permettent d’opérer et pour les comparaisons qu’elles autorisent. Elles n’ont en revanche aucunement pour but de donner à lire le second volume que Flaubert n’a pas écrit. Nous faisons nôtre le repoussoir que le romancier avait lui-même épinglé dans ses dossiers documentaires en la personne de Claude de Loynes d’Autroche, qui écrivait dans sa préface à une traduction de l’Énéide : « Je m’étais proposé de donner une édition modifiée, telle que je suppose que Virgile aurait pu composer son poème si une plus longue vie lui eût permis de mettre la dernière main à son ouvrage »[24]. L’éditeur, ici comme ailleurs, n’a pas vocation à se substituer à l’auteur pour terminer son œuvre. En revanche il est dans son rôle lorsqu’il fournit au lecteur des outils qui lui permette d’appréhender ses diverses configurations possibles et d’en évaluer le degré de probabilité.

Fig. 1 - Les deux objectifs conjoints du projet Bouvard : éditer et agencer

3- Un exemple d’édition de corpus fragmentaire

Les agencements de citations créent des objets qui n’existent pas indépendamment des liens qui les génèrent : ce sont des objets éditoriaux entièrement nouveaux, pluriels, résultant d’une agrégation structurée de citations. On peut leur conférer le titre d’« œuvres » singulières si l’on prend la précaution indispensable de préciser que leur auteur n’est pas Flaubert et que le sens que chacune d’entre elles délivre ne peut pas être saisi indépendamment des autres et doit toujours être replacé au sein d’une pluralité de possibles. Le module de production à la demande d’agencements de citations propose ainsi une réponse au défi que représente l’édition d’un corpus si particulier qu’il requiert l’invention d’une forme éditoriale adaptée. Puisqu’on ne peut pas reconstituer le film de la composition de l’œuvre (désir qui sommeille secrètement en tout généticien…), c’est la mise en mouvement des possibilités d’agencement que cette œuvre recèle qui dessine ce qu’ont pu être ou ce à quoi auraient pu conduire les intentions de l’auteur, les chemins qu’elles auraient pu emprunter au vu des traces qu’il a laissées – sans introduire de biais latent ni restreindre la complexité originale du corpus.

L’image du kaléidoscope illustre bien le processus. Dispositif optique constitué d’un nombre fini d’éléments contenus dans un espace lui-même fini, mais autorisant un nombre indéfini de combinaisons entre ses éléments, le kaléidoscope présente la particularité de créer du nouveau par simple réagencement de ce qui existait déjà auparavant. Un nombre fini d’éléments produit ainsi un nombre indéfini de figures différentes. Ce ne sont donc pas les éléments qui font le tout, mais la forme que prend leur combinaison. Comme le tube du kaléidoscope, l’outil électronique de lecture permet de faire l’expérience que le tout est plus que la somme des parties, et l’édition de fragments donne naissance à une forme d’énonciation éditoriale qui s’exprime implicitement, en creux, par l’agencement des fragments : recueil, sélection et mise en série. L’édition électronique d’un corpus tel que celui des dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet ne pouvait donc se contenter d’être un outil de lecture et un outil de diffusion, elle devait également se faire outil de composition et de structuration de l’œuvre éditée elle-même. De ce fait, elle représente une tentative pour étendre le champ de l’édition critique aux contenus textuels fragmentaires.

Symétriquement, l’apparition de ces nouveaux objets implique l’avènement d’un nouveau lecteur, promu dans un rôle où il se voit conférer une partie des compétences qui étaient jusque-là l’apanage exclusif de l’éditeur. Le lecteur devient auteur du texte, ou du moins de l’organisation du texte qu’il se donne à lire. Et c’est justement en faisant ainsi l’expérience nécessairement réitérée et plurielle de la mise en collection et de l’agencement des citations, que le lecteur peut approcher et tenter d’appréhender de l’intérieur le processus éditorial imaginé par Flaubert pour la composition de son second volume, un processus inabouti mais dont le chantier sans fin des dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet présente les prodromes[25].

2- Le colloque : « Bouvard et Pécuchet : les « seconds volumes » possibles.
Documentation, circulations, édition » (7-9 mars 2012, ENS de Lyon)

L’organisation d’un colloque de fin de projet, étape cruciale de restitution et de diffusion des résultats obtenus, était un élément déterminant et d’emblée comptabilisé au nombre des retombées scientifiques prévues pour le projet. Son organisation a répondu à un double objectif : marquer l’achèvement d’un projet scientifique d’envergure et, en diffusant des résultats innovants, partager une expérience mutualisable. Résolument interdisciplinaire, le colloque avait pour ambition de permettre des échanges qu’on espérait fructueux entre des chercheurs relevant aussi bien des domaines de la littérature et de l’histoire littéraire, que de l’histoire des sciences et des rapports entre la littérature et les sciences (encyclopédisme ; mise en texte des savoirs, imaginaire des sciences...), ou bien encore de l’édition électronique (dispositifs d’édition, édition de fragments et de textes inachevés...) et du traitement de corpus. Le comité scientifique du colloque[26] avait déterminé cinq axes dans lesquels les propositions de communication étaient invitées à s’inscrire :

