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Sommaire Revue n° 15
Revue Flaubert, n° 15, 2017 | Bouvard et Pécuchet, roman et savoirs:
l'édition électronique intégrale des manuscrits

Colloque de Rouen, 7-9 mars 2013. Numéro réuni par Yvan Leclerc

Bouvard et Pécuchet:
Buffon et les merveilles de la nature

Gisèle Séginger
Université Paris-Est
LISAA (EA 4120)
Fondation Maison des Sciences de l’Homme de Paris

 

L’étude des manuscrits de Bouvard et Pécuchet – notes, scénarios et brouillons – attire notre attention sur l’importance de Buffon : 85 occurrences de son nom (sans compter les occurrences de ses œuvres) dans les manuscrits de travail auxquelles s’ajoutent 14 occurrences dans les dossiers de notes, 1 occurrence dans le Carnet de travail 15[1] qui nous permettent de savoir que Flaubert a lu l’Histoire naturelle des animaux (1749), l’Histoire naturelle de l’Homme (1749), L’Histoire naturelle des minéraux (1783-1788), Les Époques de la nature (1778). Or, dans le roman, la place de Buffon est modeste. Cette différence me conduit à émettre deux hypothèses.

1) Les manuscrits de Bouvard et Pécuchet nous révèlent une fascination qui est plutôt celle de Flaubert, ce qui explique ensuite le relatif effacement de cette théorie, le roman ne devant rien laisser deviner de l’auteur. Mais après coup, grâce à l’avant-texte de ce dernier roman, nous pouvons soupçonner l’impact ancien de Buffon sur l’esthétique et la pensée relativiste de Flaubert, peut-être dès les années 1850, alors que la Correspondance ne mentionne que rarement le naturaliste, et renvoie surtout dans ce cas à son Discours sur le style.

2) La place de Buffon est relativement limitée dans le chapitre III parce qu’elle n’est pas compatible avec le besoin de certitudes définitives et de fixité qu’éprouvent Bouvard et Pécuchet. Toutefois, contrairement à d’autres auteurs évincés par les deux personnages dès qu’ils y trouvent une résistance, la pensée de Buffon est écartée mais ne disparaît pas complètement du roman. Elle se réinscrit à un autre niveau du texte.

 

Dans le cinquième scénario du roman, Flaubert avait prévu de donner à Buffon et Cuvier une place égale dans l’estime des deux personnages : « Alors ils s’éprennent de la Nature de Buffon et des Révolutions du globe de Cuvier »[2]. Ce n’est plus le cas dans le roman. Dans le chapitre III, Buffon occupe peu de place, beaucoup moins que Cuvier et sa théorie des cataclysmes. Celle-ci suscite d’une part une « féerie en plusieurs tableaux »[3] à la fois poétique et ironique puisqu’elle s’achève sur l’homme, apothéose de la Création, et d’autre part un épisode cocasse au cours duquel Bouvard, en situation d’hypoglycémie, croit vivre une fin du monde[4]. En comparaison, la pensée de Buffon est moins présente, et sa productivité romanesque nettement inférieure.

Deux passages lui sont consacrés.

