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Sommaire Revue n° 14
Revue Flaubert, n° 14, 2015 | Écrire avec Flaubert aujourd'hui
Rencontres « Flaubert dans la ville », 17-18 avril 2015, Rouen,
organisées par Sandra Glatigny et Yvan Leclerc
Centre Flaubert, laboratoire du CÉRÉdI, université de Rouen
Enregistrement assuré par le Service audiovisuel de l'Université de Rouen

Pourquoi l'université promeut un tel événement

Tony Gheeraert
Vice-président fonctionnel en charge du numérique, université de Rouen

Le projet de Sandra Glatigny et d’Yvan Leclerc s’inscrit pleinement dans les missions essentielles de l’université.
 

Celle tout d’abord de former et d’éduquer. D’une façon générale, la littérature occupe une place essentielle dans une université pluridisciplinaire comme celle de Rouen. Dans une société soumise à de profondes mutations, la littérature est un atout, une force pour mieux appréhender le monde, pour rendre intelligible l’univers qui nous entoure, pour permettre aux étudiants d’observer avec un regard plus aigu et plus lucide le réel, soit pour mieux s’y adapter, soit au contraire pour y résister, lorsqu’il est inacceptable, ou, pour parler comme l’auteur dont nous honorons aujourd’hui la mémoire, lorsque la société est en proie à la « Bêtise ». Faire connaître, former, diffuser le savoir, à l’intérieur et à l’extérieur de nos campus : en soutenant « Flaubert dans la Ville », en mettant l’accent sur l’œuvre de celui qu’on considère comme le père du « réalisme », l’université est ici dans son rôle.

 

Mais « Flaubert dans la ville » s’articule aussi avec la seconde grande mission de l’université : la recherche. Flaubert dans la ville manifeste en effet l’activité du « Centre de Flaubert », au sein du laboratoire CEREdI consacré à l’interprétation et à l’édition des textes littéraires. Yvan Leclerc et son équipe, depuis de longues années, étudient et mettent en ligne les brouillons de Madame Bovary, ou le manuscrit de Bouvard et Pécuchet. On ne compte plus les thèses prestigieuses et les études critiques savantes auxquelles le centre Flaubert a donné naissance, et dans lequel Sandra joue un rôle important.

 

Cette recherche n’a pas vocation à rester le trésor confidentiel réservé à quelques initiés. Sandra, Yvan le savent bien : ce savoir, cette production de richesses doivent être partagés. Colloques, séminaires, bien sûr, mais aussi sites web ouverts à tous, et, aujourd’hui, des manifestations comme celle de « Flaubert dans la ville ».

 

La Ville et l’Université. Town and gown, comme disent les Anglais. Deux entités dont les relations sont complexes… et fructueuses. La culture apparaît ici comme à la fois le moyen de décloisonner une université parfois trop repliée sur ses campus, mais aussi de faire connaître aux citoyens de la Ville le résultat des travaux patients et obscurs des chercheurs.

 

« Flaubert dans la Ville » est au carrefour de ces ambitions, lieu de rencontre et d’échange entre d’une part un patrimoine urbain, une population curieuse de son passé, et d’autre part une littérature d’aujourd’hui plus vivante que jamais, comme en témoigne la présence de quelques-unes des plus prestigieuses plumes dont la France peut s’ennorgueillir, et d’artistes de renom qui mettent leur empreinte sur cette manifestation.

 

Enfin, qui dit professeur d’université a tôt fait de se représenter un savant chenu, penché, parmi l’odeur des vieux livres, sur d’obscurs papiers poussiéreux dans les recoins sombres de la bibliothèque Villon – Bouvard et Pécuchet à la fin du livre, courbés sur leur bureau à double pupitre et copiant à l’infini...
 

L’image est, sans doute, un peu fausse. Les littéraires savent s’adapter au bouleversement numérique actuellement à l’œuvre dans notre société. Yvan et son équipe n’ont pas attendu que les « humanités numériques » deviennent le mot-clé à la mode pour appuyer leurs travaux sur les technologies de l’information : les réseaux, la Toile, le Centre Flaubert y occupent une place éminente depuis le tout début des années 2000. L’université de Rouen était déjà pionnière en ce domaine il y a 15 ans, il eût été surprenant que « Flaubert dans la ville » n’ait pas eu aussi cette dimension numérique. Site web et QR code sont au rendez-vous, et l’on peut « flasher » Flaubert au smartphone – on ne peut s’empêcher de se demander ce que l’auteur de L’Éducation sentimentale en eût pensé ; on peut aussi feuilleter sur tablettes les manuscrits de Flaubert, en recourant à un logiciel, « doc explore », développé à cet effet par le laboratoire de « maths-info » de l’université. Ce lien entre les disciplines manifeste aussi la fécondité du travail en commun, au sein de l’université, entre des disciplines qui paraîtraient éloignées l’une de l’autre.

 

Pour moi, je me réjouis de ce « Flaubert numérique »... et je me plais à rêver, un jour, d’une promenade rouennaise sur les pas de Flaubert en réalité augmentée, tablette à la main, pour une sorte d’historial Flaubert à ciel ouvert, sur le trajet d’Emma et Léon dans leur calèche...

 

En attendant, j’adresse tous mes remerciements aux porteurs du projet, Sandra et Yvan, et aux partenaires qui ont permis la mise en œuvre de cette belle et riche manifestation qui montre qu’à l’évidence Flaubert est toujours bien vivant dans cette Ville qui fut la sienne.



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