  • l’encyclopédisme : philosophie et pratique flaubertiennes ; mise en œuvre et limites dans Bouvard et Pécuchet ; réception et postérité de Bouvard et Pécuchet ; etc.
  • la pratique documentaire de Flaubert (dans Bouvard et Pécuchet mais aussi dans L’Éducation sentimentale puisqu’une grande partie de la documentation réunie pour le roman de 1869 se trouve dans les dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet) : mode de constitution des dossiers ; question de la réutilisation ; évaluation épistémologique des contenus ; hétérogénéité du corpus : présence de dossiers étrangers à Bouvard et Pécuchet, mais aussi traces de dossiers absents de l’ensemble édité ; érudition et programmation ; etc.
  • la mise en texte des savoirs dans Bouvard et Pécuchet : modalités d’insertion du matériau documentaire dans la fiction (possiblement en liaison avec le projet d’édition des brouillons rédactionnels du premier volume du roman mené parallèlement à Rouen par Yvan Leclerc et son équipe[27] ; écriture documentaire ; imaginaire des sciences ; etc.
  • la question du « second volume » : pratique de la « copie » ; hypothèses de fonctionnement et reconstitution(s) conjecturale(s) ; rapports avec la documentation et le « premier volume » ; ironie et portée idéologique ; etc.
  • l’édition en ligne d’un manuscrit inachevé : rapports papier / numérique ; édition de fragments ; édition et inachèvement ; choix de XML-TEI ; etc.

 

Le colloque qui s’est tenu sur trois jours à l’ENS de Lyon en mars 2012 a finalement accueilli trente-trois participants dont treize collègues venant de l’étranger (Italie, Suisse, États-Unis, Canada et Japon). Il a permis de réunir des chercheurs liés aux différents centres d’études flaubertiennes tant en France qu’à l’étranger, mais aussi des chercheurs relevant de divers domaines (littéraires spécialistes ou non de Flaubert, linguistes et informaticiens), réalisant ainsi le principe d’interdisciplinarité intra-SHS et SHS-STIC fortement souhaité. Le programme du colloque est disponible sur le carnet de recherche du projet Bouvard[28].

Outre le montant réservé sur l’enveloppe générale versée par l’ANR pour les différents aspects scientifiques du projet et l’appui constant du laboratoire LIRE, des financements complémentaires spécifiques ont été recherchés et obtenus pour la tenue du colloque. Que soient ici remerciés pour leur généreux soutien : le Ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, la Région Rhône-Alpes, la Ville de Lyon et le fonds Recherche de l’ENS de Lyon, établissement qui a aussi hébergé confortablement le colloque entre ses murs. Jean-Luc Zancarini, directeur délégué du pôle « Diffusion des savoirs » de l’ENS de Lyon, et Philippe Régnier, directeur du LIRE, ont aimablement accepté d’accueillir les participants le premier jour du colloque. Enfin, à l’initiative de Laurie Boisivon et grâce au soutien technique du service UNIS (Usages Numériques et Ingénierie des Savoirs, responsable Catherine Simand) de l’ENS de Lyon, la captation de six communications a pu être réalisée. Ces interventions filmées sont disponibles en ligne[29].

3- Les actes du colloque

Les actes de ce colloque forment une « forte collection »[30] de vingt-cinq articles[31] que la Revue Flaubert a amicalement accepté d’accueillir dans l’un de ses numéros. On les a organisés en six ensembles dont la réelle unité affichée n’exclut évidemment pas la porosité plus profonde. Le premier ensemble fait fond sur les aspects technologiques du projet Bouvard, étant entendu que jamais cette dimension n’est traitée indépendamment de ses implications littéraires, que ce soit en termes de possibilités éditoriales ouvertes ou de types de recherche ou de questionnement rendus possibles par l’utilisation du média numérique. L’édition critique numérique implique en effet une position réflexive où, pour aller vite, les questions de fond et de forme sont inséparables.