Dans le premier, assez bref, les personnages regardent des étoiles filantes, des « mondes qui disparaissent », dit Bouvard. Les deux amis s’interrogent sur le but de tout cela. Peut-être n’y-a-t-il pas de but. Pécuchet glisse alors de la question philosophique des « causes finales » (très présente dans les notes documentaires[5] et centrale pour les personnages qui aiment les conclusions) à une question différente, plus moderne : ils se demandent « comment l’univers s’est fait » ; « Cela doit être dans Buffon répondit Bouvard »[6]. La création du monde selon Buffon, empruntée à son ouvrage majeur, Des Époques de la nature, est alors résumée à grands traits : « une comète en heurtant le Soleil, en avait détaché une portion, qui devint la Terre. D’abord les pôles s’étaient refroidis. Toutes les eaux avaient enveloppé le globe. Elles s’étaient retirées dans les cavernes ; puis les continents se divisèrent, les animaux et l’homme parurent »[7]. Les deux personnages éprouvent un « ébahissement » et la fierté de « réfléchir sur de si grands objets ». Ce n’est toutefois pas comparable à la féérie suscitée par Cuvier, à l’exception d’un point significatif : les deux personnages s’arrêtent à l’apparition de l’homme comme s’il s’agissait du dernier mot de la Nature. De l’histoire de la nature, de l’action du temps, de la longue durée, idées fondamentales de Buffon, il n’est pas question. Bouvard et Pécuchet préfèrent toujours éviter ce qui change, ce qui dérange leur désir de fixer, de classer, d’enfermer les choses dans des certitudes stables. Leur résumé – contrairement au texte de Buffon qui reconnaît à la nature une lenteur d’action – transforme l’histoire naturelle en une création qui conserve un côté surnaturel et procède sur le mode de l’apparition : « les animaux et l’homme parurent. » Buffon s’était opposé à cette idée, en émettant l’hypothèse d’une formation échelonnée sur une période de plusieurs milliers d’années. Il avait explicitement refusé l’idée d’une création instantanée : « Le souverain Être n’a pas répandu le souffle de vie dans le même instant sur toute la surface de la Terre. »[8] Bouvard et Pécuchet, pour leur part, imaginent en dépit du texte qu’ils lisent, un surgissement mystérieux de la totalité des êtres vivants. Quant à l’immensité cosmique qui suscite un moment leur ébahissement, elle dépasse les limites de leur imagination, et leur esprit se fatigue vite dès qu’il ne peut plus se reposer sur des images. Lisant Buffon, Bouvard et Pécuchet ne parviennent pas à rester longtemps au niveau d’une pensée qui dépasse les cadres habituels et qui ne prend pas l’homme pour centre ou pour aboutissement. Ils se détournent de l’infini cosmique et de l’infini du temps, comme ils le feront de la substance de Spinoza dans le chapitre sur la philosophie (VIII). Effrayés par l’idée de l’infini et de l’impersonnalité, ils essaieront encore de rendre compte de leur vertige avec une image d’Épinal avant d’abandonner leur lecture : « Il leur semblait être en ballon, la nuit, par un froid glacial, emportés d’une course sans fin, vers un abîme sans fond, – et sans rien autour d’eux que l’insaisissable, l’immobile, l’Éternel. C’était trop fort. Ils y renoncèrent »[9]. De même qu’ils choisiront alors un cours philosophie à l’usage des classes, ils abandonnent les vastes perspectives de Buffon pour Les Harmonies de la nature de Bernardin de Saint-Pierre (1785), c’est-à-dire pour une conception plus étroite et rétrograde de la nature, conforme au providentialisme chrétien[10] qui fait de Dieu la cause et la fin de tout, et de l’homme le centre de l’univers. La nature a des intentions vertueuses à l’égard de l’homme, comme une bonne mère de famille. Ses merveilles prouvent l’existence de Dieu, et dévoilent les causes finales[11]. Les prodiges sont des mirabilia non au sens antique (merveille dues au hasard) mais des mirabilia au sens chrétien : des miracles.

Le second passage sur Buffon se réfère à un autre ouvrage, l’Histoire naturelle des animaux, qui génère l’épisode des croisements impossibles entre taureaux et juments, boucs et brebis[12] et la curiosité malsaine de Bouvard et Pécuchet qui veulent voir copuler les animaux. Préoccupés d’applications pratiques, les deux personnages passent totalement à côté du débat de fond sur la transformation possible des espèces[13], sur le transformisme de Buffon, un transformisme partiel et limité à la possibilité d’une transformation à l’intérieur des espèces[14], ou aux relations entre espèces issues d’une même souche, d’un même ancêtre commun. C’est dire qu’ils passent à côté d’une modernité possible de Buffon. Celui-ci ébauchait en effet des éléments transformistes, il remettait en cause le fixisme lié à la classification des espèces selon Linné, et quoi qu’il en ait dit[15] il mettait à mal la conception chrétienne de la Création, sa courte durée, la préséance de l’humain sur le reste de l’univers. Il a affirmé le rôle du temps dans la formation progressive de la Terre sur des milliers d’années pour chacune des sept périodes qu’il délimite[16]. Ces idées invalident la croyance aux mirabilia, l’idée de cataclysmes impromptus et inexplicables comme le Déluge, qui fascine, au contraire, les deux personnages de Flaubert[17]. Dans la nature, il y a bien encore des « merveilles »[18] pour Buffon. Il emploie encore intentionnellement cette expression traditionnelle pour la détourner car le merveilleux tient à la constance de l’action de la nature dans une très longue durée, aux petits faits répétés, à l’infiniment petit qui crée des effets grandioses[19]. On est loin du récit biblique de la Genèse, dont Buffon propose toutefois un commentaire au début des Époques de la nature, afin de chercher, dit-il, une conciliation avec la religion. Mais, en fait, il réinterprète la genèse en limitant l’action de Dieu. C’est la matière qui a été créée d’un coup par Dieu, et ensuite il a fallu des milliers d’années pour que l’univers, la Terre et les êtres se forment. Dans Théorie de la terre (1749), il affirme que les causes rares, violentes, subites « ne se trouvent pas dans la marche ordinaire de la nature », mais ce qui est merveilleux au fond c’est une sorte de persévérance dans la durée de phénomènes qui souvent ne sont pas grandioses mais qui ont créé pourtant et continuent à faire évoluer la terre ou l’univers : ce sont « des effets qui arrivent tous les jours, des mouvements qui se succèdent et se renouvellent sans interruption »[20]. Et sapant par avance les bases de ce que Cuvier n’a pas encore écrit, Buffon, dans ce même texte, nie la possibilité de « révolutions du globe », que ce soit pour une recréation divine ou par hasard. Buffon est un anti-Cuvier avant la lettre. Il sera le protecteur de Lamarck, qui inventera la biologie et défendra une conception de l’évolution. Lamarck aura pour disciple Geoffroy Saint-Hilaire qui se heurtera directement à l’hostilité de Cuvier. Avec Buffon débute donc une lignée de scientifiques, porteurs d’idées nouvelles, d’une conception de la nature soumise au temps et à des lois indépendantes de la volonté divine[21].

