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Sommaire Revue n° 15
Revue Flaubert, n° 15, 2017 | Bouvard et Pécuchet, roman et savoirs:
l'édition électronique intégrale des manuscrits

Colloque de Rouen, 7-9 mars 2013. Numéro réuni par Yvan Leclerc

Du discours spécialisé au discours romanesque:
sur l’élaboration du chapitre II de Bouvard et Pécuchet

Stella Mangiapane
Maître de conférences - Université de Messine
Voir [Résumé]

Dans un article paru dans le numéro 13 de la Revue Flaubert[1], nous avons montré que la rédaction du chapitre II de Bouvard et Pécuchet a exigé de la part de Flaubert aussi bien l’assimilation des connaissances les plus diverses concernant les théories, les notions et les techniques liées aux différents secteurs de la culture de la terre que l’appropriation d’une compétence linguistique et, en particulier, terminologique. L’analyse portant notamment sur la composante lexicale et plus proprement terminologique du discours spécialisé des secteurs concernés, tel qu’il se présente dans les nombreux manuels et ouvrages encyclopédiques du XIXe siècle consultés par Flaubert, nous avons suivi dans le volumineux dossier de notes sur l’agriculture le long parcours d’acquisition de la part de l’écrivain de ces deux compétences intimement liées, indispensables pour que le projet qui anime la conception de son dernier roman puisse se réaliser. Nous avons ainsi montré, d’un côté, par quels procédés Flaubert satisfait à ses propres exigences d’« apprentissage » disciplinaire et linguistique et, de l’autre, nous servant de l’exemple du passage sur la taille des arbres fruitiers, ce qu’il retient, en termes strictement quantitatifs, du lexique rassemblé dans ses notes en intégrant un nombre significatif de termes d’arboriculture au discours de la fiction.

Recourant maintenant à des informations provenant des brouillons du roman, nous proposons ici le second volet de l’analyse de cette même séquence. De la première idée à peine esquissée en 1863 au long parcours accidenté dans l’écriture problématique des plans et des brouillons, l’attention constante que Flaubert porte aux modalités d’intégration du discours spécialisé au discours romanesque est le fil rouge qui guide la textualisation de la séquence analysée. La composante terminologique du secteur de l’arboriculture fruitière, que l’écrivain a minutieusement rassemblée dans ses notes de lecture, devient ainsi la trame d’un tissu narratif et linguistique que l’auteur met au service de son ambitieux projet de revue critique des savoirs de son temps.

Du savoir, des mots et des discours

Encyclopédique. Voilà l’un des adjectifs les plus employés, à juste titre, pour définir Bouvard et Pécuchet. Flaubert lui-même met l’accent sur cet aspect de son œuvre quand il annonce dans sa Correspondance son ambition d’écrire « une espèce d’encyclopédie critique en farce »[2]. Les deux autres finalités exprimées par cette définition de l’œuvre à venir et étroitement liées l’une à l’autre – c’est-à-dire la revue critique des savoirs du XIXe siècle et le comique – sont assurées par l’ironie acérée qui circule dans tout le roman, ridiculisant les deux protagonistes et mettant en même temps en relief les limites et les incohérences du système des savoirs au temps de Flaubert.

Mais le point de départ reste la portée encyclopédique de la matière traitée : l’étendue et la diversité des domaines explorés, l’accumulation méthodique des connaissances scientifiques les plus variées, l’aspect monumental de l’entreprise. Pour réaliser ce projet audacieux, dont il entrevoit parfaitement les difficultés quasiment insurmontables[3], Flaubert doit s’approprier préalablement une somme impressionnante de savoirs et, en même temps, déceler les contradictions qui minent les bases du prétendu progrès scientifique de son temps. De ce fait, la fiction romanesque est confrontée à la nécessité d’accueillir cette vaste matière, se laissant envahir presque par les notions, les théories, les techniques et les pratiques empiriques liées aux différentes disciplines.

D’un point de vue strictement linguistique, l’écrivain a une autre tâche ardue à accomplir : celle d’introduire dans l’écriture de fiction autant de « discours » différents qu’il y a de domaines scientifiques passés en revue. Leur portée épistémologique est souvent remise en cause, en conséquence de la fréquente « divergence des opinions »[4] relevée dans plusieurs secteurs ; leur matière verbale, constituée principalement de termes, se voit en revanche reconnaître un plein droit de cité au sein de l’écriture romanesque, contribuant ainsi à faire résonner dans la fiction les échos de la parole savante. Celle-ci est employée en maints endroits du texte dans sa valeur dénotative et si d’un côté elle garantit, en la reproduisant dans l’univers de fiction, la clarté et la précision des différents discours spécialisés, de l’autre, elle les rend presque inintelligibles aux lecteurs communs. Tous ces discours sont en effet essentiellement nourris de terminologies en conséquence du fait que chaque domaine forge son propre lexique, auquel il fait appel pour énoncer les théories sur lesquelles se fonde son exploration d’une partie du monde et pour dénommer les objets qui le peuplent ; ces systèmes lexicaux complexes sont la plupart des fois l’apanage exclusif des spécialistes en la matière et sont destinés, par conséquent, à demeurer opaques pour les non-spécialistes. Flaubert inscrit dans la fiction romanesque le reflet de cette opacité, la sublimant en une valeur poétique[5] et lui faisant acquérir une double fonction stratégique : d’un point de vue narratif, l’étrangeté des mots du savoir est à l’origine de l’attitude des deux protagonistes, qui buttent immanquablement contre l’obscurité des langages scientifiques[6], et elle concourt à déterminer, par conséquent, leurs échecs récurrents[7]  ; d’un point de vue linguistique, l’emploi réitéré de termes appartenant aux différents domaines spécialisés s’avère l’une des stratégies scripturales qui facilitent « l’intégration du discours technologique au discours romanesque »[8].