Ainsi, Serge Heiden et Alexei Lavrentev expliquent comment, grâce au balisage intégral en XML-TEI des transcriptions des dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet, ils ont pu intégrer le corpus Bouvard dans leur plateforme d’exploration textométrique TXM. Cette intégration, outre le fait qu’elle offre aux éditeurs du corpus un appréciable outil de relecture et de vérification de l’encodage, permet surtout d’obtenir, au sein du corpus, des contrastes nombreux et révélateurs en fonction des partitions choisies (dossiers, pages ou scripteurs, par exemple). Des requêtes ciblées viennent aussi mettre en lumière des phénomènes lexicaux caractéristiques dont le relevé peut servir de base à des études linguistiques ou littéraires précises, comme l’analyse quantitative et qualitative des lapsus commis par Flaubert ou Laporte et leurs répercussions dans la constitution du second volume. De son côté, Pierre-Édouard Portier propose une méthodologie pour modéliser un corpus de manuscrits en vue d'assister les chercheurs dans leur travail d'édition critique. Ses travaux se sont fondés d’abord sur les archives de Jean-Toussaint Desanti, mais aussi sur les dossiers de Bouvard et Pécuchet. En particulier, le mode de visualisation dimensionnel mis au point pour faciliter la navigation dans l’archive a été retravaillé pour le projet Bouvard afin de mettre au jour une vue spécifique appelée « Bureau du chercheur » dans laquelle des relations de diverses natures peuvent être tissées. À terme, les enrichissements issus de certains reclassements et mises en relation pourront être récupérés et informer plus finement les métadonnées des transcriptions. Enfin, Caroline Angé poursuit la réflexion qu’elle mène sur l’édition de fragments et les réponses que le numérique permet d’apporter au problème de leur ordonnancement sous forme textuelle. Elle montre qu’en faisant basculer du côté des lecteurs la question de la configuration des fragments textuels, par l’intermédiaire des manipulations autorisées dans l’interface de reconstitution de seconds volumes possibles, l’édition des dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet questionne la relation de l’editor au texte, tout en éclairant les enjeux de l’édition de corpus littéraires dans le contexte numérique.

La section suivante regroupe des articles qui rendent particulièrement sensible la diversité des usages que Flaubert a successivement assignés à l’ensemble monumental que constituent les dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet. En effet, en raison du caractère partiellement non concerté de la constitution de cette archive, rassemblée après la mort de l’écrivain par sa nièce Caroline[32], on y trouve des documents que Flaubert n’avait vraisemblablement pas envisagé d’utiliser dans son dernier roman. Florence Vatan analyse un exemple particulièrement intéressant de ces dossiers exogènes qui, en dépit de leur histoire spécifique n’en consonnent pas moins, de diverses manières, avec certaines obsessions flaubertiennes et des thèmes précis du roman encyclopédique. C’est le cas des notes détaillées (trente-quatre pages) que Flaubert a prises, vraisemblablement en 1852, sur un ouvrage intitulé Reliquiae. Œuvres posthumes du Docteur Charles Le Fèvre, publié à Paris par l’imprimerie Le Normant en 1851, précédé d’une notice biographique rédigée par l’écrivain Jules Lefèvre-Deumier, frère aîné de Charles. Flaubert y dialogue avec une sorte de double pathologique, ayant fini par sombrer dans la folie, dont la présence en filigrane dans l’épisode philosophique de son dernier roman signale indirectement « la part d’errance et de folie inhérente à la pensée spéculative ». Sarah Mombert, quant à elle, se saisit d’un autre type de documents, vraisemblablement en grande partie exogènes, que l’on trouve dans les dossiers de Bouvard et Pécuchet : il s’agit des nombreuses coupures de presse dont l’étendue est fort variable, de l’articulet au journal complet. Elle s’interroge sur les raisons de leur sélection et la fonction qu’elles auraient pu remplir dans la « copie » qui devait constituer le deuxième volume du roman. Elle distingue les articles qui représentent de la matière documentaire brute (par exemple les articles de vulgarisation scientifique), ceux qui offrent des exemples de bêtise ou des anecdotes curieuses, et ceux qui contribuent à l’auto-représentation de la vie journalistique du XIXe siècle. En se penchant plus spécifiquement sur les querelles de presse qui se terminent sur le pré ou qui singent des duels, elle avance l’hypothèse que Flaubert a pu trouver dans la production médiatique du texte un modèle opératoire du processus d’engendrement de la « copie ». Nathalie Petit, de son côté, s’intéresse à un dossier intitulé « Journaux » qui, s’il a bien été réutilisé ensuite par Flaubert pour Bouvard et Pécuchet et trouve donc légitimement sa place dans les dossiers de Rouen, avait d’abord été constitué en vue de la rédaction de L’Éducation sentimentale. Il permet d’analyser la manière dont Flaubert exploite ses notes en alimentant et en assurant la vraisemblance du contexte historique, mais aussi en participant au portrait des personnages. Enfin, l’article d’Atsushi Yamazaki, s’il porte sur un dossier indubitablement composé par le romancier en vue de la rédaction de son « encyclopédie critique en farce », n’en illustre pas moins la diversité des approches auxquelles ces dossiers peuvent se prêter en tant qu’objet certes destiné à nourrir une fiction mais déjà interrogeable en tant que tel. Ici, c’est la dimension chronologique du dossier « Mysticisme-Magnétisme » qui est questionnée à partir de la date de publication des ouvrages qui le composent.