Si la place de Buffon est moindre dans le roman comparativement à celle qu’il occupe dans la préparation de l’œuvre, c’est que, malgré son appartenance au XVIIIe siècle, il peut incarner – du moins pour Flaubert – une modernité, particulièrement étrangère aux deux personnages, dont certains éléments vont dans le sens d’un évolutionnisme qui est davantage caractéristique des années 1870 (du temps de l’écriture) que de la période des recherches naturalistes de Bouvard et Pécuchet (la fin des années 1840), où l’influence des théories fixistes de Cuvier était encore forte.

Buffon représente aussi un mode de pensée antidogmatique. Anti-providentialiste et hostile à l’idée des causes finales, Buffon est en même temps du côté d’un esprit scientifique modéré, conscient des limites de l’esprit humain et de la grandeur de la Nature. Il défend l’idée de lois régulières, de causes rationnelles, sans en faire des dogmes, et déplacer du côté de la Nature et de la connaissance scientifique l’idée de cause finale. Malgré son désir de faire l’histoire de la nature, il demeure réservé sur l’avenir conquérant de la science. Il a lui-même une position modeste en tant que savant, et il présente la première époque de son histoire de la Terre comme « une hypothèse très probable »[22], non comme une vérité. Il est aussi conscient que d’une part l’infini de la nature et d’autre part la variabilité des points de vue feront toujours obstacle aux certitudes définitives et à l’édification d’une Science qui fonderait son ambition totalisante sur un processus cumulatif des connaissances. Par avance, Buffon offre une résistance aux aspirations scientistes du XIXe siècle, qui sont bien celles des personnages de Flaubert. Il met l’accent sur l’infini qui déborde de toutes parts notre capacité d’observation (l’infiniment grand ou l’infiniment petit), et qui met en échec la volonté totalisatrice (le tout du savoir est impossible) ou classificatoire (il n’y a pas deux êtres identiques dans la nature, la classification est donc une abstraction).

Buffon est un sensualiste et empiriste prudent et nuancé, hostile aux « systèmes », à la métaphysique abstraite. Contre l’idée chrétienne de miracle (en particulier celui du déluge universel[23]), et contre l’idée de Providence, il défend l’existence de lois internes à la Nature. Si elles ne sont pas toutes connaissables du moins sont-elles intelligibles par essence et non pas extraordinaires. Il s’agit alors pour lui de lutter contre le merveilleux religieux, de lui opposer un merveilleux de la nature, fondé différemment sur la régularité et la constance, dans une durée temporelle impressionnante par son étendue. De plus, il n’est pas inutile d’un point de vue méthodologique – pour « étudier avec ordre »[24] et communiquer avec les autres savants – d’avoir des « vues générales »[25]. Mais il se garde bien de les qualifier de « lois générales » et ne fait pas de triomphalisme scientifique. De même il précise qu’il convient d’éviter l’abstraction et de s’appuyer autant que possible sur l’observation, sans pour autant la considérer non plus comme un moyen absolument fiable : il faut toujours avoir conscience des limites. De surcroît, la diversité de la nature fournit souvent des exceptions, et toute généralisation ne peut qu’être provisoire, la connaissance étant un processus toujours en marche, et infini, jamais totalisable. L’homme ne connaît ni la fin, ni le début, mais seulement le milieu[26]. Ses idées sont très relatives. La conclusion sur les causes finales est donc impossible selon Buffon.