L’écrivain doit donc préalablement s’approprier ces savoirs proprement linguistiques pour pouvoir les faire circuler dans son roman ; cela vaut pour la chimie, l’anatomie, la physiologie, la médecine et également pour l’agriculture, à laquelle est consacré le chapitre II de Bouvard et Pécuchet.

« Agriculture » : du projet de 1863 aux lectures et aux plans et scénarios 

Classée parmi les « essais infructueux », l’agriculture est mentionnée dès le plan primitif de l’œuvre, en 1863[9]. Quand Flaubert se met définitivement à son projet, dix ans plus tard, les ouvrages d’agriculture (agronomie, horticulture, arboriculture) figurent au nombre des premières lectures auxquelles il se consacre[10]. Comme il arrive pour les autres chapitres du roman, l’élaboration du chapitre II s’enracine donc, bien avant la phase de l’écriture proprement dite, attestée par les brouillons, dans la puissante et fébrile activité de recherche documentaire qui occupe l’écrivain pendant presque deux ans (entre 1872 et 1874) et dont il reste, en ce qui concerne l’agriculture, un volumineux dossier (85 feuillets de notes), l’un des plus ordonnés et systématiques parmi les dossiers documentaires du roman[11]. En quelque sorte, en effet, l’élaboration du chapitre II est déjà là, en germe, dans ces pages de notes[12]. Elle s’annonce dans le choix des sujets et dans la sélection des notions ; elle se forge, du point de vue linguistique, surtout grâce à l’accumulation d’un grand nombre de termes que Flaubert sélectionne et range dans ses notes, enregistrant, à partir des ouvrages consultés, les dénominations des notions, des instruments, des produits et aussi, souvent, les définitions qui s’y réfèrent. Les notes de lecture sur l’agriculture témoignent constamment de ce travail minutieux visant l’appropriation non seulement d’un savoir mais aussi d’une compétence linguistique et, en particulier, terminologique.

Présente sous une forme embryonnaire dans le premier plan général du roman[13] – « essayent de l’agriculture. essai infructueux et coûteux » – l’aventure agricole de Bouvard et Pécuchet commence à être développée à partir du quatrième plan général[14]. Dans ce folio, l’organisation de la matière narrative n’est qu’à peine ébauchée et les différentes activités agricoles ne s’enchaînent pas encore selon l’ordre que nous connaissons d’après l’ultime version du chapitre, mais on voit déjà se produire le mouvement typique de l’écriture flaubertienne : les quelques lignes se référant à l’agriculture dans les deuxième et troisième plans généraux[15] occupent maintenant une page entière, les cellules de l’embryon commencent à se multiplier.

L’apport des notes à ce mouvement progressif d’expansion de la matière traitée s’avère fondamental. Dans le troisième plan général, par exemple, l’image des arbres peints au goudron provient d’une note tirée du tome IV du Cours d’Agriculture de Gasparin[16], que Flaubert a marquée d’une grande croix pour signaler, selon son habitude, sa possible intégration future dans l’écriture de fiction :

Les jardiniers des environs de Paris environnent le tronc d’un anneau de goudron pr empêcher les chenilles de grimper[17].

L’écrivain accueille ce détail dans la marge gauche de son plan car il prévoit d’en tirer un effet « comique » :

peignent au goudron les arbres attaqués d’insectes – les arbres en meurent – effet comique des arbres peints[18].

Et dès le plan successif (quatrième plan général) le noyau narratif est inséré dans le corps de la page : « Fautes du jardinage. arbres peints au goudron, tailles maladroites »[19].