Les deux ensembles d’articles suivants sont centrés sur le premier volume du roman posthume. Le premier regroupe des analyses s’intéressant au passage du documentaire dans la fiction tandis que le second rassemble des textes qui proposent des relectures critiques plus globales de la partie rédigée du roman. Ainsi, l’épisode de l’agriculture, comme le montre Stella Mangiapane, a exigé de la part de Flaubert non seulement l’acquisition d’une compétence disciplinaire (la connaissance des théories, des notions et des techniques liées aux différents secteurs de la culture de la terre) mais aussi l’appropriation d’une compétence linguistique, terminologique et discursive. En suivant la genèse du passage portant sur l’arboriculture, on voit comment l’écrivain satisfait à ses propres exigences d’« apprentissage » disciplinaire et linguistique et dans quelle mesure il se sert ensuite des matériaux linguistiques provenant de ses notes afin d’intégrer le discours de l’agriculture au discours de la fiction. Mitsumasa Wada, quant à lui, s’intéresse aux lectures pédagogiques positivistes faites par Flaubert en vue de la rédaction du chapitre X. Il souligne à quel point cet épisode est sous-tendu par une réflexion philosophique sur le statut de l’enfant pensé par rapport à la famille et à la société, et sur l’origine religieuse ou sociale de l’autorité paternelle, et comment ces lectures ont ouvert la voie à une socialisation de l’entreprise pédagogique dans la fiction. Avec le chapitre III comme champ d’expérimentation, François Kerlouegan s’interroge sur la place et la signification du discours hygiéniste dans le roman en montrant que les livres lus par Flaubert, en particulier le Manuel théorique et pratique d’hygiène de Morin (1827) et le Traité élémentaire d’hygiène privée et publique de Becquerel (1851), ont des enjeux moins médicaux que sociaux et discursifs. Ne s’interdisant pas de décontextualiser voire de falsifier le contenu des ouvrages d’hygiène, le romancier les fait participer à son entreprise satirique portant à la fois sur la science et sur sa vulgarisation. À partir d’un dossier documentaire particulier intitulé « Politique », Biagio Magaudda met en lumière le régime spécifique de la prise de notes flaubertienne et s’arrête plus particulièrement sur l’épisode du droit divin (chapitre VI) où des notes documentaires subissent une réélaboration concomitante à leur insertion dans la fiction. Atsuko Ogane, quant à elle, s’intéresse au pèlerinage que Bouvard et Pécuchet effectuent, dans le IXe chapitre du roman, à Notre-Dame de la Délivrande, en Basse-Normandie, et à la documentation que Flaubert a réunie à cette fin. Elle montre comment se construit ironiquement la portée anticléricale de l’épisode, en relation étroite avec la question du socialisme. Enfin, Gisèle Séginger met au jour une révélatrice « belligérance des modèles et des paradigmes qui tient au porte-à-faux épistémologique » dans le chapitre III. En effet, deux strates épistémologiques se superposent dans l’épisode de la lecture de Cuvier par Bouvard et Pécuchet, l’une contemporaine du temps de l’histoire racontée, époque du fixisme de Cuvier, et l’autre accompagnant les lectures que Flaubert a faites dans les années 1870 et le temps de l’écriture du roman, époque où les travaux de Darwin, Haeckel et Spencer imposent un paradigme évolutionniste.