On devine l’attrait que Flaubert a pu éprouver pour cette pensée. Dans les années 1850, il réfléchit sur la relativité de nos connaissances et sur l’infini qui nous déborde de toutes parts, en des termes parfois proches de ceux de Buffon. Il n’a en effet pas attendu Bouvard et Pécuchet pour lire Buffon : la première occurrence de son nom date de 1846. C’est plutôt son discours sur le style qu’il cite dans les années 1850, toutefois ce sont aussi des années où les références aux sciences naturelles se multiplient dans la Correspondance, surtout dans les mois où son ami Louis Bouilhet prépare son grand poème sur les « Fossiles » (publié en 1854)[27], dont il discute avec Flaubert, et les deux amis partagent vraisemblablement quelques lectures à ce moment-là. Significativement, dans ces mêmes mois où il définit lui-même en référence à la science un idéal d’œuvre impersonnelle, une littérature qui deviendra exposante comme la science, Flaubert évoque volontiers les sciences naturelles. Il en fait par exemple l’éloge dans une lettre à Louise Colet du 31 mars 1853. Elles offrent un modèle à l’écrivain par leur « largeur de faits », car « elles ne veulent rien prouver ». Il tient des propos similaires à ceux de Buffon sur l’infini, et de cette conscience d’une grandeur incommensurable il tire des conséquences esthétiques : « Du moment que vous prouvez, vous mentez. Dieu sait le commencement et la fin ; l’homme le milieu. – L’art, comme lui dans l’espace, doit rester suspendu dans l’infini, complet en lui-même, indépendant de son producteur. »[28] L’idée de l’impersonnalité de l’œuvre – si souvent évoquée à propos de son esthétique – est liée à une position particulière, qui était celle de Buffon et que Flaubert fait sienne en réfléchissant à son tour sur l’infini de l’univers, dont le nom de « Dieu » est souvent synonyme dans sa Correspondance. Buffon avait été capable de penser un cosmos sans l’homme, et de sentir la petitesse de celui-ci par rapport aux merveilles de la nature. En 1853, après un orage qui a détruit les cloches à melons dans le secteur de Croisset, Flaubert se réjouit de cette « rebuffade atmosphérique » contre le faux ordre et qui remet l’homme à sa juste place[29], portant un démenti au sentiment anthropocentriste. Ne peut-on pas aussi voir la trace d’un rapport à la pensée de Buffon dans cette lettre où, après avoir évoqué le « mot impie » du naturaliste sur le génie[30], Flaubert se met à rêver d’un univers sans limites où iront habiter les âmes des grands poètes après leur mort : « Elles roulent avec les astres dans l’infini sans mesure »[31]  ? Sans doute avait-il été fasciné par la poésie cosmique et impersonnelle de Buffon dans sa première époque de la Nature.

On devine encore mieux l’impact de cette œuvre sur l’imaginaire flaubertien et son esthétique, en consultant les brouillons de Bouvard et Pécuchet qui développent justement des tableaux poétiques du cosmos à la manière de Buffon[32], ensuite réduits au cours des réécritures successives. On entend la voix de Flaubert dans les brouillons lorsque les commentaires de Buffon servent de contrepoints aux Harmonies de la nature[33] de Bernardin de Saint-Pierre. Chez Buffon, Dieu crée la matière dotée d’une force interne qui ensuite, sur des milliers d’années, agit impersonnellement. Dieu n’est plus sujet, il disparaît, remplacé par des sujets qui sont la matière, la Nature, les pierres, les roches… Sur le folio 349, « la grandeur, la sérénité des lois », « la durée infinie de l’espace » – dans la marge du folio – contrastent avec le corps du folio où il est question de Bernardin de Saint-Pierre et de la prévoyance de la Nature. Flaubert note : « partout des causes finales, et des intentions [de bonté] faisant de Dieu une espèce de St Vincent de Paul perpétuellement occupé à secourir les créatures »[34]. L’ironie passe dans le texte final, elle est même accentuée car c’est la Nature et non plus Dieu qui est comparée à Saint Vincent de Paul !

Flaubert a retenu de Buffon une largeur de vue qui relativise toute chose, ce qui était déjà caractéristique de certains passages de la Correspondance des années 1850 sur l’impersonnalité et l’effet d’infini que doit produire l’œuvre d’art. Le nom de Buffon n’était pas prononcé, mais les manuscrits révèlent a posteriori quelque chose de la formation de Flaubert, de l’ancrage épistémologique de son esthétique. Flaubert s’y laisse aller à son admiration. Il prête à ses personnages ses élans et ses goûts. Aspirant à de larges vues, ils trouvent d’abord que la médecine est une science trop étroite qui ne s’applique qu’à des « phénomènes chétifs »[35]. Grâce à Buffon, Bouvard et Pécuchet abandonnent la médecine dans les premiers brouillons. Ils se délivrent d’un intérêt trop centré sur l’homme pour se tourner vers de plus larges considérations, la lecture des Époques de la nature. Flaubert prend alors plaisir à ébaucher à la manière de Buffon une sorte d’épopée impersonnelle de l’espace et de la matière, aboutissant à la création de la terre en feu, puis toute vitrifiée, avant que la matière ne se diversifie par des processus de refroidissement, l’apparition de l’eau des mers. Cette épopée impersonnelle sera fort réduite dans le texte final, et peu épique. Le résumé de Buffon par sa brièveté et sa sècheresse indiquera le peu d’écho que trouve en définitive auprès de Bouvard et Pécuchet le livre du naturaliste. La transition par une critique de la médecine a disparu, remplacée par l’éternelle question de la cause finale. Flaubert a compris que les passages poétiques le trahissaient et ne correspondaient guère à l’esprit borné de Bouvard et Pécuchet. Ils ne pouvaient pas s’adapter à l’ethos plus métaphysicien que scientifique de ses bonshommes qui « voudraient tenir la philosophie des Sciences »[36]. Cette brève indication au bas d’un brouillon programme la réorientation de l’épisode sur les théories de la création du monde et la marginalisation de Buffon par rapport à Cuvier.