Plusieurs autres détails présents dans ce quatrième plan et se référant aux « fautes agricoles » des deux bonshommes sont aussi redevables aux notes prises par l’écrivain : le problème des «engrais infects qui communiquent un mauvais goût aux produits», par exemple, provient d’une note tirée de la Maison rustique du XIXe siècle[20], qu’une croix destine aussi au premier volume: «inconvénient des engrais infects. – Les produits en conservent l’odeur. (98)»[21]  ; le fragment « sont envahis par les topinambours » reprend le contenu d’une autre note, elle aussi marquée par une croix et tirée du même ouvrage (p. 452-453) : « Topinambour (helianthus tuberosus) Le seul reproche à faire au topinambour est la difficulté d’en empêcher la reproduction dans les cultures subséquentes »[22]  ; la faute dérivant du fait que les « carottes [sont] enterrées trop profondément », enfin, accueille une suggestion des Premiers pas dans l’agriculture de Josué Casanova[23], que l’écrivain a notée et, encore une fois, marquée d’une croix , « La carotte n’aime pas à être enterrée profondément 2 ou 3 centimètres est la profondeur voulue »[24]. Souvent, aussi, l’écrivain note dans ses plans les sources livresques des éléments qu’il prévoit traiter, comme dans une sorte de mémorandum qui doit lui permettre de les retrouver plus facilement au moment de l’écriture de ses « phrases »[25].

Mais l’on est encore dans les premières étapes de la conception de l’œuvre et l’écrivain raisonne à grands traits sur l’organisation de la matière à développer dans son roman. Le travail sur la langue et, en particulier, la migration du lexique spécialisé de l’agriculture des pages de notes vers l’écriture de fiction se feront dans les brouillons.

Le cas particulier que l’on va analyser concerne l’épisode de la taille des arbres fruitiers[26], l’une des tâches qui occupent les deux amis quand ils décident, après l’incendie des meules, de se « livrer exclusivement à l’arboriculture, non pour le plaisir, mais comme spéculation ! »[27]  :

Le printemps venu, Pécuchet se mit à la taille des poiriers. Il n’abattit pas les flèches, respecta les lambourdes; – et s’obstinant à vouloir coucher d’équerre les duchesses qui devaient former les cordons unilatéraux, il les cassait ou les arrachait invariablement. Quant aux pêchers, il s’embrouilla dans les sur-mères, les sous-mères, et les deuxièmes sous-mères. Des vides et des pleins se présentaient toujours où il n’en fallait pas; – et impossible d’obtenir sur l’espalier un rectangle parfait, avec six branches à droite et six à gauche, – non compris les deux principales, le tout formant une belle arête de poisson.
Bouvard tâcha de conduire les abricotiers. Ils se révoltèrent. Il abattit leurs troncs à ras du sol; aucun ne repoussa. Les cerisiers, auxquels il avait fait des entailles, produisirent de la gomme.
D’abord ils taillèrent très long, ce qui éteignait les yeux de la base, puis trop court, ce qui amenait des gourmands; et souvent ils hésitaient ne sachant pas distinguer les butons à bois des boutons à fleurs. Ils s’étaient réjouis d’avoir des fleurs; mais ayant reconnu leur faute, ils en arrachaient les trois quarts, pour fortifier le reste.
Incessamment ils parlaient de la sève et du cambium, du palissage, du cassage, de l’éborgnage. Ils avaient au milieu de leur salle à manger, dans un cadre, la liste de leurs élèves, avec un numéro qui se répétait dans le jardin, sur un petit morceau de bois, au pied de l’arbre[28].

Plusieurs ouvrages ont renseigné Flaubert sur la question de la taille, en lui fournissant en même temps le lexique spécialisé qui encombre, presque, ce court passage[29]  : Le jardinier des petits jardins… de Rousselon et Vibert[30], le Manuel complet théorique et pratique du jardinier de Bailly[31], L’Arboriculture fruitière de Gressent[32] et le Bon Jardinier. Almanach horticole pour l’année 1865[33].

La quantité importante de notes sur la taille prises par Flaubert et le nombre de termes qu’il enregistre sont certainement des indices de l’intérêt qu’il porte à cette pratique : s’agissant d’une technique parmi les plus délicates et les plus complexes et dans laquelle il est facile de se tromper, l’écrivain la juge probablement parfaite pour piéger Bouvard et Pécuchet[34] ; elle offre de surcroît une vaste collection de termes et de « noms merveilleux »[35] que Flaubert ne manquera pas de faire figurer dans son roman. Nous nous bornerons à mentionner, à titre d’exemple, deux pages de notes, la première tirée de L’Arboriculture fruitière de Gressent (p. 216-311)[36], dans laquelle l’écrivain rassemble des informations concernant les principes généraux de la taille, et la deuxième tirée du Bon Jardinier (p. 311-313)[37] et concernant en particulier la taille du poirier ; dans ces notes, il est question de « lambourdes » et de « flèches », termes appartenant au secteur de l’agriculture[38] que l’on retrouve dans le passage objet de notre analyse, ainsi que de « dards » et de « brindilles »…

L’épisode de la taille fait son apparition de manière embryonnaire dès le quatrième plan général placé qu’il est, dans le fragment déjà évoqué, sous le signe des fautes commises par les deux amis: « Fautes du jardinage. arbres peints au goudron, tailles maladroites » [39]. Il ne s’agit, à ce stade, que de l’indication d’un noyau narratif à développer (« tailles maladroites ») mais il est intéressant de remarquer que Flaubert réfléchit en même temps sur la place que cette pratique doit occuper dans l’enchaînement des différentes activités agricoles des deux protagonistes : dans le premier jet de l’écriture l’embryon de cet épisode précède la visite à la ferme ; ensuite, probablement au cours d’une relecture du folio, l’écrivain le met entre crochets droits et en déplace le contenu, le recopiant plus bas, dans la marge gauche, à côté du fragment qui, dans le corps de la page, concerne l’incendie des meules.