Toujours focalisés sur le premier volume de Bouvard et Pécuchet, les articles rassemblés dans la quatrième section ont en commun de proposer du roman des lectures critiques plus globales, moins directement liées à la problématique de l’insertion du documentaire dans la fiction. Ainsi, Florence Pellegrini, à partir de l’étude structurelle d’une séquence narrative (l’épisode de la chimie) et de ses modalités de jonction, montre comment le récit flaubertien intègre une forme de « modélisation scientifique » qui participe à la fois de la reconnaissance d’un discours et de sa mise en cause. La logique du raisonnement scientifique, retravaillée par sa narrativisation, impose une convention pointée pour son caractère incontournable tout autant que pour son insuffisance. Bertrand Marquer, quant à lui, se saisit de la notion de « comique d’idées » et, à la suite des travaux de Juan Rigoli, analyse le rôle fondamental qu’y tient la conception physiologique de l’innutrition. Dans le roman, boulimie de savoir et poétique du remâché s’allient pour élaborer une « physiologie du Bourgeois » dont la matière même est un processus encyclopédique dont la chymification constitue l’image la plus juste. Jacques Neefs, de son côté, en prenant appui sur l’analyse de trois épisodes du roman, souligne l’extrême maîtrise à laquelle Flaubert est parvenu dans la manière d’intégrer les dialogues de ses personnages dans un espace où les « paroles » sont comme flottantes. Cet art de l’interlocution dans l’espace permet de faire passer dans le comique du texte une interrogation sur les limites de la capacité de comprendre. Repenser le rapport de Bouvard et Pécuchet à la temporalité des savoirs, c’est ensuite ce à quoi Michel Pierssens nous invite. Si penser ce rapport pour le XIXe siècle est d’emblée légitime, on peut aussi le transposer aujourd’hui, pour nous, lecteurs, qui faisons face au remaniement critique de nos savoirs actuels en devenir, sollicités par la crise de nos appareillages cognitifs, incarnée par le passage à la numérisation, moteur d'un déploiement novateur des représentations quant au langage, aux textes, aux idées, au récit, au discours : c'est ainsi qu'on peut faire prendre à Flaubert le digital turn, « le tournant numérique qui lui permet de parler au XXIe siècle ». D’ailleurs, Laurent Demanze souligne qu’après de longues décennies d’incompréhension, Bouvard et Pécuchet a dorénavant pris une position centrale dans l’histoire de la littérature. Doté d’une puissance séminale, il est capable de repenser les figures contemporaines de l’auteur et la place du livre hors de la bibliothèque, comme on peut le voir à travers l’exemple de l’entreprise de Jean-Yves Jouannais.

Si de nombreux articles précédemment cités intégraient déjà à leur propos des questions spécifiquement liées au second volume, sous forme de prolongement ou de ligne de fuite, celui-ci n’en constituait néanmoins pas le centre de gravité, l’un des champs d’expérimentation privilégiés ou le point de départ, contrairement aux communications qui occupent les deux dernières sections de ce recueil d’actes. Dans la première, on a voulu regrouper trois exposés qui ont en commun de mettre en lumière la circulation des énoncés de la sphère documentaire vers le second volume, en passant parfois par le premier, comme c’est le cas dans l’analyse que propose Anne Herschberg Pierrot des retours de l’idée reçue : « Christianisme. A affranchi les esclaves » dans l’œuvre de Flaubert, de Madame Bovary à Bouvard et Pécuchet, et plus précisément dans le IXe chapitre et dans les pages préparées pour la copie. Elle met ainsi en perspective les discours sur le christianisme et l’esclavage et souligne l’historicité des voix ressassant ce lieu commun. Cartographiant lui aussi cette intense circulation des savoirs entre notes documentaires, premier et second volume, Norioki Sugaya prend l’exemple de l’Histoire naturelle de la santé et de la maladie de F.-V. Raspail pour mettre en relief la plasticité esthétique d’un livre médical dont Flaubert tire parti dans ses deux volumes. Son contenu épistémologique daté et dépassé s’insinue dans les interstices du tissu textuel, franchissant subrepticement les frontières des chapitres et des catégories de classement de la Copie. Quant à Taro Nakajima, il s’attache à montrer la présence du catholicisme intransigeant de Joseph de Maistre dans les dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet en analysant les catégories utilisées par le romancier pour répertorier les citations d’un penseur antimoderne à qui il vouait une haine tenace mais qui le fascinait aussi en raison de son éloquence remarquable de grand styliste.