Cuvier présente de surcroît l’avantage d’avoir été commenté, résumé, systématisé par Alexandre Bertrand, auteur des Lettres sur les révolutions du globe (1824)[37], qui, en propagandiste zélé, accentue la dimension philosophique de la théorie des cataclysmes. Cuvier sauvait le fixisme de la période classique en défendant l’idée d’une stabilité des espèces à l’intérieur de chaque période, délimitée par un cataclysme. Et il préservait ainsi l’idée d’une création divine. Alexandre Bertrand va plus loin et défend un anthropocentrisme qui replace l’homme au centre de l’univers, bien que l’ordre de la création selon la genèse ait été inversé[38]. Il note : « l’homme, comme le couronnement de la création, a dû apparaître le dernier sur le globe. »[39] Dans la théorie de Cuvier, telle qu’ils l’imaginent en lisant Alexandre Bertrand, Bouvard et Pécuchet trouvent une réponse à leur questionnement sur « le but » – c’est-à-dire sur les causes finales – qu’ils ne peuvent trouver dans la poésie impersonnelle inventée par Buffon. Les personnages sont trop anthropocentristes pour supporter longtemps le vertige de cette poésie.

2) Bien que Flaubert supprime les passages qui laissaient trop deviner sa présence, la pensée du naturaliste n’est pas éliminée. Elle se réinscrit de manière sous-jacente et en creux dans l’ensemble de l’œuvre. Buffon c’est l’Autre de l’éthos métaphysicien – totalisateur et totalitaire – de Bouvard et Pécuchet, qui silencieusement – c’est-à-dire sans commentaire d’un narrateur qui reconstituerait explicitement un point de vue – invalide toutes les positions et expériences des personnages. Buffon, c’est la pensée de l’infini (du temps et de l’espace) contre l’idée de cause finale, une pensée de la loi naturelle conçue non comme un principe de conservation mais comme un principe d’évolution perpétuelle. À l’inverse, que ce soit dans leur période scientifique ou dans leur période philosophique puis religieuse, les deux personnages demandent toujours des certitudes et veulent même connaître l’inconnaissable, l’origine et la fin. Ils cherchent des dogmes, des canons et des mirabilia comme Bernardin de Saint-Pierre. Ils désirent des vérités qui relèvent d’une modalité religieuse de la certitude. Ils rêvent de la science comme avenir de la religion, pourrait-on dire en paraphrasant le titre d’un livre que Renan publiera en 1890, comme le témoignage d’une foi dépassée, mais caractéristique de l’esprit de 1848[40]. Comme dans les notes documentaires, l’auteur des Époques de la nature est très présent à l’étape de la rédaction : 45 occurrences du nom même de Buffon, contre 41 occurrences de « causes finales ». Ces statistiques montrent qu’une confrontation se prépare. Elle se manifestera dans le roman par une série d’échecs, le désir de croyance des personnages se heurtant à la diversité d’une nature changeante et infinie.

Par rapport à l’ethos dogmatique et métaphysique de Bouvard et Pécuchet, Buffon incarne un éthos à la fois scientifique et poétique, sorte d’idéal pour Flaubert qui rêvait d’une poésie qui serait scientifique. Buffon aime les nuances, la complexité des choses qui ne se laissent pas étiqueter facilement. La science n’est pas un absolu, ni les faits, ni les lois générales ne sont infaillibles, l’observation a ses limites, elle est d’une part souvent relative à l’observateur et d’autre part elle n’est pas générale : l’infiniment grand (dans les Époques de la nature), ou l’infiniment petit lui échappe (Buffon a rencontré Needham qui observe les spermatozoïdes au microscope, tandis que Buffon pense les molécules organiques[41] et les animalcules). L’observation ayant des limites, l’induction et l’imagination peuvent avoir une efficacité lorsque la première n’est pas possible, et Buffon souligne le caractère hypothétique de certaines idées des Époques de la nature qui ne se fondent pas sur une observation mais sur l’induction[42].

Buffon est un anti-Linné (contre le fixisme et classification) – tandis que Bouvard et Pécuchet aiment classer. C’est un anti-Cuvier par avance, mais aussi un anti-Comte, plus généralement un antipositiviste avant la lettre (Flaubert réprouvait les excès du positivisme français matérialiste et dogmatique). C’est un éthos comparable à celui de Buffon – et non un corps de doctrines – qui marque la poétique de l’ensemble de Bouvard et Pécuchet. La forme du récit inflige aux personnages un démenti permanent, faisant signe vers un réel qui ne se laisse pas enfermer dans des catégories et manipuler par des lois. Buffon était hostile à Linné parce que l’acharnement à arrêter une classification lui semblait contredire une exigence scientifique soucieuse des faits et de la diversité des choses. Il l’explique dans « De la manière d’étudier et de traiter l’histoire naturelle » où il attaque directement la classification linéenne de tous les animaux en six classes[43]  : « il n’existe réellement dans la nature que des individus, et que des genres, les ordres et les classes n’existent que dans notre imagination »[44]. Bouvard et Pécuchet échouent parce qu’ils veulent classer, ordonner, synthétiser, fixer, trouver une logique.