La question de la taille trouve sa place « juste » dans le plan partiel du fo 37r°, qui présente déjà une organisation des différentes expériences liées au domaine de l’agriculture plus proche de celle du futur chapitre II ; surtout, c’est dans ce folio qu’apparaît pour la première fois le terme « arboriculture » et que Flaubert esquisse, après l’épisode de l’incendie, celui de la culture des arbres fruitiers :

Dessication des meules par la fermentation. Il en résulte un incendie. […] il se livrent exclusivement à l’arboriculture[40]

Dans ce nouveau contexte, la pratique de la taille se présente encore sous la forme d’une idée embryonnaire – « Tailles mauvaises, formes diverses données aux arbres » – mais elle est maintenant insérée dans le cadre spécifique, qui lui est donc propre, des activités et des techniques arboricoles et va bientôt connaître un important développement.

Fictionnaliser le discours spécialisé :
stratégies d’écriture dans les brouillons de la séquence  « Taille des arbres fruitiers »

La véritable textualisation de la séquence occupe une vingtaine de folios jusqu’au manuscrit dit « définitif »[41]. Ne pouvant pas les analyser de manière détaillée dans l’espace de ces pages, nous allons plutôt les observer depuis la perspective que nous avons choisie, afin de déceler les principaux gestes d’écriture par lesquels Flaubert parvient à imprimer sur ce passage l’empreinte d’un discours spécialisé, grâce à l’emploi d’une composante terminologique copieuse et rigoureusement sélectionnée.

Dans le fo 160v°, qui est un plan général concernant la totalité de l’épisode de l’arboriculture, la question de la taille est mentionnée en tant qu’argument au sein d’une « Discussion à propos de la taille » entre Bouvard et Pécuchet[42]  ; dans le manuscrit définitif, cette discussion sera synthétisée dans une courte phrase, une simple énumération dans laquelle, sur quinze mots, un tiers est constitué de termes – sève, cambium, palissage, cassage, éborgnage – les autres mots étant tous des mots grammaticaux : « Incessamment ils parlaient de la sève et du cambium, du palissage, du cassage, de l’éborgnage. »[43]

L’écrivain commence à complexifier l’épisode dans la rédaction suivante (fo 167v°), des fragments à vocation narrative amorcent la mise en scène de la taille, la plaçant dans une temporalité vague qui n’a comme repère que le rythme annuel des pratiques arboricoles, tandis que l’attention de Flaubert se concentre surtout sur la recherche des fautes à attribuer aux deux apprentis arboriculteurs[44]  :

au mois de mars on fait la taille d’hiver. ou taille sur bois. Les jeunes plantations de l’automne dernier. – ne donnent que qques feuilles & qq pousses chétives. au lieu de les laisser tranquilles, il fauche. & taille trop long. malgré cela, des des branches poussent [illis.] veut que les branches soient horizontales, – bien qu’elles aient une tendance naturelle à pousser verticalement. – cette position est désastreuse pr les jeunes pousses haine insciente de la nature. La sève abandonne le bourgeon & se porte sur les rameaux qu’il a plu à BP de laisser verticaux. […] Laisse pousser la flèche – tandis qu’il aurait fallu [illis.] pincer l’extrémité au profit des latérales il les laisse pousser* [illis.] est fier d’avoir obtenu des pousses de 1 à 2 mètres […] La taille a pr but de faire développer les yeux. Autrement la branche pousserait toujours par son extrémité. les yeux s’éteindraient très peu se développeraient.

Quelques termes commencent déjà à migrer des pages de notes vers le texte en formation – taille d’hiver, taille sur bois, sève, bourgeon, flèche, pincer, yeux – mais ce sont presque tous des termes qui, bien qu’appartenant au domaine de l’agriculture, sont compréhensibles pour le locuteur commun. Le discours opaque de la discipline n’est pas encore mis en forme. Il faut un élément qui enclenche le processus d’intégration du discours spécialisé au discours littéraire.