Enfin, les articles constituant la dernière section de notre recueil ont pour particularité d’analyser spécifiquement le second volume comme un donné, ou plutôt un construit, considéré dans les limites de ce que l’on peut conjecturer à son sujet. C’est dans cette dynamique de recherche que s’inscrit résolument Rosa Maria Palermo Di Stefano qui analyse le dossier « Grands écrivains ». Tout en montrant qu’il a vraisemblablement atteint un stade quasi définitif d’élaboration, elle parvient néanmoins, en suivant les indication portées par Flaubert sur certaines de ses pages, à en construire une nouvelle qui présenterait donc une reconfiguration prévue, mais non réalisée par Flaubert, faute de temps. Ainsi montées, les citations de Racine se passent de commentaires – ouvrant le champ à la seule représentation. Hugues Marchal, quant à lui, se saisit des pages préparées pour le second volume de Bouvard et Pécuchet pour les passer au crible de la poésie scientifique dont elles recèlent de nombreuses occurrences. Après s’être demandé de quoi ces vers sont le fragment et pourquoi Flaubert accorde dans ses dossiers une telle place à des œuvres qui posent la question des relations entre savoirs et littérature du point de vue de la poésie, il en vient à souligner la dimension doublement éclairante de cette confrontation : « si l’existence de ce corpus et des débats qu’il a suscités éclaire le propos de Flaubert, réciproquement Bouvard et Pécuchet éclaire cette production, que le roman dépouille pour nous de sa singularité et de son anomie, en la réintégrant dans notre vision de son siècle ». C’est à une autre tradition que Stéphane Zékian confronte la Copie, celle des classiques corrigés, mode d’intervention critique déjà complètement dépassé au moment où Flaubert rédige son dernier roman. L’amendement des classiques lui offre en effet une rubrique commodément fédératrice sous laquelle ranger des gestes critiques de nature et d’esprit pourtant sensiblement divergents. En outre, la tradition des classiques corrigés, irréductible à un questionnement étroitement esthétique, délimite, au contraire, un terrain d’observation idéal, en ce qu’il offre un précieux point de comparaison pour « apprécier, dans ses développements modernes, la dilution silencieuse des signatures dans le mouvement continuel d’une circulation faite d’emprunts, de reprises, de retouches ». Enfin, Pierre-Louis Rey nous invite à relire la Copie à l’aune des jugements littéraires qui s’y expriment, pour autant que l’on puisse identifier avec certitude le critère que Flaubert utilise : « mélancolique allergique à la littérature mélancolique, pourfendeur des jugements anachroniques mais prêt à y céder du moment où ses nerfs sont à vifs, rebelle aux métaphores hardies sauf à les mettre au compte de ses personnages : Flaubert aide à comprendre, grâce à la Copie, comment sa création se situe sur le fil du rasoir. »

 

Eu égard aux ambitions exprimées dans le texte de cadrage scientifique du colloque, le traitement spécifique, dans les présents actes, de la question des « seconds volumes » possibles peut légitimement apparaître comme en retrait. En effet, le module informatique devant permettre la production de ces agencements de citations n’avait pas atteint le niveau de développement requis pour que des chercheurs puissent s’en saisir efficacement au moment du colloque. Aujourd’hui encore, il n’a pas la robustesse qui lui permettrait de traiter des portions suffisantes du corpus pour obtenir des résultats pertinents ; il autorise seulement la création d’agencements « de test » de dimensions assez réduites. Ce problème technique devrait être bientôt résolu : on pourra alors enfin produire, comparer et expérimenter autant de seconds volumes possibles que les internautes intéressés par cette construction flaubertienne inachevée voudront bien en inventer.

En attendant cet avènement, « le formidable creuset » d'où « sortaient des formules absolues contenant en cinquante mots un système entier de philosophie »[33] est déjà livré à la curiosité des chercheurs de toutes les disciplines et à celle du public. Le site d’édition des dossiers documentaires met en effet à leur disposition un corpus outillé riche de multiples possibilités d’utilisation. Or c'est dans la confrontation, la comparaison et les rapprochements qu’il rend possibles et facilite au sein de ce chantier documentaire, unique vestige de l’activité et précipité incomplet de la pensée du romancier, que se trouve fondue, à tout jamais, la solution du volume manquant.

 

Précisions valables pour l’ensemble des articles recueillis dans les présents actes

Pour ne pas alourdir inutilement les notes, la description patrimoniale des manuscrits de Bouvard et Pécuchet conservés à la Bibliothèque municipale de Rouen n’a pas été répétée dans chaque article. La voici[34] :

 

  • Ms gg10. Bouvard et Pécuchet. Plans. Manuscrit autographe. 72 feuillets.
  • Ms g224 (1) et (2). Bouvard et Pécuchet. Manuscrit autographe (sauf pour les feuillets 251 à 297 inclus). 300 feuillets au total.
  • Ms g225 (1) à (9). Bouvard et Pécuchet. Brouillons des chapitres I à X inclus. Manuscrit autographe. 1203 feuillets au total.
  • Ms g226 (1) à (8). Recueils de documents divers rassemblés par Flaubert pour la préparation de Bouvard et Pécuchet. 2215 feuillets au total.
  • Ms g227. Dictionnaire des idées reçues. Manuscrit en partie autographe. 59 feuillets.
  • Ms g228. Dictionnaire des idées reçues. Manuscrit non autographe avec corrections de Flaubert. 26 feuillets.

 

On schématise ci-dessous les relations qu’entretiennent entre eux ces différents ensembles de manuscrits et comment ils s’articulent à l'intérieur du projet Bouvard :

Fig. 2 - Le projet Bouvard : cohérence patrimoniale et cohérence intellectuelle[35]

Dans les articles, on a pris le parti de fournir en note le lien direct vers tous les manuscrits en ligne mentionnés. Ce lien est inscrit en clair afin qu’il ne se perde pas lors d’une éventuelle impression. Quand les manuscrits sont en ligne sur le site des dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet, on a choisi d’afficher la transcription ultradiplomatique de la page et, à chaque fois que c’est possible, le fragment textuel visé lui-même. À partir de cette dernière URL, le lecteur a accès à l’imagette du fragment (lorsqu’elle est disponible), aux autres occurrences de ce même fragment textuel dans le corpus (citation) et au lien vers le texte original, si possible dans l’édition consultée par Flaubert, dans une bibliothèque numérique comme Gallica ou GoogleBooks.