L’un des brouillons du roman explicitait l’échec de la classification, se heurtant aux nuances et à la complexité de la nature, ainsi qu’à ce que Flaubert appelle alors – en évitant les notions scientifiques contemporaines – le « métamorphisme »[45]. Un autre brouillon[46] insistait sur cette idée. Mais Flaubert y a raturé les termes trop transformistes pour l’esprit buté de ses personnages : « [les espèces] Loin d’être [immuables] [elles] [les espèces] se multiplient [à l’infini]. » Sur ce même folio, il évoquait l’action du temps et apparaissaient les mots « transformer » et « transformation », « variations », « changements ». Mais la plupart des termes faisant signe vers une pensée évolutionniste ont été raturés, tandis que l’idée de fixité est récurrente et triomphe à la fin du folio : « donc il y a du vrai dans la doct. de la fixité ». Selon ce folio, la discussion devait être assez large et porter sur les espèces, mais aussi les races, les familles, et inclure une attaque contre « l’abstraction » (terme récurrent dans les critiques de Buffon lorsqu’il réfléchit sur la bonne manière d’aborder la diversité de la nature). Ce débat qui devait faire intervenir des arguments transformistes ne trouvera pas sa place dans le roman qui nous montre d’emblée l’adhésion des personnages à la vieille position de Linné – « la classification linnéenne est bien commode, avec ses genres et ses espèces », et bien sûr aussi la difficulté de l’appliquer réellement : « mais comment établir les espèces ? »[47]. De surcroît, la question est curieusement posée dans l’épisode des lectures médicales, et par conséquent elle est décalée par rapport au contexte dans lequel elle devait être débattue : celui de l’histoire naturelle.

Dans le roman, Bouvard et Pécuchet ne reconnaissent pas l’infinie diversité du monde qui met en échec leur désir de généralisation et d’appropriation. Flaubert fait de la déconstruction et de l’échec une poétique, le cas particulier, l’exception, ou du côté des expérimentateurs la maladresse, ou la subjectivité venant toujours démentir la théorie ou résister à l’expérimentation intéressée, quelle que soit la discipline. Impossible de mettre en ordre les savoirs, de les classer, de les totaliser pour remonter jusqu’à l’origine, au secret du monde, et convertir le savoir en pouvoir. Dans De la manière d’étudier et de traiter de l’histoire naturelle, Buffon écrivait : « nos idées générales […] sont relatives à une échelle continu d’objets, de laquelle nous n’apercevons nettement que les milieux, et dont les extrémités fuient et échappent toujours de plus en plus à nos considérations »[48]. Monde insaisissable, mouvant, inconnaissable… Bouvard en a bien l’intuition un bref moment lorsqu’il dit : « tout passe, tout coule. La création est faite d’une matière ondoyante et fugace. Mieux vaudrait nous occuper d’autre chose ! »[49] Mais aussitôt, comme devant l’œuvre de Buffon il est pris de sommeil : « Il se coucha sur le dos, et se mit à sommeiller ». À plusieurs reprises, le récit signale par le désir de dormir, par l’échappée, une sorte de faille dans le texte qui s’ouvre tout à coup vers la profondeur archéologique de son savoir – du savoir du texte, de sa logique et de sa poétique.

 

Que Buffon ait incarné aux yeux de Flaubert une modernité des sciences de la nature[50] et qu’il ait été lié dans l’esprit de Flaubert à la question des espèces et des origines, on en trouve la preuve dans certains éléments développés dans l’avant-texte puis supprimés[51]. Buffon devait être associé à un débat sur l’« Origine des espèces »[52], sur « la génération les origines des êtres, les germes »[53], le rapport de l’homme et du singe (les orangs outans enlèvent des négresses qui vivent avec eux[54]). L’utilisation d’un microscope intervenait au folio 359 dans le contexte d’une recherche sur l’origine de la vie et des êtres : Bouvard et Pécuchet « auraient voulu prendre la nature sur le fait » (dans La Tentation de 1874 saint Antoine y était parvenu dans une dernière hallucination). Au folio 356, Buffon était lié à un débat anti-linnéen, à une critique contre la fixité des espèces qui mettait en évidence la transformation et l’adaptation aux milieux divers. L’épisode cocasse des croisements devait intervenir dans ce contexte d’un débat épistémologique de fond, tandis que dans le roman il est détaché de la querelle Buffon / Linné, dont Flaubert avait bien vu, dans les brouillons, l’intérêt pour les questions modernes – par rapport au temps de l’écriture – du darwinisme et de l’évolutionnisme. Dans les brouillons, Flaubert entraîne Buffon – excessivement sans doute mais significativement – vers le paradigme évolutionniste qui implique la question de l’origine des espèces, l’évolution, le rôle du temps. Buffon a émis en plein XVIIIe siècle des idées qui vont dans le sens d’une modernité qui n’est pas celle du positivisme triomphant mais au contraire du retournement possible de l’esprit positif contre le nouveau dogmatisme du positivisme.