« Avant de rédiger un épisode, l’écrivain a besoin de synthétiser la documentation préalablement rassemblée, et souvent il lui faut à ce stade encore compléter ses recherches » affirme Stéphanie Dord-Crouslé dans son étude critique de Bouvard et Pécuchet[45]. En effet, en ce qui concerne la séquence de la taille, on trouve mélangés aux brouillons du chapitre II deux folios (fos 184v° et 168r°[46]) qui témoignent de cette exigence et dans lesquels Flaubert prend de nouvelles notes et extrait des ouvrages consultés une abondante terminologie dont il se servira pour poursuivre l’élaboration de l’épisode. Le premier de ces folios porte le titre « Bon Jardinier »[47]. La première partie de la page contient effectivement des notes que l’écrivain tire des pages 293 à 298 du Bon Jardinier. Almanach Horticole pour l’année 1865[48]  ; en revanche, la partie inférieure du folio contient des notes tirées d’un autre ouvrage, dont Flaubert abrège le titre entre parenthèses « (nouv. jard) ». Il pourrait s’agir du Nouveau jardinier illustré[49], qui date lui aussi de 1865, ou du Nouveau Bon Jardinier[50] , mais l’impossibilité de le vérifier par la comparaison des notes avec l’ouvrage source, à ce stade de nos recherches, ne nous permet d’avancer que des hypothèses.

Le deuxième ensemble de nouvelles notes sur la taille se trouve, écrit tête-bêche, dans le fo 168r°[51]. En observant la manière dont l’écriture est distribuée dans les deux parties du folio (lignes très serrées dans la partie brouillon, plus espacées dans les notes) et en considérant le fait qu’une croix de Saint-André barre les notes, on peut en déduire que Flaubert a utilisé ce feuillet d’abord pour y rédiger ses notes et ensuite pour le fragment de brouillon, ce qui semble bien être l’indice d’une contiguïté temporelle avec la rédaction du chapitre. Or ces notes concernent les pages 238 à 490 de L’Arboriculture fruitière de Gressent et sont vraisemblablement le résultat d’une troisième campagne d’annotation de l’ouvrage[52]. Avant de se lancer dans la textualisation du passage sur la taille, Flaubert relit donc ses notes prises sur Gressent et décide de procéder à une nouvelle « exploration » de l’ouvrage.

Ce qui nous semble digne d’être mis en relief est surtout le fait que dans ces deux folios de notes Flaubert se concentre particulièrement sur la terminologie concernant la taille, qu’il enregistre minutieusement pour satisfaire à son propre besoin d’élucidation et en même temps, croyons-nous, pour rassembler la matière verbale qui deviendra la trame du tissu narratif en train de se faire. À titre d’exemple, pour le fo 168r° : « cordons verticaux, cordons unilatéraux, palmettes alternées, pincer, bourgeons, pincement, cordons obliques, gourmands ». En particulier, l’écrivain se montre intéressé par les procédés onomasiologiques de formation du vocabulaire de l’arboriculture :

parmi les yeux, on nomme bouton ceux dont le développement produira des fleurs et œil tous ceux qui donneront naissance à un produit foliacé à un bourgeon […] Le bourgeon ; quand sa végétation annuelle est terminée prend le nom de rameau  […] faux bourgeon = bourgeon anticipé[53]

Le lexique spécialisé condensé dans ces deux folios sera en grande partie transféré dans le texte en formation, déjà à partir du fo 153r° qui est un plan général concernant la taille du pêcher, de l’abricotier, du prunier et du cerisier : « pêcher : ne pas l’éborgner pas de ravalement, de rapprochement de recépage »[54], etc. Mais, surtout, il semble bien que cette nouvelle recherche agit comme un élément moteur car, après cette énième enquête documentaire et terminologique, l’élaboration de la séquence va enfin pouvoir démarrer.

Le fo 153r° montre clairement comment l’écriture de fiction procède par l’exploitation des notes que Flaubert a sous les yeux, celles prises pendant la première campagne de lecture (1872-1874) et celles dérivant des nouvelles lectures concomitantes avec la rédaction du chapitre: si à côté du fragment « pêcher : ne pas l’éborgner pas de ravalement, de rapprochement de recépage parce que les bourgeons se reproduisent raremt sur du vieux bois » Flaubert mentionne sa source toute récente – « (nouveau jardin) » – et renvoie donc au fo 184v°, la ligne suivante, « Mr Lepère a démontré le contraire (Petits jardins) », renvoie en revanche à un folio de notes tirées des pages 151 à 166 du Jardinier des petits jardins[55].

L’attention étant constamment concentrée sur les fautes que commettent les deux bonshommes, la méthode consiste à prélever les informations des notes en sélectionnant et en introduisant en même temps dans le texte en formation le lexique spécialisé qui véhicule les informations et qui va donc faire résonner dans le roman le langage de l’arboriculture. Souvent, en outre, Flaubert renforce la présence de cette composante lexicale, substituant aux mots de la langue commune la terminologie arboricole, comme on le remarque, par exemple, dans le fo 155r° où « arbres » est remplacé en interligne et dans la marge gauche par les hyponymes spécialisés « duchesses » et « bergamottes »[56].