Si l’on a choisi de renvoyer à la version ultradiplomatique des transcriptions, c’est parce que c’est celle qui, techniquement, est la plus stable du corpus. Mais une grande partie de la valeur ajoutée propre au travail éditorial du projet se trouve dans les autres onglets de la transcription (vue diplomatique, vue normalisée, vue enrichie, métadonnées) que nous invitons donc fortement le lecteur à consulter.

NOTES

[1] Voir le site de l’UMR 5611 LIRE (Littérature, Idéologies, Représentations, XVIIIe-XIXe siècles, dir. Philippe Régnier) et ses orientations scientifiques actuelles : http://lire.ish-lyon.cnrs.fr/spip.php?rubrique40.
[2] Le projet avait néanmoins pu être lancé dès 2006 grâce à l’allocation d’une ATIP (Action thématique incitative sur projet) « Jeunes chercheurs » par le Département SHS du CNRS.
[3] Le SID était alors placé sous la responsabilité de Christine Berthaud. L’essentiel des développements informatiques ont été menés par ou sous la direction de Raphaël Tournoy jusqu’en 2012. Emmanuelle Morlock-Gerstenkorn a assumé la responsabilité de l’ingénierie documentaire du projet. Avec compétence et patience, Laetitia Faure, depuis l'origine du projet, encode les manuscrits en XML-TEI. Voir aussi la page de présentation de l’équipe technique sur le site de l’édition :
http://www.dossiers-flaubert.fr/projet-equipe-technique.
[4] Voir la page de présentation de l’équipe scientifique sur le site de l’édition : http://www.dossiers-flaubert.fr/projet-equipe-scientifique.
[25] Les différents aspects de cette synthèse ont été exposés dans des articles qui ont rythmé l’élaboration progressive et collaborative des outils et l’avancée de la réflexion générale sur les développements du projet : un rappel du point de départ et des ambitions du projet dans le premier recueil des travaux collaboratifs de l’équipe publié grâce au programme Galilée 2008-2009 (Stéphanie Dord-Crouslé : « Vers une édition électronique des dossiers de Bouvard et Pécuchet » ; Éditer le chantier documentaire de Bouvard et Pécuchet. Explorations critiques et premières réalisations numériques, sous la dir. de Stéphanie Dord-Crouslé, Stella Mangiapane et Rosa Maria Palermo Di Stefano, Messine (Italie), Andrea Lippolis Editore, 2010, p. 15-20) : l’analyse du dispositif matériel des dossiers documentaires et l’histoire de leur transmission dans le premier numéro de la revue Arts et savoirs (Stéphanie Dord-Crouslé : « La place de la fiction dans le second volume de Bouvard et Pécuchet » ; Arts et savoirs. Revue en ligne du Centre de recherche LISAA (Littératures, Savoirs et Arts – EA 4120), n° 1 – « Bouvard et Pécuchet : la fiction des savoirs », coordonné par Gisèle Séginger, février 2012, p. 1-21 [disponible en ligne sur le site de la revue :
http://lisaa.u-pem.fr/arts-et-savoirs/arts-et-savoirs-n-1/
et sur HAL-SHS]) ; les rapports entre le processus de reconstitution conjecturale et le principe du kaléidoscope dans un numéro des Nouveaux Cahiers François Mauriac (Stéphanie Dord-Crouslé et Emmanuelle Morlock-Gerstenkorn : « Sur le modèle du kaléidoscope : concevoir l’édition électronique du “second volume” de Bouvard et Pécuchet » ; Nouveaux Cahiers François Mauriac, n° 19 – « L’édition critique, de l’imprimé au numérique : François Mauriac et les autres… », 2011, p. 169-183) ; et le descriptif précis du dispositif éditorial dans un numéro des Cahiers du Numérique (Stéphanie Dord-Crouslé, Emmanuelle Morlock-Gerstenkorn et Raphaël Tournoy : « Nouveaux objets éditoriaux. Le site d’édition des dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet (Flaubert) » ; Les Cahiers du Numérique, n° 3-4/2011 « Empreintes de l’hypertexte. Rétrospective et évolution », sous la dir. de Caroline Angé, Paris, Lavoisier, 2012, p. 123-145 [disponible en ligne sur CAIRN :
http://www.cairn.info/revue-les-cahiers-du-numerique-2011-3-page-123.htm]). L’ensemble de la production scientifique liée au projet est disponible dans une collection dédiée sur HAL-SHS