 

Les brouillons de l’œuvre portent un témoignage sur le contexte épistémologique du temps de l’écriture. Si un roman ne doit pas selon Flaubert défendre les positions de l’auteur, il n’est cependant pas écrit de nulle part. L’avant-texte nous laisse entrevoir ses coordonnées épistémologiques. Il nous montre l’importance de Buffon pour Flaubert qui se laisse aller à des rêveries sur l’infini cosmique que ne s’autoriseront guère ses personnages, à des questionnements qui disparaîtront du texte, mais dont le substrat évolutionniste demeure impliqué dans la construction d’une forme textuelle relativiste qui déconstruit les classements, les ordres, les lois. Le temps, l’infini, l’instabilité des choses et des jugements en sortent renforcés. Bouvard et Pécuchet n’est pas un roman nihiliste et pessimiste. Chaque échec de Bouvard et Pécuchet témoigne d’une certaine manière des merveilles de la Nature, qui rendaient Buffon modeste face à l’univers.

 

 

 

NOTES

[1] Carnet 15, folio 66. L’Histoire naturelle de l’homme figure dans une liste de lectures de juillet 1873 (Carnets de travail, édition établie par Pierre-Marc de Biasi, Balland, 1988, p. 517).
[2] Plan du f° 21, manuscrit conservé à la Bibliothèque municipale de Rouen, sous la cote gg 10. Transcriptions en ligne sur le site Flaubert de l’université de Rouen (sous la direction d’Yvan Leclerc).
[3] Bouvard et Pécuchet, édition établie par Stéphanie Dord-Crouslé, Flammarion, coll. « GF », p. 128.
[4] Ibid., p. 141.
[5] Le dossier documentaire de Bouvard et Pécuchet qui réunit les notes contient plusieurs folios qui comportent des rubriques « causes finales », « cause ». Flaubert a lu l’ouvrage de Paul Janet (un spiritualiste de la nouvelle génération), intitulé Les Causes finales (1876). Il a pris des notes conservées dans le dossier. Pour éviter un anachronisme, l’ouvrage ne sera pas cité dans le roman. Voir les transcriptions des notes documentaires établies sous la direction de Stéphanie Dord-Crouslé, site Bouvard et Pécuchet de l’ENS Lyon.
[6] Bouvard et Pécuchet, op. cit., p. 128.
[7] Bouvard et Pécuchet, Ibid., p. 129.
[8] Des Époques de la nature, Cinquième époque, Œuvres, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », op. cit., p. 1303.
[9] Bouvard et Pécuchet, op. cit., p. 283.
[10] Bernardin de Saint-Pierre veut prouver l’existence de Dieu par les merveilles de la nature. Dans le Sottisier, Bernardin de Saint-Pierre occupe une bonne place.
[11] À propos de Bernardin de Saint-Pierre, Flaubert notait « Amour brahmanique de la Nature. partout des causes finales » (f° 347, volume 3 du manuscrit g 225, site Flaubert de l’université de Rouen, transcriptions établies sous la direction d’Yvan Leclerc).
[12] Bouvard et Pécuchet, p. 130.
[13] Au contraire, le scénario du f° 63 situait bien l’épisode des croisements par rapport à un débat scientifique : « Lecture de Buffon. – question de l’espèce. Veulent accoupler un bouc et une brebis ». Le brouillon du f° 347 (volume 3) mentionnait aussi les « questions de l’espèce » et précisait la réflexion : « qu’est-ce que l’espèce, la race, le genre ».
[14] « Il y a dans la Nature un prototype général de chaque espèce sur lequel chaque individu est modelé, mais qui semble en se réalisant, s’altérer ou se perfectionner par les circonstances […] » (Histoire naturelle, Le Cheval, Œuvres, op. cit., p. 528).
[15] Dans son Discours introductif aux Époques de la nature, Buffon dit vouloir « concilier à jamais la science de la Nature avec celle de la théologie », et non pas mettre en cause la religion, mais « agrandir l’idée de Dieu » (Œuvres, p. 1215). Afin de sauver le récit de la Genèse, il estime que les six jours de la Création sont interprétables comme « six espaces de temps » (p. 1213). Il conçoit sa propre histoire en sept « Époques », la septième étant celle où la puissance de l’homme a secondé celle de la Nature.
[16] Au début des Époques de la nature, sous couvert de respect religieux, Buffon commente la Genèse selon la Bible, mais il limite le rôle de Dieu à la création de la matière, après quoi il montre l’action du temps. C’est la nature qui devient le sujet de la formation et des transformations de l’univers.
[17] Leur collecte de fossiles sera d’ailleurs orientée par leur « manie du Déluge » (p. 138).
[18] Des Époques de la nature, op. cit., p. 1305.