Enfin, le mouvement habituel de l’écriture flaubertienne qui resserre les matériaux destinés au texte final se traduit souvent, comme le montre l’exemple du f° 221v°[57] qui est l’un des derniers brouillons, par l’élimination de parties où le lexique employé est celui de la langue commune: dans ce folio, en barrant quatre lignes, Flaubert rapproche les paragraphes où se concentrent les termes d’arboriculture et favorise donc l’accumulation de la composante terminologique à l’intérieur de la séquence. Le discours spécialisé peut ainsi résonner pleinement dans le texte romanesque.

 

Le long et complexe parcours créatif qui aboutit à la textualisation de la séquence que nous venons d’analyser peut donc être résumé de la manière suivante : à partir d’une idée à peine esquissée en 1863 – « Agriculture – essais infructueux » – Flaubert se lance dix ans après, quand le projet de son dernier roman a enfin démarré, dans une vaste recherche documentaire caractérisée par l’attention constante portée à la composante terminologique du domaine de l’agriculture. Ayant pris une remarquable quantité de notes sur la taille des arbres fruitiers, il conçoit, déjà lors des premiers tâtonnements de l’écriture de fiction, un embryon fictionnel condensant dans un syntagme concis – « tailles maladroites » – tout le bagage des premières informations recueillies. Le recours à des lectures supplémentaires, concomitantes avec l’élaboration des brouillons du chapitre, enclenche les différents procédés d’intégration des termes de l’arboriculture dans le texte en formation : exploitation de la terminologie assemblée dans les notes, remplacement des hypéronymes de la langue commune par des hyponymes de la langue spécialisée, accumulation des unités terminologiques dans la séquence par l’élimination de paragraphes au langage non marqué. Une rédaction après l’autre, Flaubert parvient ainsi à construire un passage où, grâce à l’emploi d’une composante terminologique abondante, le discours spécialisé d’un sous-domaine de l’agriculture, avec ses nomenclatures, sa terminologie qui exige des connaissances précises pour être décodée, se trouve finalement intégré dans le discours littéraire. Et, terme après terme, tous évoquant la complexité extrême de cette pratique hautement spécialisée de la taille des arbres fruitiers – objet de tant de mises en garde de la part des auteurs de manuels – Flaubert met en scène l’un des nombreux et fâcheux échecs des deux bonshommes dans une séquence qui « parle » arboriculture.

 

 