(http://halshs.archives-ouvertes.fr/ANR-07-CORP-009).
[26] Le comité scientifique du colloque était composé de quatre membres : Stéphanie Dord-Crouslé (CNRS), Éric Le Calvez (Georgia University, Atlanta), Philippe Régnier (CNRS) et Jean-Marie Roulin (Université Jean Monnet, Saint-Étienne).
[27] Voir la présentation du projet en ligne : http://flaubert.univ-rouen.fr/ressources/bp_projet.php. Depuis cette date, le site d’édition des manuscrits de Bouvard et Pécuchet a été ouvert au public
(http://flaubert.univ-rouen.fr/bouvard_et_pecuchet/index.php).
Un colloque organisé à Rouen par Yvan Leclerc a marqué la fin du projet (7-9 mars 2013). Ses actes seront recueillis dans le no 14 de la présente Revue Flaubert.
[29] En voici la liste et les adresses :
1- Stéphanie Dord-Crouslé (CNRS) – « Le projet Bouvard : présentation des principaux résultats scientifiques »
(http://html5.ens-lyon.fr/Unis/colloque-bouvard-pecuchet/video-SDordCrousle.html) ;
2- Hugues Marchal (Univ. de Bâle) – « La poésie scientifique dans les pages préparées pour le second volume de Bouvard et Pécuchet »
(http://html5.ens-lyon.fr/Unis/colloque-bouvard-pecuchet/video-HMarchal.html) ;
3- Rosa Maria Palermo Di Stefano (Univ. de Messine) – « La "Littérature" de Bouvard et Pécuchet d’après les notes sur les "Grands écrivains" »
(http://html5.ens-lyon.fr/Unis/colloque-bouvard-pecuchet/video-RMPalermo.html) ;
4- Pierre-Louis Rey (Univ. Paris 3) – « Les goûts littéraires de Bouvard et Pécuchet »
(http://html5.ens-lyon.fr/Unis/colloque-bouvard-pecuchet/video-PLRey.html) ;
5- Jacques Neefs (Johns Hopkins Univ.) – « Paroles en l’air : l’espace des dialogues dans Bouvard et Pécuchet »
(http://html5.ens-lyon.fr/Unis/colloque-bouvard-pecuchet/video-JNeefs.html) ;
et 6- Sarah Mombert (ENS de Lyon) – « La vie des journaux dans les dossiers de Bouvard et Pécuchet »
(http://html5.ens-lyon.fr/Unis/colloque-bouvard-pecuchet/video-SMombert.html).
[30] Pour reprendre une expression souvent utilisée par Flaubert ! Voir par exemple : « J'ai à vous montrer une forte collection de lettres » (lettre à Edmond Laporte du [15 février 1879], Correspondance, éd. Jean Bruneau et Yvan Leclerc, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », t. V, 2007, p. 541).
[31] La première relecture des textes a été effectuée par Élisabeth Baïsse-Macchi (LIRE) : qu’elle en soit ici remerciée.
[32] Voir l’article déjà cité : Stéphanie Dord-Crouslé, « La place de la fiction dans le second volume de Bouvard et Pécuchet ».
[33] C'est Maupassant qui évoque en ces termes le travail flaubertien de la phrase, accompli à partir de la collecte des idées : « Et la phrase aussi le tourmentait, la phrase si concise, si précise, colorée en même temps, qui devait renfermer en deux lignes un volume, en un paragraphe toutes les pensées d’un savant. Il prenait ensemble un lot d’idées de même nature et, comme un chimiste préparant un élixir, il les fondait, les mêlait, rejetait les accessoires, simplifiait les principales, et de son formidable creuset sortaient des formules absolues contenant en cinquante mots un système entier de philosophie », « Gustave Flaubert », article donné en annexe à Gustave Flaubert - Guy de Maupassant, Correspondance, éd. Yvan Leclerc, Paris, Flammarion, 1993, p. 312.
[34] On en trouvera une description plus complète dans le Catalogue des manuscrits de Gustave Flaubert conservés à la Bibliothèque municipale de Rouen, rédigé par Marie-Dominique Nobécourt, mis à jour et complété le 16 mars 2005 par Claudine Brabetz, Michaël Monnier et Christelle Quillet (Bibliothèque municipale de Rouen) et Yvan Leclerc (Université de Rouen), en ligne sur le site du Centre Flaubert de l’Université de Rouen :
http://flaubert.univ-rouen.fr/manuscrits/bmmss.php#_Toc127780000.
[35] On trouvera une version plus lisible de cette figure sur le site de l'édition des dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet :
http://www.dossiers-flaubert.fr/edition-corpus.

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