[19] Des Époques de la nature, p. 1253.
[20] Histoire et théorie de la Terre, Œuvres, op. cit., p. 89.
[21] Significativement Lamarck et Geoffroy Saint-Hilaire n’ont pas beaucoup de place dans les préoccupations des deux personnages qui semblent ne les aborder que par des travaux de seconde main : « ils apprirent quelque chose des doctrines de Lamarck et de Geoffroy Saint-Hilaire » (p. 143).
[22] Œuvres, Ibid., p. 1224.
[23] Il déconstruit l’idée le miracle du « déluge universel » dans le second discours de son Histoire naturelle générale, Œuvres, op. cit., p. 76. Le brouillon du f° 362 (volume 3) fait référence à la critique de Buffon.
[24] Il s’agit donc d’une méthode qui facilite l’investigation, et non de l’établissement de certitudes définitives.
[25] De la manière d’étudier et de traiter l’histoire naturelle, Premier discours, Œuvres, op. cit., p. 31.
[26] De la manière d’étudier et de traiter l’histoire naturelle, Premier discours, Œuvres, op. cit., p. 49.
[27] Flaubert admire le poème de Louis Bouilhet qui relate la formation de la terre et les transformations de la nature. Il relativise la place la place de l’homme, qu’il imagine supplanté dans l’avenir par une espèce nouvelle et meilleure. Publié bien avant les écrits de Darwin, ce poème convertit en science-fiction et projette dans l’avenir une pensée transformiste sans doute puisée en partie dans la lecture de Buffon.
[28] Lettre à Louise Colet du 27 mars 1852, Corr., II, p. 62.
[29] Lettre du 12 juillet 1853 ; Corr., II, p. 381. On peut opposer à ce plaisir du décentrement la bêtise d’une conception morale d’une nature bienfaitrice que Flaubert relève en marge de l’un de ses brouillons pour Bouvard et Pécuchet : « bienfaits des végétaux qui purifient l’air », et « prévoyance de la Nature pr préserver les plantes de l’orage » (f° 347, volume 3).
[30] « Le génie n’est autre chose qu’une grande aptitude à la patience » (Discours sur le style). Lettre à Louise Colet du 22 avril 1953, II, p. 314.
[31] Ibid.
[32] Voir les folios 344 à 347 du volume 3.
[33] Voir le folio 349, g 226, volume 3.
[34] Les crochets indiquent des mots raturés.
[35] G 226, volume 3, f° 349. Voir également le commentaire du f° 347 après le spectacle des beautés cosmiques : « C’était autrement grand que la médecine. leur tête s’élargissait ».
[36] Ibid., f° 362.
[37] L’ouvrage est cité dans le brouillon du folio 362, volume 3.
[38] Dans la Genèse, les animaux sont créés après l’homme.
[39] Lettres sur les révolutions du globe, J. Tessier, 1839, p. 103.
[40] En effet Renan a rédigé ce livre en 1848, et ne l’a d’abord pas publié conformément à l’avis de ses amis (Augustin Thierry en particulier) qui redoutaient de le voir se lancer sans sa carrière avec cette première présentation de sa pensée qui comportait quelques exagérations.
[41] Voir par exemple Des Époques de la nature, Cinquième époque, p. 1302.
[42] Des Époques de la nature, Première époque, p. 1223.
[43] Chez Buffon, une méthode qui établit des rapprochements voire des classements n’a qu’un intérêt propédeutique, en ce qu’elle permet de viser une connaissance assez complète de tout ce qui se ressemble, et sert de base aux échanges entre scientifique comme une langue commune, mais elle n’est pas une fin en soi et n’a aucune valeur absolue : elle n’est qu’« une facilité pour s’entendre », tandis que « le vrai moyen d’avancer la science, est de travailler à la description et à l’histoire des différentes choses qui en font l’objet. » (De la manière d’étudier et de traiter l’histoire naturelle, Premier discours, Œuvres, p. 42).
[44] Ibid., p. 51.
[45] F° 362, volume 3 : « difficultés de la classification – contradiction de la géologie – Le métamorphisme ».
[46] F° 356, volume 3.
[47] Bouvard et Pécuchet, op. cit., p. 119.
[48] Œuvres, op. cit., p. 49.
[49] Bouvard et Pécuchet, p. 147.
[50] Ce point de vue est bien sûr sans rapport avec le statut réel de Buffon dans la science de l’époque.
[51] Voir par exemple les folios 356 et 359.
[52] Voir le folio 356 v° (volume 3) sur lequel Flaubert note : « Lisent [avec ravissement] les Époques de la nature. Animaux. / Origine des espèces / – je ne peux pas admettre que j’ai été crocodile / Système Buffon / Cuvier ».
[53] F° 359 du volume 3.
[54] Folios 352, 355, 359 du volume 3.


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