NOTES

[1] Stella Mangiapane, « Des mots du savoir aux mots de la fiction. Le lexique de l’agriculture dans le chapitre II de Bouvard et Pécuchet », Revue Flaubert, n° 13, 2013,
http://flaubert.univ-rouen.fr/revue/article.php?id=124.
[2] Gustave Flaubert, Correspondance, éd. de Jean Bruneau et Yvan Leclerc, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1998, t. IV, p. 559, (Lettre à Mme Roger des Genettes du 19 août [1872]). Cf. aussi à ce sujet : Yvan Leclerc, La Spirale et le Monument. Essai sur Bouvard et Pécuchet de Gustave Flaubert, Paris, Sedes, 1988 et Stéphanie Dord-Crouslé, Bouvard et Pécuchet de Flaubert, une « encyclopédie critique en farce », Paris, Belin, « Belin-Sup Lettres », 2000.
[3] « Il va me falloir étudier beaucoup de choses que j’ignore : la chimie, la médecine, l’agriculture. Je suis maintenant dans la médecine. Mais il faut être fou et triplement frénétique pour entreprendre un pareil bouquin ! », id.
[4] Dans le chapitre II du roman, par exemple, cette « divergences des opinions » est à l’origine des impasses dans lesquelles se trouvent les deux apprentis agriculteurs : « Ils se consultaient mutuellement, ouvraient un livre, passaient à un autre, puis ne savaient que résoudre devant la divergence des opinions. Ainsi, pour la marne, Puvis la recommande ; le manuel Roret la combat. Quant au plâtre, malgré l’exemple de Franklin, Rieffel et M. Rigaud n’en paraissent pas enthousiasmés. Les jachères, selon Bouvard, étaient un préjugé gothique. Cependant Leclerc note le cas où elles sont presque indispensables. Gasparin cite un Lyonnais qui pendant un demi-siècle a cultivé des céréales sur le même champ : cela renverse la théorie des assolements. Tull exalte les labours au préjudice des engrais ; et voilà le major Beatson qui supprime les engrais, avec les labours ! », Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet, avec des fragments du « second volume », dont le Dictionnaire des idées reçues, éd. de Stéphanie Dord-Crouslé avec un dossier critique, Paris, Flammarion, « GF », 2011, p. 79-80.
[5] « C'est par leur fonction poétique que les mots du savoir entrent dans la fiction, en raison de leur étrangeté, de leur beauté, de leur caractère grotesque, bref de leur connotation plus que de leur dénotation. » (Yvan Leclerc, « Notes de cours sur Bouvard et Pécuchet, fictions du savoir et savoirs de la fiction », Revue Flaubert, n° 11, 2011 (en ligne:
http://flaubert.univ-rouen.fr/revue/article.php?id=92). Leur valeur dénotative, ajouterons-nous, n’en reste pas moins présente car c’est justement par leur opacité sémantique que ces mots remplissent leur fonction poétique.
[6] « Le savoir parle le plus souvent une langue étrangère […] Les mots du savoir sont le plus souvent des signifiants sans signifiés. », id.
[7] « Pécuchet […] s’embrouilla dans les sur-mères, les sous-mères, et les deuxièmes sous-mères. […] souvent ils hésitaient ne sachant pas distinguer les butons à bois des boutons à fleurs. », Bouvard et Pécuchet, éd. citée, p. 87-88.
[8] Voir Claude Mouchard, « Terre, Technologie, Roman à propos du deuxième chapitre de Bouvard et Pécuchet », Littérature, n° 15, 1974, p. 65-74 (disponible en ligne :
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/litt_0047-4800_1974_num_15_3_2003).
[9] « essais. infructueux. jardinage vignot. – chasses. pêches. agriculture etc. », Gustave Flaubert, Carnets de travail, Carnet 19, fo 41r°,
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10536995d/f83.item
[10] Flaubert a annoté dans ses carnets de travail les livres lus pendant les années 1872 à 1874. Voir Gustave Flaubert, Carnet  15, fos  63v° à 67v°,
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10536989s/f134.item et suiv.
[11] Nous avons transcrit et annoté ce dossier pour l’édition électronique des dossiers de Bouvard et Pécuchet : Les dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet. Transcription intégrale des documents conservés à la Bibliothèque municipale de Rouen, accompagnée d’un outil de production de « seconds volumes » possibles, sous la dir. de Stéphanie Dord-Crouslé,
http://www.dossiers-flaubert.fr/, 2012. Pour la description détaillée du dossier et pour la chronologie de la prise de notes, voir aussi Stella Mangiapane, « Le dossier “Agriculture” dans les notes de lecture de Bouvard et Pécuchet (premiers éléments) », Plaisance , n° 17, VI, 2009, p. 157-168 et «Des mots du savoir aux mots de la fiction. Le lexique de l’agriculture dans le chapitre II de Bouvard et Pécuchet», art. cité.
[12] Les longues lectures préparatoires sont, d’un côté, orientées par le projet encyclopédique qui anime dès son origine la conception du roman et, de l’autre, elles contribuent à en définir progressivement les contours.
[13] Ms gg 10, fo 3r°
(http://flaubert.univ-rouen.fr/jet/public/trans.php?corpus=pecuchet&id=6762). Dorénavant, pour les pages de ce volume, nous ne préciserons plus que le numéro du folio, suivi du lien menant à sa transcription sur le site Les manuscrits de Bouvard et Pécuchet, édition électronique du manuscrit intégral de Bouvard et Pécuchet, premier volume, sous la dir. d’Yvan Leclerc,
http://flaubert.univ-rouen.fr/bouvard_et_pecuchet/index.php.
[15] Fo 25r° « ils essaient de l’agriculture. font leurs apprentissage dans une ferme des environs. Les bons paysans – essais infructueux » (voir :
http://flaubert.univ-rouen.fr/jet/public/trans.php?corpus=pecuchet&id=6767) et fo 34r° « (1) agriculture font leur apprentissage dans une ferme des environs. – les bons paysans. essais infructueux de l’agri – Toute leur fortune y passerait. Il est temps de s’arrêter.» (voir :
http://flaubert.univ-rouen.fr/jet/public/trans.php?corpus=pecuchet&id=6769).
[16]  Voir Comte Adrien-Etienne-Pierre de Gasparin, Cours d’agriculture, 2e éd., Paris, Bureau de la Maison rustique, 1846-1860, 6 vol. in -8p., t. IV, p. 734-735.
[20] Voir Charles-François Bailly de Merlieux, Maison rustique du XIXe siècle, Encyclopédie d’agriculture pratique … par une réunion d’agronomes et de practiciens…, Paris, 1835-1844, 5 vol., in -8, t. I, p. 98.
[23] Voir Josué Casanova, Les premiers pas dans l’agriculture, Paris, J. Rotschild, 1866.
[26] La présente étude représente le deuxième volet de celle parue dans Revue Flaubert, n° 13, 2013 et mentionnée à la note 1.
[27] Bouvard et Pécuchet, éd. citée, p. 86.
[28] Ibid., p. 87-88.
[29] Pour le relevé ponctuel des pages de notes dans lesquelles sont traités chaque notion et chaque terme, voir l’annexe 2 dans Stella Mangiapane, « Des mots du savoir aux mots de la fiction. Le lexique de l’agriculture dans le chapitre II de Bouvard et Pécuchet», art. cité.
[30] H. Rousselon et J.-P. Vibert, Le Jardinier des Petits Jardins. Extrait du Jardinier pratique de Rousselon et Vibert, Paris, Théodore Lefèvre et Cie et Émile Guérin Éditeur, après 1863. Pour les notes tirées de cet ouvrage voir :
Ms g226, vol. 1, fos 10r° et 10v° (http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_1_f_010__r____-trud et suiv.).
[31] Charles-François Bailly, Manuel complet théorique et pratique du jardinier ou l'art de cultiver et de composer toutes sortes de jardins..., Paris, Roret, [1834]. Pour les notes tirées de cet ouvrage voir : Ms g226, vol. 1, fo 11r°
(http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_1_f_011__r____-trud).
[32] Alfred Gressent, L’Arboriculture fruitière, 4e éd., Sannois, Gressent, auteur et éditeur et Paris, Auguste Goin, libraire, 1869. Pour les notes tirées de cet ouvrage voir:
Ms g226, vol. 1, fos 12r° à 13r° (http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_1_f_012__r____-trud et suiv.), 45r° à 48v°
(http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_1_f_045__r____-trud et suiv.). Un autre fragment de notes tirées du même ouvrage se trouve écrit tête-bêche dans un brouillons du chapitre II: Ms g225, vol. 2, fo 168 (voir:
http://flaubert.univ-rouen.fr/jet/public/trans.php?corpus=pecuchet&id=7081).
[33] Le Bon Jardinier. Almanach horticole pour l’année 1865, Paris, Librairie agricole de la Maison Rustique, 1865. Pour les notes tirées de cet ouvrage voir : Ms g226, vol. 1, fos 39r°
(http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_1_f_039__r____-trud), 40r°
(http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_1_f_040__r____-trud), 42r°
(http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_1_f_042__r____-trud), 43r°
(http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_1_f_043__r____-trud), 44r°
(http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_1_f_044__r____-trud). Un autre fragment de notes tirées du même ouvrage se trouve mélangé aux brouillons du chapitre II : voir Ms g225, vol. 2, fo 184v°
(http://flaubert.univ-rouen.fr/jet/public/trans.php?corpus=pecuchet&id=7114).
[34] Toute la recherche documentaire de Flaubert est d’ailleurs orientée en ce sens. Voir par exemple, à ce propos, les 16 pages de notes que l’agronome Jules Godefroy a envoyées à Flaubert au sujet des « fautes que peuvent commettre deux parisiens qui veulent se livrer à l’agriculture » : Ms g226, vol. 1, fos 51r° à 66°
(http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_1_f_051__r____-trud et suiv.).
[35] Voir, par exemple, la liste de noms de fruits que Flubert dresse dans une page de notes (Ms g226, vol. 1, fo 41r° :
http://www.dossiers-flaubert.fr/cote-g226_1_f_041__r____-trud). Ces noms, dont quelques-uns seront mentionnés dans le roman, après l’incendie des meules (Bouvard et Pécuchet, éd. citée, p. 89), sont issus pour la plupart du Bon Jardinier et de L’Arboriculture fruitière de Gressent.
[38] Dans le Petit Robert 2013, les deux mots, polysémiques, présentent une acception spécialisée, signalée par la marque diatechnique AGRIC (terme d’agriculture).
[41] On peut consulter le tableau génétique des brouillons de la séquence, en particulier celui relatif au folio 33 du manuscrit définitif, au lien suivant:
http://flaubert.univ-rouen.fr/jet/public/tableau_genetique.php?corpus=pecuchet&page=032. Dorénavant, tous les brouillons objets de notre analyse appartiennent au volume 2 du ms g225; par la suite, nous ne mentionnerons donc que le numéro du folio suivi du lien menant à sa transcription sur le site Les manuscrits de Bouvard et Pécuchet
(http://flaubert.univ-rouen.fr/bouvard_et_pecuchet/).
[43] Bouvard et Pécuchet, éd. citée, p. 88.
[44] Nous utilisons ici notre propre transcription du feuillet ; celle de Joëlle Robert peut être consultée ici :
http://flaubert.univ-rouen.fr/jet/public/trans.php?corpus=pecuchet&id=7080.
[45] Stéphanie Dord-Crouslé, Bouvard et Pécuchet de Flaubert, une « encyclopédie critique en farce », ouvr. cité, p. 27.
[46] Nous avons donné notre transcription des folios 184v° et 168 dans Stella Mangiapane, « Des mots du savoir aux mots de la fiction. Le lexique de l’agriculture dans le chapitre II de Bouvard et Pécuchet », art. cité.
[48] Voir note 33.
[49] Hérincq et Alphonse Lavallée, Le Nouveau Jardinier illustré, Paris, E. Donnand, 1865.
[50] Le nouveau Bon Jardinier, ou Manuel des Jardiniers, par Gouin …, Paris, Corbet aîné, 1824.
[52] Pour la reconstruction de ce parcours complexe d’annotation voir le paragraphe Des «mots volés» à l’écriture de fiction et la note 64 de notre article paru dans Revue Flaubert, n° 13, 2013 et mentionné à la note 1.
[54] Voir :
http://flaubert.univ-rouen.fr/jet/public/trans.php?corpus=pecuchet&id=7051. Les termes « éborgner, ravalement, rapprochement, recépage » proviennent des notes du fo 184v°.


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